V. — CORRESPONDANCE DE LA VIE AVEC LE MILIEU
27. — Nous distinguons habituellement un objet vivant d'un objet mort en observant si un changement dans les conditions environnantes est ou n'est pas suivi de quelque changement perceptible et approprié dans cet objet. En ajoutant ce trait caractéristique important, nous arrivons à formuler ainsi notre conception de la vie : La combinaison définie de changements hétérogènes à la fois simultanés et successifs, en correspondance avec des coexistences et des séquences externes. Quelques exemples nous serviront à faire sentir toute l'importance de cette addition.
28. — Tout acte de locomotion implique la dépense de certaines forces mécaniques internes, disposées quant à leur quantité et leur direction de façon à balancer ou surpasser certaines forces extérieures. L'acte de reconnaître un objet est impossible sans une harmonie entre les changements qui constituent la perception et les propriétés particulières qui coexistent dans le jiilieu. Lorsqu'un animal échappe à un ennemi, il faut supposer des mouvements dans son organisme qui sont en relation, en
espèce et en rapidité, avec des mouvements en dehors de son organisme. La destruction d'une proie réclame une combinaison particulière d'actions subjectives appropriées parleur degré ci leur succession à L'emporter sur un groupe d'actions objectives.
29. <>n peul exprimer par des symboles la différence de cette correspondance chez les corps inanimés et animés. Si A csi un changement dans le milieu, supposons que Jï sera un changemenl conséquent dans la masse ^organique. Quand A a produit H. l'action cesse. Mais si vous prenez un être vivant convenablement organisé et si le changement B lui imprime un changement C, tandis que le milieu A cause a, dans le corps vivant C causera c ; et a et c présenteront un certain accord quant au temps, au lieu ou à l'intensité. Et tandis que c'est dans la production incessante de tels accords ou de telles correspondances que la Vie consiste, c'esl pur leur production continue que la Vie est entretenue.
30. — Puisque, dans tous les cas, nous pouvons considérer les phénomènes externes comme simplement en relation, et les phénomènes internes aussi, comme simplement en relation, la définition la plus large et la plus complète de la vie sera: l'accommodation continue des relation* internes aux relations externes. Il sera peut-être mieux, pourtant, d'employer à l'ordinaire son équivalent plus concret, et de considérer les relations Internes comme « des combinaisons définies de changements simultanés et successifs », les relations externes comme « des coexistences et des séquences », et le lien qui les unit comme •■ une correspondance ».