VI. — DÉVELOPPEMENT DT SACERDOl I
606. — Ainsi qu'on l'a montré dans la Sociologie i 180 el 504), l'agrandissement du territoire d'un chef s'accompagne d'une accumulation d'affaires qui impose le concours d'auxiliaires. Entre les fonctions déléguées se trouve celle de prêtre, d'abord exercée temporairement par un frère ou un autre membre de la famille, mais devenant définitive là où les occupations du chef se sont multipliées. Celte restriction aux membres d'une famille régnante, qui est habituelle dans les premières périodes, peut être considérée comme la différenciation normale entre le chef et le prêtre, puisque le dieu étant un ancêtre déifié, les sacrifices qu'on lui offre sont encore des sacrifices offerts par des descendants.
(JU7. — Mais si c'est là l'origine habituelle du sacerdoce, ce n'est point la seule. Outre l'influence supposée du chef ou de son parent sacerdotal sur les esprits surnaturels puissants, il y a l'influence concurrente attribuée au sorcier ou homme qui fait pleuvoir. On bien, il peut venir dans la tribu un étranger immigrant qui, en vertu de son savoir ou d'artifices supérieurs, inspire un respect mêlé de crainte; un culte nouveau peut naître, soit de ses enseignements, soit de l'apothéose qu'on lui fait après sa mort.
608. — En outre, un chef d'une partie émigrante de la tribu, s'il se distingue d'une façon quelconque, deviendra probablement à sa mort l'objet d'un culte rivalisant avec le culte traditionnel, et peut-être sera le point de dépari d'un autre sacerdoce.
609. — Comme preuve de ce qui précède, il y a des faits prouvant que dans les tribus pacifiques qui ont fait de grands progrès vers l'établissement de gouvernements personnels puissants, et, par conséquent, sans l'avènement de chefs divinisés devenus dieux locaux, il n'existe que des rudiments d'une classe sacerdotale.