‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 52 sur 409 · XII. — DISTRIBUTION · texte numérisé non relu

XII. — DISTRIBUTION

104. — La distribution des organismes dans l'Espace peut être considérée sous deux points de vue : leur limitation à des milieux qui leur sont appropriés, et leur absence d'autres lieux pour lesquels ils sont pourtant bien adaptés.

1<>:>. — Les faits montrant l'influence restrictive des conditions du milieu sont abondants et connus de tous les lecteurs. Pour bien comprendre les actions des agents organiques ou inorganiques qui limitent les territoires qu'habitent les organismes de chaque espèce, il faut les considérer comme agissant de concert, et non séparément. Nous devons concevoir que les forces par lesquelles la limite est maintenue comprennent toutes les influences physiques et météorologiques qui s'unissent aux influences, directes ou plus ou moins éloignées, de presque tous les organismes coexistants. Il faut noter surtout ce principe général que les organismes sont constamment occupés à envahir leurs sphères d'existence respectives. La tendance que montrent les races humaines à envahir et à occuper les territoires les unes des autres est une tendance qui règne dans toutes les classes d'organismes, et de toutes sortes de manières. Les bornes de la sphère d'existence de chaque espèce doivent être considérées comme déterminées par l'équilibre de deux séries de forces antagonistes. La tendance qu'a chaque espèce à empiéter sur d'autres territoires, sur d'autres modes d'existence, sur d'autres milieux, est contenue par la résistance directe et indirecte des conditions organiques e1 inorganiques; les forces expansives et restrictives s'équilibrent mutuellement, rythmiquement, et maintiennent une limite qui oscille perpétuellement en deçà et .ni delà d'une certaine moyenne.

106. — L'absence d'organismes dans des localités pour lesquelles ils sont bien adaptés s'explique, et par suite la supposition d'une adaptation préméditée tombe d'elle-même, quand nous voyons que les territoires semblables peuplés de formes dissemblables sont ceux entre lesquels s'élèvenl des barrières infranchissables, tandis que les territoires dissemblables peuplés de formes semblables sont ceux entre lesquels il n'y a pas de

barrières. La vérité qui précède, que toute espèce d'organisme tend toujours à étendre sa sphère d'existence jusqu'à ce qu'elle atteigne une limite qui soit, à ce moment, insurmontable, répond à notre seconde question sur la distribution.

107. — Notre connaissance de la distribution des formes organiques, dans le Temps, reposant uniquement sur le témoignage des fossiles, se trouve limitée aux époques géologiques, dont il nous reste quelques vestiges; cette connaissance ne peut s'étendre aux époques pré-géologiques, dont les traces ont été effacées. Des vestiges connus, qui forment probablement une petite fraction de ce qu'en renferme le monde, on peut déduire les faits généraux suivants: Les types organiques qui ont vécu pendant des époques successives ont presque universellement subi des modifications de valeur spécifique et générique, modifications d'autant plus grandes, communément, que la période a été plus longue en dehors des types qui ont persisté depuis les temps anciens jusqu'aux nôtres; d'autres types ont, par intervalle, fait leur apparition dans la série ascendante de nos couches géologiques, types dont quelques-uns sont inférieurs aux types déjà reconnus, tandis que d'autres leur sont supérieurs ; mais d'où ces types nouveaux sont-ils venus, et se sontils produits par des divergences des types primitifs ? c'est ce que nous ne pouvons encore savoir. — Au cours des longues époques géologiques, presque toutes les espèces, la plupart des genres, et quelques ordres, s'éteignent ; et une espèce, un genre, ou un ordre, quand une fois il a disparu de la Terre, n'y reparaît jamais. Et enfin, la Faune qui occupe maintenant chacun des territoires de la surface de la Terre est alliée de très près à celle qui existait sur ces territoires dans les temps géologiques récents.

108. — On verra dans le chapitre suivant quelle interprétation rationnelle on peut donner de ces faits généraux de distribution dans l'Espace et le Temps.

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