‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 274 sur 409 · IV. — LES PRÉSENTS · texte numérisé non relu

IV. — LES PRÉSENTS

368. —Les présents, faits d'abord spontanément chez les hommes primitifs à une personne dont on voulait gagner la faveur, sont devenus, avec l'évolution de la société, le point de

dépari de beaucoup de choses. Prenant noie de l'alliance entre les mutilations et les présents —entre l'acte d'offrir une partie de son corps, el celui d'offrir quelque chose qui la remplace, — examinons les diverses variétés de l'offrande comme cérémonie, ainsi que les arrangements sociaux qui en dérivent.

369. — Primitivement, le chef, qui n'est pas très différencié des autres sauvages, ne leur imprime pas une crainte assez forte pour que le don de cadeaux soit une cérémonie habituelle. Ce n'est que dans une société composée, formée par la conquête de plusieurs tribus par une tribu d'envahisseurs, qu'il se forme une classe gouvernante, assez distinguée du reste, et assez puissante pour inspirer le respect voulu.

370. — Une forme plus étendue se développe simultanément. Car, là où se trouvent des chefs subordonnés à un chef suprême, il sera nécessaire de se rendre ce chef propice ; et le peuple, aussi bien que les chefs subordonnés, auront intérêt à qe faire.

371. — De présents propitiatoires, d'abord volontaires et exceptionnels, mais devenant, à mesure que le pouvoir politique se fortifie, moins volontaires et d'un usage plus général, on en vient enfin à des contributions universelles et involontaires, à un tribut établi. A mesure que les valeurs sont déterminées d'une façon plus précise, et que le paiement en espèces métalliques devient plus facile, le tribut se transforme on taxe.

372. — Le paiement de sommes fixées pour des services spécifiés est maintenant si habituel ([ne nous supposons que cette relation a existé de tout temps. A l'origine, cependant, les subordonnés du chef, n'étant pas officiellemcnl payés, ont à pourvoir à leur entretien. Et comme ils sont à même, par leur position, de nuire à des personnes au-dessous d'eux, on de les favoriser, comme, en réalité, c'est souvent par leur seule assistance qu'on arrive au chef pour l'invoquer, il se produit le môme motif de se les rendit1 propices par des cadeaux, que de se rendre le chef lui-mémo propice D'où le développemenl parallèle d'un revenu.

373. — Les provisions alimentaires, etc., placées sur la tombe du mort pour plaire a son esprit, se transformant en offrandes plus considérables et répétées an tombeau du mort distingué, et devenant eniin des sacrifices sur l'autel du dieu, se différencient en même temps d'une façon analogue. Leprésenl de viandes, de

boissons, de vêtements, qu'on supposait d'abord gagner la faveur parce qu'il était réellement utile, devient, par implication, significatif d'hommage. D'où il suit que le don du présent est un acte d'adoration tout à fait indépendant de la valeur de la chose donnée, tandis que, en subvenant à l'entretien du prêtre, le don rend possible la célébration du culte. C'est de ces oblations que sont nés les revenus de l'Église.

374. — Nous arrivons maintenant à une conséquence remarquable. De môme que le présent fait au chef finit, en se développant, par prendre la forme d'un revenu politique, de même le présent fait à la divinité devient, en se développant, le revenu ecclésiastique. De ces phases où le don fait à l'être surnaturel est partagé entre lui et ses adorateurs, et celles où le cadeau est partagé seulement entre les sorciers ou les prêtres, la transition arrive graduellement à la phase où la classe sacerdotale est entièrement soutenue par des présents, comme au Dahomey, où « ceux qui ont le soin des âmes » ne reçoivent aucun paiement régulier, mais vivent grassement des offrandes bénévoles des fidèles. (Mission to Gelele, R. F. Burton, 1864, II, loi.) D'où il suit que l'autorité du cérémonial précède les autorités politique et religieuse, puisque les fonds dont ces dernières vivent sont le produit des actes dont le premier est l'initiateur.

375. — Nous n'avons rien dit jusqu'ici des présents faits par les supérieurs à leurs inférieurs. A mesure que la puissance du chef politique se développe, jusqu'à ce qu'enfin il s'attribue la propriété de tous les biens, il en résulte un état social qui lui fait sentir la nécessité de rendre une partie des biens qu'il a monopolisés. Les donations faites ainsi par les gouvernants se sont finalement transformées en salaires.

376. — Nous pouvons suivre, dans l'histoire européenne, la manière dont l'acte de faire des présents, d'abord devenu cérémonie par la crainte qu'inspirait le chef, et développé d'une façon plus étendue par la crainte des puissants, est enfin rendu général par la crainte des égaux qui pouvaient devenir ennemis, si on les négligeait pendant qu'on se rendait les autres propices. Ainsi, à Rome, les clients faisaient des cadeaux à leurs patrons, et tous les Romains en faisaient à Auguste. Ces genres de dons ont subi des changements, comme ceux que nous avons signalés

INSTITUTIONS CÉRÉMONIELLES iM

dans d'autres espèces de dons : volontaires au début, ils ont été bientôt obligatoires en quelque mesure.

377. — Il est prouvé que l'acte de faire des présents, tandis qu'il n'est qu'indirectement lié au type social simple ou composé, est directement lié au type plus ou moins militant dans son organisation. On peut dire que la cérémonie des offrandes, qui prend forme avec L'établissement de cette autorité politique que produit le militarisme, augmente avec le développement de ce type social, et décroît avec le développement du type industriel.

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