XVI. — LE REVENU PUBLIC
542. — Dès l'origine la croissance du revenu, tout comme le développement de l'autorité politique qu'elle accompagne, a été directement ou indirectement le résultat de la guerre. La propriété des ennemis vaincus, telle que d'abord des objets mobiliers, le bétail des prisonniers, et plus tard la terre, étant décernée pour une part plus grande au guerrier qui commande, augmente son influence. On lui fait des présents propitiatoires, et on l'aide dans son travail pour s'assurer sa bonne volonté qui devient d'une grande importance.
543. Après que les cadeaux librement donnés se sont transformés en cadeaux attendus et finalement exigés, et que l'aide offerte est devenue une corvée fixe, un nouveau pas devient possible. Le passage de l'offrande volontaire à l'exaction obliga-
toire accompagnée nécessairement de La spécification des quantités de marchandise et de travail demandées, es1 suivie, le plus souvent, à la fin, par une substitution en espèces sonnantes : c'est-à-dire par les impôts. Dans les phases ou n'existe pas encore de valeur de circulation, le souverain, local ou général, reçoit le revenu en nature.
:>U. — Enmême temps, l'accroissement de la puissance du chef politique lui permet d'imposer des demandes d'autres genres. Ainsi, dans l'Angleterre normande, on vend les droits de tutelle, les chartes des villes, et les permissions de trafiquer.
545. — Généralement parlant, les impôts indirects ne diffèrent des autres qu'en ceci: ils sont imposés dans des occasions où le sujet se trouve plus que d'ordinaire à la merci du souverain ; soit parce qu'il met en vente ses marchandises à un endroit où l'on peut aisément les trouver et en prélever une partie ; soit parce qu'il les transporte d'une partie du territoire à une autre, et qu'on peut facilement l'arrêter et en exiger une portion; soit parce qu'il apporte dans le pays des marchandises qu'on peut saisir en quelqu'un des points sur lesquels elles entrent. D'où résulte finalement un tant pour cent ad valorem payé comme droits de douane et d'octroi.
546. — Sous les gouvernements libres, comme sous les gouvernements despotiques, la guerre continue à être l'unique raison de l'établissement de taxes nouvelles ou supplémentaires; en même temps que l'organisation coercitive des temps passés, développée par la guerre, continue à être le moyen de les exiger.