‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 295 sur 409 · XII. — SYSTÈMES MILITAIRES · texte numérisé non relu

XII. — SYSTÈMES MILITAIRES

515. — On a déjà beaucoup parlé de l'identité primitive de l'organisation politique avec l'organisation militaire. Nous avons maintenant à noter comment les deux organisations se différencient.

516. — Le progrès, de l'état où l'obligation du service militaire est telle que tout homme doit servir en personne, et se pourvoir d'armes et de nourriture, à celui où la guerre n'interrompt que par intervalles l'industrie habituelle, amène une séparation croissante entre l'obligation militaire et la qualité de citoyen libre. L'obligation militaire tend, en même temps, à devenir une charge pécuniaire établie proportionnellement à la propriété, de quelque genre qu'elle soit. Bien que, lorsque la conscription est établie, le service personnel soit dû, en théorie, par chacun de ceux que désigne le sort, cependant la possibilité d'acheter un remplaçant réduit l'obligation militaire à une obligation pécuniaire.

517. — Un aspect de ce changement qui n'a pas encore été signalé, c'est la diminution simultanée du rapport que la partie combattante de la société soutient avec le reste. Avec la transition de la vie nomade à la vie sédentaire commence une résistance des intérêts économiques contre l'action militaire, qui augmente à mesure que la vie industrielle se développe, et qui diminue les dimensions relatives du corps militaire.

518. — Avec la séparation du corps des combattants du corps politique en général, se produit généralement la séparation du commandement militaire d'avec le commandement politique. Le militarisme actif tend toujours à conserver l'union de l'autorité civile avec l'autorité militaire, et cause souvent leur réunion après qu'elles se sont séparées. Mais avec la première différenciation des structures civiles des structures militaires, s'associe d'ordinaire une tendance à la production de centres d'autorité distincts. Cette tendance, souvent contrariée par l'usurpation quand les guerres sont fréquentes, reprend son effet dans les phases pacifiques, et produit alors un chef militaire subordonné au chef politique.

519. — Tandis qu'au cours de l'évolution sociale se sont opérés

cette séparation entre le corps combattanl el le gros de la société, cette diminution de sa masse relative, H ce1 établissemenl d'un commandement distinct, il s'opère un travail d'organisation interne. De môme que dans la horde primitive le progrès passe d'un combat non-combiné entre individus, à un combat combiné sons la direction d'un chef, de même, sur une pins grande échelle, quand de petites sociétés se fondent eu une grande, le progrès va du combat indépendant de groupes de iribus ou de familles à un combat sous la direction d'un commandant général. Et pour effectuer une autorité centralisée, il naît un système gradué de fonctionnaires remplaçant la série de chefs primitifs de groupes, et un système de divisions qui, traversant les divisions primitives des groupes, établissent des masses régulièrement organisées ayant des fonctions différentes.

520. — Il faut noter encore un changement général : le changement d'un état où Tannée s'assemble et se disperse alternativement, selon les besoins, a l'état où elle s'établit d'une façon permanente. Tandis que, dans les temps primitifs, les hommes se réunissaient pour de petites guerres après lesquelles ils se dispersaient, toute organisation efficace de leurs forces était impraticable. L'organisation ne devient possible que chez des hommes tenus constamment réunis par des guerres, ou des préparatifs de guerre; et des corps d'hommes ainsi constitués remplacent les corps convoqués temporairement.

521. —Enfin, il faul signaler ce fait que, tandis que l'armée se distingue autrement, elle se distingue aussi en consacrant et •mi développant le système de status, à quelque degré que le principe de la coopération volontaire entre en jeu dans toute la partie civile.

Mil. - SYSTÈMES JUDICIAIRE ET EXÉCUTIF

:>22. hi's preuves diverses >'unis^eni puni' montrer que l'action judiciaire e1 L'action militaire, ayanl pour but commun de redresserdes torts réels ou supposés, sonl étroitement alliées dès Le début. L'épée esl Laraison dernière dans les deux cas ; employée dans l'un, après uni' guerre de paroles en présence

d'une autorité dont l'aide est demandée, tandis que dans l'autre rien de semblable ne la précède. La discussion en cour de justice remplace peu à peu la lutte armée.

523. — Rapprochées comme le sont les fonctions judiciaires et militaires, elles sont naturellement remplies d'abord par le même organe : le corps triple primitif formé par le chef, les hommes principaux et le peuple. Décidant des affaires de la guerre, et des questions de politique publique, il rend aussi des jugements sur les torts supposés des individus, et impose ses décisions.

524. — Selon que les activités sociales développent Fun ou l'autre élément du corps triple primitif, il en résulte une forme ou l'autre d'action pour l'administration de la loi. Si le militarisme continué rend le souverain tout-puissant, celui-ci devient absolu, au point de vue judiciaire comme aux autres. Si les conditions favorisent l'accroissement des hommes principaux et en forment une oligarchie, ce corps oligarchique devient l'organe qui juge et. punit les délits, comme il remplit d'autres fonctions : ses actes n'étant que peu ou point modifiés par l'opinion de la masse. Tandis que si les circonstances du milieu et le mode de vie sont de nature à empêcher la suprématie d'un homme, ou celle de quelques-uns, le pouvoir judiciaire primitif est conservé par l'agrégat des hommes libres, ou reconquis par lui quand il recommence à dominer.

525. — Dans la plupart des cas où le militarisme habituel entraîne l'assujettissement du peuple, l'organisation judiciaire qui naît à mesure que la société s'agrandit et se complique, a pour fonctionnaire la classe sacerdotale, ou la classe militaire, ou chacune d'elles en partie : leurs parts respectives dépendant apparemment de la proportion entre le degré de subordination consciente aux chefs humain et divin, dont les prêtres sont supposés communiquer la volonté. Mais avec les progrès de l'industrialisme, et la naissance d'une classe qui, acquérant la richesse et le savoir, obtient en conséquence de l'influence, le système judiciaire finit par être largement, et enfin principalement, composé de fonctionnaires sortant de cette classe ; et ces hommes deviennent distingués de leurs prédécesseurs non seulement parce qu'ils ont une autre origine, mais aussi parce

qu'ils se consacrent exclusivement aux fonctions judiciaires. 526. — Des premières étapes où le chef administre la justice

en personne, tantôt ici, tantôt là, suivant que les affaires militaires ou judiciaires l'amènent dans un lieu ou dans un autre, dans son royaume, nous passons, avec un accroissement des affaires d'Etat,à la nomination de députés, qui sont ensuite délé; gués pour entendre les plaidoyers dans les différents comtés, et finalement aux juges régionaux établis qui, comme leurs prototypes, ont à représenter le roi, et à exercer l'autorité suprême.

o2T. — Avec le développement du gouvernement central qui accompagne la fusion de petites sociétés en une grande, et a\ eç l'augmentation résultante de ses affaires qui impose la délégation des fonctions, il se produit, clans l'organisation judiciaire comme dans toutes les autres, une différenciation progressive, la plus marquée étant celle entre les tribunaux laïque, ecclésiastique et militaire. Depuis les premières étapes où l'assemblée populaire, avec ses anciens et son chef, condamnait les déserteurs, décidait des questions ecclésiastiques, et rendait des jugements sur les délits, il y a eu une divergence qui, accompagnée de disputes et de luttes concernant la juridiction, a séparé les cours ecclésiastique et martiale des cours administrant la justice dans les cas civils et criminels ordinaires. Si petite que soit la trace que cette organisation laisse voir maintenant de son origine, notre système judiciaire complexe, à la fois dans ses parties centrales suprêmes, et dans ses petites parties locales variées, a opéré Sun évolution, par des changements successifs, hors de l'assemblée primitive du peuple, des principaux, et du chef.

528. Si des détails plus circonstanciés étaienl nécessaires, on pourrait donner un résumé des systèmes de police, montrant leur évolution à partir du même corps primitif triple qui a été la source des diverses organisations décrites dans cette division et celles <|ni précèdent. En tant qu'elle emploie la force pour subjuguer les agresseurs internes, la police ressemble à l'armée qui emploie la force pour repousser les agresseurs externes ; et les deux fonctions, originellement confondues en une seule, ne sont, pas, même aujourd'hui, tout a lait séparées, par leur nature ou leurs agents. Car outre qu'ils sont armés de façon, dans quelques pays, a n'être pas aisémenl distingués des sol-

dats, les hommes de la police sont, en cas de besoin, secondés par les soldats dans l'accomplissement de leurs devoirs.

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