VIL —ARGUMENTS TIRÉS DE LA DISTRIBUTION
137. — Étant donnée la tendance universelle qui pousse le supérieur à envahir les habitats de l'inférieur (Biologie, 105), quels en seront les effets sur les rapports géographiques des espèces, d'après l'hypothèse de l'évolution?
138. — Comme les races d'organismes se répandent et sont modifiées dans leur structure par des forces incidentes variées, il suit qu'on peut s'attendre à rencontrer des parentés manifestes entre des organismes de territoires adjacents quand il n'y a pas d'obstacles à la migration ; que les divergences les plus grandes dans l'espace indiqueront les périodes les plus longues pendant lesquelles les descendants d'une souche commune auront été sujets aux conditions modificatrices, et, de là, que les plus petits contrastes de structure seront limités aux plus petits territoires ; et que là où les forces incidentes varient beaucoup dans des territoires donnés, ces changements seront plus nombreux que dans des territoires équivalents qui auront présenté des conditions moins variées.
139. — Il faut examiner maintenant comment l'hypothèse de l'évolution correspond aux faits de distribution dans des milieux différents. L'eau étant le milieu où se trouvent les formes les plus élémentaires, on en a conclu que la terre et l'air ont été colonisés par des êtres venus de l'eau. Les grandes difficultés qui semblent s'opposer à cette hypothèse s'effacent lorsqu'on regarde ce qui se passe au bord de la mer. Deux fois par jour, le flux et le reflux de la marée couvrent et découvrent alternativement d'innombrables plantes et animaux, fixés ou mobiles ; et, par suite de l'alternance des grandes marées et de la morte eau, il se trouve que les organismes habitant la plage sont découverts avec une fréquence et durant une durée qui varient: tandis que quelques-uns restent à sec une fois par quinzaine seulement, et durant peu de temps, d'autres, placés un peu plus haut, sont laissés à sec pendant deux ou trois heures à chaque grande marée de quinzaine. Les Mollusques et les Articulés nous fournissent de nombreux exemples de créatures, ayant un champ d'excursions assez vaste dans cette région, qui se disputent la terre
L'ÉVOLUTION DE LA VIE i\:\
et l'océan. Il y a plusieurs crustacés, comme le crabe, qui courent sur la plage humide, et quelquefois s'égarent loin de l'eau. Il faut aussi noter le fait remarquable qjie chacunede cesformes ainsi habituées à des changements de milieux est alliée à des formes principalement ou entièrement terrestres. Les migrations d'un milieu à l'autre, que l'évolution présuppose, apparaissent ainsi moins impraticables.
140. — Les faits relatifs à la distribution dans le Temps, qui ont été cités plus que tous les autres, soit pour prouver, soit pour nier l'évolution, sont trop incomplets pour être concluants dans un sens ou dans l'autre. Bien que les faits delà paléontologie ne puissent être estimés comme prouvant l'évolution, ils concordent avec elle, et quelques-uns même la soutiennent.
141. — En outre, si l'on considère les relations entre les formes anciennes de la vie et celles qui existent autour de nous, nous y trouvons un rapport en harmonie parfaite avec la croyance à l'évolution. Les dernières couches de notre globe contiennent des restes des espèces qui prospèrent encore, tandis qu'à mesure que les couches deviennent plus anciennes, les espèces vivant actuellement diminuent et cèdent la place à des formes éteintes. Il y a aussi une relation particulière de même nature entre les formes du passé et celles de notre temps dans chaque grande région géographique.
l 'ri. — Cette divergence et redivergence des formes organiques qui était représentée obscurément par les vérités de la «classification et de l'embryologie est ainsi accentuée de nouveau par les vérités de la distribution.