‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 63 sur 409 · XII. — ÉQUILIBRATION INDIRECTE · texte numérisé non relu

XII. — ÉQUILIBRATION INDIRECTE

164. — Du fait que les individus d'une espèce sont nécessairement dissemblables [Biologie, 85-91), il suit que quelques-uns d'entre eux seront plus en équilibre avec un changement de conditions que les autres. Ceux qui seront le moins en équilibre mourront. D'où il suit que, par la destruction continuelle des individus les moins aptes à conserver leur équilibre en présence d'une nouvelle force incidente, un type modifié se produira qui sera en équilibre complet avec les conditions modifiées.

165. — Cette survivance du plus apte, que j'ai cherché à exprimer en termes mécaniques, est ce que Darwin a appelé « sélection naturelle, ou conservation des races favorisées dans la lutte pour la vie ». Cette épuration automatique qu'opère une espèce doit tendre à assurer l'adaptation entre elle et son entourage. Cette adaptation peut être soit maintenue, soit produite. C'est une vérité banale qui se démontre toute seule, que la vigueur moyenne d'une race décroîterait si les faibles et les malades survivaient et se reproduisaient habituellement. Darwin fut le premier à s'apercevoir que la « sélection naturelle » peut produire L'adaptation entre les organismes et leur entourage, et qu'elle est une cause toujours agissante de divergence chez les formes organiques. On en voit les résultats, chez les animaux, dans le développement de diverses structures qui n'ont pu être influencées par l'accomplissement des fonctions.

La coquille épaisse d'un mollusque ne peut s'expliquer comme résultant de réactions directes de l'organisme contre les actions externes auxquelles il a été exposé, mais devient très explicable comme résultat de la survivance, génération après génération, des individus dont les téguments plus épais les protégeaient contre les ennemis.

166. — Darwin a montré, d'une façon concluante, que l'hérédité des changements de structure causés par des changements de fonction est complètement insuffisante à expliquer une grande quantité — probablement la plus grande quantité — de phénomènes morphologiques ; mais il me semble qu'il passe sous silence beaucoup de phénomènes qui sont explicables comme résultats de modifications fonctionnel [ement acquises, transmises et accrues, et ne sont pas explicables comme résultats de la sélection naturelle. Tant que la vie est relativement simple, ou là où les circonstances de l'entourage donnent à une seule fonction une importance suprême, la survivance du plus apte peut amener aisément le changement de structure approprié, sans être aidée aucunement par la transmission de modifications d'une origine fonctionnelle. Mais aussitôt que la vie devient complexe, aussitôt que le nombre des facultés corporelles et mentales augmente, et aussitôt que la conservation de la vie commence à dépendre moinsde la quantité d'une de ces facultés, et plus de l'action

combinée de toutes, alors la production de caractères spécifiques par la sélection naturelle seule devient difficile. Il ne s'ensuit aucunement, pourtant, que la sélection naturelle ne joue plus aucun rôle ; car il doit y avoir une sélection naturelle de particularités d'origine fonctionnelle, aussi bien que de particularités incidentes. Il existe, cependant, quelques modifications dans la grandeur et la forme des parties qui doivent être entièrement le résultat de l'hérédité de changements d'origine fonctionnelle. L'atrophie et la disparition d'organes dont les dimensions anormales n'entraînent aucun inconvénient nous en fournissent la meilleure preuve, comme, par exemple, la diminution de la mâchoire et des dents qui caractérise les races civilisées quand on les compare aux races sauvages.

167. — Il reste à montrer que le processus de la sélection naturelle se conforme aux mômes principes généraux de mécanique que toutes les autres équilibrations. Que doit-il résulter de la destruction des individus les moins résistants et de la survivance des plus résistants? Sur l'équilibre mobile de l'espèce, comme ensemble existant de génération en génération, l'effet de cette déviation sera de produire une déviation compensatrice. Si ceux qui sont détruits avaient vécu et laissé une postérité, la génération suivante aurait présenté le même équilibre moyen de pouvoirs que les générations précédentes ; il y aurait eu une proportion semblable d'individus moins doués de ce pouvoir et d'individus mieux doués. Mais les individus les mieux doués demeurant seuls pour continuer la race, il doit en résulter une nouvelle génération ayant pour caractère d'être plus largement doué de ce pouvoir. C'est-à-dire que, dans l'équilibre mobile constitué par une espèce, une action produisant un changement dans une direction donnée est suivie, dansla génération suivante, par une réaction produisant un changement opposé.

168. — L'équilibration indirecte fait tout ce que ne peut faire l'équilibration directe. On ne saurait trop insister sur la conclusion que tous les processus par lesquels les organismes sont réadaptés à leur milieu sans cesse changeant doivent être des équilibrations d'un de ces genres ou de l'autre.

RÉVOLUTION DE LA VIE 12t

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