‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 328 sur 409 · VII. — LE POINT DK VUE PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

VII. — LE POINT DK VUE PSYCHOLOGIQUE

10. — Nous avons, ici, à examiner les plaisirs etles peines représentés, soit sensationnels, soit émotionnels, comme constituant des motifs délibératifs, comme formanl des facteurs dans les ajustements conscients des actes à leurs fins.

41. — Si nous représentons par a et b des phénomènes relationnels dans le milieu, qui intéressent en quelque sorte le bienêtre de l'organisme; et que nous représentions par c et d Les impressions, simples ou composées, que l'organisme reçoit de l'un, et les mouvements simples ou combinés par lesquels ses actes sont adaptés à celles-ci, la psychologie en général s'occupe du rapport entre le rapport a b et le rapport c d. L'aspect psychologique de la morale est supposé être cet aspect sous lequel l'ajustement de c cl à a b ne paraît pas seulement une simple coordination intellectuelle, mais une coordination dans laquelle les plaisirs et les peines sont à la fois des facteurs el des résultats.

i2. — Dans tout le cours de l'évolution , le motif et l'acte ilr\ ieunent de plus en plus complexes à mesure que l'adaptation des actions internes en rapport avec les actions externes relationnelles gagne en étendue et en variété. D'où suit le corollaire que les sentiments dont l'évolution est la plus récente, étant plus représentatifs et doublement représentatifs dans leur constitution , et se rattachant à des besoins plus larges el plus éloignés, ont, en moyenne, en tant que guides, une autorité- plus grande que celle des sentiments plus anciens et plus simples.

13. — La vérité générale que révèle l'étude de l'évolution de la conduite, tant chez l'homme qu'au-dessous de lui, que. pour mieux conserver la vie, les sentiments primitifs, simples, présentatifs, doivent être maîtrisés par les sentiments représentatifs, composés, dont l'évolution a été plus récente, est arrivée, au cours de la civilisation, à se l'aire reconnaître par les hommes; m. lis, au début, cela a été d'une manière trop Indistincte. La conception courante, erronée en ce qu'elle implique crae l'autorité du supérieur sur l'inférieur est illimitée, se trompe aussi en

impliquant qu'il faut résister à l'autorité de l'inférieur même lorsqu'elle n'est pas en opposition avec celle du supérieur, et se trompe en outre en impliquant qu'une satisfaction ayant un but convenable quand elle est éloignée, devient un but non-convenable si elle est rapprochée.

44. — Cet abandon volontaire d'un bien immédiat et spécial pour gagner un bien éloigné et général, tout en étant un trait cardinal de l'abnégation appelée morale, est aussi un trait cardinal des abnégations autres que celles qu'on appelle morales: les restrictions nées de la crainte du souverain visible, du souverain invisible, de la société en général. Toutes les fois que l'individu se prive fie faire ce que lui suggère un désir passager, de peur d'avoir à subir plus tard une punition légale ou la vengeance divine, ou la réprobation générale, ou tous ces châtiments à la fois, il renonce au plaisir proche et défini plutôt que de s'exposer aux peines éloignées, et plus grandes, quoique moins nettement définies, que la jouissance de ce plaisir pourrait lui apporter, et, réciproquement, quand il subit quelque peine dans le présent, c'est pour récolter dans l'avenir un plaisir probable, politique, religieux ou social. Mais quoique ces quatre sortes d'autorités internes aient le caractère commun que 1rs sentiments les plus simples et les moins idéaux sont dominés, sciemment, parles sentiments plus complexes et plus idéaux, et bien que, d'abord, ils aient en pratique la même étendue, et se confondent, cependant, au cours de l'évolution sociale, ils se différencient, et finalement l'autorité morale, avec les idées et les sentiments qui l'accompagnent, surgit indépendante.

4o. — Le motif de la morale diffère des motifs qui s'y associent en ceci que, au lieu d'être constitué par des représentations de conséquences non-nécessaires, incidentes et collatérales d'actes, il est composé de la représentation des conséquences que ces actes produisent naturellement. Et nous apercevons maintenant pourquoi les sentiments moraux et leurs restrictions corrélatives sont nés plus tard que les sentiments et les restrictions ayant pour origine les autorités politique, religieuse et sociale, et se sont si lentement, et même encore si incomplètement débrouillés. Car ce n'était que par ces sentiments et restrictions d'ordre inférieur que pouvaient se maintenir les con-

• niions nécessaires a l'évolution des sentiments el restrictions d'ordre supérieur. Ce n*cst que lorsque des restrictions politiques, religieuses et sociales ont produit une communauté stable, qu'il peut j avoir une expérience des peines positives et négatives, sensationnelles ou émotionnelles, que causenl les crimes d'agression, suffisante à engendrer cette aversiou morale pour ces crimes qui naît de la conscience de leurs mauvais résultats intrinsèques.

16. — Il reste à répondre à cette question : Comment naît le sentiment de l'obligation morale, en général ? D'où procède le sentiment du devoir, considéré a part des sentiments divers qui suggèrent la tempérance, la prévoyance, la non lé, la juslice, etc. ? La réponse est que c'est un sentiment abstrait engendré d'une manière analogue à celle dont naissent les idées abstraites. Sortant comme il le fait lentement des motifs politiques, religieux et sociaux, le motif moral participe longtemps à cette conscience de subordination à quelque agent externe qui s \ trouve réunie ; et ce n'est qu'en devenant distinct et prééminent qu'il perd cette conscience associée : et alors seulement le sentiment de l'obligation s'efface. D'où suit la conclusion étrange que le sentiment du devoir ou de l'obligation morale es1 transitoire, et diminue en raison de l'augmentation de la moralisalion. Avec l'adaptation complète à L'état social, cet élément de la conscience morale, que nous exprimons par le mol obligation, disparaîtra.

\~. — Et ceci nous amène à l'aspect psychologique de cette conclusion que nous avions, dans le dernier chapitre, reconnue sous son aspect biologique. Les plaisirs et les peines que créenl les sentiments moraux deviendront, de môme que les plaisirs el souffrances du corps, des aiguillons ou des freins dont la force sera si bien ajustée aux besoins que la conduite morale sera la seule naturelle.

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