BILAN DE LA BANQUE D^ÉCHANGE
20 mai.
Nous allons faire le compte des prélèvements et des pertes que le capital métallique fait supporter injustement aux travailleurs.
Dans nos articles précédents, nous avons établi que
toute méthode d'investigation philosophique, nous pouvions ajouter, et mathématique, allant du connu à Tinconnu , procède nécessairement par élimination ou nég^ation; que telle est la méthode révolutionnaire, par laquelle la société réforme, abolit incessamment ses propres institutions, et procure Taffranchissement indéfini de la liberté.
D'après cette conception du progrès, le dernier terme de la civilisation serait celui où , la société subsistant sans gouvernement, sans police, sans lois, l'activité collective s'exercerait par une sortede réflexion immanente, l'exploitation du globe se ferait unitairement et avec une par- Faite harmonie, et l'individu , en ne faisant toujours que sa volonté, s'élèverait au comble de la richesse, de la science et de la vertu.
Certains socialistes, et je dois noter au premier rang ceux de Técole phalanstérienne, ne conçoivent rien à ce progrès du bien-être et de la liberté par la négation. La sublimité des théories fouriéri.stes leur a rendu inintelligibles les éléments du sens commun. Eux qui depuis dix ans ne vivent que de subventions, comme faisait la République sous le gouvernement provisoire; eux qui ont dévoré des millions à étaler leur impuissance, et qui en .solrlicitent.de nouveaux d'un pouvoir aux abois; eux qui restent muets quand la patrie demande à ses enfants conseil et assistance, ils ont le courage de dénigrer comme impuissantes, comme nulles, comme n'ayant qu'une valeur négative, les moyens économiques indiqués par le besoin universel, par l'esprit du siècle et le progrès du temps!
Nous montrerons tout à l'heure aux fouriéristes ce qu'il y a de positif dans une négation, ce que renferme de réalité le néant.
Commençons par le bilan de la Banque d'échange.
Tout le monde convient que si trois ou un plus grand nombre d'échangistes, habitant des lieux différents,
arai^Bi c(mQais6aace,au même iasUnt,du besoin que diaeiin 4'euK éprouve du produit de l'autre, ils pourraieat se concerter de manière à échanger leurs produits et services, directement et sans le secours du numéraire.
Gela est évident de soi, incontestable en théorie, fmiRque rechange à trois ou un plus grand nombre est la même diose que rechange à deux; incontestable en pratique, puisque, par les virements de compte, cela se fait tous les jours. Sur ce point donc, pas la moindre difficulté.
D'après œ principe, dont le seul énoncé implique la suppression du numéraire, on peut se faire une idée de kl Banque d'échange.
La flanque d'échange se présente aux échangistes coomie cmmaissant individuellement tous les producteurs et consommateurs du pays, Tétat de Ifurs affaires, leur capacité , leur solvabilité, l'importance de leur production, et, ce qui importe surtout ici, leurs besoins à chaque instant.
C'est i Taide de cette connaissance qu'elle a de la production et du débouché que la Banque d^échange offre à tous producteurs et consommateurs de les mettre à chaque minute en rapport les uns avec les autres, de manière h opérer gratuitemeat, et sans qu'aucune commotion politique puisse jamais interrompre leurs relations, l'échange de leurs produits.
Telle est, par son organisation, la Banque d'échange. Présente partout, renseignée sur tout, elle dit à chaque échangiste : Donnez - moi vos factures , vos lettres de change, vos billets à ordre; consignez-moi vos marchandises, et, par mes innombrables relations , je me charge de toutes vos négociations, sans le secours de la monnaie partant sans escompte, SANS INTÉRÊT !...
Voici donc la Banque d'argent convertie en Baipque d'échange, t'échange indirect remplacé par l'échange direct, le rôle du métal suprimé et remplacé par une sorte de virement, la négation convertie en affirmation.
Eh bien! qaei profit pouvons-nous tirer de cette ré forme? Qu'est-ce que cela fait à Touvrier? Qu^est-ce que TÉtat , le Peuple, la société, la liberté, la morale, peuvent gagner à ce qu'il n'y ait plus de capitaliste?
Que nos adversaires de la Démocratie pacifique suivent bien nos calculs !
V Circulation. — D*aprës les documents les moins exagérés et les plus authentiques, la circulation totale de b France , c'est-à-dire la masse des effets de commerce présentés à l'escompte , soit à la banque de France et aux banques de département , soit aux banques particulières, est de 20 milliards.
Pour cette circulation, ce qui veut dire pour l'échange de leurs produits, les producteurs paient aux capitalistes, à titres d'intérêts, commissions, frais de protêts, pertes à la retraite, etc. etc. , un intérêt moyen de 8 pour 100, soit , au total, 400 millions.
Si donc l'échange s'opérait d'une manière directe, sans l'intermédiaire de l'argent, au moyen d'un papier de banque qui serait l'équivalent des lettres de change et billets à ordre de tous les échangistes , il en résulterait pour eux une économie de 400 millions.
Un prélèvement de 400 millions au profit des capitalistes : voilà le côté négatif de l'idée.
Une économie de 400 millions au profit des consommateurs : voilà le côté positif.
Il n'y a dans tout ceci qu'un chiffre, le chiffre de 400 millions , .à transporter du débit de la Société à soo crédit. Et voilà ce que je réponds aux honnêtes gens qui me demandent ce que je mettrai à la place des capitalistes. Ce que je mettrai à la place des capitalistes , qui vous prennent 400 millions , c'est vous-mêmes, citoyens, à qui je conserve 400 millions !
2*> Créances hypothécaires. — Le montant des dettes contractées par les producteurs agricoles , industriels et autres, sur hypothèques, est, suivant les uns, de 12 mil-
liards, saivanl les autres de U. La dette rurale forme la plus grande partie de cet énorme budget. Les débiteurs sont généralement des paysans. Le taux moyen des intérêts et frais annuels, pour ces sortes d'emprunts, est de 10 pour 100. En voici le compte:
l"" Frais d'acte, 3 p. 100
2* Commission à l'entremetteur, 1/4 p. 100
3* Intérêt annuel , 5 p. 100 4« Frais éventuels de mutation , etc.
etc., de 1/4 à 6 p. 100, soit en moyenne, 2 p. 100
Le débiteur emprunte pour trois ou quatre ans au plus, mais la stipulation du terme est illusoire, parce que le contrat dit toujours que le bénéfice du terme est anéanti, sous mise en demeure 30 jours après le terme d'intérêts non payés. Or, jamais le paysan ne paie au terme.
La moyenne des intérêts et frais pour créances hypothécaires étant donc évaluée à 10 p. 100 , et la masse des créances à 12 milliards , c'est un nouveau tribut de 1,200 millions que le pays paie au parasitisme monétaire.
Mais pourquoi cet impôt?
Parce que le paysan a besoin, pour son industrie, d^une foule de produits et de services, qu'il ne peut pas obtenir en échange de ses produits existants ou à venir, et qu'il est forcé d'acquérir à prix d'argent. Le paysan bâtit, augmente son matériel, achète des chevaux, du bétail, plaide, paie le centième denier, achète du drap, de la toile, etc., surtout depuis que la division du travail et la séparation des industries s'est étendue de la ville à la campagne. Pour tout cela il faut de l'argent, les produits seuls ne servant de rien, puisqu'ils n'ont cours qu'avec la permisskm de l'argent.
Avec la Banque d'échange, au contraire, le paysan emprunte au même taux que le négociant escompte, c'est-à-
dire gratis. Avec une annuité moindre de moitié que les intérêts et frais qu il paie au capitaliste, au notaire, etc., le paysan obtiendra de la Banque d'échange le même crédit, et la vingt-et-unième année, il ne devra plus rien, il sera libéré.
Ainsi le crédit hypothécaire, organisé sur les principes de la Banque d'échange, produirait au pays une seconde économie de 1200 millions. C'est encore une négative changée en affirmative : 1200 millions qui restent dans nos poches, au lieu d'aller dans celles des capitalistes. Qu'en pensent les comptables de la Démocratie pacifique ?
3** MontS'de- Piété. — Voici encore une abolition, capable de faire saigner le cœur de tous les philanthropes. Le produit des prêts faits sur gage dans les monts-de* piété a été , en 1847, pour toute la France, de 42 millions. Je fais deleatur ^Mv les Monts-de-piété, et je restitue aux travailleurs, qui les kur payaient, 42 millions.
Mais, me dira Touvrier exercé à Targumentation phalanstérienne, quand je suis en grève et que je n'ai |das d'argent, je porte ma montre en gage; le mont-de^piété me donne 10 fr. , avec une reconnaissance. Si, au terme, je ne suis pas en fonds, je vais rafraîchir ma reconnaissance, et l'on m'accorde une prolongation; convenez que cela est commode. Que mettez-vous à la place du montde-piété ?
Citoyen, je n y mets rien du tout. Loin de là, je prétends supprimer encore quelque chose dans vus habitudes, c'est le chômage. Et comme deux négations valent une affirmation, il résultera pour vous, de l'abolition du mont-de-piété et de l'abolition du chômage, que vous travaillerez toujours et que vous ne ferez plus de dettes. Cela vous va-t-il?
A^ Dette publique. — Quant l'État veut faire la guerre, construire des canaux, des chemins de for. etc. etc., il arrive fréquemment que Tirnpôt ne lui suffit plus. Alors,
il se trouve dans la même situation que le paysan qui a besoin dé bâtir, d*acero!tre sou matériel, de réparer les désastres de Tannée précédente : il a besoin d'avance; il emprunte alors, et qu'est-ce qu'il emprunte? de Targent.
L'État emprunte de l'argent pour payer ses entrepreneurs, ses fournisseurs, ses ingénieurs, ses ouvriers, ses soldats, pour acheter des chevaux, des voitures, des harnais, du plomb, du fer, du cuivre, du bois, du chanvre, de la toile, du drap, des Fourrages, etc. etc., toutes choses que les citoyens lui fournissent.
Pourquoi donc TÉtat, au lieu de s'adresser directement aux citoyens, s'adresse-t-il aux hommes d'argent?
Parce qu'il n'y a pas d'autres moyens de transaction vis-à-vis des producteurs. Avec la Banque d'échange , au contraire, TÉtat obtient directement, de chaque citoyen devenu créancier de TËtat, sous la forme d'annuités, et sans intérêt, toutes les avancesqu'il demande. L'État, par ce mécanisme non-seulement ne contracte plus de dettes nouvelles, il paie les anciennes. D'après le dernier budget présenté par le gouvernement de Louis Philippe, l'intérêt de la dette publique est de 330 millions. Cest donc 330 millions de moins qu'auront à payer les citoyens. 11 esl vrai qu'avec ces 330 millions de la dette publique comme avec les 1200 millions payés pour les créances hypothécaires, disparaîtront encore le grand-livre, la cai^se des consignations, l'administration des hypothèques, une bonde partie des banquiers, notaires, courtiers et agents de change, etc. Que deviendrons-nous, quand il n'y aura plus de grand livre, plus de bureaux des hypothèques, plus d'agiotage?
6** Douanes. — Dans ce projet destructeur, antimonar* chique et antifinancier , que nous avons publié sous te titre ^Organisation du crédit et de la circulation , et dont les articles préliminaires ont paru sous le nom de Statuts de la Banque d'échange, nous disions que le principe : Les produits s échangent contre
les produits, devenant, par Tusage du billet d'échange, une vérité, aussi bien pour les peuples que pour les indi* vidus, la balance se trouverait toujours juste entre rimportation et Texportation ; que la véritable manière de protéger Tindustrie nationale consistait à démonétiser Tor et l'argent, et qu'ainsi la douane devenait, de Ait comme de droit, inutile ; ajoutons que féconomie obtenue sur toutes les productions par rétablissement de la Banque d'échange entraînant une réduction considérable sur te prix de revient de tous les produits, nous serions immédiatement en mesure de soutenir la concurrence de l'étranger, sans danger pour notre capital, et avec un immense avantage pour notre commerce. La raison de tout cela est facile à saisir. Du moment que l'or et l'argent ne valent plus que comme marchandises, que comme produits tirant tout leur prix des frais d'extraction et du travail qui s'y incorpore; du moment où par conséquent les écus perdraient tons les jours de leur valeur comparativement aux billets d'échange, il est évident, d'uncAté, que nous n'aurions plus rien à craindre de la sortie des métaux précieux, de l'autre , que l'étranger aurait tout avantage à payer nos produits avec nos propres billets, au lieu de nous les payer en argent.
Or, les billets ne représentant que des produits, te commerce du dehors se trouve affranchi , comme celui du dedans, de la suzeraineté du numéraire; rechange s'effectue directement de nos produits contre les produits de l'étranger, de notre travail contre le travail des antres peuples.
Le budget de la douane est d'environ 30 millions.
La différence de nos importations sur nos exportations, évaluée en francs, est de 70 millions par an en faveur de l'étranger.
Donc, au total, économie pour nous de 100 millions de ce seul chef par l'établissement de la Banque d'échange. U est vrai que nous aurons perdu encore une de nos phis intéressantes institutions; nous aurons perd\i la douane!
^ Conversion de l'impôt — Il a été prouvé ailleors que rien n'était plus facile, en élevant le taux de la coinmission sur les escomptes , ventes et achats de consignation, crédits à découvert sur hypothèques , etc. , que de servir à FÉtat, sans aucuns frais de perception, la miyeure partie, sinon la totalité de Timpôt.
11 résulterait de cette conversion, comme de la suppression des douanes, de la dette publique et des hypothèques, comme plus tard de lorganisation fédérative et solidaire de toutes les branches de la production, qu'une large brèche serait faite dans les fonctions gouvernementales ; que, parmi les ministères, on verrait successivement celui des finances devenir inutile; celui des affaires étrangères, inutile; celui du commerce et de Fagriculture, inutile; ceux de la guerre et de la marine, inutiles. Le ministère de l'intérieur se simplifierait, et celui de la justice se réduirait continuellement.
Ainsi, la destitution du numéraire entraîne la destitution de TÉtat : il est étrange que l'Assemblée nationale, avec sa haute intelligence de la situation, choisisse juste un pareil moment pour s'occuper de CONSTITUTION I Constitution , ô citoyens! c'est-à-dire restauration de la monarchie, consécration de la propriété, confirmation de Targent, recrudescence de la tyrannie administrative : voilà tout ce que vos méditations publiques vous ont découvert pour le bonheur du peuple l Attendez-moi donc, s'il vous plait.
Je commence par rayer de votre constitution le ministère des finances, la Cour des comptes , le grand-livre, la caisse des consignations , Famoriissiment , les hypothèques, la régie , les octrois : ensemble 200 millions.
Plus,
7® Simplification adminîstratii^e, — Je supprime de votre constitution le ministère des affaires étrangères , avantageusement remplacé par la Banque d'échange et
par ses correspondants ; le ministère de ragriculture et du commerce , parfaitement inutile au commerce et à l'agriculture, commandités et centralisés par la Banque. Je supprime tous vos états-majors préfectoraux et ministériels ; je fais travailler dix heures vos employés qui ne travaillent que quatre ; je déduis des attributions de vos fonctionnaires une foule de soins superflus : économie 200 millions.
Que pensez- vous qu'avec ce régime il reste , dans cinquante ans, de votre constitution? Ce qu'il' en restera, je m'en vais vous le dire : une ombre de substitut , assistée d'une ombre de sergent de ville !
8® Rédaction de l'effectif de V armée. — Le billet d'échange rend la paix éternelle et la guerre impossible, puisque — créant l'égalité partout, au dedans et au dehors, — il ne laisse au despotisme et aux aristocraties que la misère.
D'après le budget proposé par l'ex-ministre Dumon, pour 1848 , et considérablement augmenté par ses successeurs , les dépenses pour les armées de terre et de mer dépassent 450 millions.
Avec l'organisation de l'échange, la réduction sur cet article pourrait être immédiatement, sans danger pour notre sécurité, de 100 millions.
Mais comment une nation guerrière et chevaleresque pourrait-elle se passer de soldats? Que faire quand nos démonstrations belliqueuses auront cessé d'inquiéter le monde? Quelle compensation à ces promenades militaires , au plaisir de monter la garde et de coucher, en pleine capitale , à deux pas de son domicile , au bivouac ?
A cela , je n'ai d'autre réponse à faire que celle du roi Henri, le Diable à quatre et le Vert-galant : 400 millions divisés entre 1^ million de familles françaises, donneraient pour chacune 40 francs. Avec 40 francs, chaque famille pourra se donner la poule au pot tous les dimanches : c'est tout ce que je puis offrir aux braves gardes nationaux , en échange de leurs fusils et ujousquctons.
7** Conversion des improductifs en produtteurs. — Récapitulation. Sous la monarchie du numéraire , la circulation nous coûte , ci , 400,000,000
Les créances hypothécaires , 1,200.000,000
Les monts-de-piété , 42,000,000
La dette publique , 330,000,000
La douane et la balance défavorable , 100,000,000 La perception de 1 impôt , 200,000,000
La complication administrative , 200,000,000
L'armée de terre et de mer, 400,000,000
Ens( mbie , 2,872,000,000
Je dis deux milliards huit cent soixante et douze millions de services improdiictifs, que le travailleur supporte , qu'il produit à la sueur de son visage , qu^il prélève sur son pain quotidien. Or, si ce parasitisme dévorant était surprimé , si la Banque d'échange venait lui couper les vivres, les oisifs seraient d'une part forcés de se mettre à l'œuvre ; et ceux qui ne rendent qu'un service improductif deviendraient producteurs.
Et le produit de ces nouveaux industriels étant égal à leur consommation , soit , 2,872,000,000
Le revenu du pays s'accroîtrait de somme pareille , 2,872,000,000
Ajoutez encore :
10® Plus de grève, plus de chômage, — ^Le perte provenant de cette cause , calculée à raison de trente jours de chômage par an , sur 10 millions de travailleurs , au salaire moyen de 2 fr. par jour, est de 900,000,000
1 1® Baisse de prix des matières d'or et d'argent par la démonétisation, — On ne peut la porter à moins de 20, pour 100, sur une valeur de 2 milliards, soit 400,000,000
Total général , 7,044,000,000
Je ne parle pas de la plus value donnée au travail par la réorganisation agricole et industrielle, et de Taagmentation du produit qui en résulte nécessairement. Noos n*avons rien dit encore de cette organisation , dont la Banque d'échange n'est que le préliminaire : nous n'avons par conséquent pas à en apprécier le mérite, et nous ne pouvons en porter en ligne de compte le résultat.
7 milliards 44 millions, voilà par premier aperçu, en comptant tout au plus bas, le résultat positif de Tabolition du numéraire ; voilà le bénéfice spécial qu'assure au peuple, aussitôt après son institution générale et déBnitive, la Banque d'échange.
7 milliards 44 milions, répartis entre 35 millions 600,000 personnes, donneraient, par tète, 198 fr. et par Famille de quatre personnes en moyenne , 792 Fr.
Pour la grande majorité du peuple , c'est plus qne te doublement du revenu.
Eh bien ! me demandez-vous encore ce que vous férei de ces 7 milliards 44 millions? ce que vous ferez quand vous n'aurez plus ni parasites, ni armées « ni généraux, ni amiraux , ni agioteurs , ni capitalistes , ni prostituées, ni douaniers, ni gendarmes, ni gabelous? ce 'que vous ferez quand vous serez riches et libres?
Citoyens , je vous prie de vérifier les divers articles de mon bilan. Vous trouverez, je m'en assure, que loin d'avoir exagéré les chiffres^ je suis resté partout fort audessous du vrai. Quand vous aurez ruminé sur ce compte, je vous prouverai, en établissant la balance, que la somme de votre misère actuelle est précisément égale à la somme de bien-être que vous prend le capital , et qu'il y a pour vousnéces>ité invincible ou de renoncer à la richesse par dévouement au capitaliste qui vous gruge, ou de ressaisir votre bien en faisant rendre gorge à ceux, qui s'en emparent.
LOIS IHS l'échange. — COMPTABILITÉ MUTOELLISTE. —
BAflQVB HYPOTHÉCAIRE.
23 mal
La Démocratie pacifique a juré de faire manger du foin aux ouvriers.
Les honnêtes gens qui subventionnent ce journal et qai le lisent s'imaginent qu'il a été créé pour la propagation et la réalisation des idées de Fourier, soit pour l'amélioration de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre , pour Témancipation du prolétariat.
11 n'en est rien. La Démocratie pacifique n'existe , ne vit que pour la défense, le développement et la consécration des idées civilisées, pour Tamélioration du sort des capitalistes et des propriétaires.
Si la Démocratie pacifique ne s'occupait que d'embrigader ses honnins et %t%bonnines,%e^ patriarches et ses bayadèreSy nous laisserions en paix la Démocratie pacifique; nous dirions comme elle : Toutes les fantaisies sont libres, tous lés goûts sont dans la nature... Que les fouriéristes raisonnent et fassent l'amour in baroco et barbara, qu'est-ce que cela nous fait ? et qu'estce que cela fait à la République? Mais la Démocratie pacifique débitent , sous le manteau de Fourier, les plus détestables drogues de l'économie politique; rivant les chaînes du prolétariat en faisant mine de Taffraiichir ; cimspirant avec le capital et la propriété Téternelle exploitation du travailleur, c'est quelque chose qui ne se souffre plus, et qui doit soulever sous leur pierre les os du bon Fourier. Pauvre vieux! tu ne l'eusses jamais cru que, sous la main de tes fidèles disciples, tes innocentes
rêveries serviraient un jour de passeport à tout ce que la politique bavarde, la philanthropie hypocondre, Téconomisme hâbleur, jongleur et voleur, inventèrent jamais de plus fort pour Toppression des humains et la désharmonie des sociétés!...
On lit dans les journaux (séance de TAssemblée nationale, du 22 mai 1848):
a M. TURCK. — Vous savez tous, citoyens représentrnts, quelle crise pèse sur les affaires et quel est le péril de la situation. Partout les travaux sont suspendus, et les transactions sont arrêtées. Je n'exagère pas en disant que la fortune publique est diminuée de moitié. — Dans des conjonctures aussi graves, que faire? Nous avons pensé, quelques-uns de mes collègues et moi, que ce qu*il y avait à faire était de fonder une banque hypothécaire. L'école pludanstérienne , à laquelle on doit r étude et la solution d'un grand nombre de questions sociales, a élaboré ce projet, »
M. CONSIDÉRANT monte à la tribune, comme pour confirmer la révélation faite par M. Turck de Tidée phalanstérienne, et revendiquer, au nom de Técoledontil est le chef, le bénéfice de cette réclame.
Une banque hypothécaire! c'est presque aussi banal, en économie politique , que les monts-de- piété. Tous les économistes qui, depuis cinquante ans, s'occupent de crédit , ont tour à tour enfourché ce dada.^De Taveu de M. Turck, la plupart des journaux et de nombreux mémoires s'en sont occupés dans ces derniers temps, et, s'il faut en croire le citoyen ministre des finances Duclerc, il existe, sur la banque hypothécaire, plus d^ deux cents projets au ministère !
Voilà ridée neuve dont, pour le salut du peuple et la réforme du monde, est venue accoucher hier, à quatre heures de relevée, en pleine tribune, la Démocratie pacifique!
La Banque d'échange ne passera pas ; ce serait la mort du capitaliste.
Mais la banque hypothécaire passera : c'est la mort du travailleur I
Comprenez- vous , citoyen lecteur, pourquoi la Démocratie pacifique demande la banque hypothécaire et re^ pousse la Banque d'échange?
Nous comparerons la Banque d'échange à la banque hypothécaire, sous le rapport tout à fait spécial du crédit agricole. Ce sera faire d'une pierre trois coups : traiter la question du jour, développer noire théorie, et réfuter nos adversaires.
Rappelons d'abord les lois du crédit , les lois de réchange.
La Banque d'échange pose comme aiiomes de l'économie sociale ces propositions révolutionnaires , qu'aucune bouche humaine, ni dans le phalanstère, ni hors du phalanstère, n'avait encore articulées :
1. Travailler, c'est produire de rien. (Art. 8 des statuts. )
L'homme, par cette proposition , est fait aussi grand que Dieu. Gomme Dieu, il tire toutes choses du néant. Jeté nu sur la terre, parmi les ronces et les épines, en compagnie des tigres et des serpents, trouvant à peine de quoi vivre sur la superficie de chaque lieue carrée de terrain, sans outils , sans modèles , sans provisions , sans expérience acquise, il a défriché, aligné, expurgé, cultivé son domaine; il a embelli la nature même; il s'est entouré de merveilles inconnues à l'ancien auteur des choses , et a fait naître le luxe là où le Créateur n'avait donné que la profusion. A l'origine des sociétés, il n'y avait que la matière, il n'y avait point de capital. C'est le travail qui a créé le capital ; c'est le travailleur qui est le vrai capitaliste. Car, travailler, c'est produire de rien; et consommer sans travailler, ce n'est pas exploiter le capital , c'eat perdre le capital.
Tel est donc le premier principe de la nouvelle économie; principe plein d'espérance et de consolation pour le
travailleur déshérité de son capital ; mais principe plefn de terreur pour le parasite et pour les suppôts du parasitisme , qui Yoient réduire à néant leur eélèbre formale : Capital, traitait, talent!
La production du rien est le premier terme d'une équation merveilleuse , que nous allons voir se dérooler, dans ses propositions fondamentales, et donner poor résultat et pour conclusion : la richesse.
2. Faire crédit, c'est feure échange. (Art. i%) — Cet axiome est, comme le premier, le renversement de toutes les idées économiques et phalanstériennes.
Dans le système de la propriété usurière, où le capital, par une fiction purement grammaticale, passe des mains du travailleur à celles d'un parasite appelé, pour cetbe raison, capitaliste, le crédit est unilatéral, procédant du parasite qui possède sans produire, au travailleur qui produit sans posséder. Ainsi établi, le crédita pour condition une redevance payée par le débiteur, en échange de la permission que lui accorde le parasite de se servir dttcapilai.
• Dans le système de la Banque d'échange, au contraire, le crédit est bilatéral: il procède de chaque travailleur et s'adresse à tous les autres, de telle sorte qu'au lieu de capital prêté moyennant redevance, les travailleurs se garantissent mutuellement leur produit respectif, sous la seule condition d'égalité dans l'échange.
Ainsi , dans ce système de crédit, chaque créditeur on créancier devient débiteur à son tour ; quelque chose est échangé contre quelquechose. Dans l'autre système, qui est celui de la Démocratie pacifique, il n'y a qu'un créancier etqu'un débiteur, et quelque chose est donné en échange de rien. Celui des deux contractants qui donne sans recevoir est le travailleur; celui qui reçoit sans donner est le capitaliste. Donner, et ne pas recevoir; recevoir, et ne pas donner : quoi de plus déraisonnable et de plus rajuste? Pourtant cela nous vient de plus loin que le Gode ; cela
remonte plus haut que Justinien, que Numa, que Mov^e même : c'est la vieille iniquité de Caïn, premier propriétaire et premier homicide. C'est pour cela aussi que la Démocratie pacifique, qui , selon le précepte de Fou'* rier, devait procéder en réforme p^r grand écart, s'est rattachée au droit capitaliste , à la tradition de Gain. La mutualité du crédit , fi donc ! c'est de Tégoîsme. Mais la non- réciprocité du erédit, à la bonne heure t c^ésl delà fraternité.