‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 40 sur 409 · I. — CROISSANCE OU AUGMENTATION DE VOLUME · texte numérisé non relu

I. — CROISSANCE OU AUGMENTATION DE VOLUME

43. — La croissance do l'organisme est, peut-être, l'induction la plus vaste et la plus connue de la Biologie. Toutefois, tandis que ce trail caractéristique est présenté par les plantes et les animaux d'une façon si habituelle et si évidente, il ne leur est [•as particulier. Dans des conditions favorables, l'accroissement de volume se produit chez les agrégats inorganiques, aussi bien que chez les agrégats organiques. Les cristaux croissent, et souvcnl plus rapidement que les corps vivants. L'accroissement est concomitant de l'Évolution, et l'Évolution d'une sorte ou d'une autre étanl universelle, l*accroissemen1 l'est aussi, c'est-à-dire, dans le sens que tous les agrégats le présentvni cm quelque façon, et à quelque moment de leur durée. Les diverses conditions par lesquelles sont gouvernés les phénomènes de la croissance organique, conspirant ou se combattant entre elles de manières sans cesse différentes et à des degrés divers, doivent qualifier plus ou moins différemment leurs effets réciproques. D'où il suif (pie les généralisations suivantes doivent être admises comme vraies, en moyenne, ou, toutes Choses étant ('gales, qu'en premier lieu, la croissance étant une intégration dans l'organisme des substances environnantes de nature semblable ;i celle des suhslaiices composant l'organisme, cette croissance de L'organisme dépendra de la provision disponible de ces substances, lai second lieu, la provision dispo-

nible de substance assimilable étant la même, et que les autres conditions ne changeant pas, le degré de la croissance sera en proportion du surplus de la nutrition sur la dépense. En troisième lieu, dans le même organisme l'excédent de la nutrition sur la dépense est une quantité variable, et la croissance est sans limites, ou a des limites définies, suivant que l'excédent est ou non en diminution progressive. Propositions qui sont justifiées par la croissance incessante des organismes qui ne dépensent aucune force, par la croissance diminuant lentement mais ne cessantjamais complètement, des organismes qui dépensent relativement peu de force, et par la croissance limitée d'une façon définie des organismes qui dépensent beaucoup de force. Quatrièmement, chez les organismes qui dépensent beaucoup de force, le volume atteint définitivement est, toutes choses égales, déterminé par le volume initial. Cinquièmement , là où la ressemblance des autres conditions permet la comparaison, l'étendue possible de la croissance dépend du degré de l'organisation : conclusion qu'attestent les plus grandes espèces dans les diverses divisions et subdivisions des organismes. Ces relations générales inductives peuvent-elles être établies déductiveinent?

M. — On peut prouver à priori qu'il existe une certaine dépendance entre la croissance et l'organisation. On ne peut mettre en doute qu'un animal plus complexe, capable d'accorder sa conduite avec un plus grand nombre d'éventualités environnantes, sera plus apte à s'assurer sa nourriture en évitant tout danger, et par suite à augmenter de volume. Évidemment, l'existence d'un grand animal, vivant sous les conditions complexes qui se trouvent partout, n'est possible qu'avec une organisation comparativement supérieure.

45. — L'induction nous fait connaître, ce que la déduction nous prouve être nécessaire, savoir : que la valeur de la nourriture pour la croissance dépend, non de la quantité des divers matériaux organisables qu'elle contient, mais de la quantité des matériaux dont l'organisme a le plus besoin ; qu'étant donnée une proportion convenable de matériaux, la structure préexistante de l'organisme limite leur pouvoir utile ; et que plus la structure est élevée et plus la limite se trouve vite atteinte.

16. — Mais pourquoi tons les organismes, une (bis en possession des matériaux qui leur sontnécessaires, ne continueraient- Ils pas ainsi à croître aussi Longtemps qu'ils vivent? Nous avons vu que les organismes sont pour la plupart construits de composés <[iii sonl des réservoirs de force. (Biologie, 1-23.) Ces substances étanl à la fois des matériaux de croissance organique et des sources de force organique, il suit do la persistance de la force que la croissance est en substance équivalente à la nourriture absorbée, moins la nourriture consommée sous forme d'action. Mais ceci ne suffit pas à expliquer pourquoi, dans chaque animal domestique, les augmentations de croissance sont en raison continuellement décroissante de la masse, et finissent par s'éteindre. Il est néanmoins aisé de démontrer que l'excès de la nourriture absorbée sur celle qui est consumée, doit diminuer à mesure que le volume du corps augmente. Puisque, dans des corps semblables, les aires varient comme le carré des dimensions, et les masses comme les cubes, il suit que quelque grand que l'excédent de l'assimilation sur la dépense puisse être durant les premiers temps de la vie d'un organisme actif, un point doit êlre atteint, si l'organisme vit assez longtemps pour cela, où l'excès de l'assimilation se trouve réduit à rien — un point où la dépense balance la nutrition, c'est-à-dire un état d'équilibre mobile.

•47. — Évidemment cet antagonisme entre l'accumulation et la dépense doit être une des causes principales des contrastes observés entre les volumes d'animaux très voisins, et a beaucoup d'égards placés dans des conditions semblables. Les causes qui influent sur la croissance sonl. cependant, si nombreuses qu'elles ne permettent pas d'établir celle-ci inductivement.

48. — Nous arrivons maintenant à des contrastes 1res marqués de croissance qui ne sont attribuantes à aucune des causes précédentes. Par exemple le volume d'un bœuf dépasse immensément celui d'un mouton. Pourtant l'un et l'autre vivent, dune génération à l'autre, dans les mômes champs, se nourrissant de la môme herbe et dos mômes raves, obtiennent ces aliments avec la môme dépense minime de force, et diffèrent à peine dans leurs degrés d'organisation. D'où vient donc leur frappante dissemblance de volume? Cela vient de ce que le veau e1

l'agneau commencent leurs opérations physiologiques sur des échelles très différentes ; leurs premiers accroissements de croissance offrent un môme contraste dans leur quantité, et les deux séries diminuantes d'accroissements aboutissent à des limites pareillement contrastées, les sommes totales de séries diminuantes analogues dépendant des quantités de leurs termes initiaux.

49. — Telles sont les diverses conditions qui régissent les phénomènes de croissance. Comme elles se limitent et se qualifient plus ou moins diversement entre elles, nous sommes obligés de poser chaque généralisation comme vraie en moyenne, ou toutes choses étant égales d'ailleurs.

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