‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 94 sur 409 · VIII. — DIFFÉRENCIATIONS DANS LES TISSUS, INTERNES DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

VIII. — DIFFÉRENCIATIONS DANS LES TISSUS, INTERNES DES ANIMAUX

297. - Les parties successives du canal alimentaire chez Les animaux supérieurs sont disposées, par rapport à leur contenu, de telle sorte que les changements physiques ou chimiques que suhii ce contenu, en passanl d'une extrémité à l'autre, transforr menl inévitablement sa surface primitivement homogène eu une surface hétérogène. Il est évident que L'effel produit sur la nourriture eu un point quelconque du canal, par la trituration, par L'addition d'une sécrétion, ou par L'absorption des matières

nutritives, implique que la nourriture est livrée à la partie suivante du canal dans un état qui diffère, plus ou moins, de ses états précédents ; — il implique que la surface avec laquelle celle-ci se met en contact est affectée par elle autrement que les surfaces précédentes; — il implique, en un mot, une action de différenciation. Si la nourriture est du tout modifiée au cours de son voyage, ce qui doit être pour qu'elle puisse nourrir l'animal, elle ne peut faire autrement que d'agir d'une façon dissemblable sur les parties successives du canal alimentaire, et en recevoir des réactions dissemblables. Ce n'est pas que ce processus d'équilibration directe puisse être considéré comme le seul processus. Car l'équilibration indirecte prête son aide ; et nul doute qu'elle soit seule capable d'accomplir quelques-unes des modifications.

298. — Le foie, le pancréas, et diverses glandes plus petites, naissent tous de la différenciation des tuniques du canal alimentaire. Parmi les différents produits de désassimilation qui s'échappent continuellement des tissus vivants, quelques-uns peuvent commencer des changements capables d'aider ou d'empêcher la préparation qui rend l'aliment propre à l'absorption. Si une matière de désassimilation, passant à travers les parois de L'intestin, empêche le processus de la digestion, l'affaiblissement et la disparition des individus chez qui se produit ce passage s'opposeront à ce que l'intestin devienne le lieu d'élection pour l'expulsion de cette matière; si elle aide le processus de la digestion, l'intestin, pour la raison inverse, deviendra de plus en plus l'émonctoire fixe de cette matière. Il est également manifeste que s'il y a une partie du canal alimentaire où, plus qu'à toute autre, l'effet favorable se produit, cette partie deviendra le lieu de l'excrétion. Une fois ce lieu d'excrétion établi, le développement de la glande n'est plus qu'une question de temps et de sélection naturelle.

299. — L'anatomie comparée et l'embryologie sont d'accord pour nous montrer qu'un poumon se forme par la production d'un bourgeon creux dans la cavité périviscérale. L'intérieur de ce bourgeon est simplement un cul-de-sac du canal alimentaire, et sa transformation en une chambre à air n'est qu'une extension et une spécialisation de sa substance. Il y a des indices de

DÉVELOPPEMENT PHYSIOLOGIQUE m

cette spécialisation de la surface interne, et réciproquement dans un milieu auquel elle ne serait pas naturellement exposée, dans le l'ail que la Loche commune avale de l'air, qu'elle rejette plus tard chargé d'acide carbonique. Faculté d'une grande importance pour les habitants d'eaux mal aérées et peu profondes. Cette habitude doit être considérée comme naissant, d'une façon accidentelle, pendant les efforts destinés à procurer une eau mieux aérée ; comme étant continuée, à cause du résultât obtenu: et comme devenant, par la répétition, une tendance passant héréditairement à la progéniture, et par celle-ci, ou du moins une partie d'elle, encore accrue et transmise. — Quelque variation favorable dans la forme du canal a dû être le premier pas qui favorisait le logement des bulles d'air. Il est probable que l'accroissement graduel de cette modification de structure par la survivance des individus où elle est poussée le plus loin, se trouvera aidé par l'adaptation immédiate.

300. — Arrivons maintenant aux différenciations des véritables tissus internes; la genèse du co-ur primitif ne peut se comprendre comme résultat de l'équilibration directe, ni de l'équilibration indirecte. Un tube contractile, aidantà la distribution des fluides nutritifs, une fois établi, la survivance des plus aptes suffirait à en expliquer l'extension graduelle et les modifications successives. Mais quels étaient les premiers états du tube contractile, ayant qu'il ne fût suffisamment formé pour faciliter Ta circulation ? Nous ne pouvons le dire. Quelle est. l'origine de ces canaux ramifiés qui, se montrant d'abord comme de simples canaux, deviennent éventuellement des vaisseaux à parois définies ? On pourrai! répondre, dune façon assez plausible, que les courants de liquide nutritif, poussés et attirés çà et là à travers les tissus, créent eux-mêmes ces canaux. On a vu que le développement des canaux de la sève chez les plantes est tout à fait d'accord ivec ce principe général. Ne pou\ ons-nous pas soupçonner que II- liquide nutritif contenu dans le tissu d'un animal simple, obligé de transsuder tantôt dans un sens, tantôl dans l'autre, par l'effel de la distension osmotique, el par les changements de pression causés par les mouvements de l'animal, se trouve enfin poussé en avant et en arrière selon certaines lignes plutôt que selon d'autres, et doive rendre ces lignes de plus en plus per-

méables à force d'y passer, jusqu'à ce qu'il s'y forme des lacunes ? Ces actions se continueront inévitablement ; elles paraissent capables de produire quelques-uns, au moins, des effets observés.

301. — Le problème de la différenciation des os est compliqué, caries effets des actions mécaniques diffèrent à chacune de leurs trois phases de développement, aux états membraneux, cartilagineux, osseux. On a vu, ailleurs, que la constriction et la distension alternantes des vaisseaux traversant la partie a euT dans certains autres cas, pour résultat la formation de tissus plus denses. Les mêmes actions pourraient-elles se continuer dans l'os en voie de développement, de manière à produire les effets observés ? Chaque fois qu'une masse de cartilage subit une tension, le liquide nutritif, comprimé ainsi qu'il doit l'être, tend àtranssuder par la surface, puis à revenir dès que la pression cesse. Ce processus produira des canaux, et finira par former une couche vasculaire d'une épaisseur appréciable. Si l'on considère que le cartilage est élastique, on ne s'étonnera pas si lescapillaires du côté convexe sont comprimés latéralement, et s'il y a exsudation de sérum dans le cartilage adjacent, et par conséquent un excès de nutrition et un accroissement de force. Ayant cédé d'un côté, l'os cède de nouveau du même côté, lorsqu'il est de nouveau pressé longiludinalement. 11 s'ensuit que la substance de son côté concave, qui ne devient jamais convexe par une courbure dans le sens opposé, ne recevrait point de liquide nutritif en excès si nulle autre action n'entrait en jeu. Mais l'examen nous montre que, du côté de l'os non ossifié devenu concave comme nous l'avons dit, le cartilage, comprimé» comprimera les capillaires qui le traversent, et provoquera une transsudation dans le cartilage. Ainsi chaque tension nouvelle donnera au cartilage un nouveau surcroît de matériaux pour sa croissance. De telle façon que bientôt le côté le plus faible cessera de l'être, et qu'il obligera quelque autre côté à céder à son tour, chez lequel ce même processus sera répété, et ainsi de suite. Quelles que soient les tensions, les parties extérieures des os en seront plus affectées que les internes. Elles tendront, par conséquent, partout, à produire des masses résistantes ayant leurs parties externes plus denses que les internes. Il faut se

rendre compte que <<is actions, que nous avons décrites comme se produisant chez l'individu, ont produit, peu a peu, leur effet total dansles os correspondants d'une longue série d'individus. Quand même il ne se produirait qu'une petite modification chez l'individu, si cette modification, en tout ou en partie, est transmissible par hérédité, on comprendra aisément comment, dans le cours des périodes géologiques, les structures que nous observons ont pu se produire de la manière que nous avons décrite. La seule cause par laquelle on puisse expliquer les os du crâne et divers os dermiques semble être la sélection naturelle des variations favorables.

302 — Quelle est l'origine des nerfs ? Il est manifeste que la propriété spéciale des nerfs est une propriété que le protoplasme possède à un degré inférieur. Le sarcode d'un Rhizopode offre des mouvements qui impliquent la propagation d'un stimulus d'une partie de la masse à une autre ; et dans le corps dépourvu de nerfs d'un polype, nous voyons voyager et s'étendre une contraction provoquée par le contact d'un objet avec un tentacule, contraction qui suppose le passage d'une partie à une autre de quelque stimulus déterminant la contraction. L'instabilité extrême des colloïdes organiques dont se compose le protoplasme semble être l'origine probable de ce phénomène. Les colloïdes organiques, de même que tous les colloïdes en général, prennent avec une grande facilité différentes formes isomères etpolymères. En outre, cette facilité à subir un rai-rangement moléculaire se montre habituellement, chez les colloïdes, par la propagation rapide du rarrangemenl cfune partie à l'autre. Etant donnée une matière eu cel état, un choc léger transformera souvent la masse entière. C'est-à-dire que le changement d( L'état moléculaire, une fois commencé à un bout, s'étend à l'autre bout, il se fait un déplacement d'un stimulus au changement, et c'est là ce que nousvoyons dans un nerf. On peut, de là, se faire quelque idée de la manière dont les tissus nerveux sonl différenciés.

303. — L'étude de l'origine du tissu musculaire nous suggère une doctrine voisine de la dernière, <-i qui semble la continuer; La contractilité, aussi bien que l'irritabilité, esl une propriété du protoplasme OU sarcode ; il n'est pas improbable qu'elle soit

due à un changement isomère de l'un des colloïdes qui le composent. Le colloïde, aux dépens duquel se forme le muscle, peut être de ceux qui passent promptement à un état isomère, où il occuperait moins de place : le trouble moléculaire causant cette contraction lui étant communiqué par des portions adjacentes de substance nerveuse qui ont subi une perturbation moléculaire, ou lui étant, autrement, communiqué par les stimulus mécaniques ou chimiques directs. Qu'est-ce qui cause la spécialisation de la substance contractile ? Qu'est-ce qui cause le développement des masses colloïdes qui monopolisent cette contractilité, et laissent des colloïdes de même famille monopoliser d'autres propriétés '? Est-ce la sélection naturelle qui a localisé et augmenté graduellement la substance musculaire primordiale? ou sont-ce les fréquents retours d'irritations, et des contractions conséquentes, en des endroits particuliers, qui ont eu cet effet? Il y a lieu de croire que c'est plutôt l'équilibration directe que l'équilibration indirecte, quia été le principal agent. Uneportion de tissu non différenciée contenant une plus grande quantité de colloïde qui se contracte en subissant un changement, tendra, à chaque changement, à former de nouvelles molécules de son propre type aux dépens des autres colloïdes répandus dans ses interstices; et la tendance de ces colloïdes mélangés avec les autres à ne faire qu'un avec eux, se trouvera aidée par chaque choc de transformation isomère. D'où il suit que des contractions répétées favoriseront le développement de la masse qui se contracte, et hâteront sa différenciation et son intégration.

304. — On peut, avec quelque raison, présumer que ces opérations coopératives d'équilibration directe et indirecte expliqueront les différenciations internes de moindre importance. Nous ajouterons quelques mots au sujet de la réparation et de la croissance des tissus différenciés. Si un tissu qui consomme, transforme, excrète ou sécrète desmatières que le sang lui cède, n'est pas formé des mômes éléments que ces matières qu'il transforme ou excrète, on a le droit de conclure qu'à côté de toute quantité insolite de matières de ce genre, le plasma traversant ce tissu doit y apporter un excès des matériaux servant à sa réparation et à sa croissance propres.

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