‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 297 sur 409 · XV. — LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

XV. — LA PROPRIÉTÉ

536. — Le désir d'acquérir et de garder ce que l'on s'est approprié est profondément inhérent, non seulement à la nature humaine, mais aussi à celle des animaux, étant au fond la condition de la survivance. La conscience que la lutte, et par conséquent un dommage, résultera probablement de la tentative de prendre ce qui appartient à autrui, tend toujours à établir et à fortifier la coutume de laisser chacun en possession de ce qu'il a obtenu par son travail, et cette coutume prend chez les hommes primitifs la forme d'un droit ouvertement admis.

537. — Le droit à la propriété privée, reconnu primitivement en ce qui concernait les objets mobiliers et le gibier tué, n'était pas reconnu pour les territoires. La propriété s'individualisait en tant que les circonstances permettaient aux droits privés de se faire reconnaître d'une façon définie, mais elle ne s'individualisait pas quant à la terre, parce que sous les conditions alors existantes, on ne pouvait produire de droits privés, ni les définir d'une façon efficace quand on les possédait.

538. — En passant de l'état nomade à l'état sédentaire, la propriété de la terre par la communauté entière se modifie dans le sens de la propriété individuelle, mais seulement dans ce

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sens ([tic ceux qui défrichent et cultivenl des parties de la surface jouissent, sans être troublés, du produil de leur travail. Habituellement les droits publics continuent à prévaloir, et soit que, après quelques récoltes, le terrain défriché soit abandonné, soit qu'après avoir été transmis aux descendants, «-«*i: \-*-i aienl cessé de L'utiliser, il fait retour à la communauté. Là où la forme patriarcale d'organisation a été transportée de l'état pastoral à l'état sédentaire, et, consacrée parla tradition, se soutient aussi pour des fins de protection mutuelle, la possession de la terre, en partie par le clan et en partie parla famille, continue longtemps ; en même temps commence la possession séparée de choses produites par un travail séparé. EL tandis qu'en beaucoup de cas la possession de la terre par la communauté ou par la famille persiste, dans d'autres cas elle se fond, de diverses manières et à divers degrés, en des formes modifiées de propriété privée, la plupart du temps temporaire, et sujette à la propriété souveraine du public.

539. — Mais la guerre produisant, à la fois, des différenciations de classe dans chaque société, et effectuant la soumission d'une société par une autre, mine ou détruit la propriété foncière communale, et lui substitue, en tout ou en partie, soit le droit de propriété absolue d'un vainqueur, soit un droit de propriété modifié parles droits de vassaux qui la tiennent de ce vainqueur sous certaines conditions, tandis que leurs propres droits sont aussi modifiés par ceux des dépendants attachés à la glèbe. C'est-à-dire que Le système de status que Le militarisme développe favorise L'évolution graduelle de La propriété de la terre, comme l'évolution graduelle de la propriété de l'individu luimême.

540. — L'individualisation complète de la propriété est un élément concomitant du progrès (industriel. L'accumulation de biens mobiliers possédés par des individus augmente à mesure que l'industrialisme croissant réprime Le militarisme, parce que le premier implique une plus grande facilité a disposer de produits industriels, puisqu'il est accompagné de mesures de quantité et de valeur qui facilitent l'échange, et parce «pie les relations plus pacifiques qu'il suppose permettent, en toute sécurité, aux hommes de se détacher des groupes dans Lesquels ils

se réunissaient autrefois pour se protéger mutuellement. L'individualisation de la propriété, étendue et rendue plus précise par des transactions commerciales avec le régime du contrat, finit par affecter la propriété du sol. Étant achetée, mesurée et payée avec de l'argent, la terre se trouve assimilée à cet égard à la propriété personnelle, produit du travail, et se confond avec celle-ci dans l'opinion commune. Mais il y a des raisons de croire que la propriété privée de choses produites par le travail deviendra encore plus précise et plus sacrée qu'elle ne l'est maintenant; le territoire habité, que ne peut produire le travail, sera finalement distingué comme ne pouvant être possédé individuellement. De même que l'individu, primitivement en possession de lui-même, perd en partie ou en totalité la propriété de sa personne pendant le régime militaire, mais la reprend graduellement à mesure que le régime industriel se développe, de même il se peut que la propriété commune de la terre, en partie ou en totalité éteinte dans la propriété d'hommes dominants pendant l'évolution du type militaire, soit remise en pratique quand le type industriel aura complété son évolution.

541. — On peut donc définir avec une certaine clarté la naissance et le développement des dispositions qui fixent et règlent la possession à titre privé.

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