III. — LA BONNE ET LA MAUVAISE COND1 [TE
8. — Nous pouvons retenir de ce qui précède que La conduite à Laquelle nous appliquons l'épithète de boum-. es1 La conduite (l'une évolution relativement plus avancée. Nous considérons comme bonne la conduite favorisant la conservation de soimême, el comme mauvaise celle qui tend à la destruction de soi-même. La conduite des parents est appelée bonne ou mauvaise, suivant qu'elle augmente ou diminue la puissance de perpétuation del'espèce en protégeant la postérité. Et I'od appelle bonne, dans toute la force du terme, la forme de conduite par Laquelle La vie se complète chez chacun, et chez les rejetons de chacun, non seulement sans empêcher les autres de compléter La leur, mais en les aidant à ce faire. La bonne conduite s'élèveà celle qu'on conçoit comme la meilleure de toutes lorsqu'elle réalise simultanément la plus grande totalité de la vie chez l'individu même, chez sa progéniture, et chez ses semblables.
9. — Dans la proposition optimiste qu'on énonce tacitement en employant les mots bon et mauvais suivant la manière ordinaire ; et dans la proposition pessimiste énoncée ouvertement qui implique que les mots bon et mauvais pourraient être employés en sens contraires, l'examen découvre-t-il quelque proposition, qui, contenue dans les deux, pourrait être tenue pour plus certaine qu'aucune d'elles, une proposition universellement affirmée ?
10. — Oui, il y a un postulat sur lequel pessimistes et optimistes s'accordent. Les arguments de tous deux tiennent pour e\ ident que la vie est bonne ou mauvaise suivant qu'elle crée, ou ne crée pas, un excédent de sensation agréable, [.'implication commune à Leurs vues opposées est, que La conduite doit servira conserver L'individu, la famille, la société, seulement dans la supposition que la vie apporte plus de bonheur que de malheur.
11. — L'analyse des types idéaux des différentes écoles de morale montre que chacune d'elles dérive sou autorité de ce type ultime : que Le bu1 convenable, qui est assigné, soit La perfection dénature, ou la yertu dans L'action, on la rectitude
dans les motifs. Examinons-les, ici, séparément, pour montrer que toutes leurs pierres de touche de bonté sont dérivées.
12 . — Il est étrange qu'une notion aussi abstraite que celle de la perfection ait jamais été choisie comme pouvant servir de système conducteur. La perfection est le synonyme de la bonté portée au plus haut degré ; d'où il suit que définir la bonne conduite en termes de perfection, c'est indirectement définir la bonne conduite en fonction d'elle-même. Naturellement, par conséquent, il arrive que la notion de la perfection, comme celle delà bonté, ne peut être formée qu'en rapport avec des lins.
13. —Passons maintenant aux théories des moralistes qui font de la vertu dans les actions leur type idéal. Si la vertu est primordiale et indépendante, il n'y a aucune raison pour qu'il y ait une correspondance entre la conduite vertueuse et une conduite donnant du plaisir, dans la totalité de ses effets, à soi-même ou aux autres, ou à tous; et s'il n'existe pas de correspondance nécessaire, il est concevable que la conduite classée comme vertueuse produise la douleur dans la totalité de ses effets. Ce qui est impossible, car l'examen montre que la conception de la vertu ne peut être séparée de celle d'une conduite qui produit le bonheur.
1 i. — Celui qui écoute ses intuitions, qui considère les sentiments de sympathie ou d'aversion que nous avons pour des actes de certains genres comme étant d'inspiration divine, n'ignore pas, ne peut pas ignorer les dérivations ultimes du bien et du mal, du plaisir et de la douleur. Pour tant qu'il soit guidé, et bien guidé, par les décisions de sa conscience concernant le caractère de ses actes, il en est venu à accorder confiance à ces décisions parce qu'il s'aperçoit qu'en s'y conformant il travaille à son bien-être et à celui des autres, et qu'en les négligeant il attirerait à la longue de la souffrance sur tous.
15. — Pour ceux-là même qui jugent la conduite au point de vue religieux, plutôt que du point de vue moral, il en va de même. Les hommes qui cherchent à se rendre Dieu propice en s'infligeantdes douleurs, ou qui se privent de plaisirs pour éviter de l'offenser, le font dans le but d'échapper à des douleurs ultimes plus grandes, ou de gagner des plaisirs ultimes plus grands. Si, par la souffrance soit positive, soit négative, endurée
Lci-bas, ils s'attendaient à s'en assurer davantage plus tard, ils n'agiraient pas comme ils le font. Ce qui pour eux esl le devoir maintenant, ne le serait plus s'il leur promettait une douleur éternelle au lieu d'un bonheur éternel. Et, s'il existe des gens qui croient que les êtres humains oui été créés pour être malheureux, et qu'ils doivent continuer à viuv pour exhiber leurs souffrances pour la satisfaction de leur créateur, ces croyants sont obligés d'employer ce critérium de jugement, car le plaisir de leur dieu diabolique est le but qu'ils poursuivent.
16. — En définitive donc, nous pouvons dire qu'aucune école ne saurait éviter de prendre comme objectif moral ultime un étal désirable de sentiment, de quelque nom qu'on le nomme, plaisir, jouissance ou bonheur. Le plaisir quelque part, à un moment quelconque, pour quelque être ou quelques êtres, esl un élément impossible à bannir de la conception. C'est une forme aussi nécessaire d'intuition morale que l'espace est une forme nécessaire d'intuition intellectuelle.