XII. — l'altruisme versus l'égoïsme
75. — Si nous définissons l'altruisme comme étant toute action, qui, dans le cours normal des choses, profite à autrui au lieu de profiter à soi, il suit que, dès l'aube de la vie, l'altruisme n'a pas été moins essentiel que l'égoïsme. Car tandis que, d'une part, l'omission d'actes normaux égoïstes entraîne l'affaiblissement ou la perte de la vie, et, par conséquent, de la capacité d'exercer des actes altruistes, d'autre part un manque d'actes altruistes qui cause la mort de la progéniture ou son développement insuffisant implique la disparition, dans les générations futures, des natures qui ne sont pas assez altruistes, diminuant ainsi
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l'égoïsme moyen. En un mol, chaque espèce se purifie conti- Quellement des individus égoïstes à l'excès, tandis qu'il se perd
pour elle les indiv idus altruistes à l'excès.
76. — De môme qu'il y a un progrès insensible de l'altruisme familial inconsciente l'altruisme familial conscienl de l'espèce la plus élevée, de môme il y a un progrès graduel de l'altruisme de la famille à celui de la société. Examinons maintenant les diverses manières dont, sous les conditions sociales, le bien-être individuel dépend de la considération légitime pour le bien-ôtre d'autrui.
77. — La plénitude des satisfactions égoïstes, dans l'état de société, dépendant, primairement, du maintien du rapport moral entre les efforts dépensés et les bénéfices obtenus, rapport qui est à la base de toute vie, implique un altruisme qui à la fois inspire une conduite équitable et pousse à établir l'équité. Les satisfactions égoïstes de chacun dépendent, dans une grande mesure, d'abord de sa propre justice, secondement de ce qu'il l'ait exécuter la justice parmi les autres, et troisièmement de ce qu'il soutient et perfectionne les organes par lesquels la justice est administrée.
78. — Mais l'identification de l'avantage personnel avec celui des concitoyens va plus loin encore. Tout ce qui contribue a leur ngueur intéresse le citoyen, car cela diminue la dépense de Iniii ce qu'il achète. Tout ce qui les affranchit de la maladie le touche, car sa propre aptitude à devenir malade en eâl diminuée. Tout ce qui élève leur intelligence le touche, car journellement il souffre des inconvénients que l'ignorance ou la folie d'autrui lui impose. Tout ce qui élève leur caractère moral le touche, car à chaque pas il est victime du manque de conscience de la moyenne.
79. — Bien plus directement encore ses satisfactions égoïstes dépendent des activités altruistes qui engagent les sympathies desaulres. En aliénant ceux qui l'entourent, l'égoïsme perd l'aide gratuite qu'ils peuvent lui rendre, se ferme un vaste domaine de jouissances sociales, et ne reçoit pas ces exaltations de la joie et ces adoucissements de La douleur qui viennenl de la sympathie humaine.
80. — Il existe encore d'autres modes où l'égoïsme non modifié
par l'altruisme échoue habituellement. L'égoïsme exagéré dépassé le but en amenant l'inaptitude au bonheur. Les satisfactions purement égoïstes deviennent moins vives par la satiété, même au début de la vie, et disparaissent presque vers son déclin ; les joies moins rassasiantes de l'altruisme laissent une place vide pendant toute la vie, surtout dans la dernière partie où elles remplacent dans une si grande mesure les satisfactions égoïstes ; et il se produit une sorte d'insensibilité pour les plaisirs esthétiques d'ordre plus élevé.
81. — Il faut indiquer ici le fait, à peine reconnu, que cette dépendance de l'égoïsme de l'altruisme règne au delà deslimites de chaque société, et tend toujours à devenir universelle. Le fait que dans chaque société, elle devient plus grande à mesure que l'évolution sociale, impliquant une augmentation de dépendance mutuelle, progresse, n'a pas besoin d'être démontré ; et c'est un corollaire que, aussi rapidement que la dépendance réciproque des sociétés estaugmentéeparles relations commerciales, le bien-être interne de chacune devient un sujet d'intérêt pour les autres (1).