VIII. — LE POINT DE VUE SOCIOLOGIQUE
48. — Au point de vue sociologique, L'Éthique n'est autre chose qu'un exposé défini des formes de conduite adaptées à l'état d'association, de telle sorte que la \ Le de chacun et celle
de tous paissent être aussi grandes que possible, à la fois en longueur et en largeur.
49. — Des séries dissemblables de conclusions, relatives à la conduite humaine, surgissent, suivant que nous avons affaire à un état de guerre habituel ou accidentel, ou à un état permanent et général de paix. Jetons un coup d'œil sur ces états alternatifs et leurs implications alternatives.
50. — D'abord, le bien-être des groupes sociaux, d'ordinaire en antagonisme avec d'autres groupes, a le pas sur le bien-être individuel ; et les règles de conduite qui ont l'autorité, pour le moment, impliquent une vie individuelle incomplète pour que la vie générale soit maintenue. En même temps, les règles ont à renforcer les droits de la vie individuelle autant que possible, puisque c'est du bien-être des unités que dépend le bien-être de l'agrégat, dans une grande mesure.
51. — Mais, par degrés, avec le déclin de la guerre, par degrés, à mesure que la coopération obligatoire nécessaire pour combattre les ennemis externes devient inutile et fait place à la coopération volontaire qui accomplit efficacement le soutien interne, le code de conduite impliqué par la coopération volontaire devient de plus en plus clair. Et ce dernier code permanent présente seul des formules définies, et constitue ainsi la morale comme science en contraste avec la morale empirique.
52. — Quelle forme doivent prendre les restrictions mutuelles lorsque la coopération commence ? Ou plutôt quelles sont, ajoutées à ces premières restrictions mutuelles, les restrictions secondaires mutuelles nécessaires à rendre possible la coopération ? Ce n'est que par un accord volontaire, qui n'est plus tacite ni vague, mais manifeste et défini, que la coopération peut être poursuivie d'accord, et la division du travail établie. Si l'un manque de livrer à l'autre ce qui avait été reconnu avoir une valeur équivalente au travail ou au produit fourni, la coopération est empêchée par le mécontentement qu'excite ce résultat. Et il est évident que, tant que de semblables antagonismes entravent la vie des unités, la vie de l'agrégat est mise en danger par suite de la diminution de cohésion.
53. — La base universelle de toute coopération est que les bénéfices soient en proportion des services rendus. Sans cela
il ne peul \ avoir de division du travail, soil physiologique, soi! sociologique. Et ]>nis«|u«' La division <ln travail, physiologique ou sociologique profite a ions e1 à chacun, il en résulte que le bien-être spécial et général dépend de la conservatioD des arrangements qui lui sont nécessaires. Dans une société, de tels arrangements ne se maintiennent que si les contrats, connus ou tacites, soni exécutés. De façon que, outre la première condition requise pour la coexistence harmonique dans une société, que ses imités ne s'attaqueront pas directement l'une à l'autre, il vient celte seconde condition qu'elles ne s'attaqueront pas indirectement en rompant des engagements.
54. — Maintenant, il nous faut convenir que l'accomplissement complet de ces conditions, originelles ou dérivées, ne suffit pourtant pas. On n'atteint la limite de révolution de la conduite que lorsque, outre qu'on évite les attaques directes et indirectes à autrui, on fait spontanément des efforts pour assurer le bonheur d'autrui.
55. — Ainsi le point de vue sociologique de la morale ajoute aux points de vue physique, biologique et psychologique, en révélant les seules conditions sous lesquelles les activités sociales peuvent se poursuivre, afin que la vie complète de chacun soit d'accord avec la vie complète de tous, et \ conduise.