II. — COMPOSITION MORPHOLOGIQUE DES PLANTES
180. — L'hypothèse de l'évolution nous prépare à deux modifications radicales à la doctrine que tous les organismes sont composés de cellules, ou que les cellules sont les éléments dont tous les tissus ont été formés. Cela nous amène à prévoir que des portions amorphes de protoplasme ont dû précéder les cellules dans le processus général de l'évolution ; de façon que, dans l'évolution spéciale de chaque organisme supérieur, il y aura une production habituelle de cellules aux dépens d'un blastème amorphe. Et bien qu'en général les unités physiologiques qui composent un blastème amorphe manifestent leurs tendances héréditaires par le développement cellulaire et la métamorphose, il se présentera néanmoins des cas dans lesquels le lissu nouveau qui se formera se forme par uni' transformation directe du blastème. Si nous pouvons, ajuste titre, considérer la cellule comme l'unité morphologique, il faut toujours garder présent à l'esprit qu'elle ne l'est qu'en un sens extrêmement spécial.
181. — Les diverses espèces (le Desmidiées el de Diatomées nous offrent des exemples d'unités morphologiques \ ivanl et se propageant séparément, au milieu de nombreuses modifications de forme et de structure. La croissance continue d'un agrégat du premier ordre peut déterminer un volume considérable.
182. — Le passage à des formes supérieures commence d'une manière tout à fait insensible. Tandis que dans les types inférieurs, les formes sphéroïdales primitives des cellules sont à peine altérées, dans les types supérieurs les cellules sont tellement fondues ensemble qu'elles constituent des cylindres divisés par des cloisons. Ici, pourtant, le défaut de caractère défini est encore grand ; il n*y a pas de limite spécifique à la longueur du filament ainsi produit, et il n'y a rien de cette différenciation de parties nécessaire pour donner une individualité décidée à l'ensemble. Pour constituer quelque chose qui ressemble à un agrégat de second ordre, capable de jouer le rôle d'unité composante pouvant se combiner avec d'autres qui lui ressemblent pour former des agrégats encore plus élevés, il faut à la fois la masse et le caractère défini.
183. — Dans les cas où, comme chez les Fucus communs de nos côtes et les Lichens supérieurs, les unités morphologiques présentent une tendance inhérente à s'arranger d'une manière tellement constante qu'il en résulte des proportions caractéristiques, nous pouvons dire qu'il existe une individualité composée reconnaissable.
184. — D'autres familles d'algues présentent de diverses manières un autre mode d'après lequel l'agrégation produit une individualité composée avec un caractère fort défini. Lorsque les cellules, au lieu de se multiplier dans le sens longitudinal seulement, et au lieu de se multiplier toutes latéralement aussi bien que longitudinalement, ne se multiplient que latéralement et en des points particuliers, il en résulte une structure ramifiée.
18o. — Quelques-unes des Algues supérieures nous présentent des agrégats du troisième ordre. Les frondes du Delesseria sanquinea, d'une forme très régulière, ont leur parties nettement subordonnées à l'ensemble; -de leur nervure médiane naissent d'autres frondes qui leur ressemblent exactement. Chacune de ces frondes est un groupe organisé de ces unités morphologiques que nous appelons agrégats du premier ordre. Dans cet exemple, deux agrégats du second ordre, ou davantage, bien individualisés par leur forme et leur structure, sont unis ensemble, et la plante qu'ils composent se trouve par le fait un agrégat du troisième ordre.
186. — Passons maintenant à l'examen des plantes supérieures qui, au lieu de flotter, soutenues par leur milieu, ont à s'élever dans un fluide peu dense tel que l'air, et tirent leur nourriture de deux sources différentes: les racines et les feuilles exposées à l'air, au lieu d'une seule. Les Jungermanniacées indiquent clairement la transition d'un agrégat secondaire à un agrégat tertiaire. Les végétaux inférieurs de ce groupe ne montrent qu'un développement incomplet du second ordre, la fronde irrégulière, indéfinie en forme et en volume, s'étendant rà et là, suivant les circonstances, émettant des radicules indifféremment par toutes les parties de sa surface inférieure; tandis que les membres les plus développés du groupe présentent des agrégats tertiaires intégrés physiologiquement aussi bien que physiquement; dressées, la tige et les folioles qui s'y attachent dépendent d'une seule racine, ou d'un groupe de racines ; un agrégat du troisième degré de composition, constitué d'une manière définie, prend naissance.