III. — INTÉGRATION POLITIQUE
448. — L'évolution politique se manifestant par l'augmentation de sa masse est distinguée ici comme intégration politique. Voici ses caractères : tant que les agrégats sont petits, l'assimilation des matériaux de la croissance se poursuit aux dépens de chacun des membres, d'une façon faible, soit en se volant l'un à l'autre le bétail ou la femme, soit à l'occasion en adoptant les
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gommes des autres. — A mesure que de plus grands agrégats se forment, les incorporations procèdent sur une plus grande échelle; d'abord par l'assujettissement des membres isolés des tribus conquises, et bientôt par l'annexion matérielle de ces tribus avec leurs territoires. Avec une complexité plus grande s.' produisent des désirs croissants d'absorber de plus petites sociétés adjacentes, et de former ainsi des agrégats encore plus grands.
iiO. — Diverses conditions favorisent ou empêchent la croissance et la consolidation sociales. L'habitat peut être propre ou impropre à nourrir une grande population ; ou il peut, par de petites ou de grandes facilités de communication dans son étendue, empêcher la coopération ; ou il peut, par la présence ou l'absence de barrières naturelles, rendre facile ou difficile le rassemblement des individus sous l'autorité coercitive qui est nécessaire au début. Et, suivant que le déterminent les antécédents de la race, les individus peuvent avoir à un degré plus ou moins grand les natures physique, émotionnelle et intellectuelle qui les rendent propres à l'action combinée.
450. — Tandis que l'étendue de l'intégration sociale dépend en partie de ces conditions, elle dépend aussi, en partie, du degré de ressemblance entre les unités. Au début, pendant que la nature est si peu soumise k la vie sociale que la cohésion est faible, l'agrégation dépend en une grande mesure des liens du sang; ce qui implique de grands degrés de ressemblance. Les groupes où ces liens, et l'accord qui en résulte, sont les plus marqués, et qui oui en commun des traditions de famille et un ancêtre mâle «-01111111111 qu'ils adorent ensemble, sont rendus semblables en idées et en sentiments, de ces diverses manières, et sont Ifs groupes où naissent la plus grande cohésion sociale et la plus grande puissance de coopération. Pendant longtemps les clans et les tribus descendanl de groupes patriarcaux primitifs de ce genre oui eu leur accord politique facilité par ce lien de parenté, et parla ressemblance qui l'accompagne. Ce n'est que lorsque L'adaptation a l'ait des progrès considérables que la
coopération harmonieuse entre ceux qui n'appartie ni pas à
la môme souche devient praticable, et môme alors il est nécessaire «pie leurs dissemblances de nature soient petites. Quand H. Culu.ns. -29
elles sont grandes, la société, retenue seulement par la force, tend à se désintégrer lorsque la force vient à manquer.
451. — Une des lois de l'évolution, en général, c'est que l'intégration s'opère quand les unités semblables se trouvent soumises à l'action de la même force, ou de forces semblables {Premiers Principes, 169), et nous voyons cette loi vérifiée, des premières étapes de l'intégration sociale jusqu'à la dernière. La ressemblance des unités formant un groupe social étant une condition de leur intégration, une nouvelle condition est qu'elles réagissent ensemble contre les actions externes; la coopération dans la guerre est la cause principale de l'intégration sociale. Les alliances temporaires des sauvages pour l'attaque et la défense nous indiquent le premier pas. Lorsque beaucoup de tribus s'unissent contre un ennemi commun, la longue continuation de leur action combinée leur donne une certaine cohérence sous une autorité.commune. Et il en va de même, ensuite, pour des agrégats plus grands encore.
452. — Le progrès de l'intégration sociale est à la fois la cause et la conséquence d'une aptitude toujours moindre des unités à se séparer. Les hordes nomades primitives n'exercent pas sur leurs membres des contraintes telles qu'ils soient empêchés individuellement de quittera volonté une horde pour se joindre à une autre. Quand les tribus sont plus développées, la désertion de l'une et l'admission dans l'autre sont moins faciles ; les assemblages ne sont pas composés d'éléments si flottants. Et à travers ces longues périodes pendant lesquelles les sociétés grandissent et s'affermissent par le militarisme, la mobilité des unités devient de plus en plus restreinte. Ce n'est qu'avec la substitution de la coopération volontaire à la coopération obligatoire qui est un des caractères de l'industrialisme en cours de développement, que les restrictions disparaissent, l'union obligatoire se trouvant dans ces sociétés remplacée d'une façon adéquate par l'union spontanée.
453. — Il reste à énoncer un autre fait : c'est que l'intégration politique, à mesure qu'elle progresse, efface les divisions primitives des parties intégrées. En premier lieu, s'effacent lentement les divisions non topographiques provenant de la parenté. En second lieu, les sociétés locales plus petites unies en une société
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plus grande perdent leurs organisations séparées, par une longue coopération. Et en troisième lieu, leurs limites topographiques s'effacent en même temps, et sont remplacées par celles des nouvelles bornes administratives de l'organisation commune. D'où résulte naturellement la réciproque : qu'au cours de la dissolution sociale les grands groupes se séparent les premiers ; et qu'après, si la dissolution continue, ils se subdivisent en leurs plus petits groupesjUémentaires.