‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 331 sur 409 · RELATIVITÉ DES PEINES KT DES PLAISIRS · texte numérisé non relu

RELATIVITÉ DES PEINES KT DES PLAISIRS

63. — Il nous faul ici énoncer nue \ érité d'une importance cardinale comme donnée de morale. C'est que non seulemenl les hommes de races différentes, mais les hommes différents de la

même race, et même les mêmes hommes à différentes périodes de leur vie, ont un idéal de bonheur différent.

64. — Bien qu'il y ait un rapport absolu entre les peines positives et les actions positivement nuisibles, en tant que partout où est la sensibilité ce rapport existe, cependant une relativité partielle peut être affirmée. Car il n'y a aucune relation fixe entre la force qui agit et la sensation produite. La somme de sensation varie avec la dimension de l'organisme, le caractère de ses organes externes et celui de son système nerveux, et aussi avec les états temporaires de la partie affectée, ou du corps en général, et ceux des centres nerveux.

65. — La relativité des plaisirs est bien plus évidente, et les exemples qu'en offre le monde sensitif en général sont innombrables. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les choses différentes que des animaux différents sont poussés, par leur désir, à manger, pour se rappeler que le goût de la nourriture est en rapport avec les structures des animaux. Il en va de même pour les autres sens. L'impression d'une sensation agréable dépend premièrement de l'existence d'un organe qui est mis en jeu, et secondement de la condition de cet organe, en tant qu'elle le dispose ou non à l'activité.

66. — La vérité que les plaisirs émotionnels sont rendus pos sibles, en partie par l'existence d'organes corrélatifs, et en partie par l'état de ces organes, est également incontestable. Le fait que les manies des hommes paraissent souvent ridicules à leurs amis devrait nous faire voir que l'agrément des actions d'une espèce ou d'une autre n'est pas dû à quoi que ce soit dans la nature des actions, mais à l'existence de facultés qui y trouvent à s'exercer. Chaque émotion agréable, comme toute sensation de plaisir, est aussi en rapport, non seulement avec un certain organe, mais aussi avec l'état de cet organe : cet organe doit être dans une condition propre à l'action.

67. — Quand nous nous serons débarrassés de la tendance à penser que certains modes d'activité sont nécessairement agréables parce qu'ils nous donnent du plaisir, et que d'autres modes qui ne nous plaisent point sont nécessairement désagréables, nous verrons que lorsque la nature humaine sera pétrie à nouveau pour s'ajuster aux exigences de la vie sociale^

toutes les activités nécessaires seront agréables, tandis que toutes celles qui seront en désaccord avec ces exigences seront désagréables. Nous en inférons que, en môme temps que décroîtront ces émotions pour lesquelles L'état social n'offre que peu ou point d'objet, e1 que croîtront celles qu'il exerce avec persistance, les choses qu'on l'ait maintenant avec répugnance parce qu'elles sont obligatoires seront faites avec un vrai plaisir, tandis que celles qu'on évite par le sentiment du devoir seront évitées parce quelles sont répugnantes.

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