X. — FONCTIONS MILITAIRES DES PRÊTRES
628. — Parmi les nombreuses erreurs provenant de ce qu'on reporte dans le passé des idées et des sentiments modernes pour interpréter les institutions primitives, il en est peu de plus profondes que celles qui associent les fonctions sacerdotales à des actions tenues pour appartenir à un ordre élevé, et les séparent des actions sauvages et brutales. Si nous nous rappelons que les dieux des sauvages et des demi-civilisés étaient à l'origine des chefs et rois féroces dont les esprits étaient gagnés par l'accomplissement de leurs projets agressifs ou vindicatifs, nous comprendrons que les fonctionnaires chargés de les rendre propices, bien loin d'être d'abord associés par leur doctrine et leur conduite avec les caractères les plus élevés de la nature humaine, Tétaient avec les caractères les plus vils et les plus bas.
629. — Le fait que, dans l'ordre normal, le chef qui est d'ordinaire le guerrier le plus vaillant est aussi le premier prêtre, implique l'union des fonctions militaires et sacerdotales dans la même personne. Outre cette réunion des fonctions chez les chefs, il se présente des cas où une part active est prise par les prêtres aux combats.
630. — Après avoir reconnu le fait que, dès le début, l'autorité ecclésiastique active est unie à l'autorité militaire active, et avoir reconnu que dans les étapes suivantes ces deux autorités sont nominalement unies à l'autorité qui régit l'Etat, nous pouvons remarquer que bientôt les prêtres cessent, habituellement,de participer à la guerre directement, et n'y participent qu'indirectement. Leur rôle dans le combat est celui de conseiller directeur, conseiller inspiré par les dieux, ou ministre de la guerre.
631. — L'histoire de l'Europe du moyen âge prouve d'une façon indéniable que les conditions qui causent une recrudescence du militarisme rétablissent l'union primitive du soldat et du prêtre, en dépit d'un culte qui interdit l'effusion du sang. Elles la rétablissent aussi complètement que si la religion était du type le plus sanguinaire. Ce n'est que lorsque la paix commence à prédominer que le prêtre perd son caractère semiguerrier.
632. — Pour terminer, remarquons que la différenciation de ces deux fonctions de la lutte contre l'ennemi et de la propitiation des dieux, qui étaient autrefois unies dans la personne du souverain de L'Etat, s'est opérée le plus profondément dans les organisations religieuses qui sont séparées de l'Etat. Les ministres dissidents sont les moins militants des fonctionnaires ecclésiastiques.