VII. — SACERDOCES POLYTHÉISTE ET MONOTHÉISTE
610. — Ce que nous appelons polythéisme parait tirer son origine de plusieurs causes; il suffira ici dénommer les deux plus importantes. La première est concomitante de la division
et de l'expansion des tribus devenues trop grandes pour les provisions alimentaires disponibles. Quand, dans chaque soustribu séparée surgit, ainsi que cela doit être inévitablement, quelque chef distingué ou sorcier, son double, grandement redouté, devient l'objet d'un culte, ajouté à celui de l'ancien, et, pour tous les membres de la tribu, il devient un nouveau dieu local. L'autre cause dérive de la conquête; les conquérants, sans détruire le culte des vaincus, importent leur propre culte, soit qu'ils ne le célèbrent qu'entre eux, soit qu'ils obligent les vaincus à le célébrer aussi; en chacun de ces cas la diversité des prêtres augmente.
611. — La genèse fréquente de nouveaux cultes, et la coexistence persistante de tant de cultes, chacun en possession de son sacerdoce, peuvent sembler étranges. Beaucoup de faits, cependant, prouvent que non seulement la genèse du polythéisme, mais sa longue survivance sont des conséquences du culte primitif des ancêtres.
612. — Tout comme les sujets d'un chef primitif, mécontents de son gouvernement pour une raison quelconque, désertent son service, et s'attachent à celui d'un chef voisin, de même, chez un peuple polythéiste, des déceptions amèneront l'abandon d'un dieu qui s'est montré obstiné, et la propitiation d'un dieu qu'on espère trouver plus accommodant. Cependant, c'est principalement aux conquêtes que sont dues les inégalités de la puissance attribuée aux dieux, là où il s'en trouve un certain nombre coexistant.
613. — Finalement, des conditions favorables préparent l'évolution vers le monothéisme. Avec ce progrès marche un progrès vers l'unification des sacerdoces. Les propitiateurs officiels des dieux inférieurs s'amoindrissent et disparaissent ; au contraire ceux delà divinité qui en est venue à être regardée comme la plus puissante, ou la seule puissante, s'établissent partout.
614. — Ces influences sont renforcées par celle du progrès de la culture intellectuelle, et de la capacité spéculative qui accompagne ce progrès. Une fois commencé, le changement menant au monothéisme marche d'un mouvement qui s'accélère chez les intelligences supérieures,