XXIII. — LA DISSOLUTION
177. — Lorsqu'un agrégat a atteint cet équilibre qui est Le terme de ses transformations, il reste sujet à toutes les actions de son milieu ; celles-ci peuvent accroître la quantité de mouvement qu'il contient, et il est sur qu'elles finiront par donner à ses parties, soit Lentement soit soudainement, un excès de mouvement tel que sa Désintégration s'ensuive. Le cours des changements dans
la Dissolution ainsi causée étant l'inverse de l'Évolution, nous pouvons prendre Tordre inverse pour en donner des exemples.
178. — Il est évident que la dissolution sociale qui suit l'agression d'une nation par une autre, est dans son aspect le plus large, l'introduction d'un nouveau mouvement externe. Quand, ainsi que cela arrive parfois, la société conquise est dispersée, la dissolution qui s'en empare est, à la lettre, la cessation des mouvements combinés que la société présentait, à la fois dans son armée et dans ses associations commerciales, et une chute dans un état où l'on ne retrouve plus que des mouvements individuels ou isolés, le mouvement des imités remplaçant celui des masses.
179. — Dans la dissolution organique il y a une transformation du mouvement des agrégats en mouvement des unités. La mort met un terme à tous les mouvements intégrés de l'évolution ; le processus de décomposition montre l'accroissement des mouvements insensibles dans ce fait que les gaz produits parla décomposition contiennent plus de mouvement que la matière d'où ils se dégagent. Il est évident que le mouvement a été absorbé, puisqu'on sait que sans chaleur, sans mouvement, aucune décomposition organique ne pourrait se produire.
180. — Les vagues, en battant contre la falaise qu'elles minent, et dansles tempêtes roulant et heurtant ensemble les grands rocs, finissent par les réduire d'abord en blocs et en galets, et enfin en sable et en boue. Ce mélange lui-même, ainsi que le prouvent nos plages, est soumis plus tard à des opérations semblables; sa masse cimentée de composés hétérogènes, étendue sur la grève, y est foulée et usée en quelque sorte par le contact et l'attrition, c'est-à-dire par un mouvement mécanique communiqué.
181. — La Terre considérée comme un tout, après son évolution, doit, de même que les plus petits agrégats, rester exposée aux contingences de son milieu ; et, dans le cours de ces changements incessants qui se produisent dans un univers dont toutes les parties sont en mouvement, la Terre, à une période quelconque, doit être soumise à des forces suffisantes pour en causer la désintégration complète.
182. — Si, poussant à l'extrême l'argument que l'Évolution doit aboutir à un équilibre complet, ou repos complet, le lecteur *
conclul que, autant'qu'il peut en juger, La Mort Universelle qui a été impliquée continuera indéfiniment, nous sommes conduits à inférer une nouvelle Vie Universelle. Le Mouvement et la Matière étanl en quantités iixes. il semblerait que le changement dans la distribution de la Matière qu'opère le Mouvement, arrivante une limite dans la direction où ilestporté, le Mouvement indestructible uécessiterait une distribution inverse. Il est apparent que les forces universellement coexistantes de l'attraction et de la répulsion qui, ainsi que nous l'avons mi, uécessitent un rythme dans tous les changements moindres de l'univers, nécessitent aussi le rythme dans la totalité de ses changements, et produisent tantôt une période incommensurable pendant laquelle les forces de l'attraction, en prédominant, causent une concentration universelle, tantôt une période également incommensurable pendant laquelle les forces de répulsion, en prédominant, causent une diffusion universelle : des ères alternantes d'Évolution et de Dissolution. D'où nous est suggérée la conception d'un passé pendant lequel il y aurait eu des Evolutions successives analogues à celle dont nous sommes témoins ; et celle d'un avenir au cours duquel d'autres Évolutions successives peuvent se produire, toujours les mêmes en principe, mais jamais les mêmes dans leurs résultats concrets. 183. — Nous sommes donc amenés à conclure que le processus total des choses, tel qu'il se manifeste dans l'agrégat de l'Univers visible, est analogue au processus total des choses, tel qu'il se montre chez les plus petits agrégats.