‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 276 sur 409 · VI. — LES SALUTATIONS · texte numérisé non relu

VI. — LES SALUTATIONS

383. — Quand on essaie de gagner la faveur d'un supérieur par l'expression de la soumission à son égard, on essaie généralement en outre de lui plaire en montrant de la joie à l'occasion de sa présence. Tenant présents à l'esprit ces deux éléments de la salutation, nous allons considérer les variétés de cette cérémonie.

384. — La forme primitive de salutation est celle qui consiste à se prosterner sur le dos, ce qui implique la soumission absolue ; cette forme est ensuite abrégée par la prosternation de la face contre terre, et finalement par la génuflexion ; attitudes qui conviennent également au vaincu devant son vainqueur, à l'esclave devant son maître, au fidèle devant son dieu , car les salutations sont les mêmes, que l'être à rendre propice soit visible ou invisible.

385. — De l'attitude du fidèle mahométan, nous passons à la posture à quatre pattes, et de celle-là, en relevant le corps, à la génuflexion simple, et enfin, à une simple inclinaison du corps. Si l'on songe aux insensibles transitions entre l'humble salaam de l'Hindou, le salut profond qui en Europe exprime le plus grand respect, et l'inclinaison de tête qui est un signe de considération, il est impossible de douter que le signe familier de tête,

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quelquefois à peine sensible, ne soil le dernier vestige de La prosternatipn.

38(5. — De tous les signes simulés de plaisir qui fonl ordinairement partie de la salutation, tels que le battemenl des mains le saut, la danse, c'est le baiser qui est le plus commun. Naturellement, il doit sr produire, comme les autres signes, sous use forme compatible avec l'humilité de la prosternation ou toute attitude du même genre. D'où résultent les baisements de pieds, de genoux, de vêtements. Le baisement de la main, n'impliquant pas de prosternation, est moins humiliant, mais néanmoins très répandu. Les faits justifient la supposition que baiser sa propre mail!, en saluant, exprimait^ à l'origine, le désir ou La bonne volonté de baiser celle de la personne qu'on salue. Comme nous l'avons vu plus haut, ces actes d'amour et d'affection en usage à l'égard de L'esprit sont en usage aussi à l'égard de la divinité qui a succédé à L'esprit.

387. — Les hommes ne pourraient se prosterner dans le sable devant leur roi, sans se salir. D'où il suit que la boue adhérente à leurs vêtements est considérée comme un signe concomitant de soumission, ce qui mène à la coutume de mettre de la poussière ou des cendres sur quelque partie du corps, et, finalement, à faire seulement semblant d'en répandre, comme lorsque les Turcs « font tous les gestes de se jeter de la poussière sur la tête ». (Three Years in Constantinopfe, G. White 1846, II,23!».i Ce signe de soumission s'adressait aussi à des êtres invisibles.

388. — Dans l'ancien Pérou, c'était un signe d'humilité que d'avoir les mains liées, et une corde autour du cou : c'était une simulation de La condition des prisonniers. .Nous sommes forcés de conclure qu'en Levant les mains jointes dans la salutation primitive qui signifiait la soumission absolue, on offrait pour ainsi dire ses mains aux liens. On apprend encore aux enfants, comme altitude de prière, à joindre les mains, paume contre paume, comme autrefois dans toute L'Europe un inférieur était obligé de le faire quand il promettait obéissance à un supérieur.

389. — Le vaincu, prosterné devant son vainqueur, devenant Lui-même une propriété, perd la possession de tout ce qu'il avait, et par conséquent, livrant son arme, il rend en môme temps, si

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le vainqueur l'exige, les parties de son vêtement qui ont quelque valeur. Par suite, la nudité, partielle ou complète, du captif, devient une preuve nouvelle de sa soumission. De cet abandon du vêtement naissent les salutations qui se font en découvrant le corps, d'une façon plus ou moins complète. Oter son chapeau est le reste de l'attitude par laquelle, dans les temps anciens, le captif signifiait l'abandon de tout ce qu'il avait. La soumission s'exprimait aussi en 6 tant les parties du vêtement et des accessoires qui n'étaient pas compatibles avec l'apparence de la servitude, et même d'une façon plus marquée en mettant des vêtements grossiers, des vêtements d'esclaves. Ces observances s'étendaient de l'être visible qu'on redoutait, à l'être invisible qu'on craignait : l'esprit et le dieu. Ces salutations, faites d'abord aux souverains, puis à des personnes moins puissantes, se répandent graduellement jusqu'à ce qu'elles deviennent générales.

390.— Si deux personnes désirent, chacune, saluer l'autre en lui baisant la main, et que chacune, par politesse, se refuse à laisser baiser sa propre main — ainsi que cela arrive chez les Arabes du Yémen — qu'arrivera-t-il? Il en résultera que chacune portera la main de l'autre près de ses propres lèvres, et que l'autre la retirera, et ainsi de suite alternativement ; origine probable de la poignée de mains.

391. — Quelle que soit son espèce, donc, la salutation a la même racine que le trophée et la mutilation. Toutes les salutations sont nées du militarisme : ceci concorde entièrement avec le fait qu'elles se développent avec le développement du type social militant. Connexion qu'on trouve toute naturelle quand on se souvient que les activités militaires, intrinsèquement coercitives, nécessitent le commandement et l'obéissance; et que par conséquent là où elles dominent, on attache de l'importance aux signes de soumission. Réciproquement, les activités industrielles, soit qu'elles se montrent dans les rapports de patron à employé, ou d'acheteur à vendeur, étant accomplies en vertu d'un accord, sont de leur nature non-coercitives, et par conséquent, partout où elles fleurissent, on n'exige que l'exécution du contrat : d'où résulte la désuétude croissante des signes de soumission.

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