‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 49 sur 409 · IX. — VARIATION · texte numérisé non relu

IX. — VARIATION

80. — A côté du principe que tout organisme présente une ressemblance générale avec ses parents, il en est un autre, non moins frappant : c'est qu'aucun organisme n'est exactement semblable à ses parents. Il n'existe pas deux plantes qu'on ne puisse distinguer ; et on ne trouverait pas deux animaux qui ne présentent point de différences. La variation a un domaine aussi étendu que l'Hérédité. La transmission des variations est elle-même variable , et elle varie dans les deux directions du déclin et de l'augment. Un trait appartenant à l'un des parents peut être contre-balancé par l'influence de l'autre au point de ne pas apparaître chez les descendants, ou, s'il n'est pas ainsi contre-balancé, le descendant peut le posséder, soit au même degré, soit à un degré moindre, ou bien il peut le présentera un degré encore supérieur.

86. — L'induction nous indique trois causes de variation, qui agissent toutes ensemble : l'hétérogénéité des parents, qui, si elle agissait uniformément et seule pour créer de nouvelles divergences, créerait ces divergences nouvelles au même degré dans toute la progéniture des mêmes parents, ce qui n'est pas ; la variation fonctionnelle chez les parents, qui, agissant soit seule, soit combinée avec la cause précédente, imposerait des variations pareilles h tous les jeunes produits simultanément, ce qui n'est pas. 11 y aurait donc une troisième cause de variations qu'il reste à découvrir, qui agit en même temps que les variations de structure et de fonctions des ancêtres et parents.

87. — L'uniformité des espèces sauvages, el la nhiltiformité de ces mômes espèeès quand elles sont domestiquées, impliquent une relation entre la variation et l'action des conditions externes. Si le changement des conditions est la seule cause connue par laquelle l'homogénéité originelle d'une espèce est détruite, el si le changement des conditions n'affecte un organisme que par L'altération de ses fonctions, ilsuit'quel'aitéfcation de la fonction est la seule cause interne à laquelle on puisse attribuer le commencement de la variation.

88. — Pouvons-nous expliquer la « variation spontanée » de nouveaux individus, produits simultanément par les mômes parents d'animaux de la môme portée? Nous avons vu dans les Pretnïei's Principes (149) qu'aucune partie quelconque d'un agrégat quelconque n'étant soumise aux mêmes forces que les autres parties, elles doivent devenir plus ou moins dissemblables. Il suit qu'on ne trouvera jamais deux œufs, ni deux; spermatozoïdes, ou deux cellules polliniques , exactement identiques. Dans chaque cas, la petite différence initiale dans les proportions et les conditions des unités pbysiologiques légèrement dissemblables amènera, pendant l'évolution, une multiplication continuelle de différences qui engendreront des divergences sensibles à la lin. Cette différence initiale s'accroîtra aussi par la ségrégation qui se produit inévitablement dans tout agrégat forme d'unités, et empêchera une moyenne homogène entre les parents. UPremiers Principes, I»'»:!.)

89. — Il \ a une autre cause de variation dans le fait que chaque parent a eu des parents plus ou moins dissemblables. Chaque parent a reçu par hérédité au moins deux ordres d'unités ph\ siologiques : il n'a pas une constitution homogène ainsi que nous l'avions supposé jusqu'ici, pour simplifier. D'après la loi générale des probabilités, on peut conclure que, si ces influences compliquées se neutralisenl habituellement l'une l'autre, il doit, de temps en temps, en résulter des combinaisons de nature à produire des divergences 1res marquées.

90. — A quelle cause peut être attribuée l'hétérogénéité qu'on admet entre les unités physiologiques de différents indh idus de la môme espèce ? C'est au fait que chaque membre d'une espèce dont les circonstances ont été changées ne sera pas influencé de

la même manière ; sans une uniformité absolue chez les individus, les changements fonctionnels qui sont déterminés, et par suite les unités, doivent être plus ou moins dissemblables.

91. — La variation résulte nécessairement de la persistance de la force. Car les membres d'une espèce doivent être soumis à des agrégats de force différents dans tout le territoire qu'ils habitent, ils doivent devenir différents, en eux-mêmes et dans leur progéniture; car dire que des différences dans les forces ne produiront pas de différence dans les effets, c'est nier la persistance de la force. Nous devons dire que, dans tous les cas, le changement adaptatif de fonctions est la cause première et toujours agissante du changement de structure constituant la variation, et que la variation qui semble « spontanée » est dérivée et secondaire.

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