‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 300 sur 409 · XVIII. — LE TYPE INDUSTRIEL DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

XVIII. — LE TYPE INDUSTRIEL DE SOCIÉTÉ

562. — Les caractères du type industriel sont tellement cachés par ceux du type militaire encore dominant, qu'on n'en peut trouver encore que des exemples imparfaits. Au cours de nos interprétations, il faudra tenir compte du fait que les structures et les fonctions propres au type industriel ne se distingueront que par degré de ceux qui sont propres au type militaire. Examinons maintenant cette organisation sociale qui, entièrement incapable de soutenir la défense contre les ennemis du dehors, est exclusivement adaptée à conserver la vie de la société par l'entretien de la vie de ses unités.

563. — Si l'action corporative est la première condition d'une société qui doit se défendre contre des sociétés hostiles, réciproquement, en l'absence de sociétés hostiles, l'action corporative n'est plus la première condition.

564. — Le reste d'action corporative a pourbul de préserver les actions individuelles des interventions que ne nécessite pas une limitation mutuelle ; le type de société où cette fonction est le mieux remplie doit être celle qui survit, puisque c'esl celle dont les membres sont le plus prospères.

565. — Les exigences du type industriel excluent aussi un gouvernement despotique.

m LES PRINCIPES DE LA SOCIOLOGIE

566. — L'autorité qu'exige le type industriel ne peut être exercée que par un organe institué pour constater et exécuter la volonté moyenne; un organe représentatif est le plus propre à jouer ce rôle.

567. — La fonction de ce gouvernement, généralement définie comme étant celle d'administrer la justice, peut se définir plus spécialement comme étant celle de veiller ta ce que chaque citoyen n'obtienne ni plus ni moins d'avantages que n'en rapporte son activité, et l'on exclut ainsi toute action publique qui amènerait une distribution artificielle des bénéfices.

068. — Le régime du status propre au militarisme ayant disparu, le régime du contrat qui le remplace doit être universellement imposé, et supprime les interventions entre les efforts et leurs résultats par une distribution arbitraire.

569. — A un autre point de vue, le type industriel se distingue du type militaire en ce qu'il n'est pas à la fois positivement régulatif et négativement régulatif, mais qu'il est seulement négativement régulatif. Au membre de la communauté industrielle l'autorité dit : « tu ne feras pas ceci » et non « tu feras cela ».

570. — Avec un domaine relativement étroit d'organisations publiques se trouve, dans le type industriel, un domaine relativement vaste d'organisations particulières. L'espace laissé vacant par les unes est rempli par les autres.

571. — Il en résulte, indirectement, deux traits caractéristiques du type industriel. Le premier, c'est une plasticité relative déterminée par le principe d'efficacité qui est à la base de tout le régime.

572. — Le second trait est une tendance vers la perte des divisions entre nationalités, et à l'établissement d'une commune organisation entre les divisions des nationalités.

573. — Si nous comparons les traits des sociétés européennes au moyen âge, avec leurs traits dans nos temps modernes, nous trouverons les différences essentielles suivantes, confirmant inductivement les traits auxquels nous avait conduits la déduction. En premier lieu, avec la formation de nations couvrant de grands espaces, les guerres perpétuelles dans chaque territoire ont pris fin, et bien que les guerres- entre les nations se pro-

(luisent sur un.1 plus grande échelle, elles sont moins fréquentes, et n'occupent plus tous les hommes libres. En second lieu, il s'csi développé, dans chaque pays, une population relativement grande qui s'occupe de production et de distribution à son propre profil -. en sorte que, tandis qu'autrefois la partie travailleuse existait au profit delà partie combattante, maintenant La partie combattante existe surtout au profitde La partie travailleuse : existe ostensiblement pour la protéger dans La paisible poursuite de ses fins. En troisième lieu, le système du status, effacé dans quelques-unes de ses formes, et très modifié dans les autres, a fait place presque partout au régime du contrat. Ce n'est plus que chez ceux qui, par choix ou parla conscription, sont incorporés dans l'organisation militaire, que le système du status persiste dans sa rigueur primitive, tant qu'ils font partie de cette organisation. En quatrième heu, avec ce déclin delà coopération obligatoire, et l'accroissement de la coopération volontaire, plusieurs obstacles secondaires aux actions individuelles ont diminué. Les hommes sont moins liés à leurs localités qu'autrefois; ils ne sont pas obligés de professer certaines opinions religieuses ; on les empêche moins d'exprimer leurs idées politiques; on ne leur impose plus de règle pour leurs vêtements ou leur genre de vie ; on oppose des obstacles relativement faibles à la formation des associations privées, ou des réunions ayant un but politique, religieux, social. Cinquièmement, tandis que l'autorité publique attaque moins i individualité des citoyens, elle les protège mieux contre l'agression. Au lieu d'un régime sous lequel les individus redressaient leurs torts particuliers par la force, du mieux qu'ils pouvaient, ou en achetant l'intervention, en leur faveur, du chef, général ou local, il s'est établi un régime sous lequel on n'a pas besoin de se protéger soi-même, la fonction principale du pouvoir gouvernemental et de ses agents étant de rendre la justice. De toute manière donc, avec la décroissance relative du militarisme, et l'accroissement relatif de l'industrialisme, il J a eu un changement d'un état social où les individus existent au profit de l'Etat, ;i un ordre social où L'Etat existe au profit des individus.

;i7i. — De même que dans la dernière division nous avons noté les traits caractéristiques propres aux membres d'une

société habituellement en guerre, notons ici ceux qui sont propres aux membres d'une société dont les occupations sont exclusivement pacifiques. L'examen des faits fournis par certains petits groupes de peuples non-civilisés et non-belliqueux prouve que ces peuples, affranchis de la règle coercitive que nécessitent les activités guerroyantes, et dépourvus de sentiments qui rendent possible la subordination nécessaire — soutenant leurs propres droits tout en respectant ceux des autres — dépourvus des sentiments vindicatifs qu'engendrent les agressions du dehors et celles du dedans, manifestent, à des degrés extraordinaires, des sentiments d'humanité, au lieu de la passion sanguinaire, de la cruauté, de l'égoïste écrasement des inférieurs qui caractérisent les tribus et les sociétés militaires. Et cette supériorité morale des relations sociales chez des tribus toujours en paix, s'accompagne de la supériorité des relations domestiques. Naturellement, en revenant aux nations civilisées pour y observer la forme de caractère individuel qui accompagne la forme sociale industrielle, nous rencontrons la difficulté déjà notée, à savoir que les traits personnels propres à l'industrialisme sont, de même que les traits sociaux, enchevêtrés dans ceux qui sont propres au militarisme. Néanmoins, en comparant le caractère de nos ancêtres durant des temps de guerres continuelles avec nos propres caractères, nous verrons que, avec une proportion plus grande d'industrialisme sont venues une indépendance croissante, une féauté moins accentuée, une foi moins grande dans le gouvernement, et un patriotisme plus mitigé; et tandis que, par l'esprit d'entreprise, parla diminution de la foi en l'autorité, par la résistance au pouvoir irresponsable, s'est produite une affirmation plus forte d'individualité, un respect croissant pour les individualités d'autrui les a accompagnés, ainsi que le prouvent la diminution des agressions, et la multiplication des efforts pour le bien-être d'autrui.

575. — Ainsi pour le type industriel, comme pour le militaire, trois lignes de témoignages convergent pour montrer quelle en est essentiellement la nature. Pour éviter tout malentendu, il semble utile, avant de terminer, d'expliquer que ces traits doivent être regardés moins comme résultant immédiatement de l'industrialisme cjue comme résultant, d'une façon éloignée, du

INSTITUTIONS POLITIQUES i8T

non-militarisme. Cela ne prouve pas tanl qu'une vie passée <l;ms des occupations pacifiques est positivement moralisante, que cela oe prouve qu'une vie sociale passée à guerroyer est positivement démoralisante. Dans l'une le sacrifice des autres a soi n'est qu'accidentel; il est nécessaire dans l'autre.

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