NATIONALE
Citoyens Représentants,
L'ordre règne à Paris et dans toute la France. Il y régnera, malgré les complots réactionnaires, tant qu'il plaira' à nous et au gouvernement.
Et cependant la confiance ne reyient pas.
Les af&ires restent stagnantes ; le travail diminue tous les jours ; la débâcle se généralise ; le capital , soit qu'il s'effraie, soit qu'il conspire, s'obstine à se cacher.
La misère est au comble : le Peuple meurt littéralement de faim. Les secours que fait distribuer l'administration épuisée sont de 12 centimes cl demi par jour et par personne.
Et l'hiver arrive à grands pas !
L'audace des factions croît avec la détresse publique. De toutes parts on n'entend parler que de complots ; les prtisans de la monarchie ont fondé sur le désespoir du Peuple l'espoir des prétendants !
Les nations amies de la France expirent sous le sabre, ou se débattent dans l'oppression, sans que nous puissions leur prêter secours. Le même charme qui arrête les bras de nos ouvriers, enchaîne à la frontière les pieds de nos soldats. Nous qui devrions servir aux Peuples de vengeurs et Je guides, nous sommes cloués au pilori de notre impuissance.
La Révolution de Février devait être une ère de régénération morale, politique, oconomiqiie : grâce à une poignée
de sectaires dont l'influence rétrograde Hdtitènl dabs ta routine le goùTemement et Topinion, ta RèToIdtim dfe Février, depuis six mois , maik(]tlie à ses prottiiésèei^.
Une nation ne petit> ne doit emprunter qu'à elle-nà'étaie : le préjugé du monopole nous livre aux usuriers.
Une nation qui s'emprunte , qui se £siit à elle-même une avance , peut se prêter tout ce qu'elle veut et sans intérêt. Nous payons 7 poub ceiit lé loyer dé Targeni qu'on nous prête, et nous n'en trouvons pas au dixième de nos besoins.
Qui dit , par rapport à une nation , prêt ou emprunt y dit augmentation de travail, augmentation de crédit par conséquent. Avec le régime de l'usure , pins nous emprimtiohs plus nous nous discréditons; plus, par une conséquence inévitable, dîniînue chez nous le travail.
Le crédit , la circulation et l'escompte sont des ïbnctions essentiellement sociales, restées jusqu'à ce jouranarchiques, et que la Révolution de Février avait promis d'organiser et centraliser démocratiquement. Comment se fait-il que ces fonctions soient encore à là merci de quelques détenteurs du numéraire , d'une imperceptible caste d'hommes d'argent?— La société, chose monstrueuse ! est comhie uii corps qui n'aurait pas de centre de gravité et serait livré à des attractions antagonistes ; et comme la Révolution a été faite précisément contre cet antagonisme , les tendances anarchiques comprimées , et l'action centrale n'existant pas , la société se trouve à la fois sans direction et sans mouvement.
Nous avons épuisé, — cela devait être, c'était écrit! — tous les moyens connus de l'usure et de l'impôt ; la pratique des financiers est à bout ; il ne nous reste qu'à nous résigner et à joindre les mains !...
Citoyens, la patrie est en danger ! Or, à une situation désespérée, il faut un remède héroïque.
Je vous propose une mesure capable, dans mon opinion, de sauver la patrie , de mettre fin à la cri«e , ^ ^^V<^ Vû^e^
mortelle et déshonorante de notre commerce , de notre induMlrie, de notre politique, capable enfin de remettre et de lancer la Uévolution dans son ornière !...
Que l'Assemblée nationale sanctionne les deux décrets suivants :