XVI. — PASSÉ ET AVENIR DE LA RELIGION
65G. — Récapitulant brièvement, nous trouvons qu'il D'existé dans l'esprit humain primitif ni idée ni sentimenl religieux; qu'avec les progrès de la civilisation se produit la divergence de
l'être naturel de l'être surnaturel, divergence qui s'affirme de plus en plus ; que rien n'entrave la dématérialisation de l'esprit et du dieu, qui se trouve insensiblement favorisée dans l'effort pour atteindre des idées logiques d'action surnaturelle ; que le dieu cesse d'être palpable, et que plus lard il cesse d'être vu ou entendu. A côté de cette différenciation des attributs physiques de ceux de l'humanité, se produit plus lentement une différenciation entre les attributs mentaux et les attributs émotionnels. Ainsi, au cours de l'évolution sociale et de révolution concomitante de l'intelligence, sont engendrés à la fois les idées et les sentiments que nous distinguons sous le nom de religieux, et à travers un processus de causation facile à suivre ils traversent ces étapes qui les ont amenés, chez les races civilisées, à leurs formes actuelles.
657. — Que pouvons-nous préjuger de l'évolution des idées et des sentiments religieux dans les âges à venir? Il faut tenir compte de deux facteurs. Il y a le développement de ces sentiments élevés qui ne tolèrent plus qu'on attribue à la divinité des sentiments bas ; et le développement intellectuel qui ne peut plus être satisfait par les grossières explications acceptées jadis.
638. — Ces difficultés, et d'autres encore, doivent forcer les hommes, peu à peu, à rejeter les caractères anthropomorphiques supérieurs qu'ils ont attribués à la Cause Première, comme ils ont depuis longtemps rejeté les inférieurs. La conception qui s'est élargie depuis le commencement doit continuer à s'élargir jusqu'à ce que, par la suppression de ses limites, elle fasse place à une conscience qui dépasse les formes de la pensée distincte, quoiqu'elle reste toujours une conscience.
659. — L'objection que si la croyance primitive est absolument fausse, toute croyance qui en dérive doit être fausse, paraît décisive, et serait décisive si ses prémisses étaient vraies. Si inattendue qu'elle puisse paraître à la plupart des lecteurs, la réponse est que, dans le principe, un germe de vérité était contenu dans la conception primitive : à savoir, la vérité que la puissance qui se manifeste dans la conscience n'est qu'une forme, conditionnée différemment, de la puissance qui se manifeste au delà de la conscience.