‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 50 sur 409 · X. — GENÈSE, HÉRÉDITÉ ET VARIATION · texte numérisé non relu

X. — GENÈSE, HÉRÉDITÉ ET VARIATION

92. — Résumons maintenant la question que nous avons déjà hypothétiquement résolue [Biologie, 78-79). Pourquoi la Gamogenèse se représente-t-elle ? Chez les unités physiologiques, comme chez les unités d'un ordre plus simple, une similarité imparfaite doit amener un équilibre polaire imparfait, et une aptitude moindre à résister à des forces perturbatrices. Par suiteT étant donnés deux organismes, qui, par la diminution de la nutrition ou l'accroissement de la dépense, se trouvent arrêtés dans leur croissance — étant donné chez chacun d'eux un état voisin de l'équilibre entre les forces des unités et les forces de l'agrégat — étant donné, donc, un état d'équilibre relatif entre les unités qui rende désormais difficile le rarrangement de ces unités par des forces incidentes, il suivra qu'en unissant un groupe d'unités d'un des organismes à un groupe d'unités légèrement différentes de l'autre, la tendance vers l'équilibre se trouvera diminuée, et les unités mélangées seront rendues plus susceptibles de modification dans leurs arrangements par les forces agissant sur elles ; elles recouvreront assez de liberté pour redevenir aptes à cette redistribution qui constitue l'évolution. Quel moyen nous donne cette hypothèse d'interpréter les inductions établies?

93. — Le fait que chez les plantes hermaphrodites et chez des

animaux il y a des dispositions compliquées pour empêcher les cellules germinatives d*un individu d'être fécondées par les cellules spermatiques d'un autre, tond à montrer, comme l'hypothèse l'implique, que le point essentiel de La fécondation est l'union des parties spécialement appropriées d'organismes différents.

94. — Ceci semblerait impliquer la conclusion que cette fécondation d'un individu par lui-même est impossible, dont cependant quelques plantes etlesentozoaires nous présentent des exemples. Celle fécondation directe se produit grâce à la ségrégation, notée dans le dernier chapitre (Biologie, 89), des différents ordres des unités physiologiques héritées de divers parents et de diverses lignes ancestrales. On peut attendre, d'après l'observation des faits, la conclusion que la fécondation directe est, au mieux, relativement inefficace, et perd, avec le temps, toute son efficacité; car les contrastes qui existaient originellement parmi les unités physiologiques s'oblitèrent progressivement, grâce à la fécondation directe, et la ségrégation des unités différentes devient impossible. La fertilité diminuera graduellement, et la série finira par s'éteindre.

9o. — N'y a-t-il point ici, aussi, une solution évidente de la croyance répandue chez les éleveurs que les animaux et les plantes nés d'un croisement possèdent plus de vigueur et de fertilité, et aussi que ces mémos qualités se perdent lorsque les unions sont plus rapprochées? Cette conclusion est d'accord avec la croyance généralement reçue touchant les mariages con- ^anguins chez la race humaine.

96. — La Gamogenèse est aussi un moyen de tourner à un avantage posilif les différenciations individuelles qui, en son absence, auraient des résultais positivement nuisibles. Si les individus n'étaient pas incessamment rendus dissemblables par leurs conditions dissemblables, il ne se produirait pas entre eux ces différences de constitution moléculaire que nous avons reconnues nécessaires â la production des germes fécondés de nouveaux indh idus. El si ces différenciations oe s'effaçaient pas Bans cesse mutuellement, elles arriveraient â limiter fatalement le champ de L'adaptation.

97. — Le pouvoir qu'a cette hypothèse des unités physiologiques de donner la clef de tant de phénomènes, et de réunir par un lien commun tant de phénomènes qui paraissaient si peu rapprochés, semble une preuve évidente de sa vérité, surtout lorsqu'on remarque qu'elle fait concorder les faits de la Genèse, de l'Hérédité et de la Variation avec les premiers principes. Quand nous voyons que ces unités physiologiques plastiques, dont nous nous trouvons obligés d'admettre l'existence, sont justement les atomes plus intégrés, plus hétérogènes, plus instables et plus multiformes qui résulteraient de la continuation du progrès qui aboutit à la substance organique ; quand nous voyons que les différenciations de ces atomes, que nous supposons se produire dans les agrégats différemment conditionnés, et leur équilibration que nous supposons se produire dans les agrégats qui conservent des conditions constantes, ne sont que des corollaires des principes universels qui découlent de la grande loi de la persistance de la force ; quand nous voyons que l'entretien de la vie dans les générations successives d'une espèce devient une conséquence de l'incidence continue de nouvelles forces sur l'espèce, pour remplacer les forces qui ne cessent d'aboutir rythmiquement à l'équilibre, dans l'œuvre de la pmpagation de l'espèce; et quand nous voyons que ces phénomènes, en apparence exceptionnels, qui se manifestent clans la multiplication des êtres organiques, prennent leur place parmi les résultats des lois générales de l'évolution, nous possédons des raisons valables d'admettre l'hypothèse qui nous fournit cette interprétation.

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