XII. — l'église et l'état
638. — Dans le cas où, au début, l'Eglise et l'Etat se confondent, diverses causes, comme dans tous les cas, conspirent ensuite à produire leur différenciation et leur séparation croissantes. Bien que coopérant activement d'abord, ainsi qu'elles le font, parce que leurs intérêts sont les mêmes dans une grande mesure, cependant les autorités des gouvernements céleste et terrestre finissent par se disputer la suprématie, et la concurrence s'unit à la dissemblance croissante des fonctions et des organes pour séparer nettement les deux organisations.
639. — Pour comprendre cette lutte pour la suprématie, jetons un regard sur les sources de la puissance sacerdotale. D'abord le prêtre, représentant la divinité, prétend sanctionner l'autorité du souverain civil. On peut citer ensuite la prétendue autorité du prêtre sur les êtres surnaturels, pour obtenir des bénédictions, et le pardon des péchés. Dans les sociétés primitives, les prêtres sont la classe cultivée ; ils acquièrent une grande influence comme précepteurs des souverains laïques, et enfin ils ont la puissance qui résulte de l'accumulation de la propriété, car la richesse, qu'elle dérive de salaires, de dons ou de présents corrupteurs, tend partout à affluer vers l'organisation ecclésialique.
640. — Avec le développement et la spécialisation des fonctions de l'Eglise et de l'Etat, naissent des différences de tendance entre les deux, et la question se pose : le chef civil, avec son organisation de subordonnés civils et militaires, cédera-t-il ou ne cédera-t-il pas à l'organisation de ceux qui représentent des souverains morts, et professent de proférer leurs ordres ? Si, clans la société, la foi est absolue, et la terreur du surnaturel extrême, le pouvoir temporel devient assujetti au pouvoir spirituel.
641. — Il y a des raisons de croire que le changement d'une prééminence primitive du pouvoir spirituel sur le temporel à un assujettissement final du premier, provient principalement du développement de l'industrialisme avec les changements moraux et intellectuels qu'il impose.
INSTITUTIONS ECCLÉSIASTIQUES 50o<