‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 330 sur 409 · IX. — CRITIQUES ET EXPLICATIONS · texte numérisé non relu

IX. — CRITIQUES ET EXPLICATIONS

56. — On obtiendra quelque éclaircissement des questions en jeu en examinant ici certaines théories e1 certaines propositions exposées par des moralistes passés et présents.

57. — L'objection que M. Sidgwick a faite à la méthode hédonistique — aux difficultés du calcul hédonistique — contient une vérité, mais renferme aussi un aveu. Car, taudis que la proposition d'après laquelle le bonheur, individuel ou général, est le but de L'action, ne perd point sa valeur par Le fait qu'on démontre qu'on ne peut, sous aucune forme, L'estimer par la mesure de ses éléments, pourtant on peut admettre que Le fait d'être guidé dans la recherche du bonheur par une simple

balance des plaisirs et des peines, s'il peut en pallie se pratiquer dans un certain domaine de conduite, devient l'utile dans une

étendue plus grande. 11 est tout à fait logique d'affirmer que le bonheur est le but ultime de Faction, et en môme temps de nier qu'on puisse l'atteindre en en faisant le but immédiat de la vie. M. Sidgwick a raison jusqu'à la conclusion que «nous devons, au moins, admettre la désirabilité de confirmer ou corriger les résultats de comparaisons pareilles (des plaisirs et des peines) par toute autre méthode sur laquelle nous ayons des raisons de compter. [The Methods of Ethics, 1877, 134.) Nous pouvons, ici, aller plus loin, et dire qu'une partie considérable de la direction de conduite qui naît de telles comparaisons, doit être entièrement mise de côté et remplacée par une autre direction.

58. — En reconnaissant la vérité que les plaisirs de la poursuite sont plutôt ceux qui dérivent de l'usage efficace des moyens que ceux qui dérivent de la fin elle-même, nous nous trouvons en présence d'un fait profondément significatif. Il y a eu, durant l'évolution, une superposition de séries nouvelles et plus compliquées de moyens sur des séries plus anciennes et plus simples, et une superposition des plaisirs accompagnant l'usage de ces séries successives de moyens, résultant enfin en ce que chacun de ces plaisirs est devenu lui-même une fin. Aussitôt que, pour mieux entretenir la vie, les séries plus simples de moyens et les plaisirs qui en accompagnent l'usage sont complétés par les séries plus complexes de moyens accompagnés de leurs plaisirs, ces dernières commencent à prendre le pas, se montrant les premières et plus impérativement.

59. — Les rapports entre les moyens et les fins, nous pouvons les suivre à travers toutes les étapes modernes de l'évolution de la conduite ; elles sont vraies de la conduite humaine jusqu'à ses formes les plus élevées. L'emploi efficace de chaque série plus complexe de moyens devient la fin prochaine, et le sentiment concomitant devient la satisfaction immédiate qu'on recherche, bien qu'il puisse y avoir, et qu'il y ait, d'ordinaire, une conscience associée des fins plus lointaines et des satisfactions plus lointaines qu'on doit obtenir.

60. — Venons-en maintenant à la doctrine de Bentham que le corps législatif suprême devrait prendre pour son but immédiat le plus grand bonheur du plus grand nombre. Que suppose cette théorie? Elle suppose que le bonheur peut être atteint par

(1rs méthodes adaptées, directement à ce but, sans aucune enquête préliminaire concernant les conditions à remplir, et cela présuppose la croyance qu'il n'y a pas de conditions pareilles. Car s'il y a des conditions sans l'accomplissement desquelles le bonheur ne peut être acquis, le premier pas doit être de connaître ces conditions dans le but de les remplir; et admettre ceci serait admettre que a n'est pas le bonheur lui-même qui doit être le but immédiat, mais que l'accomplissement des conditions pour l'atteindre doit être le but immédiat. L'alternative est simple; ou la conquête du bonheur n'est pas conditionnelle, auquel cas un mode d'action est aussi bon qu'un autre, ou bien elle est soumise à certaines conditions, auquel cas le mode voulu d'action doit être le but direct à atteindre, et non le bonheur que ce mode d'action doit procurer.

61. — La coopération harmonieuse, par laquelle seule en toute société le bonheur le plus grand peut être réalisé, n'est, comme nous l'avons vu, possible que par le respect de chacun pour les droits d'autrui : il ne doit y avoir ni de ces attentats directs que nous appelons crimes, contre la personne et la propriété, ni de ces attaques indirectes que constitue la violation des contrats. Ainsi le maintien de rapports équitables entre les hommes est la condition de l'acquisition du plus grand bonheur dans toutes les sociétés; quelque différence de nature, de quantité, ou de toutes deux, se trouve dans le plus grand bonheur qu'on puisse atteindre dans chacune d'elles.

i'<-2. — Admettant, dans le degré qui convient, toutes les diverses théories morales, la conduite, dans sa forme la plus élevée prendra comme guides les perceptions innées du bien dûment éclairées et précisées par l'intelligence anarj tique, ayantla conscience que ces guides ne sont immédiatement suprêmes que parce qu'ils conduisent au but suprême ultime, au bonheur spécial ù la fois et général.

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