XI. — CLASSIFICATION
98. — La classification peut être employée pour faciliter l'identification, comme lorsque les livres sont arrangés selon l'ordre alphabétique du nom de leurs auteurs, ou pour organiser nos connaissances, comme lorsqu'ils sont arrangés suivant la matière qui en fait le sujet, Mathématiques, Histoire, etc. Les premières classifications sont des groupements d'objets qui se ressemblent par des attributs qu'il est aisé d'apercevoir. Les classifications auxquelles on finit par arriver nous servent
à identifier plus complètement les choses, et nous mettent à môme d'exprimer la plus grande somme de connaissances relatives à chaque sujet, nous permettent d'affirmer le plus grand nombre de faits sur loutes les choses; on voit par là qu'elles expriment la correspondance la plus exacte entre nos conceptions et les réalités.
99. — Les classifications biologiques nous fournissent d'excellents exemples des diverses phases que traversent en général toutes les classifications. Il y a, d'abord, un essai pour se guider par des caractères simples et évidents, et une tendance à l'arrangement linéaire ; puis vient un respect plus grand pour les combinaisons de caractères essentiels, mais souvent peu évidents; et un arrangement en groupes divergents, et sousgroupes encore divergents. Dans la classification botanique, à l'heure actuelle, l'arrangement linéaire a disparu, et fait place aux groupes, sous-groupes et sous-sous-groupes, qui ne souffrent pas d'être placés en ordre sériaire, mais seulement en ordre divergent redivergent. Chaque plus petite classe successive a un nombre croissant d'attributs coexistants.
100. — De même que la classification moderne des plantes, celle des animaux qui est actuellement acceptée ne présente plus l'ordre linéaire. Nous voyons, dans celle du professeur Huxlej , que les relations entre les grands groupes du règne animal, les Protozoaires, les Cœlentérés, Annelés, Wollusqtœs, Vertébrés , sont schématiquement représentées, en plaçant ces groupes au bout de cinq rayons de longueur diverse, divergeant à angles différents d'un môme centre. Chaque groupe se sul)di\ ise ensuite en groupes de groupes, arrangés de même en rayons, à des angles el a des distances variables par rapporta chaque sous-centre, pour représenter les divisions successives subordonnées des classes, ordres, etc. Les distances des grandes divisions par rapport au centre généra] exprimenl grossièrement leurs degrés respectifs de divergence par rapport à la matière organique, simple, non différenciée, qui doit être considérée comme leur source commune. Dans chaque groupe, l'éloignemenl par rapport au centre local représente de môme, grossièrement, le degré d'éloignement par rapport au plan général du groupe. Aucun diagramme, pourtant, ne saurait donner
une conception exacte. En supposant même qu'un diagramme représenterait les rapports des animaux entre eux aussi exactement qu'ils peuvent l'être sur une surface plane (ce qui ne peut pas être), il ne donnerait pas encore une expression adéquate de ces rapports. De telles relations ne peuvent se représenter dans l'espace à deux dimensions ; il y faut trois dimensions.
101. — Le fait que les classifications sont devenues de plus en plus naturelles a pourtant fait naître l'idée erronée que les espèces, les genres, les ordres et les classes sont des assemblages d'une valeur définie. Nous devons nous rappeler que cela n'est pas. Tandis que nos groupes subordonnés successifs ont une certaine correspondance avec les réalités, ils ont l'inconvénient de donner inévitablement aux réalités un caractère de régularité qui n'existe pas.
102. — Les classifications mettent en lumière une vérité générale des plus significatives. Nous nous apercevons que, généralement parlant, les groupes successivement subordonnés se distinguent les uns des autres par des traits d'une importance successivement moindre au point de vue physiologique. Les attributs que les plus grands groupes d'organismes possèdent en commun sont peu nombreux, mais absolument essentiels ; ils affectent fondamentalement les actions les plus vitales. Chaque groupe secondaire compris dans l'un de ces assemblages primaires est caractérisé par d'autres attributs communs qui influent moins profondément sur les fonctions , et ainsi de suite, à chaque degré inférieur de l'assemblage.
103. — Quelle est la signification de ces rapports particuliers des formes organiques? La loi des probabilités nous défend de croire qu'elles aient pu se produire d'une manière fortuite. Elles ne peuvent pas, non plus, être dites nécessaires dans le sens que toutes les autres combinaisons seraient impraticables. Les attribuer à un dessein ne ferait qu'ouvrir la voie à d'autres difficultés. Nous montrerons dans le chapitre qui suit quelle est l'unique solution possible.