VI. — LE DEGRÉ DE VIE VARIE EN RAISON DU DEGRÉ DE LA CORRESPONDANCE
31. — Il faut remarquer maintenant que la vie occupe dans l'échelle un degré plus élevé en proportion île la perfection de la correspondance entre les relations internes et les relations externes.
32. — Chaque progrès doit consister dans l'addition aux adaptations préalables que présente l'organisme, en quelque
relation nouvelle correspondant à une relation de plus dans le milieu. Et -plus grande sera la correspondance ainsi établie, et plus grandes, toutes choses égales d'ailleurs, se montreront la complexité de la vie et la prolongation de sa durée. Vérité que nous toucherons du doigt en nous rappelant l'énorme mortalité qui règne chez les créatures d'organisation inférieure, et cet accroissement graduel de longévité, et la diminution de fertilité que nous rencontrons en remontant vers les créatures de développement déplus en plus élevé.
33. — Les relations avec le milieu auxquelles doivent correspondre les relations dans l'organisme, augmentent en nombre et en complexité à mesure que la vie s'élève. L'histoire de l'humanité démon1]»' bien cette vérité générale. Dans le cours de ses progrès, l'humanité a ajouté à son milieu physique un milieu sorial qui a été se compliquant toujours plus.
34. — Il est bon d'indiquer ici que les autres distinctions que nous avons successivement notées quand nous mettions en contraste les changements vitaux avec les changements non vitaux (Biologie, 25) sont toutes impliquées dans cette dernière : leur correspondance avec des coexistences et des séquences externes.
35. — Pour donner la preuve la plus simple et la plus concluante que le degré de vie varie avec le degré de correspondance, il reste à ajouter que la correspondance parfaite serait la vie parfaite.
36. — Les corps vivants étant des corps qui présentent au plus haut degré les changements de structure qui constituent l'Évolution, et la vie se composant des changements fonctionnels qui accompagnent ces changements de structure, il doit y avoir une certaine harmonie entre la définition de l'Évolution et celle de la Vie. Cette harmonie ne fait pas défaut. Cet entretien d'une correspondance entre les relations internes et externes que nous avons reconnu constituer la Vie, et dont la perfection est la perfection même de la Vie, répond entièrement à cet état d'équilibre organique mobile que nous avons vu se produire au cours de l'Évolution, et qui tend toujours à devenir plus complet. Nous ne pouvons qu'être confirmés dans nos premières conclusions (si toutefois cela était nécessaire) en voyant que deux enquêtes,
parlant de points différents et poussées dans des directions différentes, aboutissent à des conclusions si complètement d'accord entre elles.
37. — Nous avons vu maintenant le caractère général des fonctions Vitales, et de la Matière dans laquelle elles se produisent. La Science de la Biologie devient l'exposé de Ions les phénomènes qui accompagnent l'exécution de ces Fonctions par cette Matière, toutes les conditions, concomitances etconséquenees, sons les diverses circonstances auxquelles sont soumis 1rs corps vivants. On peut diviser la matière de son sujel en l'exposition:
i. — Des phénomènes de Structure présentés: a, par les organismes individuels; 6, parles successions d'organismes.
ii. — Des phénomènes Fonctionnels présentés: «, par les organismes individuels; h. par les successions d'organismes.
ni. — Des actions de Structure sur la Fonction, et les réactions de La Fonction sur la Structure présentées: a, par les organismes individuels; b, parles successions d'organismes.
iv. — Les phénomènes accompagnant la production des successions d'organismes; en d'autres mots, les phénomènes de la Genèse.
:58. — L'interprétation de la première grande division de la Biologie appartient à la Morphologie et à l'Embryologie. La première traite de l'arrangement des parties dans l'organisme à son état de maturité. La seconde, des modifications successives (pie celui-ci traverse dans son développement, depuis le germe Jusqu'à la forme adulte. En comparant entre elles les structures des organismes, on obtient un groupement nommé Classification.
:!'•>. — La seconde grande division de la Biologie est ce qui en partie constitue la Physiologie, tandis que l'autre partie reçoil le nom de Psychologie. La comparaison des fonctions corporelles avec les fonctions mentales, telles qu'elles se produisent dans les divers ordres d'organismes, montre qu'il existe, dans une étendue plus ou moins grande, une communauté de
processus et de méthode. D'où résultent deux groupes de propositions abstraites, constituant la Physiologie Générale et la Psychologie Générale.
40. — La troisième grande division de la Biologie comprend la détermination des fonctions par les structures et la détermination des structures par les fonctions. Il n'est pas possible d'étudier séparément les recherches de ces deux subdivisions. Car quelle que soit celle d'où part le changement initial, il y a entre elles une action et une réaction incessantes, qui produisent en elles des modifications coordonnées.
41. — On peut diviser en trois subdivisions les phénomènes de la Genèse : la description de tous les modes spéciaux par lesquels s'opère la multiplication des organismes; la solution des questions générales telles que : quel est le but que sert subsidiairement l'union de la cellule spermatique et de la cellule germinative ? et la troisième subdivision s'occupe simplement des divers taux de multiplication chez les différentes espèces d'organismes, et les différents individus de la même espèce.
42. — L'état limité de nos connaissances nous oblige à suivre une marche toute différente de cet ordre idéal. Nous devrons, d'abord, faire un exposé dos généralisations empiriques, que les naturalistes et les philosophes ont établies, les arrangeant en vue d'en faciliter l'intelligence, et y ajoutant, partout où faire se pourra, les interprétations déductives que nous fournissent les Premiers Principes.