‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 30 sur 409 · XXI. — LA SÉGRÉGATION · texte numérisé non relu

XXI. — LA SÉGRÉGATION

163. — L'interprétation générale de l'Évolution est bien loin d'être achevée dans les divisions qui précèdent. Nous n'avons pas trouvé la raison pour laquelle il ne se produit pas une hétérogénéité vague et chaotique au lieu de l'hétérogénéité harmonique que nous voyons dans l'Évolution. Nous avons encore à découvrir la cause de cette intégration locale qui accompagne la différenciation locale, c'est-à-dire la ségrégation, qui se complète graduellement, des imités semblables en un groupe distingué par un caractère nettement tranché des groupes voisins, composés chacun d'autres espèces d'unités. Si vous prenez une poignée d'une substance pulvérisée contenant des fragments de grandeur inégale, et que vous la répandiez à terre pendant que souffle une légère brise, vous trouverez les plus grands fragments tombés à terre, presqu'a vos pieds. Les fragments un peu plus petits iront tomber un peu sous le vent ; les plus petits iront plus loin encore, et enfin les parcelles de poussière seront emportées fort loin avant d'atteindre la terre. C'est à dire que la force incidente imprime des mouvements différents aux unités mêlées, dans la proportion même de leur différence ; etpar suite, en proportion de leur dissemblance, tend à les déposer en des lieux différents. Il estime cause inverse de ségrégation qui doit être nommée. Si des unités différentes soumises à l'action de la même force doivent prendre des mouvements différents, les unités de même espèce doivent aussi prendre des mouvements différents, sous l'action de forces différentes. Et voici le principe complémentaire : les forces mêlées sont séparées par la réaction de substances uniformes, exactement comme des substances mêlées sont séparées par l'action de forces uniformes.

164. — La formation etla séparation d'un anneau nébuleux présentent deux exemples de cette grande loi, se conformant à la loi que, parmi des unités semblables, exposées à des forces dissemblables, celles qui sont pareillement conditionnées se séparent de celles qui sont différemment conditionnées.

te.;;. — Suivons l'histoire de chaque dépôl géologique, el i. arriverons promptemenl à reconnaître que des fragments mélangés, différant en ranime el en poids, sont, lorsqu'ils reçoivent le choc el Le frottement de l'eau el subissenl l'attraction delà Terre, triés, séparés, puis réunis en groupes de fragments relativement semblables. Et nous voyons que toutes choses égales, la séparation est aette en proportion de la netteté de la différence des unités. 166. — De môme qu'à l'automne, le vent arrache les feuilles jaunies du milieu de celles qui restent vertes, de même les forces extérieures qui s'exercent uniformément sur les membres d'un groupe organique les affectent d'une manière semblable dans la proportion de leur ressemblance, et différente dans la proportion de leur différence ; elles séparent ainsi, par un triage, les semblables, en éliminant du milieu d'eux les dissemblables. Que ces membres séparés périssent comme cela arrive le plus souvent, ou qu'ils survivent ainsi que cela arrive quelquefois pour se multiplier et former une variété distincte par suite de leur adaptation à certaines conditions un peu différentes, cela importe peu. Le premier cas est conforme au principe par lequel les unités dissemblables d'un agrégat se groupent avec celles de même espèce et se séparent quand elles sont soumises aux mêmes forces incidentes. Le second, à la loi correspondante que lés unités semblables d'un agrégat se séparent et se groupent a part quand elles sont soumises à des forces différentes.

107. — Nous avons vu que l'évolution mentale, sons un de ses principaux aspects, consiste en la formation de groupes d'objets semblables el de relations semblables, c'est-à-dire en la différenciation des diverses choses confondues ensemble dans un même assemblage, et en une intégration de chaque ordre distinct de choses en un groupe distinct (1S3). Il suffit d'ajouter ici que. tandis que |,-| dissemblance des forces incidentes e^t la cause de CCS dillerenrialions, la ressemblance dans [es forces incidentes est la cause de ces intégrations.

Ki8. — Il faut s'attendre, avec des unités aussi compliquées qœ celles qui constituent une société, et avec des forces aussi

Compliquées que celles qui les meuvent. ;( trouver dans les

sélections et les séparations qui en résultent plus d'enchevêtrement et moins de netteté que dans aucune de celles que nous

avons examinées précédemment. Il y a sans doute des anomalies qui pourraient, à première vue, paraître en contradiction avec la loi que nous présentons, mais une étude plus approfondie montre qu'elles ne sont au contraire que des cas particuliers d'une nature plus déliée. Car les ressemblances humaines étant, d'espèces variées, il doit y avoir des ordres variés de ségrégation. Nous n'avons qu'à jeter les yeux autour de nous sur les divisions de caste, les associations philanthropiques, scientifiques et artistiques, les partis religieux et les divisions de société, pour voir que c'est toujours quelque ressemblance parmi les membres de chacun de ces corps qui détermine leur union. Les ségrégations sociales se conforment entièrement aux principes de toutes les autres ségrégations.

169. —Le principe général dont nous venons de donner des exemples variés, peut se déduire de la persistance de la force. Et ces faits se ramènent à deux propositions abstraites : dans toutes les actions et réactions de force et de matière, une dissemblance dans l'un ou l'autre des facteurs nécessite une dissemblance dans l'effet; et en l'absence de toute dissemblance dans l'un ou dans l'autre, les effets doivent être semblables. On voit de suite la dépendance immédiate qui relie ces propositions au principe de la persistance de la force.

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