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Le nez se trouve aussi parmi les trophées enlevés aux

ennemis morts, et l'on infligeail la perte du nez aux prisonniers,

aux esclaves, cl à dos criminels d'une certaine espèce. On capportail dos oreilles du champ de bataille, et, à l'occasion, elles étaient coupées aux prisonniers, aux criminels ou aux esclaves ; chez quelques peuples les oreilles percées indiquaient le serviteur ou le sujet.

360. — Los mâchoires et les dents sont aussi des trophées. Il arrive parfois que les dents sont arrachées en vue do se rendre propice un chef mort, et, dans divers autres cas, elles sont arrachées par un prêtre dans une cérémonie quasi-religieuse.

361. — A mesure que s'élève une classe née dans l'esclavage, il n'y a plus de raison qui justifie des marques entraînant des mutilations sérieuses. On peut, en conséquence, conclure que les mutilations du genre le moins nuisible deviendront les plus communes. Cela fournit du moins une explication raisonnable du l'ait que la mutilation dominante devient celle qui consiste à couper la chevelure. D'où il suit que les esclaves ont la tête rasée ; ici, quelques mèches sont portées comme marques de propriété d'un chef, et souvent demandées par lui en signe de soumission, tandis qu'ailleurs les hommes sacrifient leur barbe à leurs chefs : les cheveux non coupés deviennent une marque du rang, une preuve d'aristocratie. Chez de nombreux; peuples, on sacrifiait les cheveux en propitiation aux mânes des parents, des tribus entières coupaient les leurs à la mort des chois ou rois, et ils étaient offerts aussi comme expression de soumission envers la divinité. Parfois, la chevelure est offerte à un supérieur vivant en signe de respect, et cette offrande devient parfois une acte de propitiation qu'on rend à d'autres encore.

362. — Il on esl de même pour les mutilations dos parties génitales. On prend certaines parties aux ennemis morts et aux prisonniers vivants, et on les offre aussi aux rois et aux dieux.

363. — L'acte de se faire saigner, peut-être suggéré par le cannibalisme, mais surtout par le fait d'échanger le sang comme gage d'alliance sacrée, joue un rôle dans plusieurs cérémonies exprimant la subordination. <>n le retrouve comme propitiation des esprits ei des dieux, et même parfois comme hommage à des personnes \ ivantes.

.'Itii. — Il en est nalurelleuienl de même pour les marques

qui en résultent. D'abord indéfinies dans leur forme et leur position, mais rendues bientôt définies par l'habitude, et enfin souvent décoratives, ces cicatrices d'abord imposées seulement aux parents de personnes mortes, puis aux serviteurs d'un chef extrêmement redouté de son vivant, deviennent des signes exprimant la soumission à un chef mort, et enfin à un dieu : devenant ainsi une marque distinctive de la tribu et de la nation.

365. — Dans toutes les parties du monde, les cicatrices de blessures reçues à la guerre sont tenues en honneur, et montrées avec orgueil. Et on a des preuves que le désir d'acquérir cet honneur a quelquefois causé la production artificielle de cicatrices. Les marques sur la peau deviennent, dans quelques cas, d'honorables distinctions, et, à l'occasion, des signes de haut rang.

366. — H y a aussi un motif secondaire de prendre des trophées. Quand le sauvage garde une partie coupée sur le corps de celui qu'il a réduit en esclavage, lui-même et l'esclave croient qu'il obtient ainsi la faculté de nuire à ce dernier.

367. — Les mutilations étant dérivées de la coutume de prendre des trophées, et se développant pari passu avec le développement du type militant, il est à supposer qu'elles diminuent aussitôt que les sociétés consolidées par le militarisme deviennent moins militantes, et doivent disparaître quand vient à dominer le type industriel. On peut prouver la justesse de cette induction par toute l'histoire européenne en général. Et il est significatif que, dans notre propre société, où l'industrialisme est si dominant, les rares mutilations qui subsistent se rattachent à la partie régulative de l'organisation qui est un legs du système militaire : ce sont les tatouages des marins, la marque au fer rouge des déserteurs (jusqu'à une époque toute récente), et la décapitation des criminels.

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