‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 31 sur 409 · XXII. — l'équilibre · texte numérisé non relu

XXII. — l'équilibre

170. — Vers quel but tendent ces changements ? Soit que nous examinions les opérations concrètes, soit que nous considérions la question abstraitement, nous apprenons que l'Évolution a une limite infranchissable. Nous trouvons partout une marche vers l'équilibre. La coexistence universelle de forces antagonistes qui nécessite l'universalité du rythme, et la décomposition de chaque force en forces divergentes, nécessite en même temps l'établissement définitif de l'équilibre. L'Évolution de chaque agrégat doit se poursuivre jusqu'à ce qu'un équilibre mobile soit établi, puisque tout excès de force que l'agrégat possède dans une direction quelconque doit se dépenser à vaincre les résistances au changement dans cette direction : ne laissant derrière lui que les mouvements qui peuvent se contrebalancer mu-

tuellemenl el former ainsi un équilibre mobile. Quant à L'état de

structure qui1. l'agrégat acquiert en môme temps, il t';iut évidemment qu'il présente un arrangement de forces qui contrebalance joules les forces par lesquelles l'agrégat est sollicité. Tant qu'il reste une force en excès dans une direction quelconque, qu'elle soit exercée par l'agrégat sur les parties qui l'entourent ou par le milieu sur L'agrégat, l'équilibre n'existe pas ; et par conséquent la redistribution de la matière doit continuer. Il en résulte que la limite de l'hétérogénéité vers laquelle tout agrégat progresse, est la formation d'autant de spécialisations et de combinaisons de parties qu'il y a de forces spécialisées et combinées à équilibrer.

171. — Ces formes successivement modifiées, qui, si l'on admet L'hypothèse nébulaire, doivent avoir pris naissance durant L'évolution du Système Solaire, étaient autant d'espèces transitoires de l'équilibre mobile ; elles ont fait place à des espèces plus permanentes, étapes de la route menant à l'équilibre complet. Quand, selon l'hypothèse, la matière nébuleuse en voie de condensation prenait une figure sphéroïdale aplatie, c'était un équilibre mobile et temporaire partiel entre les parties composai! les ; équilibre mobile qui devait lentement devenir plus stable, à mesure que les mouvements locaux antagonistes se dissipaient. La loi de l'équilibration préside aussi au mouvement des masses qui, durant l'Évolution, est en train de se rediffuser en mouvement moléculaire du milieu éthéré. Bien qu'un temps excessivement éloigné de nous doive s'écouler avant que tous les mouvements des masses n'aient été transformés en mouvements moléculaires, et tous les mouvements moléculaires, équilibrés, cet état d'intégration complète et d'équilibration complète est celui vers lequel tendent inévitablement les changements qui se produisent actuellement dans le Système Solaire.

11-2. — Du point de vue le plus élevé, les changements terrestres nous apparaissent comme des détails dans rétablissement de L'équilibre cosmique. Car, des altérations incessantes que subissent la croûte du globe et son atmosphère, celles qui ne sont pas dues au mouvemenl encore, inachevé de La substance de la Terre vers son centre de gravité, sont dues au mouvement non encore achevé de la substance du Soleil vers son centra de gravité; la continuation de ces intégrations étant une continuation

de cette transformation du mouvement sensible en mouvement insensible qui aboutit à l'équilibre complet.

17:}.— Tout corps vivant présente, sous une forme quadruple, le processus que nous retraçons ici : à chaque instant clans le balancement des forces mécaniques; d'heure en heure dans le balancement des fonctions ; d'année en année dans les changement d'états qui compensent les changements de conditions; et finalement dans ['arrêt completdu mouvement vital, lors de la mort. Les groupes d'organismes montrent tous cette universelle tendance vers l'équilibre d'une façon très évidente. Car chaque espèce de plante ou d'animal est perpétuellement soumise à une variation rythmique de nombre, tantôt par l'abondance de la nourriture et l'absence d'ennemis, s'élevant audessus de la moyenne ; tantôt par une disette subséquente de nourriture et par l'abondance d'ennemis, tombant au-dessous de la moyenne. Entre ces oscillations se trouve ce nombre moyen des espèces où la tendance à l'expansion est équilibrée par les tendances répressives ambiantes.

174. — Les équilibres des actions nerveuses qui constituent la vie mentale peuvent être classifiés de même que ceux qui constituent ce qu'on appelle la vie corporelle. Quelques personnes auront peut-être quelque peine à voir comment ces équilibrations s<; peuvent assimiler. 11 est vrai, néanmoins, que les unes sont aussi physiques que les autres. L'existence dans un individu d'un stimulus émotionnel qui soit en équilibre avec certaines exigences externes, est littéralement la production habituelle de quelque partie spécialisée d'énergie nerveuse, équivalente en intensité à un certain ordre de résistances externes qu'elle rencontre habituellement. Ainsi clone, le dernier état, la limite vers laquelle l'Évolution nous porte, est un état dans lequel les espèces et les quantités d'énergie mentale, produites et transformées quotidiennement en mouvements sont équivalentes aux divers ordres et aux divers degrés des forces ambiantes qui luttent avec ces mouvements ; autrement dit, sont en équilibre avec elles.

175. — Dans la société, le processus de l'équilibration se voit dans les conflits entre les Conservateurs (qui prétendent que la société doitmaîtriser l'individu) et les Réformistes (qui prétendent que l'individu doit être libre en face de la société) ; opinions

moins éloignées qu'on ne le supposerait. Ce processus est tellement avancé cbez oousque les oscillations sonl relativement insignifiantes; il se continuera jusqu'à ce que La balance entre les forces antagonistes soit aussi voisine que possible de La perfection. Car L'adaptation de la nature de L'homme aux conditions de son existence ne cessera que lorsque les forces intérieures que nous connaissons connue sentiments seront en équilibre avec les forces extérieures qu'elles combattent. Etl'établissemenl de cel équilibre sera la réalisation d'un étal <le la nature de L'homme et de son organisation sociale tel que l'indi- \ idu n'ait d'autre désir que ceux qui pourront être satisfaits sans qu'il sorte de sa sphère d'action, tandis que la société n'imposera d'autres limites que celles que l'individu respecte librement. L'abolition définitive de toutes les limites à la liberté de chacun, sauf celles qui sont imposées par la liberté de tous, sera le résultat de l'équilibre complet entre les désirs de l'homme et la conduite qu'imposent les conditions du milieu.

176. — Donc, de la persistance de la force découlent non seulement les divers équilibres directs ou indirects qui s'établissent partout, ainsi que l'équilibre cosmique qui met fin à toutes les formes de l'Évolution ; mais aussi ces équilibres moins manifestes que nous reconnaissons dans le rétablissement des équilibres mobiles qui ont été dérangés. La persistance de la force permet d'affirmer qu'il s'opère un progrès graduel vers l'harmonie, entre les conditions de l'existence de l'homme et sa nature mentale. Après nous être assurés qu'on peut en déduire les traits caractéristiques variés de l'Évolution, nous avons des raisons de croire que l'Evolution ne peut se terminer que par l'établissement de la plus grande perfection et du plus grand bonheur.

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