‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 53 sur 409 · I. — PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

I. — PRÉLIMINAIRES

109. — Nous avons à choisir entre deux hypothèses au sujet de l'origine des corps vivants. L'une, celle des Créations spéciales, implique que les organismes ontété créés séparément. L'autre, celle de l'Évolution, implique qu'ils se sont produits par degrés insensibles, sous l'influence des forces que nous voyons encore agir aujourd'hui. Ces deux hypothèses impliquent l'existence d'une cause insondable. Examinons laquelle de ces hypothèses s'accorde le mieux avec les faits avérés.

II. — ASPECTS GÉNÉRAUX DK l'hYPOTIIÏ.SK I>KS CRÉATIONS SPÉCIALES

110. — L'hypothèse des créations spéciales, étant primitive, est probablement erronée ; car les hommes des premiers temps, s'étant trompés dans leurs interprétations de la nature, dans d'autres directions, ont dû se tromper ici d'autant plus que la vérité est relativement cachée.

111. — Un caractère plus grand encore d'improbabilité lui rient de ce qu'elle est associée à une classe spéciale de croyances erronées dont le progrès des connaissances a fait justice. Partout s'i'H.icc maintenant la conception anthropomorphiquede la Cause Inconnue. On abandonne, pièce à pièce, eette méthode d'interprétation qui attribue les phénomènes à une volonté analogue à la volonté humaine, agissant par des procèdes analogues aux procédés humains.

112. — Cette hypothèse n'est pas seulement dépourvue de preuves qui la viennent appuyer extérieurement, personne n'ayant jamais vu de création spéciale, personne n'en ayant jamais eu de preuves indirectes ; mais elle est pauvre en ellemême: on ne saurait s'en faire une idée cohérente. C'est une de ces conceptions symboliques illégitimes qu'on ne cesse de prendre à tort pour des conceptions symboliques légitimes, parce qu'elles demeurent invériûées. (Premiers Principes, 9.)

113. — Cette hypothèse purement verbale, que les hommes acceptent, par paresse, comme susceptible d'être vraie, ou logique, est delà même nature que celle qu'on fonderaitsur l'observation d'un jour de la vie humaine, observation d'où l'on conclurait que chaque homme et chaque femme ont été spécialement créés parce qu'ils ne présenteraient aucun changement de structure au cours de cette courte période. C'est une hypothèse suggérée non par des preuves, mais par le manque de preuves ; une hypothèse où l'ignorance absolue prend la formule d'une connaissance positive apparente.

114. — Le corps humain est l'habitat de parasites, internes et externes, animaux et végétaux, qui compteraient, au total, deux ou trois douzaines d'espèces; quelques-uns sont particuliers à l'homme, beaucoupproduisentenlui de grandes souffrances, et même la mort. Suivant cette hypothèse, tous ces parasites ont été créés pour le genre dévie qui leur est propre. Dirons-nous donc que l'homme a été créé pour servir d'habitat à ces parasites? ou dirons-nous que ces êtres dégradés, incapables de penser ou de jouir, ont été créés pour tourmenter l'homme ? L'une ou l'autre de ces alternatives doit être choisie par ceux qui prétendent que toutes les espèces d'organismes ontété créées séparément par le Créateur. Laquelle préfèrent-ils? Elles sont toutes deux absolument incompatibles avec la conception d'une bonté suprême.

115. — Ainsi, de quelque façon qu'on l'examine, l'hypothèse des créations spéciales se trouve sans valeur: sans valeur par son origine, sans valeur par son incohérence intrinsèque ; sans valeur comme absolument dépourvue de preuves ; sans valeur comme ne donnant aucune satisfaction à aucun besoin de l'esprit ; sans valeur parce qu'elle ne satisfait pas nos besoins moraux. Nous la considérons donc comme nulle et

non avenue, en présence de toute hypothèse touchant l'origine des êtres organiques.

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