‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 48 sur 409 · VIII. — HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

VIII. — HÉRÉDITÉ

80. — Comprise dans son intégrité, la loi de la transmission héréditaire veut que chaque plante ou chaque animal en produise d'autres de même espèce que lui-même , la ressemblance spécifique ne consistant pas tant dans la répétition des traits individuels que dans la reproduction d'une même structure générale. Le fait que tout organisme, au cours de développement, prend définitivement la forme de la classe, de l'ordre, du genre et de l'espèce d'où il est sorti, est devenu banal, à force de répétition, et a pris dans notre esprit presque l'aspect d'une nécessité. On peut partager en deux classes les exemples d'hérédité. Dans la première se rangent les cas où des particularités congénitales, qu'on ne saurait rapporter à des causes appréciables, sont léguées aux descendants. Dans la seconde se placent les faits où les particularités ainsi transmises ne sont pas congénitales , mais résultent des changements survenus dans les fonctions durant la vie des individus qui les transmettent. Nous allons examiner les faits de la première classe.

81. — Quand nous voyons des milliers d'hommes dont les profits ou les pertes dépendent de la vérité des inductions qu'ils ont tirées d'observations simples, constamment répétées , et quand ces conclusions, tirées et transmises de génération en génération par ces observateurs si profondément intéressés, sont devenues des convictions inébranlables, nous pouvons les accepter sans hésitation. Les éleveurs constituent une classe de ce genre qui se dirige d'après ces expériences et est animée de la conviction que les caractères secondaires de l'organisation se transmettent par hérédité, aussi bien que les principaux. De là le prix colossal payé pour les chevaux qui ont remporté des prix aux courses, et le soin qu'on met à en conserver la généalogie. On a encore reconnu depuis longtemps, et d'une façon universelle, l'hérédité de maladies telles que la goutte, la phtisie et la folie.

82. — Il est relativement difficile de prouver la transmission des particularités de structure qui proviennent de particularités fonctionnelles. Nous sommes réduits à des faits avec lesquels la

Sélection naturelle ne peutrien avoir à faire; elles faits fie ce genre sonl difficiles à trouver. En voici pourtant quelques-uns, et les meilleurs se rencontrent chez la race humaine. Nul n'ignore qu'aux États - Unis les descendants des immigrants irlandais perdent leur physionomie celtique et s'américanisent. Kl ceci ue peut être attribué à des mariages avec les Américaines, mariages qui représentent une quantité négligeable. Il en esl de même pour les immigrants allemands; quoique ceuxci se tiennent fort à l'écart, ils prennent bientôt le type dominant. On peut aussi noter des modifications spéciales. Les personnes dont les ancêtres vivaient du travail de leurs mains ont reçu de ceux-ci de grosses mains, tandis que les descendants de ceux qui ne se livraient pas au travail manuel ont d'ordinaire de petites mains ; cela est reconnu. — La plus évidente preuve de l'hérédité des altérations de structure causées par des altérations de fonction est fournie par la maladie. On sait généralement que, chez les personnes jusque-là bien portantes, la phlisie peut survenir à la suite de conditions d'existence défavorables: une nourriture mauvaise ou insuffisante; des habitations malpropres, humides, mal aérées, et même des inquiétudes prolongées. Mais l'on sait mieux encore que la àiathèse tuberculeuse se transmet des parents aux enfants.

83. — Nous ne pouvons omettre de mentionner le retour, chez les enfants, de traits qui ne se trouvaient pas chez les parents, mais chez des grands parents ou des ancêtres éloignés: l'Atavisme. Il ne faul pas oublier une seconde particularité de l'Hérédité : la limitation de l'Hérédité par le sexe , c'esl-àdire la limitation de certaines particularités transmises par celui des parents qui possédai! ces particularités, à L'enfant du même sexe.

84. — Nous devons conclure que la ressemblance de chaque organisme avec l'un ou l'autre des parents sera transmise par les tendances spéciales des unités physiologiques dérivant de ce parent. Dans le germe fécondé résident deux groupes d'unités physiologiques qui diffèrent légèrement dans leur structure. Pendant toul le processus évolutif, les deux sortes d'unités concordant principalement par leur polarité et La forme vers Laquelle elles tendenl mais ayant aussi des différences secon-

daires, travaillent à l'unisson pour produire un organisme de l'espèce d'où elles dérivent, mais travaillent l'une contre l'autre à produire des copies des organismes parents d'où elles sont issues respectivement. Il en résulte, en définitive, un organisme où les traits d'une unité se trouvent mêlés à ceux de l'autre. Ce serait nier implicitement la persistance de la force que de dire que la structure d'un parent peut être changée par des altérations de fonction, et pourtant engendrer une progéniture exactement semblable à celle qu'il eût produite s'il n'avait pas été modifié ainsi.

Page 1