‹ Résumé de la question socialeChapitre 11 sur 12 · I. — EMPRUNT DB DEUX MILUARDS · texte numérisé non relu

I. — EMPRUNT DB DEUX MILUARDS

Art. 4«r — Une nation qui se prête on qui se fait crédit a eUe- In^lno , 1)0 ftiit en réalité qu'augmenter sa production. D'après ce principe :

Art. t. — Le peuple français, représenté par FÉtat, emprante aa peuple français , représenté par la totalité des citoyens , une somme de DEUX milliards de francs , dans la forme et aux conditions suivantes.

Art. 3.— L'emprunt sera effectué au moyen d'une émission de papier do crédit , qui sera faite par TÉlat , successivement et jusqu'à concurrence de deux milliards.

Art. 4. — Le papier de crédit ainsi émis sera représentatif d'une somme b verser par les contribuables, de la manière ci-après.

Mode de versement.

Art. 5.— Tout contribuable dont la cote de contributions directes, l'impôt de 45 centimes et les centimes additionnels non compris, dépassera 10 francs, sera soumis k l'emprunt.

Tout contribuable dont la cote de contributions directes sera audessous de 10 francs, sera exempté de l'emprunt

Art. 6. — Les versements à faire par les contribuables soumis à l'emprunt seront:

Pour les cotes de

10 k 25 francs, 2 fo

25 à 50 — 3 fo

50 k 75 — 4 fo

75 k 100 — 5 fo

100 k 150 — 6 fo

150 k 200 — 7 fo

200 k 300 — 8 fo

300 k 500 — 9 fo

500 et au-dessus, 10 fo

is le montant de la contribution.

6 id. id.

s id. id.

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Art. 7.— -Les versements sciovU cff'it\.\x(i?» m^Wv^ ^>x\sl<^vq& «sa aui-

nérairc , dans les quatre années à partir de la promulgation du présent décret , et en huit termes égaux , exigibles de six mois en six mois.

11 sera facultatif aux contribuables soumis à l'emprunt de se libérer en un ou plusieurs paiements , avant l'expiration de la quatrième année.

Art. 8. — Jusqu'à libération entière, l'intérêt de la somme due ou restant à payer sera acquitté par le contribuable au taux de 5 pour cent, et ajouté à ses contributions.

Réciproquement , sur les versements effectués , le même intérêt sera payé au contribuable par l'Etat, et déduit de la cote de ses contributions.

Art. 9. — Tous contribuables sujets à l'emprunt, qui justifieront de dettes et obligations hypothécaires, chirographaires ou de commandite , obtiendront décharge de l'emprunt , dans le rapport de leur passif avec leur actif, ledit actif estimé cent fois le montant de la contribution.

Art. 40.— La portion d'emprunt ainsi défalquée sera imputable au créancier, et le débiteur qui aura obtenu décharge demeurera caution de la différence et recevra pour le créancier quittance du versement.

Si la somme des dettes égale ou surpasse U^aleur de la propriété, estimée comme il a été dit article 9, le créancier ou les créanciers supporteront seuls l'emprunt, conformément k l'article 5.

Art. 14.— Tout contribuable, sujet ou non à Tempïtint, qiM justifiera de dettes hypothécaires , chirographaires , ou de commandite , sera déchargé du montant de sa contribution directe, dans le rapport de son passif avec son actif, ledit actif estimé cent fois le montant

de la contribution.

La partie ainsi défalquée sera imputable aux créanciers, et le débiteur demeurera caution et recevra pour eux quittance du paiement. Toutefois la défalcation , et , par suite , l'imputation à faire aux

créanciers sur la contribution directe, ne pourra Jamais dépasser les

trois quarts de cette contribution.

La présente disposition n'aura d'effet que pour les quatre années,

k courir du jour du décret.

Art. 4 S.— Tous porteurs de rentes inscrites avant la promulgation

du présent décret seront affranchis de l'emprunt, mais soumis à un

impôt du quart de la rente, pendant les quatre années à partir du

décret.

Émission d^^ billets,

▲rt. 13.--Le$ billeU de crédit émis par FÉtat porteront le titre de Bons d^emprunt.

Us seront k la coupure de 40, 20, 50, 400, SOO, 500, 4,000 tnm>

▲rt. 44.— L'émissioQ aura lieu mensoellement , pendant les troii années à partir de la promulgation du décret, jusqu'à concunence de la somme de deux milliards.

Cette émission sera , pour chacun des quatre premiers mois de li série, de 400 millions ; pour les autres mois, de 50 millions.

Art. 45.— Les bons d'emprunt seront tous versés par VBtat, et en compte courant, kla Banque de France, soit la Banque natian^U de France, ainsi qu'il est porté au décret ci-joint.

Art. 46.— Les bons d'emprunt émis par l'État, hypothéqués sur les biens et les revenus de l'Etat; timbrés, sif^nés et endossés par la Banque nationale, gagés par les recouvrements de l'emprant, seront réputés billets de Banque, et, comme tels, versés dans la cireulatioa générale, par la voie ordinaire de l'escompte et du crédit, soit contre bonnes valeurs de commerce, soit contre titres authentiques de prooriété.

Les effets de commerce, représentatifs de produits vendus et livrés et les titres de propriété servant d'hypothèques , s'ajoutant ainsi aa gage métallique des billets, en compléteront la solidité.

Art. 47. — L'intérêt des escomptes et crédits faits en bons d'emprunt à la Banque nationale sera de 3 pour cent l'an , commission comprise , sans toutefois que l'escompte puisse être moindre , pour les valeurs à courte échéance, de \/% pour cent.

Art. 48. — Les bons d'emprunt n'auront pas cours forcé.

Us seront, à toute réquisition des porteurs, remboursables par ht Banque, en espèces, sauf retenue de 5 pour cent.

Art. 49.— Après l'expiration de la quatrième année, H dater du présent décret , les bous d'emprunt seront retirés de la circulation au fur et à mesure de leur rentrée dans les comptoirs , et remplacés par les billets ordinaires de la Banque, qui, dès ce moment, arrêtera le taux de son intérêt pour les crédits et escomptes en billets ï 3 pour cent, et pour ceux en numéraire 3 et demi pour cent.

Art. âO.— A partir de la même époque, l'intérêt à payer parTEtat, pour les fonds provenant de l'emprunt, sera réduit de 5 pour cent à 3 pour cent, taux de la Banque.

Remboursement de V emprunt.

Art. S4 .—Le remboursement des se mmcs versées à Tcmprunt aura

lieu de trois pianièr^s ëlffércntes, qui pourront , suivant les circon-stances, ôtre soit successivement, soit simultanément employées.

4o Conversion en rentes;

2o Remise sur l'impôt;

3o Remboursement par la Banque.

Art. SIS.— La conversion en rentes 3 pour cent des sommes versées à l'emprunt sera accordée à tout créancier de l'État qui en fera la demande.

Art. 213. — Tous versements inférieurs k ^5 francs , seront remboursés au moyen d'une réduction annuelle sur la contribution directe , calculée de manière à ce que le remboursement intégral ait lieu, au plus tard, dans les quatre années k partir du dernier versement.

Art. %i. — Sur les versements supérieurs k S15 francs, pareille somme sera d'abord déduite du montant du versement et remboursée en quatre annuités, par la remise sur l'impôt^ ainsi qu'il es>^ Ji^ au précédent article.

Art. 2o. — Le surplus des sommes versées, et qui n'aura pas été converti en rentes, ou remboursé par la voie de l'impôt , sera remboursé par la Banque nationale , eu quatre annuités, de manière que le remboursement total de l'emprunt soit effectué » au plus tard , k l'expiration de la huitième année qui suivra le dernier versement.

Art. 26. .^ Pour favoriser, autant que possible, les créanciers de l'Etat qui voudraient rentrer promptemcnt dans leurs fonds , et augmenter la circulation des valeurs, il sera distribué par l'Etat k ses créanciers, après le dernier versement, des titres d'emprunt nominatifs et k souche, susceptibles d'endossement, et payables k la Banque nationale aux échéances prévues par l'article 25.

Art. 27. — Les propriétaires, entrepreneurs, industriels, commerçants, fabricants, etc., soumis k l'une des quatre contributions directes et porteurs de titres d'emprunt, demeurent garants envers leurs créanciers du remboursement des sommes avancées pour eux par ces derniers, en exécution des articles 9 et 10 da présent décret»

Emploi des fonds et destination de V emprunt.

Art. 28.-^ Les sommes versées en numéraire, pour l' emprunt, seront livrées k la Banque nationale et aux comptoirs des départements, et ajoutées au capital métallique de la Banque , pour servir de gage aux bons de l'emprunt, et assurer leur acceptation par tons les citoyens.

An. 39. — Quant aux deux milliards de valeurs résultant da tï Ëme de rËfflîssion et de VacreptalioD des lions d'emprunt; l'appU^ n en sera dé (crniinée ainsi qi['il suit^ Di^Bcit ù prËvoir surlea budgets de 184S et 1819. 300,0(! S» DÉgrÈTein'enls sur diverses contributions, 100 millions par aonâe, pnadaut les quatre années de

l'emprunt lOO.OOO.OW''

3= Primes et encouragements !irindusirie,4ûponr cent sur les salaires d'ouvriers des deux sexes employés dans les ateliers, ctiantiera, usines, fabriques et manufactures, pendunt les trois mois ti courir de la

romulgation du décret

4» Rachat de aanaux, chemins de fer el mines;

travaux de rcboisemeut, endiguemcnt, etc

So Crédits sur immeubles ruraux, d'après les conditions qui seront fixées pac la loi sui' le crédit hypothécaire et les statuts de la Banque nationale, 4&0 millions par an pendaut quatre ans

6a Crédit au eommerce el h l'Industrie, ëO millions

n pendant quatre ans

Dispouible. .

Total. . .

- BÉITNIOK DE lA DANQUB DE FHANCB AU DOUAINI fVt

Art. 1 ". La circnlatioa des valeurs est une fouctlon essenUeUeuH !> sociale.

L'anarchie dans cette fonction est la seule cause des crises ft

[ dtres, commerciales et industrielles.

En conséquence :

Art. %. — La Banque de France est dédaréc institution d'ut

I publique.

~ .e est réunie au domaine de la nation , et fonct te. Elle prend le litre de Banqve nationale de FranW. 1. 3. — Une commission, nommée par l'Assemblée oalJoDaleQ prise dans son sein, procédera immédiatement U la UquidatioD defl Banque du France-

Les actions seront remboursées d'aj^rès le cours moyen des douze derniers mois^ en rentes sur TÉtàti^

Art. I. — L'administration de la Banque de France, reformée par TAssemblée nationale, >est placée sous la surveillance de chacun des Représentants du peuple et dé la Chambre de commerce de Paris.

Dans les départements, les chambre^ de commerce et les conseils municipaux ont de droit la surveillance des opérations des comptoirs. Art. 5.— La Banque est indépendante du gouvernement central, et placée hors de son action.

Aucun ministre on fonctionnaire public ne peut faire partie ni du conseil d'administration de la Banque nationale , ni du conseil de surveillance.

Art. 6. •— Les opérations de la Banque nationale embrassent le crédit agricole et industriel , aussi bien que Tescomptc et la circu lation.

Art. 7. — Le taux de l'intérêt, pour les crédits et escomptes, sera fixé provisoirement à la Banque nationale , à partir du recouvrement de l'emprunt, à 3 pour cent , sur les sommes versées en billets, et 3 et demi pour cent sur celles versées en numéraire.

Art. 8.— >Le nombre d'annuités par lesquelles il sera facultatif aux emprunteurs sur hypothèque de se libérer, non compris la première année, pour laquelle l'intérêt seul sera perçu et retenu d'avance, ne pourra exoéder vingt.

Art. 9. — Une loi spéciale , ainsi que les nouveaux statuts de la Banque nationale , détermineront les règles et conditions du crédit foncier.

Art. 40. — Les bénéfices réalisés par la Banque nationale seront ajoutés à son capital, jusqu'b ce que ce capital, en monnaie et lingots, ait atteint le chiffre d'au moins 1,500 millions, et suffise à toute la circulation du pays.

Ce capital réalisé, le produit de la Banque pourra être appliqué aux dépenses publiques, ou le taux de l'intérêt être réduit aux frais d'administration.

IIP SÉRIE

npaiilfeaite 4p ipEfJPj^E \

Patriotes,

Nous sommes les élus de vos suffrages ;

Nous venons \ vous comme des suppliants, la branche d'olivier à la main, la consternation dans le cœur.

Qu'avons-nous fait de cette révolution que vous aviez confiée à notre garde, si pleine d'espérance et si pure, aux élections d'avril et de juin?

La presse muselée, l'ouvrier démoralisé, le Peuple des barricades calomnié, l'Assemblée nationale décimée, les républicains de la veille traduits devant les conseils de guerre, condamnés, déportés, proscrits, suspects ; le règne du sabre substitué au règne de la loi ; une parole sardonique et froide remplaçant chez l'homme du pouvoir une parole pompeuse et vide ; un état de siège qui se prolonge, qui ne finira que par la volonté du Peuple, et le Peuple est dans les fers!

) Le journal le Peuple, auquel ce Manifeste servait de spécimen, a publié son premier numéro le % septembre. Ce Manifeste devait être signé de plusieurs représentants du peuple qui reculèrent devant les circonstances. (iV- de VÈd,)

— io6 —

une constitution monarchique dont tonte la pensée se résume en ces mots, refus de travail à Fouvrier I la misère» le désespoir, le sang des pères, les larmes des mères,' les cris des orphelins ; à côté, le capital réactionnaire et conspirateur qui rit et triomphe... vous répondent!

Ah ! sans doute nous ne formons dans l'Assemblée nationale qu'une minorité imperceptible ; nous n'avons rien pu empêcher, nous ne pouvons rien, et, devant la cons)^Fation des égoïsmes, toutes nos protestations resteront impuissantes. Mais une grande responsabilité n'en pèse pas moins sur nos lêtes ; et nous croirions avoir démérité de la République et de voti e estime, patriotes, si dans ces circonstances décisives, où l'union seule et la discipline font notre force, nous ne pensions pas à nous rapprocher de vous.

Le succès de la contre-révolution nous a rejetés sur la défensive : c'est la défense qu'il s'agit en ce moment d'organiser, en attendant que nous puissions organiser la victoire. Et c'est comme gage de bataille que nous venons demander à votre patriotisme un dernier effort^ l'acte de vertu suprême du chrétien et du citoyen, la Patience I

La patience est le tout de l'homme : patience an travail et patience à l'élude, patience à la guerre, patience dans la persécution. C'est la patience qui lait les héros et les génies, qui donne la victoire au droit sur la force, à la pauvreté sur la fortune. C'est la patience qui fait les peuples libres, les grands peuples. Les complots, les provocations à la révolte vous environnent : que le Peuple soit, comme Dieu, patient parce qu'il est tout puissant et immortel, j)#ticns quia œtemus, dit l'Ecriture.

Dounez-nousdonc, ô travailleurs, nos frères, donnez-nous pour quelque temps encore la patience ; écoutez nos paroles de paix et de sacritice, et nous vous promettons en échange justice pour vous, honte et condamnation pour vos ennemis.

Nous venons, contre un j^ouverncnient qui méconnaît son oi'jjiuie et sa fui, mais <|ue nous ne désejipérons pas de

ramener encore^ reprendre l'œuvre cômmencéey il y a dixhuit ans, par Godefroy Cavaignac, contre le gouvernement à jamais infâme de Louis-Philippe.

En fondant le Peuple, oi^ane de la pensée ouvrière, nous venons constituer l'unité des travailleurs en présence de l'anarchie des privilèges, poser l'idée révolutionnaire, ridée progressive, en face des projets réactionnaires, des idées rétrogrades. La Révolution de février, qui devait satisfaire à tous les vœux du Peuple trompé en juillet, la Révolution de février n'est déjà plus, comme celle de 1830, comme celle de 89 et 92, qu'une étape dans la route de notre émancipation ; ce sera la dernière.

Nous ne sommes d'aucune secte, d'aucune école : nous ne jurons par l'autorité de personne. Nous sommes du Peuple. Au Peuple seul, disait Platon, il appartient de créer des mots et des formules : toute expression, toute conception individuelle est une prison pour la pensée du Peuple.

Le Peuple a nommé la République démocratique et sociale :

Nous sommes de la République démocratique et sociale.

Nous avons , comme le Peuple, pour principe la liberté, pour moyen l'égalitJé, pour but la fraternité,

La liberté, c'est-à-dire l'âme , la vie , le mouvement, la spontanéité , progressive dans son développement, infinie, absolue dans son essence et son idéal ;

L'égalité , progressive et absolue ;

La fraternité, progressive et absolue.

Toute notre science consiste k épier les manifestations du Peuple, à solliciter sa parole, à interpréter ses actes. Interroger le Peuple, c'est pour nous toute la philosophie, toute la politique.

Nous voulons la famille , et nous la voulons pour tout le monde. Qui donc, parmi nous, hommes du Peuple, a jamais attaqué la famiHc? Qui ne sait que l'homme de labeur est aussi, et par excellence, l'homme d'amour?... Nos yeux ont cherché les ennemis de la famille, cl nous avons trouvé (\ue

ceH uiinemis de la famille étaient précisément les nôtres.

Vous, dont Tambition est de gagner de quoi nourrir une femme et la rendre heureuse, voulez-vous savoir quels sont les ennemis de la famille ? Portez le flambeau chez votre voisin le capitaliste, le rentier, Thomme de bourse, le gros salarié, le parasite, l'intrigant, Toisif ; pénétrez dans sa yie intime; interrogez sa femme, sa bonne, son petit garçonnet vous saurez quel est celui qui, par son égoïsme avare, par ses amours désordonnées, corrompt les mœurs publiques et dissout la famille. C'est la misère qui fait l'ouvrier libertin et foruicateur ; chez lui il y a horreur naturelle du vice et catranicmcul à la vertu. C'est le luxe qui rend le riche incestueux et adultère : la satiété et la paresse sont en lui des a^'cuts indomptables de désordre.

Nuus voulons le mariage monogame , inviolable et sans tache, contracté en toute liberté d'amour, dégagé de motiis sordides, résoluble seulement par la mort ou la trahison. Où doue truuYcrez*vous cet idéal de mariage, si ce n'est parmi vous, ouvriers et ouvrières? Les riches, non plus que le rois, ne coiuuusscnt rameur eu mariage.

Nous voulons le travail , comme droit et comme devoir, et sous la garantie de la Constitution , pour tout le monde. J^ droit à l'assistance, dont on nous entretient avec une philanthropie hypocrite, n'est que le corollaire, la sanction du droit au travail, c'est rindemnilé du chômage.

N'esl-il pas étrange que nous en soyons réduits à de pareilles professions de foi?

Le Sauvage fait la guerre au Sauvage afin de ne pas travailler. Le plus grand mal qu'il souhaite à son ennemi est de cultiver un champ. El nous, parce que nous demandons à travailler, on nous traite do Sauvages!...

Le Grec et le Romain, grands travailleurs au commencement, mais enp;oués de politique, minuit los nations dans la servlhulc; aliii do se dccluugor :ur elles du Inivail, etdevaquer sans diatiactiou à luurà exerticos (Kiriementaires. La

politique; dit Virgile, fat le métier d^& enfants de la louve : Tu regere imperio populos , Romane , memm^o ; hœ Obi erunt arte$. C'était i|a principe , parmi les publicistes de l'antiquité j que Thomme de travail ne pouvait être un homme politique : aussi, loin de refiiser le travail au prolétaire , ils le lui imposaient de force. — - Aujourd'hui , nos politiques ne veulent ni travailler ni nous donner le travail. Ils voudraient tout pour eux, le travail et le> gouvernement.

Au moyen âge > le système , le point de v^ie , les idées , tout se modifie. La cciste féodacle , non plus qu'autrefois la caste praticienne , ne prend part active au travail : elle le laisse au vilain. Mais, au lieu de ooniraindre , elle se fait payer. Par lettres-patentes (voilà rorigioe de ce que nous appelons i^alen^e^), et moyennant redevance, à tous ceux qui voudront travailler le seigneur donne crédit de la terre , crédit du commerce, de l'industrie et des arts, crédit, en un mot, du travail : absolument comme le Juif et le Lombard donnaient crédit de leur argent. Le peuple travailleur, après un long esclavage , avait tellement pris goût à la besogne, que la caste oisive en était venue -à penser qu'au lieu d'exiger de lui le travail, elle pouvait le lui vendre ! C'est le principe de tout le droit féodal.

De nos jours, sous ce régime de bancocratie, ne travaille pas qui veut, même en payant; L'ouvrier a beau laisser à son exploiteur 10, 20 et 50 pour cent de son salaire légitime : il n'obtient pas de travail* Le travail, autrefois privilège de l'esclave, est devenu le privilège du propriétaire. On se battait jadis pour ne pas travailler, c'était la guerre sociale ; on se bat aujourd'hui pour travailler, c'est la guerre sociale. La civilisation est allée d'un pôle à l'autre : on se tuait d'abord parce qu'il n'y avait pas de loisir pour tout le monde , et cela pouvait se comprendre ; on se tue maintenant parce qu'il n'y a pas de travail pour tout le monde, et cela ne se comprend pins.

Nos capitalistes législateurs refusent de reconnailce le

droit au travail : Peuple ; encore une fois, nous te demandons la patience!...

Pour nous conformer au langage "vulgaire, et afin d'éviter toute calomnie, toute équivoque, nous dirons que nous voulons la propriété, la propriété, c'est-à-dire la libre disposition pour chacun des fruits de son travail, de son industrie et de son intelligence.

Mais nous voulons la propriété , comme le frayait , pour tout le monde, parce que, dans la société, la faculté de produire est comme la faculté d'acquérir, infinie.

Nous voulons la propriété, moins l'usure, parce que l'usure est l'obstacle au développement de la production, à l'accroissement et à l'universalisation de la propriété.

On a dit que la propriété ainsi entendue, ainsi dépouillée de ce qui en fait le privilège et l'abus , n'était plus la propriété. — Hommes de pratique encore plus que de théorie, nous laissons cette discussion aux savants ; il nous suffit, en maintenant la possession individuelle, de l'affranchir de toute inégalité et monopole.

Nous voulons, pendant cette époque de transition, que la révolution de Février a inaugurée, le respect de la propriété acquise, sauf la réduction progressive du privilège. Quel est donc, parmi nous, celui qui proche la confiscation et le vol? Les doctrines les plus hardies sur la propriété ont circulé parmi le Peuple : combien ont-elles fait de pillards?... Nous avons cherche les voleurs , et nous les avons trouvés , avec les impudiques et les adultères, à la cour de l'ex-roi, dans la pairie, à la chambre des députés, aux ministères, partout, excepté parmi les travailleurs. Nul n'est plus ennemi du vol que celui qui travaille. C'est contre le vol privilégié qu'a été faite la révolution de Février : avis aux instigateurs et fauteurs de conlre-rèvolution.

Nous voulons le maintien du principe d'hérédité, c'està-dire la transmission naturelle du père au fils des instruments et des produits du travail , non la transmission du

monopole, dii droit Jii seigneur. En quoi ic principe d'hérédité, qui relÎG les généralioDs et t'ait la force de la l'aniille, sera-t-il conlraîre à legalilé et n la fralemilé, lorsqu'il ne servira plus à (ransmeltre et accumuler des.priïUgges ?

Famille, travail,, propriété s^ns usure et sans abus, eu

d'aulres termes, gratuité du crédit, idenlification du IravaiL-

I leur et du capitalîsle; hérédité des droits, non degprivi-

I léges ; tels sont les éléments de notre drijimublîc, de noire

science sociale. , ,,,„,.

Or, la base économique de la société ajnsi modifiée , (oui revire, tout change dans la sociélé., Les causes de misère dei viennent cause dericbesse ; les i^genlsd mégalllé et d'aalago- L nisme , agents d'harRionie,e).deJfîiJ.eraité. Sous ce nouvel I horizon, les idét^s, la philosophie s'élargii^^t el «g. réforment ; r la science et l'art prenncn!uD|îa,u,lre significationt un mire I style ; la religion est espliiiuée.

' La France a montré, dans, ces derniers (eœps, combien elle éfait religieuse , religietise;.4B,ns le cœur et dons la raison. La religion, dans notre incomparable pays,; (est le ferment secret de tout ce qui a yie, autor^lé el durée. Les questions économiques, si vastes, qu'elles as posent, ne suffisent pas à noire inldligeuce contemplative et pleine de tendresse ; les graitds problème» de la philosophie nous laissent indiflércnLsellrjales; l'idée, pure nç, peut nous ravir. II fimt à notre âme quçlqu^ cbpse de plus que )c nombre et lu mesure, quelque çbpse au-delà mèoie de l'idée- , ,

0(i sont, parmi nous, les maléfialisU^ al les athées,? NpUs avons regarde autour de nous, et aous ne les avons découverts que parmi ceui qui nous calomnient et nous periécutent. Voyez-vous cet être froid et laid, subtil et souple comme le scrpenl, railleur, chiiTreur, sans pudeur, qui d'une voix argentine conclut toujours auimesures impitoyables; qui ne veut pas du droit au travail; qui vous parle de ta Providence, el qui adore la ratalité; qui ne voit dans la religion qu'un instrument de politique, dans la loi qn'untt

convention^ dans la Révolution qu'un fait! Cet homme-là, c'est un matérialiste, c'est un impie.

Oui, nous voulons la religion : mais que personne ne s'y trompe. La religion, pour nous, n'est pas la symbolique : c'est le contenu, le mot de la symbolique. Pour découvrir la vraie religion, il faut recommencer notre exégèse, montrer philosophiquement, à l'aide des nouvelles données sociales, le surnaturalisme dans la nature, le ciel dans la société, Dieu dans l'homme. C'est quand la civilisation nous apparaîtra comme une perpétuelle apocalypse, et l'histoire comme un miracle sans fin ; quand, par la réforme de la société, le christianisme aura été élevé à sa deuxième puissance, que nous connaîtrons la religion. Alors aussi nos calomniateurs, arrachés à leurs mythes, sauront quel est notre Dieu, quelle est noire foi...

Nous voulons comme forme de gouvernement et de société la République. Nous sommes les irréconciliables ennemis de la royauté, de tout ce qui y touche, de tout ce qui y ressemble. La royauté est une vieille fiction dont le sens est depuis longtemps connu, dont la restauration serait un outrage à la raison publique, à la dignité nationale. La royauté est le contraire de tout ce que nous voulons et que nous attendons de la République.

La République est l'égalité coordonnée des fonctions et des personnes : la royauté n'en est que la hiérarchie et la subalternisation.

La République exclut la distinction des castes : la royauté ne peut se passer de castes. A la féodalité nobiliaire, elle a substitué la féodalité mercantile : pourquoi aurions-noui chassé Louis-Philippe, le type, l'élu de la caste bourgeoise, si nous devions conserver une bourgeoisie, si nous voulions cultiver cette semence de laquelle a surgi la pire espèce de royauté, la royauté constitutionnelle?

La République est l'organisation du suffrage universel : avec la royauté, ce suffrage n'est qu'une loterie. — Nous

dirons plus tard ce que nous entendons par ces mots : Orgch nisation du suffrage universel.

La République suppose, avec la division des fonctions, rindivisibilité du pouvoir. — Nous prouverons que le support le plus ferme du despotisme, la pierre angulaire des monarchies, se trouve justement dans celte distinction des pouvoirs en législatif, exécutif et judiciaire ; distinction où la liberté, l'égalité, la responsabilité, le suffrage universel, la souveraineté populaire, les principes de justice et d'ordre, périssent tous.

La République est la centralisation du crédit, du commerce, de l'industrie, de l'agriculture, aussi bien que de la police et de l'enseignement : la royauté n'en est que Tanarchic ou le vasselage.

La République est un régime de responsabilité et de droit : la royauté ne subsiste que par la faveur et la corruption.

La République est, comme la religion, essentiellement expansive et universelle, embrassant le monde et l'éternité. — La royauté, toujours personnelle, locale, stationnaire, vivant chez soi et pour soi, la royauté est l'ennemie du genre humain et du progrès.

La République dirait à l'Autrichien : « Je veux que tu sortes de l'Italie ! » Et l'Autrichien en sortirait. Elle dirait au Scythe : a Je veux que tu laisses ma Pologne chérie ! d Et le Scythe reprendrait la roule du désert. — La royauté dit aux tyrans : « Frères, combien me donnerez-vous, et je vous livre l'Italie et la Pologne?... »

Aux tendances bourgeoises du gouvernement et de l'Assemblée nationale ; aux restrictions apportées à l'exercice du droit de suffrage ; aux entraves jetées sur la liberté d'association et la liberté de la presse ; au projet de constitution monarchique soumis aux délibérations des représentants du Peuple ; à la guerre faite aux idées sociales ; aux pactes conclus avec les usuriers ; à l'abandon des nationalités polonaise

' et italienne ; aui Iransacliom entamées avec les gouverne-

ttenta arialocraliques de l'Europe, il est facile déjuger que

e pays est en pleine voie de restauration rojaliste. A

e l'hercule populaire a tranché une tète de dynastie que

le ceironc exécré il en sui^t de nouvelles, repuUutai hydt

W^tÀ est en ce moment le péril, là doit se porter l'effort

I Holre résistance.

Républicains, comptez sur nous!... Mais si vous vouleî' j ^e notre dévouement soit utile, qu'il nous soit penuis-à I notre tour de compter sur votre appui. Et cet appui, quel I est-il? iious vous le répétons en Bnissanl, cet appui, ce f fiât votre force et la nf^tre, c'est la patience.

Gardcz-Vousde céder auïperlides instigations de ceux TOUS poussent â la révolte el à la guerre civile : la guci civile est le seul inoyen de succès qu'ait en ce moment la royauté. Les choses, par la combinaison providentielle des l ^'éflements, sont arrivées à ce point, que h le Peuple j I Içielque temps immobile, la rojaùlé, avec son inf eïf 4^ge, est perdue à jamais.

Patience donc, ciloyehs ; aucune vérité sur les hoi et sur les choses ne voils sera par nous dissimulée, aucune résolnflon timide suggérée. Maïs, encore une fois, patience!

it tout l'avenir du Peuple, et le salut de la République

eque

oukî mis- à quel

acm

liii Présidence.

Novembre.

Musc du pamphlet, du pamphlet révolutionnaire, coiffe ton bonnet phrygien, brandis ta pique, et chantons laifarseilïaise! A moi Desmoulins, à moi Rouget de Tlsle, à moi Chénier, Paul-Louis, Déranger, Cormenin ! prélez-moi vos traits et vos flammes. Vieux Lamennais, n'as-tu point encore quelques Paroles pour les Croyants? Viens aussi, jeune poète qui mis en rimes sanglantes la misère du travailleur. La contre-ré vol *xtion s'approche, assise sur un sac d'écus, pleine du vm de la colère des rois. Faubouriens, aux armes! Montagnards, ceignez vos écharpes !... Et toi, Lagrange, mon ami, qui juras de mourir pour la souveraineté du Peuple, prends tes capsules et ton fusil ! Que le tocsin sonne ! que les lampions, les lampions s'allument comme dans les nuits de février ! que le Chœur des Girondins^ que le Chant du Départ retentissent, que la voix du cornet à piston remplisse mon cœur d'un saint enthousiasme ! J'entends les cris des monarchiens, des valets du capital, des exploiteurs du prolétariat : Fêtons, célébrons, esclaves, la venue de notre maître ! Noël, noël, nous allons nommer le Président! Noël, noël, VIVE LE ROI !....

Mais non, amis, pas d'émotion ! C'est le carnaval dynastique. Restons chez nous, rougv^s et bleus ! et puisque Dieu Ta voulu, et que les hommes le permettent, regardons par la fenêtre, les bras croisés, cette descente de la Courtille !

L Que la présidence y c'est la monarchie.

Tu Tas dit, Cavaignac, et je l'ai ej^ndu de mes oreilles : JLa France va prouver ^ par le choix de son président j si eile est républicaine ou non.

Vous croyiez donc^ vous autres, la question de la République résolue par le coup de balai de février? — Pauvres sots!

Vous la croyiez résbltte par h Wahifestalîon du 17 mars? — Imbéciles I

Vous la croyiez résolue parles élections d*avril, première application du suffrage universel? — Insipides I

Vous la croyiez résolue, le r> mai, par Tadhësion des plénipotentiaires du Peuple? — Qui? messieurs de l'Assemblée nationale? vos représentants? Est-ce qu'ils «ont engagés à quelque chose? est-ce qu'ils ont prêté serment?...

Vous croyiez la question de la République jagée, confirmée par le vole de la Constitution? — Mais la (Constitution, c'est la question.

La Constitution, vous dîs-je, n'a fait que poser au pays la question de la République. A présent c'est au pays et an paysan à la résoudre. Nous saurons dans six semaines si la France est républicaine oU non!,,.

Bravo, constituants ! Vous voulez que votre fille demeure vierge, et vous commencez par la marier? Prenez- vous donc la République pour une Victoria, que vous lui mettez pour condition ce qui fera d'elle une monarchie? Et vous prétendez que nous l'aimions, votre matrone ! que nous, fils de la Liberté, nous ayons foi dans sa vertu ! que nous prenions son drap de noces pour notre drapeau? Avez- vous oublié ce que chantait la Vivandière, au retour de Moscou :

Quand au nombre il fallut éédcr

La victoire infidble, Que n'avais-je pour vous guider

Ce qu'avait la Pucelle !

Ah! citoyens repréapntants, que votre Constitution se sent des lieux que voits avez fréquentés trop longtemps !..• Je veux dire l'école des Chartes , non autre chose. Voui

excitez, dans le pays, la fringale monarchique ; le pays vous répondra par une monarchie.

Chaque pays, chaque guise. En France, le Peuple, qui se soucie peu des subtibilités parlementaires, mais qui a Touïe fine et la langue affilée, le Peuple ne sait, ne comprend qu'une chose : c'est que celui qui commande les autres, qui agit, qui exécute, en un mot qui gouverne, celui-là est le maître de la maison. Et quand on lui parle d'une demoiselle de bonne maison qui a besoin d'un protecteur, d'un aimi, pour lui tenir compagnie, gérer et administrer ses biens, la conduire dans le mcmde, veiller., sur elle la nuit, le Peuple comprend tout de suite qu'il Saut la marier ! Marion pleurCf JUarion crie, Marion veut qu'on la marie!

Votre président sera roi, vous dis-je, ou ne sera rien du tout. Et si vous voulez- causer un moment, je m'engage à vous le faire voir, clair comme eau de roche.

Vous seriez-vous par hasard imaginé, nos Solons et nos Lycurgues, que le Peuple ayant à marier sa fille, la République, irait lui donner un manant tel que vous ou moi? — Cavaignac, Lamartine, Ledru-RoUin ou Thomas Dîafoirus? — Qui, un- soldat, un rimcur, un bachelier! président de la République I Fous que vous êtes ! Est-ce que le Peuple connaît ce monde-là? Est-ce qu'il s'inquiète de leurs galons ou de leurs diplôme»?... Ce qu'il faut au Peuple, pour la République, ce qu'il demande, c'est un bon mâle, de forte encolure et de noble race.

Le Peuple s'inquiète peu, croyez-moi, de la distinction du législatif et de Veocécutif, L'exécutif, pour lui, c'est tout. Autre sans doute sera le notaire, autre le fiancé. Pourvu que le président fasse vite et bien, il aura, au jugement du Peuple, assez d'esprit. Sa virilité fera son mérite, et habet mea mentula mentemi Votre législatifs c'est un eunuque, quelque chose au dessous de rien!

Eh ! dites-moi : Jamais despote manqua-t-il de législa-» lions, de constitutions et de traditions pour contenir s4

fougue et modérer sa jeunesse? Cela pourtant ne ill Jamais le moindre tort du despotisme.

Les lois de Moïse, la charte du peuple juif, étaient fcrites bien avant qu'ils eussent des rois. Cela' n'empêcha lôint les melks hébreus d'âlre rois dans loule la. force du ferme, et rois despotes. Pourtant, ^^* bourgeois d'Israël n'avaient entendu ordonner que la puissance eiécutive ; "s s'étaient réservé le greffe.

' Li loidesXniables et toute la Constitiilion romaûne existaient depuis longtemps lorsque vinrent les Césars, qui' Défirent qu'ajouter le titre, ancien dans la République, d'empereur, à celui de consul, que portaient auparavant leschefs du pou voir exécutif. Les Césars en furent-ils mdiiis des AUTOCRATES, trés boin, très pieux, tré$ cléments ',,lréi augustes, je le veus; mais eniindes autocrates 1 Or, l'otilooratie, la plénitude de la puissance excculivc, étml la même chose que l'autonomie, la plénitude du pou voii' législatif : les magnanimes empereurs le firent bien voir!

Est-ce quc'la Russie n'a pas ses instiluliods, ' ses lois, ses castes, etc.. contre lesquelles lutte, depuis deuï siècles le génie des Pierre-le-Grand, des Catheriiic et des Nicolas? — Bb bien ! Nicolas, c'est un monarque absolu, un despote. Croyez-ious qu'en France, avant 89, il n'j eût ni conslitution, ni parlement, ni loi?.. Et cependant le roi, parce qu'il faisait les cboses, parce qu'il avait seul le droit de les faire, était réputé la loi vivante. Si veut le roi, si veut la toi/ c'était encore un despote. Et quand la Constitution aemi-républicaine de 1790 eût été faîte, Louis XV[, chef du pouvoir exécutif de par cette Constitution, était encore à bien le maître, malgré le contrai paraphcrnal qui le liai), qu'il lui suffisait, pour avoir raison de la République, de lui répondre, lorsqu'elle lui faisait quelque amoureuse instance : Je ne veux pas I et se tenir coil...

Est-ce que le système constitutionnel n'existait pas fout formé, et les matériaux des codes, les principes de l'adi

nistratioQ n'étaient-ils pas là, quand amya Bonaparte? Estce que la Constitution de l'an VIII, que jura d'observer le général, œuvre de Sièges, n'étaît pas le résumé des idées et de Texpérience antérieure?^ Est-ce qu'à tout prendre, Bonaparte ne gouverna pas uniquement en vertu des lois, des mœurs^ des institutions qu'il n'avait point faites, et qu'il avait trouvées ? — Mais il avait le pouvoir exécutif, et bien qu'on ne l'eût donné d'abord à la République que comme tuteur, il fit d'elle tout ce qu'il voulut... Il fut empereur et despote.

La Charte de 1814, et celle de 1830, ne furent-elles pas tour à tour le préliminaire obligé de l'avènement des deux dernières dynasties? N'avait-on pas eu soin de stipuler que le roi ne pourrait rien faire qui ne fût prévu dans le contrat? Mais il était dit aussi que le chef de l'État exercerait le droit conjugal; et que reste-t-il au père de la fille, quand le mari et la femme couchent ensemble?. . Je maintiens que la puissance royale fut plus grande encore, sons les deux dernières dy-iasties, qu'elle n'avait été sous l'ancien régime. Ne savez- vous pas que toute obligation suppose réciprocité? Plus vous gênez l'étalon, plus vous enflammez sa vertu.

Vous croyez énerver votre président parce que vous lui mettez des entraves ! Je vous dis, moi, que vous ne faites qu'irriter sa fougue, et la rendre plus irrésistible. Ne vous ai-je pas entendu tous, dire, à propos de la présidence, comme cela se disait autrefois de la monarchie constitutionnelle, que le président, tout-puissant pour le bien, serait impuissant pour le mal? comme si, en fait de gouvernement, pas plus qu'en fait de mariage, l'homme pouvait répondre de ses œuvres !. .. Sauriez-vous, par hasard, le secret de faire à volonté des garçons ou des filles?...

Votre président sera tout-puissant, cela suffit. Le Peuple, qui sait très bien qu'en telle affaire qui peut pense, le Peuple se rit de vos distinctions. Le futur sera vigoureux, je vous

en avertis. Ce n'est {(as tout, il sera noble. N'àye2 cramie que le Peuple, qui s'y connaît, fasse pour sa pnpQle une mésalliance.

On déclame, on plaisante à tort et à fràvers, sur Louis Bonaparte. Quelques-uns, comnie Antony Thouret, Toht jusqu'à l'indignation. Pour moi, après y avoir réfléchi, je suis de l'avis du prince : je trouve que son véritable litire à la présidence est justement de n'être rien de ce que ses envieux lui demandent, ni homme de guerre, ni homme d'affaires, ni homme d'état. Son titre, à lui, c'est d'être Napoléon. La France, monarchique jusqu'à la moelle, ne demande rien de plus. N'oubliez donc pas que le président de la République est avant tout le mari de la République : le reste lui viendra avec le mariage. Ceux-là ont grand tort, à mon sens, qui, confondant, comme dit le proverbe, le bon Dieu avec les prunes, s'en vont fouiller la vie du candidat, calomnier ses intentions, préjuger ses principes, ou bien encore lui demander un programme !...

Quoi ! cet écervclé veut régner sur la France ! s'écrie un républicain badaud, à qui il faudrait un graiid homme pour gouverner l'Étal ! lui qui entrant un matin dans Strasbourg, en culotte jaune et petit chapeau, aux cris dt Vive l'empereur I se laissa prendre dans un cul-de-sac comme un blaireau dans un terrier !

Lui qui faillit allumer la guerre entre deux nations amies, pour prix de l'hospitalité que lui donnait Tune, et du pardon que lui avait dédaigneusement accordé l'autre I

Lui qui, coupable du même crime que le duc d'Enghien, aurait dû être traité comme le duc d'Enghien, si le gouvernement suisse et le gouvernement français avaient fait justice !

Lui que plus tard nous avons vu revenir en France par Boulogne, un aiglon sur le poing, comme un varlet de fauconnerie I

Lui que la cour dc^; pairs envoya pour sîi santé au fort Je

Hani; aujc si£Qets et aux éclats de rire de tous les Parisiens!

Lui qui, grâce à quelque connivence du pouvoir, s'évada de prison, déguisé en blouse, une planche sur l'épaule, et cassa sa pipe en passant sur le pont-levis, comme il Ta lacoaté dans Thistoire de son évasion, écrite par lui-même, édition Temblaire, prix un souI...

Lui qui depuis fut sergent de ville à Londres !

Qui joua la comédie à Ëglington !

Qui, par deux fois, monté à la tribune de l'Assemblée nationale, s'en tira comme madame Mansion, Qui ne dit ni om ni non !

n est drôle le Napoléon, avec sa pipe cassée ! avec son aigle ! avec sa culotte de peau !...

Mais, reprend un autre, au langage plus parlementaire, sans doute son altesse est comme le perroquet de Normandie, qui, s'il ne chante pas, n'en pense pas moins. A défaut d'une campagne d'Italie, d'un traité de Campp-Formio, d'une expédition d'Egypte, nous aurons au moins un programme ?

Nous connaissons les idées de M. de Lamartine ; nous savons, à peu près, ce que veut le citoyen Ledru-Rollin, ce que veulent Messieurs Thiers et Mole. Gavaignac et Bugeaud, si leur politique laisse à désirer, peuvent invoquer hurs états de service. Mais Louis Bonaparte ?•..

Je demande à Louis Bonaparte :

S'il renonce aux droits que lui conférait certain sénatusconsulte de 1804, invoqué par lui contre Louis-Philippe, lors de l'expédition de Strasbourg ? conséquemment, s'il prétend faire relever sa candidature d'autre chose que de la volonté du Peuple?

Si, n'ayant pas voté sur les priiicipaux articles de la Constitution, il croit pouvoir, en sûreté de conscience, prêter serment à la Constitution?

S'il accepte la République démocratique, ync et indivisi-

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blc, telle qu'elle est définie par la Conslilution ; o pour la République démocratique et sociale ?

S'il est vrai qu'il se laisse ou se fasse appeler Mm gneur?

S'il croit à la durée de la paix en Europe, et pourquoi! S'il sérail partisan de l'intervention en Italie, eu Pologne el ailleurs, el sur quoi il fonderait, devant l'opinion du i payset la diplomatie curopccnno, l'utilité pour nous tà\i | légitimilé de celte intervenliou 1

S'il est vrai qu'il ait pria, au sujet de sa candi datimV.ks conat^ de l'Angleterre, et de la Russie, comme le bruit «J cot|rt;'cfu s'il s'en lient au bon plaisir des électeurs françsisi S'il a un système de ercdil à substituer au Bystèmc actuel, qui, au moment du péril, trahit à la fois le pays el l'Éiat, et quel est ce système ?

S'il considère toute espèce de papier-monnaie coniniB une contrefaçon' des assignats, et comment il pense résoih dre le problème du crédit i^ricole ?

S'il croit possible de réduire l'effectif de l'armée, dç.tS- | minuer le chiffre du budget, et comment?

S'il admet le droit au travail, ou s'il le repousse? ■ Quelles sont ses idées sur le recrniemcnl, la colonisalioD, l'organisation judiciaire, le conseil d'Étal, les libertés communales el départementales, la liberté de la presse, la literie de l'enseignement, l'impôt progressif? etc., etc.

Si, après avoir vu les hommes de la gauche, de la droile, du centre,— on dit même les socialistes ! — il compte faire un gouvernement de conciliation, ou un gouvernement d'exclirsiou ? Dans l'un el l'aiitre cas, où sont ses sympathies, SCS préférences?...

— Bah ! iulerrompt là-dessus un républicain du lendemain, bien connu du Charivari, Jérôme Paturol, vous demandez au prince Louis son programme ! Vous l'avez ce programme; ccslVSœlivclion Jk faupèrinne, un volunif Jn-32, Paris, rue Ncuve-des-Petits-Champs, n" 36. — L'eï-

tiDction du paupérisme , entendez-vous? Que demandezvous de plus? L'Empereur y a rêvé vingt ans, sans pouvoir résoudre le problème. Or, ce que n*a pu faire Napoléon-le- Grand, Napoléon-le-Jeune Faccomplira. Car Napoléon-le- Jeune est socialiste, communiste même, ne vous en déplaise. Voici son système.

Il pose en principe, page 5, que la prospérité d'un pays dépend de la prospérité générale.

A côté de ce principe lumineux^ fécond, il pose cette mineure, non moins merveilleuse, pages 6, 7, 8, 9, — que le commerce, Tindustrie, Tagriculture, l'administration, sont minési par wi vice organique, lequel vice organique consiste principalement dans la division égalitaire des pro^ priétés.

n conclut par la nécessité, pour sauver le pays, de recréer la grande propriété, et d'organiser le travail sur des bases nouvelles.

Celte organisation, suivant le réformateur napoléonien, sera la suivante :

Dans chaque département et commune, les ouvriers et prolétaires nommeront des prud'hommes, 4 raison d'un prud^homme par dix ouvriers ;

n y aura pour dix prud'hommes un directeur ; Et pour dix directeurs un gouverneur.

Les prud'hommes auront le grade de sous-officicr ; les directeurs celui de capitaine ; les gouverneurs celui de colonel.

Les ouvriers seront considérés comme simples soldats. — Ils seront organisés militairement. (Page 28.)

Il sera formé par eux des colonies agricoles, auxquelles seront livrés les 6 millions 427,000 hectares de terres actuellement incultes. Ces colonies serviront tout à la fois de réservoirs pour l'industrie libre, qui y prendra les ouvriers dont elle aura besoin, et de déversoirs pour le trop-plein de la population. (Pag. 26.)

Les prud'hommes seront chargés^ conjointement avec les maires des communes, d'envoyer à ces colonies les hommes que l'industrie libre ne pourra occuper; et réciproquement de fournir à l'industrie les sujets dont elle pourra aYoirbesoin.(Pag« 37.)

Les colons seront logés dans des harraques en tarchiê èl elayonnagej de 4 m. 60 sur 3 m. 90. La discipline y sera sévère; la vie salutaire (*ic), mais rude; l'entretien le phi simple possible. Le logement, la solde^ la nourriture, TAabillement y réglés diaprés le tarif de l'armée (fag. SC^^et bornés au strict nécessaire. (Pag. 96.)

Les individus sans ouvrage trouveront dans ces établissements à utiliser leurs forces et leur intelligence au profit de la communauté. (Pag. 23.)

Les colonies, lorsqu'elles seront en plein rapport, devant donner, grâce à la modicité de la solde, d'immenses bénéfices, ces bénéfices seront employés à acheter de nouvelles terres; car, observe l'auteur avec une souveraine raison, tout système qui ne renferme pas en lui-même un moyen d'accroissement continuel est défectueux. (Pag. 32.)

Les colonies agricoles auront donc la facilité d'éteindre leur domaine, démultiplier leurs établissements^ {psiga 33), au détriment, bien entendu, de la propriété privée, qui devra peu à peu disparaître.

Ainsi, tandis que par notre loi égalitaire les propriMs se divisent de plus en plus — ce qui nous rapproche de plus en plus du régime démocratique, — le communisme napoléonien reconstruira la grande propriété et la grande culture. (Page 33.)

£t quand il ne restera plus en France de terres à adieter et de propriété à envahir, la compagnie établira des succursales en Algérie, en Amérique même (page 34) : le globe entier y passera. Partout où il y aura un hectare de terre à défricher ci à acquérir, la conmiunauto de Louis-Napoléon

sera là avec iei capitauœy avec ion armée de travailleursy avec son incessante activité. {Ibid.)

Pour organiser de la sorte le travail, et convertir le pays en comfnunautés militaires, il en coûtera, toutes rectifications faites aux calculs du prince Louis, environ 160 mil- U09S F4R iH au pays (voir le devis de son altesse impériale, pagQ9 35 à 43.)— Cette somme de 160 millions sera acquittée, comme de justice et de raison, parla propriété rurale et industrielle, puisque c'est à l'intention de cette propriété, et pour b^ débarrasser dû prolétariat, que doivent être fondées les colonies agricoles, j

Vpus demandez à Mapoléon-Louis Bonaparte son programme, son système ? 11 existe, je vous le répète, ce programme ; il était, en septembre dernier, à sa quatrième édition. Enlevé qu'il est par les habitants des campagnes, qui tous applaudissent aux idées du futur empereur, il n'est pas étonnant que les représentants du Peuple, à Paris, n'en aient pas connaissance.

Ah ! vous ne vouliez point de l'organisation anodine de Louis Blaoc ! Eh bien ! vous serez organisés, haut la baguette, par M. le coustaLlc.

Ah ! vous ne vouliez pas du phalanstère ! Eh bien î Napoléon-le-Jeune vous fera loger dans des barraques !

Ah! vous ne vouliez de la communauté pas plus que de la conscription ! Eh bien ! vous serez tous soldats, soldats à vie, comme Napoléon sera prusident. Vos femmes seront cantinières; vos garçons, tambours ; vos lilles, à douze ans, feront l'œil aux tourlourous.

Ab ! vous vous plaigniez des AV) centimes do la liépublique ! Vous paierez 90 avec l'empereur.

Ah ! vous trouviez que c'était trop lourrl, un budget de 1840 millions! Vous l'aurez de deux milliards, plus la

communauté de gamelle.

Ah! ah ! gaillards ! ou vous apprendra ce que cest que

la liberté, l'égalité et la fraternité l

Ainsi (lit Jérôme Paturol.

Honte à la France ! hurle à ces mots un montagnard à barbe rouge et cheveui plats : honte et malédiction \ Nous sommes toujours la même race. Taniteuse, hypocrite el lâche! Et nous osons nous attribuer FinïtiatiYe de la civilisation et dn progrès ! Nous qui depuis quatorze siècles avons baise la semelle de GO tyrans ; nous qui avons massacré nos frères les Albigeois et les Huguenots, coupables d'avoir revendiqué la liberté de conscience ; nous qui avons proscrit l'industrie de notre pays, parce qu'elle protestait contre le pape ; nous que l'avarice seule a faits révolutionnaires en 89, et qui, repus des biens nationauXj sommes vite revenus au despotisme ; nous qui avons délaissé les Yauban et les Turgot, pendant que nous caressions les Louvois et les abbés Terray ; nous qui laissons mourir de faim nos inventeurs et nos artistes ; nous qui ne subsistons que de contrefaçons et de plagiais : nous qui n'avons aujourd'hui ni constitution nationale, ni philosophie nationale, ni art national, qui avons laissé périr jusqu'à notre littérature nationale ; nous qui avons adoré et flétri tour ii tour la Légitimité, la République, l'Empire, la Restauration, la Quasi-Restauration, aussi incapables de vivre avec nos rois que de nous passer de rois ; nous qui n'avons jamais su que jouer à cache-cache avec la liberté ! — A quoi nous sert-il d'avoir produit Montaigne, Rabelais, Bayle, Descartes, MoUère, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, BulTon, Diderot, Dalembcrt, Condillac, Condorcet, Volncy, la série la plus riche, la plus éclatante de libres penseurs ? I/agitation philosophique n'a jamais été chez nous qu'une dispute de marguillers, le mouvonicnt politique qu'une querelle de robins et de gentillàtres. Les premiers soldats de la liberté, dans la rue : au coin du fou, valets de cour et rats d'église.

Viens donc, N.inoléon, viens prendnî possession de cette race de tartufes, de ce peuple de court isans. Us disent de loi que tu n'es qu'un crétin, un aventurier, un fou. Tu as

fait la police et joué la comédie; tu as toute Ictofle, à la férocité près qui n'est plus de notre Age, des Néron et des Caligula. Viens, te dis-je, tu es Thomme qu'il nous faut. Viens mettre à la raison ces bourgeois ; viens prendre leur dernier enfant et leur dernier écu ! Viens venger le socialisme, le communisme, le fouriérisme, lecabétisme ! Viens : les apostats de tous les règnes sont là qui t*atfcndent, prêts à te faire litière de leurs consciences comme de leurs femmes ! Ton oncle Jérôme disait, dans sa pétition à Louis-Philippe, qu'il ne demandait plus, en rentrant en France, qu'à vivre et mourir en citoyen français. Mais toi, lu l'as compris : ta famille était réservée pour de plus grandes choses ; il manquait une gloire au nom des Bonaparte. Viens terminer nos discordes en prenant nos libertés ! Viens consommer la honte du Peuple français ! Viens, viens, viens !..

A ces invectives, à ces sarcasmes, Napoléon-Louis n a qu'une chose à dire, mais à laquelle je dcfic qu'on trouve de réplique : La France est en folie ; il lui faut un homme !.. A défaut d'homme, elle ne reculerait pas pour un âne !...

Ope parlez-vous de titres, de programmes, de solutions financières, de droit au travail, de respect à la propriété ? Napoléon nous tombe comme Priape dans la Guerre des Dieux, Dès qu'il paraît, les autres ne sont auprès de lui que des polissons

Voulez-vous maintenant que je vous dise la raison de tout ceci, ce qui fait qu'en ce moment nous éprouvons un si grand besoin de nous donner un roi ! Je vais vous satisfaire. Mais, auparavant, laissez-moi vous conter un i^logue.

IL Que le principe de la monarchie, comme de t anarchie^

c'est la politique.

Sur la fin du moyen-âge, il parut un livre, un livre étrange, écrit en latin, ayant pour titre De auferihilitatc

papœ, c'est-à-dire, de la possibilité pour les chrétiens de se passer de pape.

Dans cet écrit, consciencieui, impartial, savant, fort de logique et d'autorités, l'auteur se plaçant au point de vue de certains sectaires, examinait ce qu'il adviendrait de l'église romaine, du catholicisme tout entier, et, par suite, de la religion elle-même, si, comme le voulaient Jean Has et les autres, on supprimait le pape.

Et il prouvait, et il arrivait à oette conclusion, qui est le fond de toute la controverse que soutint plus tard le grand Bossuet contre les églises protestantes :

Que si l'autorité du pape était ébranlée, l'Église de Rome, dont le pape est l'évéque particulier, perdrait immédiatement sa primauté entre les églises :

Qu'alors le catholicisme, manquant de centre visible et d'unité, ne serait plus qu'un assemblage d'églises indépendantes, égales en autorité et juridiction ;

Qu'aucune de ces églises ne pouvant être jugée, remontrée ni condamnée par les autres, la foi perdrait son caractère d'universalité, et de chose nécessaire et universelle, deviendrait chose individuelle et locale ;

Que par le mouvement incessant et la curiosité indisr crètc de l'esprit humain, la foi chrétienne, n'ayant plus ni gouvernement ni paradigme traditionnel, serait livrée aa changement, à l'instabilité, aux innovations, et conséquemment tendrait à une inévitable dissolution ;

Que le lien ecclésiastique venant h se rompre, et les e^* prits n'ayant plus de guide, le dogme chrétien, parcourant toute la chaîne des hérésies, aboutirait, par une insensible dégradation, au déisme ;

Que le dôisme conduisait fatalement au panthéisme ;

Que le panthéisme n'était qu'une étape sur la route de l'athéisme ;

Quelathéisme se résolvait dans le pyrrhonisme, et fioa-

temeaf Jis pyrrhonisme dans le nihilisme^ dans la négation deDieU) de Thomme et de l'univers !

En sorte que, suivant le raisonnement de ce théologien, de la reconndssance du pape et de ses sandales, dépendait l'existence, non seulement du catholicisme, non seulement encore de la foi chrétienne, mais de la religion naturelle, mais de la raison et de la philosophie.

Si bien enfin, qu'entre la croyance à Tinfaillibilité du pape et le pyrrfaonisme le plus absolu, le plus absurde, il n'y avait pas de moyen terme où la raison pût s'établir; qu'il fallait choisir entre l'un ou l'autre, à peine de rester dans le IWertinage, c'est-à-dire de n'être qu'un mauvais plaisant et on raisonneur de mauvaise foi.

Et chose singulière, l'événement a justifié la prévision de ce ttiéologien. Partout où l'esprit s'est insurgé contre le pape, soit an nom de l'autorité spirituelle locale, comme ont fait, en France, les Gallicans; soit au nom du libre examen, comme il est arrivé pour les protestants ; soit par une distinction entre le &it et le droit, comme le voulaient les jansénistes ; on a vu la foi catholique et chrétienne se résoudre peu à peu en un pur déisme ; et comme le déisme n'est, comme toutes les opinions de juste-milieu, qu'une hypocrisie, l'immense majorité des n&tions a été plongée tout à coup dans l'indiDé' rence et le libertinage. Il n'y a pas un ministre de la confession d'Augsbourg qui reconnaisse la divinité du Christ : demandez à M. Athanase Coquerel ! — il n'y en a pas un qui ait le courage de se déclarer pyrrhonien. C'est la même chose pour lés catholiques. On parle de religion, on invoque le Christ, on prie Dieu, on se recommande à rËtemel, on espère en l'Être suprême. Hypocrisie! hypocrisie! nous ne croyons plus à rien ; nous n'adorons que notre fantaisie et notre bon plaisir ; il n'y a pas plus de foi que de bonne foi, ni en deçà du Rhin, ni au-delà.

Et ce qui est ^Tai en Europe du pape, est vrai en Asie du grand lama, vrai du muphti, vrai de tout sacerdoce et de

toute religion. Partout où vous supprimez l'autorité yisiUe, vous anéantissez la foi ; et, la foi anéantie, ou vous arrivez au néant, ou vous créez l'arbitraire, le libertinage.

Cependant, comme il répugne également à la raison de se précipiter dans le doute absolu, ou d'admettre rinfaillibilité du pape, et que d'autre part Texpérience et la logique ont démontré des millions de fois qu'entre ces extrêmes il n'at point de parti honorable, de station possible, que c'est là une vérité passée en force de chose jugée, le premier dogme de toute philosophie, force a été de chercher, hors de cette ligne fatale, un point solide où pût s'accrocher la raison.

Et voici ce qu'on a découvert.

On s'est aperçu que cette fatalité logique, qui conduit invinciblenuNfit la raison à l'esclavage par la superstition, ou au suicide par le doute, avait sa cause dans une certaine maladie ou hallucination de la pensée, connue dans l'école sous le nom d'oNTOLooiK. L'ontologie, voilà ce qui faisait le désespoir des pauvres chrétiens autant que des libres penseurs : c'était le cauchemar de la raison et des sociétés. Qu'est-ce, me direz-vous, que l'ontologie ?

L'ontologie est cette hypothèse que personne ne s'était avisé de contester jusque-là, tant elle semble naturelle ! et qui consiste à affirmer la distinction substantielle de la matière cl de l'esprit!... Je n'ai nulle envie, crôyez-le bien, de vous embourber dans cette ornière métaphysique ; j'en ai déjà trop dit pour un pamphlet. Je répète seulement, et j'en atteste l'expérience des quatre derniers siècles, et le libertinage du nôtre, que pour quiconque croit à l'ontologie, pour quiconque admet la réalité, soit de la matière , soit de l'esprit, soit de ces deux natures ensemble , mais séparées, pour celui-là, point de milieu : ou bien il est le serviteur du pape, ou il est le disciple de Pyrrhon.

Pour ceux, au contraire, qui ne reconnaissent point l'autorité de l'ontologie, qui considèrent la matière et l'esprit, non plus comme des substances réelles, mais comme

les deux fiices générales de I'Être ; pour ceux-là, dis-jc, raffiranchlssement est complet. Ils n'ont plus rien à redouter ni des indulgences du pape, ni des séductions de Méphistfqphëles. Leur dialectique, établie sur un terrain solide, mardie sans broncher à la construction de la science Lumaine, à l'intelligence de lareligion et du progrès.

Dbds un autre ordre d'idées, celui dont nous nous occupons aqourd'hui, il arrive quelque chose de tout à fait semblable.

Depuis quatorze siècles, la France s'est posée la question, de auferibilitate régis, — s'il est possible de se passer de roi? *- sans avoir pu jusqu'à présent la résoudre.

L'inclination secrète du pays , l'indocilité du caractère national pousse sans cesse les esprits vers la démocratie ; l'expérience et la théorie les ramènent continuellement au despotisme, à l'autorité d'un seul. 11 est démontré, pour quiconque y a voulu voir, qu'entre le bon plaisir monarchique et l'anarchie universelle, deux extrêmes également inadmissibles, il n'y a pas de position tenable : ceux qui Vont cru ont été frappés du sobriquet de doctrinaires ; ils ont perdu une fois déjà la République, et trois ou quatre fois la Monarchie.

Ainsi, d'une part, nous ne cessons de démolir la royauté; de l'autre l'anarchie, dernier terme de la démocratie, nous fait horreur. La monarchie, en France, est impossible ; la république impossible; tous les termes mitoyens impossibles : nous ne pouvons ni vivre ni mourir, et comme pour attester notre indélébile contradiction, nous prenons pour devise à la fois la liberté et \ ordre! — Sortez de là îî!

C'est une pauvre philosophie que d'accuser tour à tour des oscillations révolutionnaires de notre malheureux pays, tantôt la sottise, tantôt le machiavélisme des princes, ou la corruption des miiiislres, comme de s'en proiulre à la vio- Iciice des passions démocratiques et à l;i division des démagogues. C'est toujours alléguer le fait en explication du

fait, prouver la rôvoluliwU par la révolution. Ce qui amène

la tyrannie et la mauvaise foi du monarque, c'est Timponibilité organique du système; ce qui produit l'anarchie des démocrates, ce qui fait qu'en ce moment même le Peujie français, républicain de cœur et d esprit, va nommer, en jurant et maugréant, un président de la République, et recommencer la restauration de la royauté, c'est encore la même impossibilité. Pourrions-nous donc, une fois, sortir de cette alternative fatale, bien autrement intéressante pool le Peuple que la querelle des papistes et des protestants?

Je connais votre impatience, ami lecteur, et je ne veux pas vous faire attendre.

Ce qui produit la situation fâcheuse où nous sommes en ce moment, après y être déjà tombés tant de fois, c'est une certaine maladie de l'opinion, connue dès la haute antiquité, et qu'Aristote, grand philosophe, grand historien, grand naturaliste, a nommée Politique.

La politique est dans les affaires humaines ce qu'est l'ontologie dans la question du salut : c'est une hypothèse qui, faisant du gouvernement une chose, non de raison, mais d'habileté; non de science, mais de sentiment (appelez ce sentiment comme vous voudrez, ambition, orgueil, dévouement ou patriotisme), tend continuellement à distinguer dans l'Etat deux personnes, deux volontés. Tune quipensct l'autre qui exécute.

Or, s'il est une chose prouvée dans la philosophie et dans l'histoire, c'est que, de quelque manière que se fasse le pa^ lage, quelque équilibre que l'on mette entre les attributions ; qu'on fasse la nation tout entière législatrice et souveraine, et le roi simple mandataire de ses volontés ; ou bien que le despote veuille et ordonne seul ce qu'auront à exécuter ensuite tous les citoyens; ou bien, enfin, que la puissance législative soit confiée à une ou plusieurs assemblées de représentants, et la puissance executive à un conseil de directeurs ou de ministres ; toujours, par cela même qu'il y aura distinction, il y aura opposition, antagonisme,

impossibilité, toujours il y aura révolution et catastrophe. La pensée et Faction doivent être dans le gouvernement, comme dans l'homme^ indivisiblement unies : voilà le point de départ de la nouvelle critique. En conséquence de ce principe, TAssemblée nationale, représentant la nation, exQTce tous les pouvoirs, le pouvoir exécutif comme le pouvoir législatif, non point par délégation à des ministres, comme le supposaient et l'amendement Grévy et Tamendèment Flocon, comme le supposent encore la plupart des démocrates, mais par elle-même, en divisant le travail entre ses comités, lesquels nomment chacun leur ministre et leurs agents, sauf ratification et contrôle de TÂssembiée.

De plus, tous les citoyens étant égaux , tous étant censés, par conséquent, participer au gouvernement et à la loi, il résulte que le gouvernement et la loi doivent découler d'une science exacte et mathématique, qui n'ait plus rien de personnel, d'occasionnel, de circonstanciel , mais qui , absolue dans ses principes et ses conclusions, implique le consentement et l'adhésion de tous les citoyens, ce mode de participation au gouvernement et à la loi étant le seul possible dans une démocratie de 36 millions d'hommes !...

Voilà, encore une fois, ce qu'ont dit, sur la politique, les nouveaux réformateurs, plus connus généralement sous le nom de iodalistes.

Les socialistes sont opposés aux politiques , comme les idéalistes, ceux qui nient l'ontologie, le sont aux matérialistes et aux psycologues. Pour les premiers, la poHtique est tour à tour et indifféremment anarchie pu arbitraire ; comme l'ontologie est pour les idéalistes, tour à tour et indifféremment , le culte des indulgences ou le doute absolu. Quant aux politiques , l'arbitraire est tout ce qu'ils veulent : sans l'arbitraire, en effet, il est évident qu'ils ne seraient rien.

Le socialisme aspire à gouverner la société par une science positive : la politique n'est que fantaisie.

Le socialisme dit, par exemple : Tant que le salaire du

travailleur ne sera pas égal à son produit, le travailleur sefa spolié, et la production, au lieu de donner la richesse, créera la misère. Cela est démontré, cela est aussi sûr que deux et deux font quatre. Il faut donc trouver une formule d'opération industrielle qui, en respectant toutes les libertés, faisant la part de toutes les aptitudes, donne le moyen d'équilibrer le travail et le salaire. — C'est possible , dit la politique, mais ces choses-là ne sont pas bonnes à dire ; il faut s'en référer à la tradition révolutionnaire. Occupons-nous de dégommer les ministres et de changer les préfets !

Le socialisme dit : La vraie et réelle fraternité des nations consiste dans la libre communication de leurs idées, dans la circulation de leurs produits et dans le juste équilibre de leurs échanges. Tant que vous n'aurez pas, d'un seul coup et par une même opération d'économie générale , aboli les douanes ef garanti le travail national, les peuples, quoi que vous fassiez , seront divisés d'intérêts, séparés par des barrières : ils seront ennemis. — C'est encore possible, répond la politique ; mais je ne connais rien à votre balance du commerce , et je m'en soucie comme de cela. Commençons par déchirer les traités de 1815 ; marchons au secours de l'Italie et de la Pologne ; envoyons une garnison à Ancône !...

Le socialisme dit encore : Il faut centraliser le crédit, réduire le taux de l'intérêt, organiser l'échange direct et mutuel.

Car le droit au travail n'est autre chose que le droit au capital ;

Le droit au capital, aujourd'hui que tout est approprié, ne peut s'exercer, pour ceux qui ne possèdent rien, que par le crédit ;

Et le crédit, là où manque l'hypothèque, c'est l'échange.

Tant que vous n'aurez pas trouvé moyen de créer la richesse pour tous parla facilite de la circulation, l'extension du déboucbé, la gratuité de réciiangc, le peuple sera misérable, mal nourri, mal logé, mal vêtu, vicieux, crapuleux,

ignorant, sujet à toutes les infirmités du corps et de rame. Cela est prouvé par A plus B , c'est certain comme une proposition d'algèbre.

— Et qu'y a-t-il de commun entre l'algèbre et moi, s'écrie sur ce coup la politique? Je ne connais rien à vos x. Je m'ien vais décréter 400 millions d'assignats, tant pis pour les derniers porteurs ! prendre un milliard aux riches, tant pis pour les citoyens qui ne seront pas pauvres ! abolir l'hérédité, tant pis pour les pauvres qui ont des parents riches ! imposer les objets de luxe , tant pis pour les ouvriers de luxe ! faire des ateliers nationaux , tant pis pour l'industrie libre 1 la liberté n'est pas nationale. Je m'y connais , allez , en économie politique I Ne porle-t-elle pas mon nom? ne suis-je pas sa marraine?...

Le socialisme reprend : Les affaires d'une nation doivent être administrées comme celles d'une société anonyme, suivant les règles de la science économique et de la comptabilité, par des agents dont les attributions soient rigoureusement définies , relevant directement de l'assemblée des actionnaires, et contrôlés à toute heure par un conseil de surveillance. L'autorité doit rester une , impersonnelle ; les fonctions être séparées , le travail divisé, les emplois coordonnés.. •

— Je vous dis que l'économie politique est la servante de la politique , répond celle-ci , et vous, vous êtes un endormeur du peuple, vous n'êtes point révolutionnaire. Je vous parle constitution, constitution, entendez- vous? c'est-à-dire séparation des pouvoirs^ et vous me répondez par la séparation des emplois I... Il s'agit de gouvernement, et vous vous occupez d'équilibre ! Nous sommes dans la hiérarchie, et vous faites de l'économie l... Laissez donc, socialisme rêveur, le monde aller comme il va , et mêlez-vous de vos affaires !

— Ah ! s'écrie alors le socialisme, politique menteuse, politique hypocrite, je te connais, je sais ce (\|ielades&!^SLd&^^

To es aujourd'hui ce que lu étais îl y a soixante ans; tu veux toujours recommencer Thistoire ; sous le nom de démocratie, c'est la royauté que lu appelles. Tiens, te reconnais-tu dans ce tableau prophétique? Regarde :

Epoques parallèles de V histoire de France,

Louis ÎYI, roi Louis^Philippb^ roi«

Mirabeau Lamartine,

Lafayette. ....... Gavaignac.

Robespierre Ledru-Rollin.

Barras Thiers.

Bonaparte, empereur . Bonaparte, emperear.

Est-il clair, à présent, qu'en votant pour la présidence tu votes pour la monarchie? Est-il clair que Lamartine, Gavaignac et Ledru-Rolliu, qui ne s'en doutent guère, te ipèncipt droit à Bonaparte? Yeux-tu, oui ou non, politique maudite, être du Peuple? veux-tu être socialiste?...

Il est deux choses que les moins éclairés du Peuple on comprises : c'est , d'un côté, que la présidence est la pierre d'attente de la monarchie , tous les démocratent l'avouent; d'aulre part, que, pour opérer une révolution, il faut des principes. En 89, la révolution était plus spécialement politique ; elle a eu ses principes politiques qui nous régissent encore. En i848, la révolution est plus particulièrement économique et sociale ; l'idée politique étant épuisée, il faut donc découvrir de nouveaux principes, absolus en théorie, mais que la société appliquera selon la mesure de ses forces et de ses besoins.

Les démocrates, conduits par leur lanterne politique, n'en sont pas là.

Ainsi , après des votes réitérés contre la présidence | ils

votent la Constitution, c'est-à-dire la présidence, puisque

sans distinction des pouvoirs, en un mot sans présidence,

Jl n'y a pas de Constitution \ ~ c'est-à-dire qu'ils votent la

monarchie.

Ceux qui ne votent pas s'abstiennent : c'esl-à-dirc que sur la question monarchique, nellcment posée par la Constitution, ils n'ont pas le mot à dire, ils sont indifférents.

Et ceux , en très petit nombre — dix ou douze ! — qui ont TOté contre laConstitulion, n'en trouvent pas moins très bon, très légitime, très démocratique, de poser ensuite une candidature à la présidence, c'est-à-dire d'adhérer à la Constitution ! Le principe est sacrifié à l'homme , la politique immolée à la politique !

Quant aux principes qui doivent régir la société nouvelle, les démocrates s'en inquiètent peu , ou plutôt ils les nient. Ds déclarent qu'ils sont avant tout hommes politiques, qu'ils veulent vivre de la vie politique. Seulement, comme le Peuple n'est pas tout à fait du même sentiment, ils se disent, en murmurant, qu'il serait impolitique de repousser ouvertement le socialisme, et vite ils publient un manifeste^ le plus socialiste, à les en croire, de tous les manifestes.

Lisez plutôt :

Organisation du travail par l'État ;

Item des banques par TÉtat; Exploitation des chemins de fer par TËtat ;

Item des canaux par rÉiàt ;

Item des mines par rÉtat;

Item des assurances par l'État; Colonisation par l'État ; Apprentissage par TÉtat ; Etc., etc., etc.. par l'État.

Rien par les citoyens, tout par l'État !

En vain le socialisme leur crie que ce qu'ils veulent est monarchie pure, pur despotisme : ils n'entendent pas. L'État, par lui-même, est improductif; il ne travaille point: n'importe, on le fera organisateur. L'État est obéré : c'est lui qui donnera crédit. Les travaux confiés à l'État coûtent 50 pour cent plus qu'ils ne valent : on chargera l'État des exploitations les plus difficiles.

Ajoutez à ce système des iiiTentions comme celles-ci : Abolition des octrois, — qu'on remplacera par une autre

taie :

Abolition de Timpôl indirect, — précisément le seul no^ mal, le seul conforme aux principes, le seul démocratique et égalitaîre, quand on l'aura établi sur sa véritable base.

Substitution de l'impôt direct et progressif à tous les autres : — ce qui est précisément encore reconnaître la suzeraineté du capital et consacrer le privilège.

Le socialisme dit qu'il faut faire Produire au Peuple, par la réforme économique, la liberté, l'égalité et la fraternité, comme il produit, par le travail, la richesse. La politique confisque la liberté, prcud d'une main à la propriété ce qu'elle donne de l'autre au prolétariat ;[ et elle appelle cela du socialisme.

Gomment est-il possible que le Peuple, étourdi, démoralisé, tiraillé en tous sens, ne prenne à la fin une résolution funeste?

Comment, pour ne parler ici que de politique, alors que la prudence et les principes commanderaient de s'abstenir en masse, et de renvoyer à l'Assemblée nationale la nomination du président de la République, comment la nation ne tomberait-elle pas dans le piège tendu à sa bonne foi? Comment, échapperait-elle à la contradiction? Comment, après avoir voté la République en avril, ne voterait-elle pas la Monarchie eu décembre? Comment, à une question mal posée, ferait-elle une réponse raisonnable?...

C'est en vain que le socialisme, qui, lui, cherche la paix avant tout , qui ne veut triompher que par la discussion , qui ne s'adresse qu'à la raison , montre les conséquences funestes du vote politique sur la présidence , l'essor donné aux espérances royalistes, les coups d'État, la guerre civile!

La politique ne veut rien entendre. Suivant elle , l'agitation est nécessaire à la vie politique ; il lui faut do l'éclat, des manifestations, du mouvement. Quand elle n'y trouve

pas matière à portefeuilles, elle y trouve matière à discourir : elle a son compte, elle est satisfaite.

Ce que cherche la politique , hélas I à moins que le bon sens populaire ne vienne déjouer ses intrigues, elle l'obtiendra. La Constitution y passera. Examinons, s'il vous plaît; ce chef-d'œuvre de la politique.

III, — Que la Constitution f m organisant les pouvoirs , a

organisé la discorde.

En faisant la Constitution, TAssemblée nationale, il faut lui rendre cette justice, a montré plus de bonne volonté que de jugement. Elle a pris toutes les précautions imaginables pour empêcher l'usurpation du président. EUe a enlacé, emmaillotté, garrotté le chef du pouvoir exécutif, de manière à faire de lui un instrument passif, docile et obéissant. Par malheur, l'Assemblée nationale ne s'est pas aperçue que ses précautions tournaient contre elle-même , et qu'en vertu des principes qu'elle a elle-même posés, si le président de la République , le jour de son arrivée au pouvoir, s'emparait de l'autorité et jetait les représentants par la fenêtre, il ne ferait , après tout, que se conformer à la Constitution, violée dans ses propres articles et par ses propres auteurs.

Si j'étais président de la République , voici la harangue que je ferais pour ma bien- venue à l'Assemblée nationale :

a Citoyens représentants ,

a La Constitution est renfermée tout entière dans les articles 20 et 43, que je vais vous rappeler :

« Art. 20. Le Peuple français délègue le pouvoir législatif à une assemblée unique,

a Art. 43. Le Peuple français délègue levoTjyHKmLicunv à un citoyen qui reçoit le titre de président de la Répu^ hlique.

« Ces deux articles préexistaient à votre mandat. Ils résultaient, en faitj de la volonté du Peuple qui demandait une Constitution et qui vous a envoyés pour en faire une; en droit, du principe reconnu par vous, article 19, et hors duquel il n'y a pas de Constitution , savoir, que la sépara^ tîon des pouvoirs est la première condition d'un gouverM-» ment libre,

€ Or, la Constitution que vous avez faite, citoyens représentants, est d'un bout à Tautre la yiolation de ce principe, de ce droit et de ce fait. Et le premier acte de mon autorité sera de revendiquer vis-à-vis de vous les droits que je tenais du Peuple avant que je fusse désigné par ses suffrages, avant même que vous eussiez proclamé la Constitution, droits que vous avez arbitrairement , abusivement , frauduleusement sacrifiés et méconnus.

a Par votre article 49 , vous obligez le président de la République à |7re^er sermmt à la Constitution^ en présence de l'Assemblée nationale,

a Je suis prêt à jurer devant Dieu et les hommes, mais à condition que vous prêterez à votre tour serment entre mes mains. Car les pouvoirs de TÉtat sont égaux , émanés tous deux du suffrage universel, également soumis à la Constitution, et réciproquement responsables, comme double manifestation de la souveraineté du Peuple. Pourquoi , je vous le demande, le président de la République serait-il tenu de jurer quand les représentants ne jurent pas?

a Par votre article 48, vous limitez la durée de la présidence à quatre ans, de même que, par l'article 31, vous avez borné à trois années la durée de votre propre mandat. A cela je n'ai rien à dire. Mais vous ajoutez que le président de la République ne pourra être réélu qu'au bout de quatre autres années , pendant que les représentants demeurent, eux , toujours et indofmimcnt rééligiblcs.

a Je serais indigne des suffrages du Peuple si je ne m'opposais à çfittc inégalité de eoïiii\V\oïv?> e\\Vvci\^"à ^^\x\qvv^^ à

cette insultante contradiction. Ou je suis votre égal, citoyens représentants, ou je ne suis rien : je m'en réfère à l'article 19.

« Vous dites, article 50 : Le président dispose de la force armée sans pouvoir jamais la commander en personne,

« Je vous demanderai, citoyens, comment vous accordez elisemble la libre disposition et la privation de l'autorité ; l'interdiction du commandement et la qualité de chef du pouvoir exécutif, et, qui plus est, de chef responsable ? Qui donc commandera, si je ne commande? Sera-ce vous , citoyens? sera-ce le pouvoir législatif? Entre vous et moi, il n'existe pas, il ne peut exister d'autorité mitoyenne : je demande la réforme de cet article.

n L'article 53 porte :

c Le président de la République négocie et lUTirm les traités. — Mais, ajoute-t-il aussitôt, aucun traité n*est défi-nitif qu'après avoir été approuvé par V Assemblée nationale,

« Quelle différence, je vous prie, mettez- vous entre l'ajpprobation et la ratification?.,. Évidemment, ce n'est plus ici le pouvoir exécutif qui exécute , c'est l'Assemblée. Car l'approbation , c^est tout. Que diriez-vous d'un conseil de surveillance qui, dans une société en commandite, ferait acte d'administration? Vous diriez que dans celte société les pouvoirs ne sont pas divisés, mais confondus ; que surveillance et gérance étant même chose, ne sont plus rien... Je demande , sur l'article 53 , que le second paragraphe soit supprimé.

« Art. 54. Il veille à la défense de VEtat, mais il ne peut entreprendre aucune guerre sans le consentement de l'Assem' blée nationale.

a Donc encore, c'est l'Assemblée nationale qui veille à la défense de l'État; ce n'est pas le président de la République, qui n'est plus qu'une sentinelle en faction devant l'ennemi.

c( Ou conservez par devers vous tous les pouvoirs, citoyens Représentants ; ou bien, si la charge vous semble trop lourde, et que vous teniez à la Constitution^ ^ow-s. ^vs.^-

primerez le second membre de cet article, qui, sans cela, serait une violation flagrante du principe constitutionnel.

a Art. 55. // a le droit de faire grâce, mais il ne peut exireer ce droit qu'après avoir pris l'avis du conseil d^Êtat. — £« amnisties ne peuvent être accordées que par une loi.

a Toujours des mais ! — Mais le conseil d'État est votre créature, citoyens Représentants ; mais le conseil d'État est un bureau établi par vous, afin de vous assister dans vos travaux ; mais si le président de la République doit, pour l'exercice de son autorité, prendre TaTis du conseil d'État, le président de la République n'est plus que le procureur de l'Assemblée nationale ! Croyez-moi, rayez ce mais et ce qui s'ensuit.

« Par les articles 57 et 58, sous prétexte que vous seuls avez le droit de légiférer, vous ôtez au président de la République le droit de faire opposition à vos décrets, alors 'même qu'il les trouverait inexécutables, et ne lui accordei qu'un mois pour la promulgation.

a Ceci est de la tyrannie, citoyens Représentants. Si vous pensiez que le ebef du pouvoir exécutif dût répondre de l'exécution de lois qu'il n'aurait point faites, tandis que les auteurs mômes de la loi demeuraient irresponsables, il 6dlait retenir par devers vous l'exécutif aussi bien que le législatif, et supprimer la Constitution. Citoyens, vous allex faire de deux choses l'une : ou vous accorderez le veto au président de la République ; ou bien, à défaut du veto, vous vous donnerez à vous-mêmes une seconde Chambre pour contrôle et contrepoids ; sans cela, nous ne pouvons marcher d'accord et je déclare des aujourd'hui que je m'oppose à la promulgation de vos lois, je ne les exécuterai pas.

« Art. 59. — A défaut de promulgation par le président de la République, dans le délai déterminé par l'article pré' cèdent, il y sera pourvu par le président de l'Assemblée nationale.

n lJsui'|Kilion de pouvoirs, cuullit d'autorités. Je vous dé-

fends, citoyens Représentants, de promulguer quoi que ce soit; sinon, je m'oppose à vos délibérations.

ff Art. 65. Il a le droit de suspendre, pour un délai qui ne pourra excéder trois mois, les agents du pouvoir exécutif élus par les citoyens.

a Suis-je donc le chef du pouvoir exécutif, ou n'en suisje que Yinstrument^ Suis-je responsable ou non?... Je demande formellement la suppression de cette incidente, pour fif» délai qui ne pourra excéder trois mois.

<K II ne peut les révoquer que de l'avis du conseil d'État. ' .: « Je vous défends, une fois pour toutes, à vous et à votre conseil d'État de vous ingérer dans mes attributions.

«Art. 68. Leprésident de la République, les ministres, etc, y êont responsables.

« Je vous rappelle, citoyens Représentants, au principe de la séparation et de l'égalité des pouvoirs. — Ou le président de la République ne répondra de l'exécution que comme l'Assemblée nationale répond de la législation ; c'est-à-dire que sa personne sera déclarée constitutionnellement inviolable, et élevée au-dessus de toute responsabilité effective ; ou bien il participera à la confection de la loi, et la loi résultera du concours des deux pouvoirs, comme disait notre ancien droit public : Lex fit consensu populi et constitutione régis. Vous ne pouvez sans injustice, sans péril pour l'autorité présidentielle et pour l'ordre public, le vouloir autrement.

a Toute mesure par laquelle leprésident de la République dissout l'Assemblée nationale, la proroge, ou empêche l'exercice de son mandat est un crime de haute trahison.

« Ajoutez donc, citoyens Représentants :

« Tout empiétement de la part de l'Assemblée nationale c dans les attributions du président de la République; « toute usurpation de ses pouvoirs, tout empêchement a à l'exercice de son autorité, est un crime de haute « trahison. »

c Pmr û$ sml fait, le Président eêt iéekuy,. le powfMtr exécutif revient de plein droit à l'Aisemblée natiomiU.

« Je demande la radiation de ces mots : Le pouvoir exécutif revient de plein droit à l* Assemblée notionalef comme inconstitutionnels, et impliquanfcette idée aûarchiqueque le pouvoir exécutif est une délégation du législatif.

Art. 75. Le conseil d'État est consulté sur les projets k loi du gouvernement,

n Oui, si tel est le bon plaisir du président de la République.

« Il (le conseil d'Étal) propose les règlements d^administration publique,

« Oui, encore, lorsqu'il en sera requis par le Président. »

« // fait seul ceux de ces règlements à l'égard desqu^ l'Assemblée nationale lui a donné une délégation spéciale.

« Je renouvelle à votre conseil d'État, toutes inhibitions et défenses d'intervenir en rien dans l'administration, dont je suis seul chef plénipotentiaire et responsable.

« Tels sont les principaux articles de la Constitution pour lesquels je requiers une révision immédiate, avec les modifications indiquées par moi.

a Mais ce n'est pas tout, Citoyens.

« Le décret du 28 octobre, par lequel vous avez fixé le jour de mon élection, et auquel je dois l'insigne honneurde représenter devant vous le peuple français, ce décret renferme une série de nullités sur lesquelles j'appelle votre attention patriotique.

« Le jour où vous avez voté la Constitution, citoyens Représentants, ce jour-là, bien que non encore appelé, bien que non élu, j'existais. J'existais, dis-je, avec la plénitude de mes droits, comme l'enfant au sein de sa mère existe avec la plénitude des droits du fils de famille. Vous n'étiez plus alors, en attendant ma venue, que les dépositaires de mon autorité, que vous deviez conserver intacte, et me remettre dans sou intégrité. Comiiienldouc avez-vous pu, en

Totant le décret pour la nomination du président de la République et la mise à exécution du pacte national, tous réserver pour un temps indéfini, Texercice d'une partie de mes pouvoirs? Comment avez-vous pu donner et retenir? Eure à la fois du provisoire et du définitif; d'un côté amoin- Irir mon autorité, et puis confisquer le reste ?

« Vous dites dans votre décret :

a Art. 6. Aussitôt après qu'il aura été proclamé par l'Aslemhlée nationale^ le président de la République exercera les pouvoirs qui lui sont conférés par la Constitution^ à Vexcep' lion toutefois des droits qui lui sont attribués par les articles 55, 56, ^let 58, le droit de promulgation étant réservé au président de l'Assemblée nationale, ■ a Usurpation t

a L'Assemblée nationale constituante-conservera, jusqu'à l'installation de la prochaine assemblée législative, tous les pouvoirs dont elle est saisie au}ourd'h%i,ij sauf le pouvoir exécutif y confié au président.

«Usurpation!

a Art. 7. Jusqu'à la constitution définitive du conseil d'Etat, une commission de trente membres, élus par VAs^ semblée, dans les bureaux, au scrutin secret et à la majorité relative, exercera les pouvoirs attribués au conseil d'Etat par les articles M, Qk et 19 de la Constitution.

« Usurpation !

a En vain pré tendez- vous que les lois organiques font partie intégrante de la Constitution, que jusqu'à ce que ces lois soient volées, votre mission n'est pas remplie, et que vous gardez la plénitude de vos pouvoirs.

a Les lois organiques sont des lois comme foutes les autres, ainsi que vous l'a dit un homme qui s'y entend, l'honorable M. Barrot. Toutes les lois sont de nature organique, vous dis-jc, regardez-y de plus près, et vous en resterez convaincus.

a Elles sont si bien organiques, qu'il ne vous est pas pos-

sible de déterminer rationneUement le nombre, l'objet si l'importance de celles auxquelles vous [prétendez réserver cette qualification, et que le provisoire qae yous avez art)itrairement créé pourrait ne jamais finir !

a Ou plutôt, la seule chose qui soit véritablement organique^ c'est la séparation de nos pouvoirs respectifs. Hors de là , toute loi est loi, indistinctement, et comme telle doit être délibérée en commun entre l'Assemblée nationale qui la vote, et le président de la République, seul responsable de l'exécution.

a En saisissant le pouvoir qui m'est confié par la Constitulion, je déclare donc solennellement, à l'Assemblée nationale et au Peuple, qu'à dater de ce jour la Constitution est en vigueur, et que vos pouvoirs sont expirés. Je vous invite, en conséquence, Citoyens, à vous dissoudre, et à faire place à l'Assemblée législative qui doit vous succéder immédiatement. Des ordres sont donnés pour faire fermer le lieu de vos séances!.. »

Croit-on que l'Assemblée nationale constituante eût quelque chose à répliquer à cela? Et si la politique, qui n'est autre chose que la tactique de l'arbitraire, qui ne vit que de division de pouvoirs et de conflits d'autorités ; si cette politique qui, après six mois de bavardage, est enfin accouchée de la Charle-Marrast, digne sœur de la Charte-Bérard, devait prévaloir dans les conseils du pays, croit-on que le Peuple dût protester contre les prétentions du président et remuer un pavé pour la défense de ce chef-d'œuvre?

A Dieu ne plaise que j'excite le Peuple au mépris, pas plus qu'à l'émeute, pour ce chiffon de papier qu'il appelle aujourd'hui sa Constitution ! Et puisque nous sommes condamnés, de par la politique, à prendre parti sur cette ridicule question de la présidence, puisque nous avons la main forcée, à Dieu ne plaise que je conseille aux citoyens de rester dans l'inaction.

La politique l'a voulu : il faut voter! Volons donc, non

pour choisir, mais pour protester. Votons, puisque la monarchie est à nos portes, et que chaque vote qui se dérobe donne une chance de plus au candidat monarchique. Votons, par égard pour nos législateurs, par respect pour Tordre et la paix publique ! Votons : mais n'oublions pas que sif aux termes de la Constitution, la présidence, la royauté, aurait tout droit contre TAssemblée nationale, ce droit tombe devant la souveraineté du Peuple, qui seul peut dire en quelle mesure il entend donner son pouvoir et conférer son autorité.

■anlDMte électoral ém nVPUb

Le comité électoral central , composé des délégués des quatorze arrondissements de la Seine , à l'effet de préparer l'élection du président de la République, vient de terminer ses opérations.

Le citoyen Raspail, représentant du Peuple, a été désigné à l'unanimité pour le candidat à la présidence du parti républicain, démocratique et social.

Le comité central publiera incessamment sa circulaire aux électeurs.

Pour nous , qui avons adhéré d'esprit et de cœur à cette candidature ; qui, dans cette circonstance, avons jugé nécessaire, pour la dignité de nos opinions, de nous séparer des autres fractions moins avancées de la démocratie, nous croyons devoir rappeler ici quels sont nos principes : ce sera la meilleure manière de justifier notre conduite,

^os principes !

De tout temps les hommes qui, pour arriver au pouvoir, ont recherché le suffrage populaire , ont abusé les masses par de prétendues déclarations de principes qui , dans le fond, n'ont jamais été que des déclarations de prombsibs!

De tout temps les ambitieux et les intrigants ont promis au Peuple, en phrases plus ou moins sonores :

La liberté, Yêgalitéy la fraternité;

Le travail, la famille, la propriété, le progrès;

Le crédit, l'instruction, l'association, l'ordre et la paix;

La participation au gouvernement, l'équitable répartition de l'impôt; l'administration honnête et à bon marché, la

liai

iBtice juste, l'égalité progressive des fortunes, l'affirancliissment du prolétariat^ Textinction de la misère !

n ont tant promis , qu'après eux , il faut l'avouer, il ne îste rien à promettre.

Mais aussi qu'ont-ils tenu? C'est au Peuple de répondre : lien!..

Les vrais amis du Peuple doivent changer d'allure désorlais. Ce que le Peuple attend de ses candidats, ce qu'il leur emande, ce ne sont plus des promesses, ce sont des

:OTEICS.

C'est sur les moyens qu'ils proposent qu'il faut juger les iOmmes : c'est ainsi que nous demandons qu'on nous juge.

Démocrates-socialistes, nous ne sommes, à vrai dire, ['aucune secte, d'aucune école ! Ou plutôt, s'il fallait à toute brce nous classer nous-mêmes, nous dirions que nous ommes de l'école critique» Le socialisme n'est point pour I0U8 un système ; c'est tout simplement une protestation. Toutefois, nous croyons que des travaux socialistes il s'est légagé un ensemble de principes et d*idées en opposition ivec la routine économique, et qui ont passé dans la foi po- [lulaire : et c'est pour cela que nous nous disons socialistes. Paire profession de socialisme, et ne rien accepter du socia* lisme, comme le font de plus habiles, ce serait nous moquer lu peuple et abuser de sa crédulité.... Ce n'est pas tout d'être républicain ; ce n'est pas tout de reconnaître que la République doit s'entourer d'institutions sociales ; ce n'est pas tout d'écrire sur son drapeau : République démocratique et sociale , il faut marquer nettement la différence de l'ancienne société d'avec la nouvelle ; il faut dire ce qu'a produit de positif le socialisme; en quoi et pourquoi la révolution de Février, qui en est l'expression, est une révolution sociale. Rappelons d'abord le dogme fondamental, le dogme pur du socialisme.

Le socialisme a pour but Taffranchissement du prolétariat ei l'extinction de la misère , c'est-à-dire l'égalité effective

des conditions parmi les hommes. Sans égalité, il y aura toujours misère, toujours prolétariat.

Le socialisme, égalitaire avant tout, est donc la formule démocratique par excellence. Si des politiques moins sincères éprouvent quelque répugnance à Tavouer, nous respectons leur réserve ; mais il faut qu'ils le sachent , à nos yeux ils ne sont point démocrates.

Or, quelle est la cause de l'inégalité ?

Cette cause, selon nous, a été mise en lumière par toutes les critiques socialistes qui se sont succédé, notamment depuis Jean-Jacques ; cette cause est la réalisation dans la société de cette triple abstraction ; Capital , — travail , talent.

C'est parce que la société s'est divisée en trois catégories de citoyens correspondantes aux trois termes de cette formule; c'est-à-dire parce que l'on a fait une classe des capitalistes ou propriétaires, une autre classe des travailleurs, et une troisième classe des capacités , que l'on est arrivé constamment à la distinction des castes, et que la moitié du genre humain a été l'esclave de l'autre.

Partout où l'on a prétendu séparer de fait, organiquement, ces trois choses, le capital, le travail et le talent, le travailleur a été asservi : il s'est appelé tour à tour esclave , serf, paria, plébéien, prolétaire ; — le capitaliste a été exploiteur : il se nommait tantôt patricien ou noble, tantôt propriétaire ou bourgeois ; — l'homme de talent a été un parasite, un agent de corruption et de servitude ; c'a été d'abord le prêtre, plus tard le clerc, aujourd'hui le fonctionnaire public, toute espèce de capacité et de monopole.

Le dogme fondamental du socialisme consiste donc à résoudre la formule aristocratique : Capital-Travail-Talent en celle-ci plus simple : travail ! — à faire, par conséquent, que tout citoyen soit en même temps, au même titre et dans un même degré, capitaliste, travailleur, et savant ou artiste.

Le producteur et le consommateury dans la réalité des

choses comme dans la science économique, c'est toujours le même personnage, considéré seulement de deux points de vue différents. Pourquoi n'en serait-il pas de même du capitaliste et du travailleur? du travailleur et de Tartiste? Séparez ces qualités dans l'organisation sociale, vous créez fatalement les castes , l'inégalité , la misère ; unissez-les , au contraire, dans chaque individu : vous avez l'égalité , vous ivez la République.

C'est encore ainsi que dans l'ordre politique doivent s'ef- 'acer un jour toutes ces distinctions de gouvernants et gouvernés, administrateurs et administrés , fonctionnaires puilics et contribuables, etc. Il faut, par le développement de idée sociale , que chaque citoyen soit tout : car, s'il n'est as tout, il n'est pas libre ; il soufTre oppression et exploitaon en quelque endroit.

Quel est donc le MOYEN d'opérer cette grande fusion?

Le moyen, il est indiqué par le mal même.

Et d'abord, tâchons de mieux définir encore, s'il est posble, le mal.

Puisque le prolétariat et la misère ont pour cause orgaîque la division de la société en deux classes : l'une qui *àvaille et ne possède pas; l'autre qui possède et ne travaille as, qui, par conséquent, consomme sans produire ; il s'enlil que le mal dont souffre la société consiste dans cette ction singulière, que le capital est, par lui-même, productif ; indis que le travail, par lui-même, ne l'est pas. En effet, our que les conditions fussent égales, dans cette hypothèse e la séparation du travail et du capital , il faudrait que , omme le capitaliste recueille par son capital, sans travailler ; e même le travailleur pût recueillir par son travail, sans apital. Or, c'est ce qui n'arrive pas. Donc l'égalité, la liberté, X fraternité sont impossibles dans le régime actuel ; donc la aisère et le prolétariat sont la conséquence fatale de la con-«^ titution présente de la propriété.

Quiconque le sait et ne l'avoue pas, ment également à la bourgeoisie et au prolétariat ;

Quiconque sollicite les suffrages du Peuple et dissimule avec lui, n'est ni socialiste ni démocrate.

Nous le répétons :

La productivité du capital, ce que le christianisme a condamné sous le nom d' usure , telle est la vraie cause de la misère, le vrai principe du prolétariat , Félernel obstacle à l'établissement de la République. Point d'équivoque, point d'imbroglio, point d'escobarderie ! Que ceux qui se disent démocrates-socialistes signent avec nous cette profession de foi ; qu'ils adhèrent à notre communion : à ce signe, mais à ce signe seulement , nous reconnaîtrons en eux des frères, de véritables amis du Peuple ; nous souscrirons à tous leurs actes.

Et maintenant, le moyen d'extirper le mal, de faire cesser l'usure, quel est-il? Sera-ce d'attaquer le produit net,k nous emparer du revenu ? sera-ce , en professant le plus grand respect pour la propriété , de ravir par Timpôl , à mesure qu'elle s'acquiert par le travail et se consacre par la loi, la propriété?

C'est ici surtout que les vrais amis du Peuple se distinguent de ceux qui ne veulent que commander au Peuple ; c'estici que les vrais socialistes se séparent de' leurs perfidies imitateurs.

Le moyen de détruire l'usure , ce n'est pas , encore une fois, de confisquer l'usure ; c'est d'opposer principe à principe, c'est, en un mol, d'organiser h crédit.

Organiser le crédit, pour le socialisme, ce n'est point emprunter à intérêt , puisque ce serait toujours reconnaître la suzeraineté du capital ; c'est organiser la solidarité des travailleurs entre eux, c'est créer leur garantie mutuelle, d'après ce principe d'économie vulgaire, que tout ce qui auM valeur d'échange peut être un objet d'échange, peut, par cou* séquent, donner matière à crédit.

De même que le baaquier fait crédit de ses écus au négociant qui lui en paie intérêt;

Le propriétaire foncier crédit de sa terre au paysan qui lui paie un fermage;

Le propriétaire de maison crédit d'un logement au locataire qui en paie loyer ;

Le marchand crédit de sa marchandise à la pratique qui achète à terme;

De même le trayailleur fait crédit de son travail au patron qui le paie à la fin du mois ou à la fin de la semaine. Tous tant que nous sommes y nous nous faisons réciproquement crédit de quelque chose : ne dit-on pas , vendre à crédit ^ ttaituiller à crédit y boire, manger à crédit ?

Donc, le travail peut donner crédit de lui-même, il peut être créancier comme le capital.

Donc encore deux ou plusieurs travailleurs peuvent se faire crédit de leurs produits respectifs, et s'ils s'entendaient pour des opérations suivies de ce genre , ils auraient organisé entre eux le crédit.

C'est ce qu'ont admirablement compris les associations ouvrières, qui spontanément, sans commandite, sans capitaux, se forment à Paris et à Lyon, et par cela seul qu'elles se mettent en rapport les unes avec les autres^ qu'elles se font crédit, organisent, comme l'on dit, le travail. En sorte que, organisation du crédit, organisation du travail, association^ c'est une seule et même chose. Ce n'est pas une école, ce n'est pas un théoricien qui dit cela : c'est le fait actuel, le fidt révolutionnaire qui le prouve. Ainsi l'application d'un principe conduit le Peuple à la découverte d'un autre, une solution obtenue amène toujours une autre solution.

Si donc il arrivait que les travailleurs s'entendissent sur tous les points de la République, s'organisassent de la même manière, il est évident que, maîtres du travail, et produisant incessamment, par le travail, de nouveaux capitaux, ils auraient bientôt reconquis, par Leur organisation et leur con*

currence, le capital aliéné ; ils attireraient à eux» d'abord la petite propriété , le petit commerce et la petite industrie; puis la grande propriété et les grandes entreprises.; puis les exploitations les plus vastes, les mines, les canaux, les chemins de fer : ils deviendraient les maîtres de tout par Tadhésion successive des producteurs et la liquidation des propriétés, sans spoliation ni rançonnement des propriétaires.

Par cette organisation du travail et du crédit s'opérerait Talliance de l'ugriculture et de Tindustrie, maintenant en perpétuel antagonisme. Car, qui peut faire crédit au laboureur, si ce n'est Tindastriel? Et quel sera le débouché de l'agriculture, si ce n'est l'industrie?

Telle est l'œuvre commencée spontanément sous pos yeux par le Peuple, œuvre qu'il poursuit avec une admirable énergie , h travers toutes les difficultés de la chicane et les plus aiTreuses privations. Et il ne faut pas se lasser de le dire , ce ne sont pas les chefs d'école qui ont commencé ce mouvement, ce n'est pas TÉtat qui a donné la première impulsion, c'est le Peuple. Nous ne sommes ici que ses interprètes. Notre foi, la foi démocratique et sociale, n'est déjà plus une utopie, c'est une réalité. Ce n'est point notre doctrine que nous préchous ; ce sont les idées populaires que nous prenons pour thèmes de nos développements. Ceux-là ne sont pas des nôtres, qui le méconnaissent, qui nous parlent d'association et de République, et qui n'osent avouer pour leurs frères les vrais socialistes, les vrais républicains.

Dévoués depuis dix ans à cette idée , nous n'avons pas attendu le triomphe du Peuple pour nous ranger avec lui ; nous n'avons pas attendu la résurrection du Christ , pour croire à la divinité de sa mission.

Que le gouvernement, que l'Assemblée nationale, que la bourgeoisie elîc-mémc nous protège et nous assiste dans raccoinplissenienl de notre œuvre, nous en serons reconnaissants, mais qu'on ne cherche plus à nous distraire de coque

nous regardons comme les vrais intérêts du Peuple ; qu'on n'essaie pas de nous leurrer par de vains semblants de rébrme. Nous sommes trop éclairés pour être encore dupes, lous savons mieux comment va le monde que les hommes 3olitiques qui nous honorent de leurs remontrances.

Nous serions heureux que TÉfat , par des allocations 3rises sur le budget, contribuât à Témancipalion des Iravailenrs : nous ne verrions qu'avec méfiance ce que Ton appelle >rganisation du crédit par l'État, et qui n'est, selon nous, joe la dernière forme de l'exploitation de l'homme par 'homme. Nous repoussons le crédit de l'État , parce que 'État, endetté de huit milliards, ne possède pas un centime lont il puisse donner crédit ; parce que sa commandite ne repose que sur un papier à cours forcé ; parce que le cours brcé entraine fatalement la dépréciation , et que la dépréciation atteint toujours le travailleur de préférence au proîriétaire ; — parce que nous, producteurs associés ou en foie d'association , nous n'avons besoin ni de l'État, ni de îours forcé pour organiser nos échanges ; parce qu'enfin le ïrédit par l'État est toujours le crédit par le capital, non le crédit par le travail , toujours la monarchie , non la démocratie.

Dans le système qu'on nous propose, et que nous repoussons de toute l'énergie de nos convictions, l'État, pour donner crédit , doit au préalable se procurer des capitaux. Ces [capitaux, il faut qu'il les demande à la propriété, parla voie de l'impôt. C'est donc toujours revenir au principe , alors qu'il s'agit de le détruire ; c'est déplacer la richesse tandis qu'il faudrait la créer ; c'est retirer la propriété, après l'avoir déclarée par la ConsUtution inviolable. Que d'autres, aux idées moins avancées et moins suspectes , à la morale moins méticuleuse^ appuient de telles idées, nous n'accuserons point leur tactique. Qfiant à nous, qui ne faisons point la guerre aux riches, mais aux principes ; nous que la contrerévolution ne cesse de calomnier, nous devons être plus

rigoristes. Nous sommes des socialistes , nous ne sommes pas des spoliateurs.

Nous ne voulons pas de Timpât progressif ^ parce ({ne l'impôt progressif est la consécration du produit ne$j et que nous voulons abolir, par l'association, le produit nef; — parce que si l'impôt progressif n'enlève pas au riche la totalité de son revenu, il n'est qu'une concession faite au prolétariat, une sorte de rachat du droit d'usure, en un mot upe déception ; et que s'il prend tout le revenu , il est la confiscation de la propriété , l'expropriation sans indemnité préalable et sans utilité publique.

Que ceux-là donc qui se disent , avant tout, hommes po^ litiques , invoquent l'impôt progressif comme une représaille vis-à-vis de la propriété , comme un châtiment à régoïsme bourgeois : nous respectons leurs intentions, et si jamais il leur est donné d'appliquer leurs principes, nous laisserons passer la justice de Dieu. Pour nous, représentants de ceux qui ont tout perdu au régime du capital, l'impôt progressif, précisément parce qu'il est une restitution forcée, nous est interdit ; nous n'en ferons jamais la proposition au Peuple. Nous sommes des socialistes, des hommes de réconciliation et de progrès ; nous ne demandons ni réaction, ni loi agraire.

Nous ne voulons pas de l'impôt sur les rentes de l'État , parce que cet impôt n'est, comme l'impôt progressif, vis-àvis des rentiers, qu'une confiscation, et vis-à-vis du Peuple, qu'une transaction, une duperie. Nous croyons que l'État a le droit de rembourser ses dettes , par conséquent d'emprunter à plus faible intérêt : nous ne pensons pas qu'il lui soit permis, sous prétexte d'impôt, de manquer à ses engaments. Nous sommes des socialistes^ nous ne sommes pas des banqueroutiers.

Nous ne voulons pas de l'impôt sur les successions, parce que cet impôt n'est aussi qu'un retrait de la propriété, et que la propriété étant un droit constitutionnel reconnu de

tout le monde y il faut respecter en elle le vœn de la majojrHé ; jparce que ce serait une atteinte à la famille ; parce que nous n'avons que faire , pour émanciper le prolétariat , de cette nouYelle hypocrisie. La transmission des biens^ sous la loi de TasAOciation, ne s'appliquant point aux instrumenis du travail ^ ne peut devenir une cause d'inégalité. Laissez donc aller la fortune du propriétaire défunt à sa parenté la plus éloignée y souvent la plus pauvre. Nous sommes des aoeialiates , nous ne sommes pas des captateurs de snccesjlions.

Nous ne voulons pas de l'impôt sur les objets de luxe^ parce que ce serait frapper les industries de luxe ; parce que les produits de luxe sont l'expression même du progrès; parce que, sous l'empire du travail et avec la subordination du capital, le luxe doit descendre à tons les citoyens dans exception. Pourquoi, après avoir encourage la propriété, punirions-nous de leur jouissance les propriétaires? Nous sommes des socialistes, nous ne sommes pas des en* vieux.

L'impôt est la contribution de chaque travailleur aux charges de la communauté : l'impôt a donc pour base naturelle le jsroJutï. Ce sont quelques centimes pour cent à ajouter au prix de revient de tout ce qui circule et qui se consomme. Quant à la terre et aux capitaux, ils ne peuvent être imposés qu'autant qu'ils sont appropriés : la contribution directe n'est autre chose que le prix de la tolérance accordée au propriétaire. Puis donc que dans l'association aniverselle la propriété de la terre et des instruments de travail est une propriété sociale y il s'ensuit que l'impôt direct doit être à peu près aboli , comme consécration du privilège, signe de féodalité et d'usure. C'est tout le contraire de ce que nous proposent les néophytes de la démocratie sociale.

Les frais de perception de l'impôt coûtent en ce moment à l'État plus de 50 millions. — Avec l'association, telle que le Peuple l'a conçue et telle qu'il Vexèç.\x\.e^ c^^lcwa^^xs^^^

et doivent se réduire à rien. Qn'en disent les nouveaux socialistes, défenseurs officieux, mais pen intelligents, de la propriété?

La douane, c'est-à-dire la protection du travail national, coûte au pays vingt-six millions. Avec l'organisation du crédit, telle que la suppose le principe socialiste, les Peuples auraient tout à la fois le libre échange et l'égal échange. Le travail serait protégé par cela seul qu'il ne pourrait se donner que contre du travail : la protection coûterait zéro. Ce n'est pas une simple révision des tarifs de douane que demande le socialisme, à l'exemple de ses jeunes amis: c'est leur complète abolition.

Nous ne voulons pas de l'exploitation par l'État des mines, des canaux et des chemins de fer : c'est toujours de la monarchie , toujours du salariat. Nous voulons que les mines; les canaux , les chemins de fer, soient remis à des associations ouvrières, organisées démocratiquement, travaillant sous la surveillance de l'État, aux conditions établies par l'État, et sous leur propre responsabilité. Nous voulons que ces associations soient des modèles proposés à l'agriculture, à l'industrie et au commerce, le premier noyau de cette vaste fédération de compagnies et de sociétés, réunies dans le commun lien de la République démocratique et so« ciale*

Nous ne voulons pas plus du gouvernement de l'homme par l'homme que de J 'exploitation de l'homme par l'homme : ceux qui prennent si vite la formule socialiste y ont-ils réfléchi?

Nous voulons l'économie dans les dépenses de l'État, de même que nous voulons la fusion complète, dans le travailleur, des droits de l'homme et du citoyen, des attributs du capital et du talent. C'est pour cela que nous demandons certaines choses que le socialisme indique, et que les hommes qui se prétendent plus spécialement politiques ne comprennent pas.

La politique tend à spécialiser et multiplier indéfiniment les emplois ; le socialisme tend à les fondre les uns dans les autres.

Ainsi, nous croyons que la presque totalité des travaux publics peut et doit être exécutée par Tarmée ; que celte participation aux travaux publics est le premier tribut que doit payer à la patrie la jeunesse républicaine ; qu'en conséquence le budget de la guerre et celui des travaux publics font double emploi. C'est une économie de plus de 100 millions; la politique ne s'en soucie pas.

• On parle d'enseignement professionnel. — Nous croyons que Técole d'agriculture, c'est l'agriculture ; l'école des ^urts, métiers et manufactures, c'est l'atelier; l'école du commerce, c'est le comptoir; l'école des mines, c'est la mine; l'école de navigation, c'est le navire; l'école d'administration, c'est l'administration, etc.

L'apprenti est aussi nécessaire au travail que le compagnon : pourquoi le mettre à part dans une école? Nous voulons la même éducation pour tous : à quoi bon ces écoles, quiy pour le Peuple, ne sont que des écoles d!aristocrates , et pour nos finances un double emploi? Organisez l'association^ et du même coup, tout atelier devenant école, tout travailleur est maître, tout étudiant apprenti. Les hommes d'élite se produisent aussi bien et mieux au chantier qu'à la salle d'étude.

Même chose dans le gouvernement.

Il ne suffit pas de dire que l'on est opposé à la présidence, si l'on n'abolit les ministères, éternel objet de l'ambition politique. C'est à l'Assemblée nationale d'exercer, par l'organisation de ses comités, le pouvoir exécutif, comme elle exerce, par ses délibérations en commun et ses votes, le pouvoir législatif. Les ministres, sous-secrétaires d'Etat, chefs de division, etc., font double emploi avec les représentants, dont la vie désœuvrée, dissipée, livrée à l'intrigue et à l'ambition, est une cause incessante d'embax:\:;k% ^^n\^

radministratîon, de mauvaises lois pour la aociéléi de stériles dépenses poar TEtat.

Que nos jeunes recrues se le mettent dans l'es^Nrit : le socialisme est le contraire du gouvernementaUsme. C^est aussi vieux pour nous que le précepte : Cuire «mM^^mtviteur, pomt de iocUté.

Nous voulons, à côté du suffrage pnivers^, ^ eonuse conséquence de ce sufi&nge, TappUcatioadtt.nitDidtttmpératif. Leshommes politiques y répugna! Ce qui T«ot4ire qu'à leurs yeux le Peuple, en élisant des repnbeatiiAk, ne se donne point des mandataires, ilalièn^ sasouvmûpeié !••• A coup sûr, ce n^'esi pas là dn socialisiae, ce a'est pas même de la démocratie.

Nous voulons la liberté illimiilée de Thomioe ftt Al€J- ' foyen, sauf le respect de la liberté d'anijrqi ; Liberté d'association, Liberté de réunion, Liberté des cultes, Liberté de la presse, Liberté de la pensée et de la parole.

Liberté du travail, du commerce et de rindustrje, Liberté de renseignement, En un mot, liberté absolue.

Or, parmi ces libertés il en est toujours quelquona (Gpfi la vieille politique n'admet pas, ce qui entraîne la ruine de tontes ! Nous dira-t-on, une fois, si l'on veut la liberté avec exception ou sans exception î

Nous voulons la famille : où sont ceux qui la respectent plus que nous?... Mais nous ne prenons pas la Camille pour type de la société. Les défenseurs de la monarchie nous ont appris que c'était à l'image de la famille que les monarchies s'étaient constituées. La famille est l'élément patriarcal ou dynastique, le rudiment de la royauté : le type do la sorii'lé civile est la société fraternelle. Nous voulons la propriété, \ï\aA^ x^vicieuée à «es justes

lAFÉes^ e'est-à-dire à la libre dl^sition des fruits du tra« vail ; la propriété moiws l'usure!... Nous n'avons pas besoin d'en dire davantage. Ceux qui nous connaissent nous entendent.

Telle est, en substance, notre profession de foi. La Déelaraiion des députés de la Montagne nous faisait un devoir de )a reproduire, afin qu'on jugeât si c'est nous qui, en n'acceptant pas, sur la recommandation de ses amis, lacandidatoi^ de l'honoraMe M. Ledru-Rollin, faisons défaut à lit cause démocratique et sociale, ou si ce sont les auteurs ' de la Déclaration qui sont en retard sur le socialisme.

Nous rendons justice aux tendances de la jeune Montagne, nous appUiodissons à ses efforts, nous prenons acte de ses progrès. La Montagne, aujourd'hui, va au prophète ; la politique se résout dans le socialisme : quelques pas de plus, et toutes les nuances républicaines sont confondues.

Mais la Montagne n'est guère socialiste que d'intention, bien qu'elle dise le contraire, et que sans doute elle le croie. Le Peuple a lu sa Déclaration, il lira notre Manifeste. Qu'il compare et qu'il juge. Qu'il dise si, devant cette pièce, aussi légère d'idées que compromettante pour nous par sa politique^ nous devions nous dissimuler et amener pavillon.

La Montagne, peu ou point socialiste, malgré son envie, est encore peu ou point révolutionnaire, malgré son ar- 'deuf. Ses actes politiques, autant que ses idées, le prouvent.

Était-elle révolutionnaire en septembre, aux élections?

Était-elle révolutionnaire en juin ?

Était-elle révolutionnaire en avril?

Était-elle révolutionnaire aux séances du Luxembourg?

Et nous, nous l'avons été autant qu'elle et plus qu'elle en février.

La Montagne se plaint que nous ne soyons pas politiques!

Nous répondrons que la Montagne se fait étrangement illusion si elle s'imagine que la politique, sans le socialisme, soit quelque chose. Le socialisme est la çoVvVv^^ d^Cv\Nft.

dans son but et dans ses moyens. Jusqu'à lui, la poHtiqne n'a été que de l'habileté. En deux mots, le socialisme est la chose, la politique est l'homme. D'oii il suit que le socialisme peut très bien se passer de la politique, tandis qee la politique ne peut pas se passer du socialisme. Nous en prenons à témoignage la profonde médiocrité des actes politiques qui se sont produits, nous ne dirons pas seulement depuis neuf mois, mais depuis dix-huit ans !• • .

Et maintenant venons à cette misérable question de la Présidence.

C'était chose grave assurément, que de savoir, d'une part, si le Peuple devait s'abstenir ou voter; en second lieu, sous quel drapeau se ferait l'élection, sous quelle profession de foi. Quant au candidat, le premier venu eût été le nôtre.

L'opinion démocratique et sociale devait être directement consultée : la Montagne a agi seule.

Elle publie sa Déclaration^ comme Louis XVIII fit » charte octroyée, sans consulter personne.

Elle pose une candidature à Paris et dans les départements, sans en prévenir.

Puis, quand le comité électoral se forme, elle vient lui dire : Les choses sont trop avancées, la retraite est impossible ! pas de division l La Montagne nous impose à la fois le vote, le programme, le candidat. Elle semble nous dire: Vous viendrez jusqu'ici, vous n'irez pas plus loin. Pour nous servir d'une expression qui a passé dans le style parlementaire, elle escamote, à son profit, le socialisme !

Nous n'insisterons pas sur la question personnelle. Nous regrettons qu'un homme politique (et nous employons id cette épithète sans ironie) tel que l'honorable M. Ledru- Rollin, ait pu servir d'instrument à de maladroits amis. Nos sympathies personnelles, nos préférences lui étaient acquises. L'humeur agressive, les injurieuses méfiances de sou entourage nous ont rejetés dans l'opposition...

Au reste, nous croyons que cette diyision, loin de dimi« nner la force du parti démocratique et social, ne fera que Taugmenter. Dans Tétat actuel des choses, aucun candidat ne pouvait rallier tous les suffrages : des dissentiments trop profonds existent encore entre la démocratie-socialiste de la veille, et celle du lendemain.

Le comité électoral central a décidé, à l'unanimité, de porter candidat à la présidence le citoyen Raspail.

Raspail, l'élu de 66,000 suffrages parisiens, et de 35,000 lyonnais ;

•Raspail, le démocrate*socialiste ;

Raspail, l'implacable dénonciateur des mystifications politiques ;

Raspail, que ses travaux dans l'art de guérir ont placé au rang des bienfaiteurs de l'humanité.

En adhérant à cette candidature, nous n'entendons point, comme on l'a écrit quelque part de l'honorable M. Ledru- Rollin, donner éventuellement à la République un ghbf : loin de là, nous acceptons Raspail comme protestation vivante contre le principe de la Présidence ! nous le présentons au suffrage du Peuple, non parce qu'il est ou se croit possible, mais parce qu'il est impossible; parce qu'avec lui la présidence, image de la royauté, serait impossible.

Nous n'entendons pas davantage, en appelant les voix sur Raspail, jeter à la bourgeoisie, qui redoute ce grand citoyen, un défi. Ce que nous cherchons avant tout, c'est la réconciliation,, la paix. Nous sommes des socialistes, nous ne sommes pas des brouillons»

Nous appuyons la candidature de Raspail, afin d'exprimer plus fortement aux yeux du pays cette idée, que désormais, sous le drapeau de la République, il n'y a plus que deux partis en France, le parti du travail et le parti du capital.

U ne tiendra pas à nous que le dernier vestige de celle antique division ne soit bientôt efbucé.

Arg^na^Bt à la ■•ntagiMt

Lorsque, le ^ Février, fut formé le goayenieiiiait fRUvisoircy les honorables citoyens qui furent appelés 1 en Aire partie, et dont plusieurs avaient appartenu josgoe^là à rp» pinion monarchique constitutionnelle, ne marchan^iàNnt point avec la volonté du Peuple. Us sentirait tpos, ik proclaracrent bien haut que l'événement qui venait de s'aeosmplir traînait à sa suite quelque chose de plus qu'une République, qu'il avait pour conséquence logique et nécessaiie une Révolution sociale. Cette idée respirait dans tous km décrets.

Lorsque ensuite le gouvernement s'occupa d'envoyer dans les départements des commissaires pour préparer les esprits à cette grande révolution, qu ildut remplacer préfets, soospréfets, procureurs-généraux, tout le personnel amovible dont les intentions pouvaient paraître douteuses, ceui qui vinrent offrir leurs services à la République n'bésilèrait point non plus sur le caractère de la Révolution : ils tèfk' tcrcnt tous qu'à leurs yeux elle était sociale.

Lorsque, deux mois après, vinrent les élections, et que tomba sur le Peuple victorieux Tavalanche des professions de foi, les candidats ne manquèrent pas de dire encore, pour la plupart, qu'ils étaient prêts à reconnaître le droit du travailleur. Ils avouaient par là que la Révolution était npn seulement politique, mais sociale, qu'elle n'était mâme politique qu'autant qu'elle était sociale.

La bourgeoisie, à cette époque, s'avouait vaincue. Elle

sentait qne le Yiera système était brisé, que les pôles de la sodiié étaieat intervertii et le centre de gravitation déplacé. Awui k boui^eoisie en avait pris son parti ; le Peuple pouvait obtenir d'elle alors lonf ce qu'il eût voulu : la révolution de février était déclarée, saluée, reconnue socule ; on acceptai! la définition.

Aujourd'hui même, après toutes les défections, les trahisons ; après la défaite sanglante du parti démocratique et social, et la restauration de la féodalité mercantile et financière» tout le monde est encore d'accord que la Révolution de février doit, à peine de nullité, être une Révolution sociale. Car, si elle n'est point une Révolution sociale, elle tt'a pas la moindre raison d'existence, elle n'est rien. Toute l»ii)«e8tion est de savoir si l'on passera outre, je veux dire, sreette Révolution s'accomplira.

Gomment donc, si l'opinion est et n'a jamais cessé d'ôtrc nnanimesur le sens et la portée delà Révolution de février, comment ceux qui, pendant quatre mois, furent chargés de la conduire, ne s'ocoupèrent-ils que de la faire avorter?

Gomment, s'ils étaient révolutionnaires et socialistes, après avoir exilé dès le 25 février la Révolution sociale au LÂxeniboarg, la laissèrent-ils bafouer, emprisonner, fusiller, le 16 avril, le 15 mai, le 26 juin ?...

Got&knent les hommes de la Révolution n'ont-ils jamais sa que se mettre en travers de la Révolution?

Comment les républicains , sans reproche tant qu'il ne s'^t que de la forme politique, ne sont-ils plus, dès qu'il s'agit de socialisme, que des obscurants et des réacteurs?

Le pays est en ce moment comme le pécheur endurci dont parle l'Écriture , qui invoque la paix ! la paix ! et qui ne peut jamais trouver la paix. Nous crions : Révolution ! révolution ! mais, grâce à nos hommes politiques , il n'y a pbint de révolution !

Qu'il nous soit permis de le dire^ sans que nous voulions

faire le procès à persoone. Si la Réyolation est entrai, û même elle n'a pas encore pris commencement, si nous n'en sommes toujours qu'à l'aurore , cela vient de ce que nous ne connaissons pas , ou , pour parler franchement , de ee que nous méconnaissons la matière révoluiiowHaire , de ce que le but et l'objet de la révolution sociale sont dissimulés, niés. Nous acceptons le nom, nom nouveau^ qui amuse la curiosité par son indécision : nous ne voulons pas de h chose, nous détournons les yeux de crainte de l'apercevoir.

Pourtant, il faudrait nous entendre , ou bien nous t^re. Que la jeune Montagne, soi-disant démocrate et socialiste, aille dans les clubs et les banquets recruter des voix pour son candidat; qu'elle verse à flots, dans ses toasts, ses manifestes, ses journaux, ses harangues, son éloquence tribanilienne, tout cela peut témoigner d'une excellente intention, mais tout cela, en vérité, est fort innocent ! Il faut que les montagnards le sachent : ils ne seront rien, ils ne représenteront rien, ni la politique, ni le socialisme, ni la révolution, tant qu'ils n'auront pas confessé , devant la France et devant l'Europe, le but, le véritable but de la Révolution de février.

Or, c'est ce but que nous allons faire connaître pour la centième fois.

Nous le dirons de façon à ce que la Montagne ne puisse s'y méprendre , et que personne ne s'y trompe, de &çon à rendre impossible toute équivoque, tout faux-fuyant. L'idée sera si nette, si catégorique, si palpable, qu'il n'y aura plus qu'à se prononcer par oui ou par non, à se déclarer pour ou CONTRE la Révolution.

En 89, lorsque Siéyès voulut déterminer le mouvement, mettre en branle la Révolution, il commença par en définir l'objet et eu montrer le but. Pour cela, sou œuvre fut simple. Il n'eut qu'à présenter au Peuple le tableau des privilèges ou prétendus droits féodaux, des iniquités féodales, des turpitudes cléricales, des corruptions royales, des humiliations

fti da Tiers-État, Et voilà, s*écria-t-ll, ce qu*il s*agît maintenant d'abolir ou de consacrer pour rélernilé.

La réponse fut alors comme la question : elle fut nette et catégorique, et ne se fit pas attendre.

Nous ferons comme Siéyès. Nous présenterons en quelques lignes , claires et précises, le bilan de Texploilation capitaliste, le bilan de la misère du prolétariat. Et nous difons comme Siéyès : Voilà, ô sublime Montagne, voilà la Révolution! En voulez-vous ou n'en voulez-vous pas?...

Le Peuple français produit chaque année, pour les besoins de sa subsistance , de son gouvernement et de son luxe, une somme de valeurs d'environ neuf milliards.

Neuf milliards f voilà, au maximum, d'après les approximations les plus dignes de foi , le montant de la production nationale.

C'est avec ces neuf milliards que le Peuple doit subvenir à toutes les nécessités de sa consommation, à toutes les dépenses de son gouvernement, à toutes les fantaisies de ses citoyens.

Ces neuf milliards, s'ils étaient également répartis entre les citoyens, au nombre d'à peu près 36 millions , donneraient pour chacun 250 francs par an, 69 centimes par jour et par tête. — Ainsi chaque famille, composée de quatre personnes, aurait pour vivre, d'après cette moyenne , un revenu de 2 fr. 75 cent., 55 sous par jour.

Mais il s'en faut que la moyenne du revenu ou salaire des travailleurs soit de 55 sous par jour et par famille de quatre personnes.

Sur les neuf milliards de produit amnicl, le travail, avant de se payer lui-même , doit reiiibourser au capital , pour prix de sa prestation bénévole :

i« Intérêts et frais d'hypothèques, à 8 pour cent en minimum, sur un capital d'au moins 8 milliards, 960 millions

2<* Intérêts et frais d'obligations fiduciaires,

A reporter 960 millions

BBOnnuuiiB

soo

à 6 pour ceDt, sar un capital d'au moim 4 millîards y

3* Escomptes du comuierce (commissiouiy frais de protêts, etc., etc., comprit, à 8 p. cent, sur une circulation de M milliards, échéance à trois mois,

4* Dette publique, flottante et consolidée,

5* &Ionts-de-Kété ,

0® Douane, c'est-i-dire frais de protection du capital national contre la concurrence des capitaux étrangers, primes, différentiels, contrebande, etc.,

7* Intérêts d'actions de commandite , évalués à

8* Loyers et fermages, déduction faite des intérêts de la dette hypothécaire , évalués à 5 pour cent, sur un capital de 8 millards,

9« Budget de l'État et des communes, déduction faite de la dette publique.

Total 6,302 millions

Nous disons 6 milliards 302 millions, que le travail doit prélever sur son produit avant d'acheter le premier morceau de pain, pour acquitter les redevances du capital, les frais de prestation du capital, et les charges de TÉlat.

Sur celte somme de 6 milliards 302 millions, il convient de détruire 1,302 millions pour le s*3rvice indispensable de la communauté nationale , et Famortissement des capitaux engagés chaque année dan^ la production.

Reslent donc cinq milliards, net, que coûte chaque année, au peuple travailleur, le parasitisme du capital.

11 suit de là ,

Que sur les neuf milliards de produit annuel, cinq millianls^ e22viron 55 pour ccnl , plus de la moitié, sont régu-

lièrement enlevés au travail pour rémunéFation du çervûse^ vrai ou supposé^ qu'il tire à^ capital ;

Qu'ainsi la moyenne de 69 centimes par jour et par tâtet qu'aurait donnée la répartition égale des neuf milliards, se réduit à 29 centimes y soit 1 fi:anc 16 centimes ou 23 JSOQg par jour, avec lesquels chaque fanaille composée de quaUre personnes doit subsister.

C'est-à-dire qu'un ouvrier qui gagne 19 francs 25 centimes par semaine, pour vivre, lui, sa femme et deux enfants, ne profite en réalité que de 8 francs i 2 centimes ; le surplus, soit 11 francs 13 centimes, étant remboursé par lui au maître de maison, au boulanger, au boucher, au marchand de vin, au percepteur, etc., etc., pour la rétribution du capital.

Et comme les salaires des travailleurs, ainsi que les revenus des capitalistes, sont inégaux, il résulte, en dernière analyse, que pour une partie notable du peuple français, le montant du salaire ou revenu est fort au-dessous de 29 centimes par jour et par tête : il descend aujourd'hui à 5 centimes 5 millièmes, — cinq liards par jour, en nombre rond, ainsi qu'il résulte des comptes de l'administration, dont les secours aux citoyens dans le besoin sont fixés à 12 centimes et demi , le droit à l'assistance , reconnu par la Constitution, combiné avec le droit de propriété, reconnu également parla Constitution, ne permettant de faire ni moins ni plus.

Cinq liards par jour, voilà le minimum que la société garantit à l'ouvrier sans travail ; voilà le droit que, s'il faut en croire certains républicains, le Peuple aurait conquis en février!...

Suivant que les temps sont calmes , que la situation politique semble plus ou moins chanceuse, qu'il plaît au capital de se prêter ou de se refuser, comme dit spirituellement M. Thiers, un nombre plus ou moins considérable de travailleurs se trouve déchu de la moyenne de 29 centimes, et condamné à la portion congrue de cinq liards l

Or, cette condition du travailleur, dans le régime économique actuel, est irrekéduble. Que la population augmente ou qu'elle diminue ; que le travail abonde ou qu'il devienne plus rare , peu importe. La classe qui travaille n'en aura pais moins à payer à celle qui possède :

Tant pour le loyer de la terre,

Tant pour le loyer des maisons et instruments de travail , amortissement non compris,

Tant pour la prestation fiduciaire et hypothécaire des capitaux,

Tant pour l'escompte des marchandises et effets de commerce,

Tant pour les rentiers de l'Etat,

Tant pour la proteclion des capitalistes du pays, contre la concurrence des capitalistes étrangers, autrement la douane.

Tant pour la police, pour les juges, les gendarmes, en un mot pour l'État.

Quoi qu'il fasse, et de quelque manière qu'il s'y prenne, le travailleur, tant qu'il est placé sous la commandite du capital, est comme l'abeille que le paysan héberge, comme la brebis à qui il donne une étable. Il faut qu'il paie au capitaliste, pour le loyer du capital, 55 pour cent de son miel, de sa laine et de son lait ; et s'il fait la mauvaise tête , s'il s'avise de chagriner son doux seigneur, qu'il se contente pour vivre de cinq liards par jour. Cinq liards ! voilà ce que gagne le travailleur à vivre en domesticité, comme les moutons et les mouches, au lieu de vivre en homme libre l

La Montagne , qui répand partout , à l'intérieur et à l'étranger, que nous sommes un Hébert, un Chaumette, ua faux frère, vendu à Gavaignaç, — que veut-elle donc qu'il fasse de nous, Cavaignac? — la Montagne, qui nous appelleorgueilleux , impolitique , rêveur, endormcur, cntraveur, apôtre de l'individualisme , de l'égoïsme ; homme à idées fixes, mauvais citoyen, semeur de zizanie, auteur et fauteur

de la scission arrivée entre elle et le socialisme , contrerévolutionnaire, que sais-je? défenseur de la propriété, c'est tout dire !... la Montagne a-t-elle jamais , dans sa sagesse^ réfléchi sur tout cela? Sait-elle ce que c'est que le travail et ce que c'est que le capital?...

Supposez, par contre, que la fonction, parfaitement inutile, suivant nous, de capitaliste , soit abolie, comme furent abolies en 89 celles de moine et de noble ; — que tout travailleur devienne à lui-même son propre capitaliste, comme en 89 tout citoyen devint son propre suzerain, que résulterait-il de là?

D'abord , les cinq milliards prélevés aujourd'hui sur les travailleurs par les capitalistes , resteraient à ceux qui les produisent.

En second lieu , les citoyens vivant actuellement du capital seraient amenés à prendre part au travail, par conséquent à produire eux-mêmes cinq milliards qu'ils dévorent, ce qui porterait immédiatement la production de neuf milliards à quatorze.

Enfin , par la suppression de toutes les entraves capitalistes, de tous les droits sur la production, la circulation et la consommation, droits perçus tant parles détenteurs de capitaux que par l'État, le travail serait augmenté de moitié, et, par conséquent, la richesse annuelle doublée.

En sorte que le revenu moyen du travailleur, qui, par les déductions à faire au profit du capital, n'est aujourd'hui, quand les affaires vont bien et que le travail ne manque pas, que de 1 fr. 16 centimes par jour et par famille de quatre personnes, et seulement de 22 centimes quand il y a chômage ; — ce revenu, désormais assuré, continu, équitablement réparti, serait de 5 fr. 52 centimes, soit, par année, 2,014 fr. 80 centimes, au lieu de 423 fr. 40.

Par le doublement de la production et l'égale répartition, le bien-être ou revenu moyen du travailleur serait presque quintuplé!

Voîlà, quant à nous, ce qu*e«t la maiiire révolutionnaire, le but et Y objet de la Révolution de février. Pas n'est besoin, pour comprendre cela^ d'être d'aucune école. Le communisme, le fouriérisme, n'ont rien à voir ici : il n'y a là dedans ni utopie ni système. C'est de la plus palpable réalité. Ou cela, on rien. La Révolution, en 89,. a détruit la fédoalité cléricale et nobiliaire; la Révolution, en 48, abo* lira-t-ellela féodalité capitaliste? Telle ^t la question.

Oui, oui, montagnards, mettez-le-vous bien dans la cervelle ; la Révolution de février n'a pas autre chose à faire que d'abolir la rente, ou pour mieux dire, le sYsriMB des droits seigneuriaux du capital, et par ce seul fait, ^e quintupler la fortune du travailleur. Plus tard, quand il sera complètement affranchi, le travail fera sa constitution, comme le Tiers-État fit la sienne, après avoir aboK la féodalité. C'est alors que le Peuple choisira entre les systèmes d'association qui lui seront proposés et qui servent de matière au progrès. Jusque-là, l'œuvre du Peuple ©'est pas d'organiser, elle est de révolutionner, de démolir.

Oui, il faut que le Peuple le sache, que le gouvernement le sache, que le monde entier le sache : la Révolution de février doit, en centralisant le crédit, abolir peu à peu l'intérêt des capitaux, et donner à tous le crédil et l'escompte pour rien ; — abolir le loyer des maisons et des instruments de travail, et, sauf l'amortissement du capital engagé, donner à tous le logement et les outils pour rien ; — abolir le fermage, et donner au laboureur, par l'association, la terre pour rien; — changer l'impôt en prestation, par conséquent diminuer le budget de tous les frais que coûte aujourd'hui la perception de l'impôt ; rembourser la dette de l'État, et par suite supprimer l'institution inutile et absurde de l'amortissement ; organiser l'échange de nation à nation, et partant abolir encore la protection coûteuse de la douane.

Encore une fois, ou cela, ou rien. Nous défions qui que ^ soit de découvrir autre chose dQca<&\8^^é^Q»V\vt\Qiu

Eh bien f nous en prenons à témoin le Pétrple tout entier. Qu'a-t-on fait jusqu'ici pour la Révolution? ou plutôt que n'a-t-on pas fait pour la deviser et. la pervertir? LaRé- Tolution a-t-elleété seulement comprise, nous ne dirons pas par le gouvernement,qui nous a donné le droit à l'assistance, cinq liardê par jour aux travailleurs qui sont dcms le besoin; — nous ne dirons pas par la presse : nous ne pouvons le dSre, nous qui sommes journalistes : la presse, en majorité, ne cesse de calomnier la Révolution; chaque fois que le traTail parle de s'émanciper du capital^ elle crie : -^ Haro ! Y0U8 détruisez la famille, vous attaquez la propriété !— mais par la Montagne ?

Nous ne faisons point ici de personnalités. Nous coimals-- 8ons individuellement tous les montagnards, peut-être mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. Nous serons plus juste à leur égard qu'ils ne le sont envers nous. Nous savons ce qu'il y a^ dans chacun d'eux^ de patriotisme^ de dévouement, d'intelligence on d'instinct révolutionnaire. Mais, qu'ils nous permettent de le leur dire : ils nous ont prouvé une fois de plus, par leur coalition, ce que les académies, ce que toutes les assemblées savantes, politiques ou littéraires notis avaient depuis longtemps appris, c'est qu'une réunion de cinquante hommes de tête et de cœur peut n'avoir pas le sens commun.

La veille de la Révolution, la Montagne repoussait le socialisme. Ce n'était pas, croyez-le bien, par esprit d'opposition : c'était par politique. Le lendemain de la Révolution, la Montagne se sépara du socialisme : c'était encore par politique. Depuis, la Montagne a fini par se déclarer socialiste ; mais en professant le socialisme, elle n'en a pris que la formule ; elle n*a pas eu le courage d'avouer le fpnd, elle s'esl rejetée dans la philanthropie et les palliatifs : c'est toujours par politique.

Il s'agit 1* de rendre au travail les cinq milliards sur neuf que lui enlève chaque année le capital ; — 2*» de doubler la production du ipÂiys; «- S*" de çortfic d^ 4%Î&A

2,014 la moyenne de revenu net pour chaque famille ouvrière.

Au lieu de cela, la Montagne offre au Peuple quelques mesquines rognures de budget, six à huit millions, d'après le comité des finances ! elle parle d'impôts sur le revenu mobilier, le revenu net, les successions collatérales, les domestiques, les chiens et autres misères. C'est une centaine de millions, dont, à grand renfort de répartiteurs, de percepteurs, de contrôleurs, d'agents fiscaux et de vexations fiscales, on trouverait peut-être le moyen de dégrever la contribution de l'ouvrier, en augmentant d'autant celle du capitaliste-propriétaire.

Cent millions sur cinq milliards I

Quelque chose comme un centime par jour et par tête, voilà quelle satisfaction révolutionnaire, voilà quel supplément de solde, la Montagne, soi-disant socialiste, parle de donner au Peuple.

Au lieu des cinq liards du gouvernement, la Montagne en donnera «w?.^

Pour nous, nous le déclarons résolument. Si la révolution de 1848 n'a pas pour but de supprimer le privilège capitaliste, comme la révolution de 89 a supprimé le privilège féodal, la révolution de 1848 est un crime inexpiable, une vengeance du ciel, qu'il faut, non seulement réparer, en rentrant au plus vite dans la vieille ornière, mais pleurer avec des larmes de sang.

Si, au contraire, le Peuple, tout en obéissant à d'aveugles instigateurs, ne s'est pas trompé en février, si depuis neuf mois sa pensée s'est hautement et clairement exprimée sur le sens et le but de la Révolution, il faut croire aussi que le Peuple, qui a conçu le but, a conçu en même temps le moyen.

Ce moyen existe-t-il ? Ce moyen est-il praticable ? Le travail peut-il s'affranchir de l'usure du capital, comme le Tiers-Ëtat s'est affranchi de l'oç^^re^oix ^ k noblesse et

du clergé? Le prolétariat, en un mot, peut-il se dispenser de payer cinq milliards au capital, et de vivre avec cinq liards par jour?

Nous Taffirmons pour notre compte ; et cette affirmation forme la seconde partie de l'argument que nous adressons à la Montagne.

Oui, la classe travailleuse possède en soi-même le mojen d'opérer son émancipation et de fonder pour toujours son bien-être ; mais c'est ici que la Révolution de 1848 se distingue de la Révolution de 89.

En 89, le Tiers-État n'eut besoin, pour conquérir la liberté et se débarrasser de l'oppression , que de ces deux choses : REFUSER et PRENDRE : refusev l'obéissance aux ordres supérieurs, prendre leurs propriétés, ou, comme l'on disait alors , les biens nationaux.

En 1848, le prolétariat, s'il veut s'affranchir de Texploilalion capitaliste, doit s'y prendre d'une toute autre manière : sa loi révolutionnaire est de s'abstenir. Il £siut, disons-nous, que le prolétariat s'abstienne^ scrupuleusement de toute atteinte, directe ou indirecte, politique, fiscale ou autre, au capital et à la propriété, parce qu'une telle atteinte, sous quelque nom qu'on la déguise, ne serait qu'une manière de reconnaître la prépondérance du capital, une contradiction. C'est en opérant en lui-même et sur lui-même, par l'association, la garantie mutuelle, l'organisation spontanée, que le travail peut triompher du capital.

En 89, le but de la Révolution était le déplacement du pouvoir et de la propriété : c'est pour cela que cette Révolution fut une bataille. En 1848, le but de la Révolution est la démocratisation du pouvoir et la réorganisation de la propriété ; c'est pourquoi cette Révolution est une fusion. Or, on n'organise, on ne fusionne qu'avec des principes ; la force et la fraude sont impuissantes à concilier et organiser.

Tel est donc l'argument que nous adressons à la Montagne.

Ld imt de la Révolution de 1848 est connu : c'est l'abc* lltfon complète du privilège propriétaire.

Le moyen d'arriver à cette abolition est également connu: e'eftt Tassociation ouvrière, c'est la substitution de la solidarité industrielle à la commandite capitaliste ; c'est la centralisation y par le crédit mutuel , de toutes les forcer travailleuses ; c'est, en un mot^ l'excommunication de la propriété.

Or, vous n'osez pas, vous, Montagnards, avouer le but de la Révolution : la preuve, c'est que vous vous déclarez partisans, quand môme, de la propriété; c'est que vous parlez du crédit comme de vrais propriétaires.

Vous ne reconnaissez pas l'instrument, le moyen de celte Révolution ; vos projets de réforme économique , tous empruntés à l'école anglaise , sont là qui l'attestent.

Que pensez- vous donc de la Révolution? Expliquez- vous, car le temps brûle.

Ou pl'iiôt, que ne devons-nous pas penser de vous, quand, après avoir lu vos déclarations , nous vous voyons faire les plus grands efforts contre le socialisme , refouler ses manifestations, calomnier ceux qui le défendent?...

Vous soufflez, par toutes vos paroles et à tout propos , à propos de la politique du dehors comme de la politique du dedans, l'insurrection au peuple. Soit : que le Peuple s'insurge ! Nous n'avons pas la prétention de pouvoir l'empêcher. Mais, de grâce, nous direz-vous pourquoi il faut que le Peuple s'insurge ? Est-ce pour ajouter un centime aux cinq dont l'a doté la Constitution ?

Plus de réticence : vous êtes pour ou vous êtes contre la Révolution, c'est-à-dire, vous êtes pour ou vous êtes contre la restitution à la classe travailleuse de cinq milliards de rentes ; pour ou contre le doublement du produit national, pour ou contre la moyenne de 2,000 fr. de salaire, à la place des 5 centimes 5 millièmes de l'assistance.

Si vous êtes CONTRE, nous n'avons rien à objecter : toutes les opiaioas sont à nos yeux éga\c\n^iv\. xç.ç»^^ç.\^Vi\ç^^, Nous

vous prierons seulement de rayer de votre programme la formule démocratique et sociale.

Si vous êtes POUR, il faut le dire, mais nettement, carrément, comme le négociant qui répond aux offres d'un autre négociant, en répétant tes mêmes choses et dans les mêmes termes. Il faut, en le disant, donner votre parole, vos signatures ; il faut donner des gages, car le Peuple est devenu méfiant, et nous, nous sommes Peuple«

Quand vous aurez fait cela, tout dissentiment entre nous aura disparu; toute poLémique cessera» Et puisque vous aixnez le pouvoir ^ vous nous trouverez à votre dévotion.^ Comptez sur nous alors : Taffair^ ira bien!.,.

" y ^ Ti^dqoesjoais^iiwisé uwk M fc lcspirote soifames:

« CTest le socûSsaie qui novsdèpue de Gvraigiiac : rien

c que c^: SxQç i^ docidisnie, peal-^re TOtefioitt-noiis

« pcHir lui, au lieu de roter pour Raspefl. Cir, sans le so-

« cialisnoe* nous nVossions jamais eu Tidée d*une Répu-

c blique dêmocnOique et sociale: sans le sodalisme, nous

c n eussions pas eu les journées de |uin, jde mai, d'avril;

c nous n'eussions pas eu les délibéFatîoiis do Luxembourg,

c où fut définie la Révolution de feTrier. Sans le socialisme,

c en un mot^ nous ne serions rien« nous n'existerions pas. »

Ces paroles, mal inlerpivlées. commentées par la mal-

Teillance, ont paru chagriner quelques-uns de nos amis;

elles ont fait crier au scandale nos adTersaires.

Nous disions de |^us, dans le même article, que Télectionde Cavaignac, chose horrible! ne nous paraissait pas douteuse : et nous fusions en même temps le calcul approximatif des Toix que la démocratie-socialisle, à peine née, se trouve déjà en mesure de donner, tant à Raspail qu'à Ledni-RoUin. C'est ce que Ton a considéré de notre part comme une réclame en faveur de Gavaignac

Eh bien! nous allons faire entendre, pour rinstruction de nos lecteurs et la malignité de nos ennemis, un bien autre blasphème : nous déclarons aujourd'hui, de la manière la plus formelle, sans détour ni réUeence, qu'à Tcxceptiou de Baspaii, — dont la candidature n'est, on le sait.

de notre part, qu'une protestation contre le principe présidentiel, — de tous les candidats, avonés ou tacites, qni peu- Tent s'offrir au choix du pays, celui que nous souhailons le plus de voir arriver est le général Cavaignac,

Nous faudra-t-ii vingt ans de polémique pour expliquer à ceux qui nous lisent ce que signifie cette grande protestation qui a surgi en France depuis 1830, et qu'on appelle le sodcUisme? Com prendra- t-on, une fois, qu'engagés irrévocablement dans la question sociale, nous avons d& accommoder notre politique à notre socialisme, et non pas notre socialisme à notre politique? Écoutez donc, et pesez bien ce que nous allons vous dire, vous tous que nos idées intéressent, amis ou émules, prolétaires et propriétaires :

Si nous n'étions pas pour la raison, nous serions pour la foi ;

Si nous n'étions avec Voltaire, nous serions avec le pape ;

Si nous ne défendions la liberté, nous subirions l'autorité;

Si nous ne poursuivions l'égalité devant la fortune, nous serions partisans du privilège ;

Si nous ne voulions la démocratie, nous accepterions la présidence ;

Si nous n'étions pour le travail, nous serions pour le capital;

Si nous ne votions pour Raspail, nous voterions pour Cavaignac.

Vpilà sept propositions qui, pour nous, sont toutes entre elles identiques et adéquates ; la dernière est semblable aux autres : elle ne fait que traduire en noms propres ce que nous considérons comme les formules abstraites de notre symbole politique et social. Il y a nécessité absolue dans notre esprit de se prononcer pour l'une ou pour l'autre de ces diverses alternatives : le dilemme est inexorable.

Cavaignac représente en ce moment, pour nous, le capital, et, par voie de conséquence, d'analogie ou de similitude, la foi, le pape, l'autorité, le privilège, Tautagouisme

ipdiÉiUK.. mmuiiBiii dr fe .iifBÛhDBP i twimf RnptS wmàmiBtpà hbf -^bo, ip iiF^niL b! mam^màfaBneaï k ZBBor. k lâisnL. Zi^pdib.. je dsmmnifieL, TwÊàhL

•nm ygfinsÊBOBii v& âisscF : I. -^ cl i faîeii 8. nftres qpne loi, •âme ÎBB jSÊBoiè 9/aaàsir. isiirii!^ iiibs sksBficaAîfe. Puurquoi •AnuL. fSBtP^ mr ftc ^ec^tnnxaiçv^ :9kfitR&. BaaBiMDrtey LamartiiKi. I^ibb^ ffw.. L»â-*ih£]iiim. Lpo Jwjauq^e i d n, SnntiARinteru csf inuii agi'nifr^ Ts^noBSi. t^m 4n doc de QuoiÂinrà. I Hntr? df tk !*niur-f!SEatim as jësHÔles, aller âinisir p:nr niiifr ûf vnr«^ niTitisnim leaixtnyflkiirdejiiin,

Âk'.c&x^qiK chaçDf sktvÀî & sac îC][^ jntfiK d doaexfiressHi nrlir.slKï!¥ : rfisc rr uiî |isâBt««i som «Nunes trrrï» 5f aritri Di'^fù^iiieiDSL"-. de jioïéi de note déeaiemot chiiisttf . i! n'y l :ÂRf gc ime î‫ ^ tienne eocoire, leCâTuix: c: r-jf Ga^Mcnaf «r k «^ri boaune qui repré- «ente purKDrn:. ce k î firZaàc^a 5* tyctt aatre. cette idée.

Remurqceï d'^^or.^ çDf-. df^iri^ itnîeT, GaraîgiiK est le sesi boEQsse f Kjîioqi>e qid ar pppnèseDlé quelque chose. Le rdUTenremefi: j »rciTH»r^ rej»rf^4eii»ait le chMR ; la commîsdon eiêiUiâTe r?j?es?3:£:i rarin? eiïwre. elle représentait le Dêafit FjSv pu-u. CaTup)»:^ qui dit, en hce de riuHurraciîoa : Moi. je suis k oafjul!

^Ja^JiigBiiic. TOGs «iis-je. reprèsciLie le capil^l. mais purem^^ni ei LrvbJement. sans mélange oe théocratie, monarch'i^f phiiaDlliropîe on autres l^apilelles ; le capital dépouillé de v^ vieilles formules, réduit à son e\[>ressi<Mi écoDomique ; le ^xipital enCo, ni moins, ni plus. Si le principe du cafiiUl est le même au fond que celui de la monarchie, de la jiapauté ou de leurs diminutifs, l'aristocratie et les jeikuitcK, r^vaignac ne s'en soucie point : il est le capital, voilA UmK

Kfitrc MM. I^>napartc, Thiers ou Mole, Larochejacquekjii ou JMontalcaibert, Lamartine) Ledra-RoUin et Gavai-

gnac, — Raspail toujours mis à part, -^ nous préférons donc le dernier. La raison, ce nous semble, est désormais fecile à concevoir.

Atcc Bonaparte, nous aurions devant nous le capital, plus Fempire, la gloire, les aventures^ TexplMition d'Espagne ou de Russie, le silence de la liberté, Siluit terra in conspeeîu ejus! — Candidat ^^trospectif, question complexe.

Avec MM. Tbiers, Moléj 0. Barrot lui-même, nous aurions le capital, plus le système constitutionnel, deux pouvoirs égaux, deux chambres, etc. — Candidats à bascule, question complexe.

Avec M. de Montalembert, nous aurions le capital, plus les billets de confession, la soumission du temporel au spirituel, les pèlerinages en Terre-Sainte. — Candidat croisé, question complexe.

Avec M. de Larôebejaquelein, nous aurions le capital, plus la légitimité et tous ses droits. — Candidat féodal, question complexe.

Avec M, de Lamartine, nous aurions toutes les contradictions à la fois, capital, monarchie, aristocratie, papisme, etc. — Candidat omniforme, question complexe, indéchiffrable.

Avec M. Ledru-Rollîn, nous aurions, ce sont ses amis qui le disent, le capital, plus des tendances anti-capitalistes ; la propriété, avec certaines modifications peu ou point définies; l'économie de TÉtat, comme dit M. Jean Reynaud, à la place de l'économie de la société. Nous faisons trop de cas de rîutelligence de M. Ledru-Rollin pour lui attribuer ces fadaises. Ce n'est pas au moment de la lutte qu'un chef politique se pose en homme de transition, de trannction pour parler plus juste : c'est après la victoire. La candidature de M. Ledru-Rollin en ce moment est plus qu'un non-sens ; c'est une faute. Qu'il nous permette donc de dire de lui, pour celte fois : Candidat en réserve, question ajournée.

Cavaignac seul représente le eaçilaX^ ^;SiXiS» ^'gsw^\!^5!lî^^^^

ni diminution, sans équivoque, sans accessoire. D est fik de régicidç, simple bourgeois, point infidné de théories constitutionnelles, ni catholique, ni philanthrope, Caiaignacy en un mot, est le soldat du capital. Donc candidat logique, comme Raspail; question simple.

Cavaignae seul nous convient pour président de la République, nous voulons dire pour adversaire. Avec lui le catholicisme, la royauté, le système féodal, le constitutîonnalisme, ne nous embarrassent point ; les réticences ne nous compromeltent pas. Que le capital, senl en lutte aujourd'hui, soit vaincu, et de toutes les ruines que l'esprit révolutionnaire a accumulées depuis trois siècles, pas une ' ne se relèvera.

Ce que Cavaignae est pour nous, il Test à ses propres yeux ; il le sait, il le sent. Seul encore, parmi ses compétiteurs, il a l'intelligence nette et sincère de ce que doit être le président de la République.

Nous voulons la république du travail : Cavaignae pe^ sonniiie la république du capital, et se donne comme tel. En juin, Cavaignae, nommé dictateur, a posé le socialisme en face de lui, comme sa partie adverse. C'est ainsi que Louis-Philippe, élu roi le 9 août 4830, avait posé comme son antagoniste la République.

La République est venue au bout de dix-huit ans, après que l'idée républicaine eut été suffisamment élaborée par la contradiction. Le socialisme commencera à venir lorsqu'il aura trouvé son contradicteur : le jour où Cavaignae sera élu président sera un progrès pour le socialisme. Car, s'il est vrai que les extrêmes se touchent, il l'est encore plus que les contraires se suivent : or, Cavaignae est l'antisocialiste comme Lcuis-Philippe était l'anti-républicain : comprenez-vous cela?

Et voilà pourquoi, sans nous inquiéter de la valeur personnelle ni des vertus privées des individus ; sans éiàbMr aucune espèce de comparaison entre Lamartine, Thiers,

Ledro-RoUin, etc.^ et Cavaignac, nous n'hésitons point à dire que nous souhaitons passionnément d'avoir, pour président d'une République qui n'est pas la nôtre, mais aux lois de laquelle nous sommes prêts, comme minorité, à nous soumettre, l'homme qui, de lui-même autant que par la force des circonstances, se pose comme la négation personnifiée du socialisme, qui représente avec le plus de franchise et d'énergie le principe contre-révolutionnaire, le capital.

Avec tout autre que Cavaiguac, il nous faudrait disputer de monarchie, théologie, idéologie, constilulionnalisme ou romantisme : avec Gavaignac, la question est admirblement simplifiée, nous n'avons afiaire qu'au produit net. Si le produit net succombe en Gavaignac, il entraîne irrévocablement avec lui dans sa ruine tous les principes qui n'en sont que des variantes ou des corollaires : c'est fait de la vieille civilisation et du vieux monde, c'en est fait pour l'éternité.

Que nous importe donc que notre opinion sur la présidence serve à la candidature de Gavaignac, si parmi tant de candidatures insignifiantes ou hostiles, celle-là est la seule qui puisse servir nos intérêts? N'est-il pas évident, pour qui raisonne, qu'il importe avant tout d'affaiblir l'ennemi, en le diminuant de tout ce qui lui servait auparavant de support et d'auxiliaire ; comme un général qui, après avoir coupé l'armée ennemie ^ enfoncé le centre, a bon marché des deux ailes ? N'est-ce pas ainsi que Gavaignac lui-même a vaincu l'insurrection?...

Nous savons très bien, du reste, nous socialistes de bonne foi, qui n'aimons pas plus à tromper qu'à nous faire illusion, nous savons que nous ne formons encore daus le pays qu'une assez faible minorité. Ge que sont dans la presse les organes socialistes aux autres journaux, nous le sommes dans la République au reste des citoyens : un contre dix. Mais nous savons aiissi que nous sommes le ferment de la

3^ rfAnir p#Mffr <{niw t^întferfté le tmtm rmrmm it flnpli |)t4nifivti>: ^. iintm %iitnçnm.«ani! r '^'e^ mnirtmAe rgnrninB v^nlDiUt; v\mma ^mftnlk! 'iR^ la. ^itnatirni ji f 'ujmtt e . miirw

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^«w, ifénwKtI. 7o«ïi 4tftît lotrîi ennemi. '*t pamt» çœ mw ^(i*îï i\c^rv^ ^xvMimir oni» non» jjarteon» 4» wni»iï36r. ^f\nH rw!i» ^i-of^x ftiir trr.'^: l*^ mal, ponr qne, ui qii:iiik9(! -à* (•/^mTWftuvw a-y'V, vons fii^rii-i ïntte «ipr4nii». nnmf m? fjoâm^ ()ft» ;* 7oriR arrtruiîr ^ncori*, a ^oiis r:i«*T<*r,

W»s ^v<« »*t«» hahiT«*j '^lïoi qn'oa ait »Iit, partie .çn? Tcm

Von» Vf^ (^ fcabffe «»n ]nm^ f^txoà h rQauBssnn dé- ^/vtm V(^m <lû^t : T^HU tf/fofM «70^ «M \mimSU : H fmd m fimrt — Il n'a piStii t^nn 4 Tom, en TerHé, qoe ce ae thî fin» ?

V/WA avftt iii hâfSe quand toos aTei apfidé MSL Ti- ^M(;n H îftttutitvi. Vofre ^ifnatîom <Staft mal desânée jmqa^ Vi s <^ {KiriraSt ântïtf^r encore ^i le rainqaenr de juin iraH f^it h frttf^fî 9n ^KhlbiOf: on à des échappés de bagne. MM, Uuhurfi ti Vivien vou.< ont donné Totre Téritable mtft, vfArtt WiriUtUe isi^niification : tous Tons êtes appdé âhfi \on h capital.

Vou» aver, M habile, quand, au grand regret de tos Htnhf ai à h grande joie de vos accusateurs, tous aTex Tofilfi que l'élection du président de la Répubh'qne fU fijiéir au 10 décembre. Vous aTiez calculé que le délai était /âtuf que fiifUiatit pour tous manifester dans totre easeiioe;

et marier à Tintérét de votre candidature l'intérêt du ca* pilai. Vous saviez qu'un gouvernemepty qnel qn'il soit, est toujours sûr d'avoir la majorité à peine de révolution : or, le pays, encore chaud de février, de mars, d'avril, de mai, de. juin, le pays a peur des révolutions.

YouB avez été habile, quand, à la surprise générale, vous avez défié à la tribune vos adversaires politiques. — Vous saviez encore que vous ne pouviez rencontrer en eux que des complices, qu'autre part étaient vos accusateurs.

Vous êtes habile, quand vous vous refusez obstinément, sous prétexte d'assignafs, à toute création de papier de crédit. Tout ce qui peut amoindrir la féodalité capitaliste est contraire à votre principe ; et dans l'état actuel des choses, organiser le crédit, ce serait vous suicider.

Vous êtes habile, quand, malgré les clameurs de la gauche, TOUS vous renfermez, vis-à-vis de l'Europe, dans une neutralité impertubable. Vous savez que ce qui agite l'Europe en ce moment est le socialisme, et votre mission n'est pas de faire, pour le compte du socialisme, une propagande ar^ mée* Ceux qu'on fusille à Vienne sont les frères de ceux que vous avez fusillés à Paris : il faut être stupide pour ne pas le voir.

Vons êtes habile, et qui plus est, vous êtes heureux quand vous offrez au saint-père l'hospitalité de la République : parce que la République à laquelle vous allez présider, n'est autre chose que la République du capital, la République très chrétienne, entendez-vous, dont le centre ne sera plus désormais à Rome, mais, comme le voulait l'Empereur, à Paris. Il y a longtemps que le catholicisme a fait, en occident, un [)acte avec l'usure : ce pacte, vous allez le renouveler par l'union mystique des noms de Pie IX et de Gavaignac.

Suivez donc, sans broncher, votre ligne; faites chaque jour acte de gouvernement; agissez, pendant que vos com-

pétiteurs, réduits à promettre ce que vous exécutez ayec tant de résolution, couchent à la porte des électeurs.

Mais sachez une chose.

En défendant le capital, vous êtes condamné à reconstruire tous CCS vieux principes dont Télimination successive vous a fait ce que vous êtes : d'abord la monarchie conslilotionncllc, cette pitoyable sottise des idéologues politiques; — nnsuitc la légitimité, à laquelle ne croient plus ses propres partisans; — après, la féodalité, enterrée il y a plus de deux siècles par Richelieu ; — puis, la suprématie temporelle et spirituelle du pape, soufQetée par Philippe-le-Bel, et démonétisée par Luther.

Sur le terrain du capital, il n'y a point d'arrêt pour vous. Ou vous rétrograderez jusqu'à la théocratie, ou vous serez ab8orl)é par le socialisme. A peine de finir misérablement comme un Louis-Philippe, il faut que le président de la République devienne, ou pour le pape un Charlemagne, ou pour le socialisme, un Constantin. Mais, Charlemagne, c'est im|)0S8ible, Constantin, vous n'en voulez pas. Louis-Philippe 1... sera-ce donc là, ô Cavaignac, votre destinée' ?...

' Cavaignac n*a point été éla président de la République : à cet égard, les prévisions de l'auteur ont été trompées. Mais Télection de Louis Bonaparte n'a fait que donner plus de force k ses raisonnements : à peine au pouvoir, Louis Bonaparte s'est déclaré le continuateur de Cavaignac Louis Bonaparte, forcé de renoncer k ses fantaisies impérialistes et dynastiques, ne représente, comme Cavaignac, que le capital. C'est ce qui fait le triomphe de ce dernier, et h justification de l'écrivain. {Note de réditeur,)

LonlA-lVapoléoii Bonaparte»

17 Décembre.

Nous avons combattu la candidature de Louis-Napoléon par les moyens qui étaient en notre puissance, la polémique et le Tote.

Toute question de personnes mises à part , nous savions, et nul ne pouvait Tignorer, que Télection de Louis-Napoléon, posée par la réaction, soutenue par la réaction, ne pouvait profiter qu'à la réaction. A priori^ donc, nous devions nous prononcer contre cette candidature.

D'accord ensuite avec le comité électoral central de Paris, qui crut devoir, au lieu de s'abstenir, intervenir dans le vote , nous voulûmes, en choisissant un candidat, élever le chiffre de la majorité absolue, et par là rendre plus difficile Tavénement de Bonaparte.

^ Tout le monde, dans le parti démocratique et social, semblait si bien d'accord de cette tactique, que, lorsqu'il s'agit de choisir un candidat, symbole de leur protestation, il fut unanimement reconnu que l'homme sur lequel seraient appelés les suffrages des démocrates ne pouvait être qu'un candidat honoraire : M. Ledru-RoUin , dans une lettre adressée au comité, Ta formellement reconnu.

Cavaignac était donc le pis-aller de la démocratie , qui , mieux inspirée alors qu'elle ne le fut plus tard, voulait avant tout, en sauvant l'intégrité de la forme, se ménager le travail plus facile pour la réforme du fonds...

Nous entrâmes franchement dans cette voie, dont nous.

ii*aT)oiis point pris rinitiative : et . en faisant le sacrifice de notre opinion personnelle, nous donnâmes Texemple de la disripline. Le but de notre Tote ainsi marqué ^ peu nous imfiortait le candidat ; il était même égal pour nous qu'il y en eût deux on un seul : toute la question était de conualtre nos forces et d'écarter Naf»olêon.

Depuis, nous arons pu jn^rer. à la vivacité de ropposition qui nous fut faite au sujel de la c^andidature de Raspaii, que plusieurs de nos co-relidonnaires politiques, tout en signant la foi démocratique et sociale . et faisant serment de haine à la présidence . cachaient la pensée, coupable à nos yeux parce qu'elle était aussi contraire au socialisme qu'à la démocratie, de faire aboutir leur candidat. La candidature de M. Ledni-Rollin, qui ne devait être, conmie celle de Raspaîl , qu'une simple protestation , devint tout à coup une candidature sérieuse . aussi sérieuse . par conséquent aussi menaçante, aussi hostile pour nous que celles de Napoléon et de Cavaignac. C'était une ap3stasie contre laquelle notre devoir était de protester , une combinaison machiavélique que nous avons combattue de tous nos cfiorts.mais que nous ne nous vantons pas d'avoir fait échouer : la minorité flagrante du parti démocratique et social rendant, pour le moment, l'échec inévitable.

Au reste , pour mettre tout le monde à Taise et ne rien déguiser de notre pensée , nous dirons sans feinte qu'indépendamment de notre fidélité inviolable au principe anliprésidenliel , si la candidature de M. I^dru-RoUin avait eu la moindre chance de succès , et qu'il eût dépendu de nous de la faire avorter, nous l'eussions fait. Nous n'avons pas plus de confiance aux idées que représente aujourd'hui M. Ledru-Rollin qu'à celles représentées par le National et Cavaignac. M. Ledru-Rollin , — nous voulons dire la fraction démocratique dont il est le chef, — n'a pas fait une assez longue quarantaine dans le lazaret socialiste pour que nous le croyions déjà transformé , t>urifié de cette rouille

politique qui a produit tons les échecs de la Révolutioa d^ puis février.

Aioffl donc, si aujourd'hui Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République , la responsabilité ne peut nous en revenir. Elle est tout entière à ceux qui^ mangeant le mot d'ordre , ont voulu exploiter à leur profit Thorreur fu'Hispirait Cavaignac, et qui, ne pouvant faire croire à leur succès y ont précipité vers Napoléon la plupart des démocrates.

Qu'on essaie, maintenant, d'atténuer la portée du vote; qu'on l'explique , qu'on le torture, qu'on l'excuse, il n'en demeurera pas moins vrai que le fruit appartient tout entier h la réaction : car, en toute guerre, ceux-là seuls profitent de la victoire qui ont tenu le drapeau dans le combat. La démocratie socialiste a commis la même faute que le parti légitimiste, qui, lui aussi, a voté, par tactique, pour Napoléon, croyant servir les intérêts de Henri V, et qui n'a fait autre chose que couronner le prétendant bonapartiste à la place du sien.

Quoi qu'il en soit, Louis-Napoléon Bonaparte est président. C'est le président de la réaction , non pas de la réaction légitimiste, qui s'est annihilée en lui portant ses voix; non pas de la réaction jésuitique , réduite , depuis 89, à se dissimuler sous tous les gouvernements et à chanter le Domine 9al^>um fac pour tous les princes ; non pas même de la réaction financière et bourgeoise , qui depuis juin s'était personnifiée en Cavaignac ; mais de la réaction monarchiqueconstitutionnelle , qui , sur ce pivot de la présidence, s'apprête à reconstruire le système à bascule brisé en février. Voilà ce que, de par la loi du vote, est pour nous Napoléon. En vain vous protesterez, démocrates ; en vain vous essaierez de pallier votre défaite par les calculs d'une misérable tactique. Louis-Napoléon vous dirait , le sénalus-conflulte de 1804 et l'acte additionnel de 1815 à la main : Je suis le vrai monarque constitutionnel qui devait régner sur

la iPrance. Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe nW été que des intrus, des usurpateurs contre lesquels le Peuple a protesté en juillet 1830 et février 1848, comme il vient de protester, en me choisissant pour président, contre la République du Luxembourg et des 45 centimes. La restauration et le dernier règne n'ont été qu'une surprise de l'histoire , un vol fait à la famille du grand Napoléon. Est-il surprenant que cet admirable système constitutionnel, œuvre de Siéyès et de l'Empereur, exploité par le mensonge, n'ait produit que le mensonge , et qu'il ait été balayé par deux révolutions? Français, vous n'avez pas vécu depuis 1814 : A recommencer avec moi !...

Tel pourrait être le discours de Louis-Napoléon, appuyé sur son parrain le Constitutionnel et sa marraine la Presse^ et escorté de cinq millions et demi de suffrages! Recommençons donc, puisqu'ainsi l'a voulu le Peuple. La voix du Peuple , dit-on , est la voix de Dieu : cette idée nous revient sans cesse depuis que nous voyons fonctionner le suffrage uniyersel. Il faut convenir pourtant que le Peuple a parlé celte fois comme un homme ivre. Mais, dit le proverbe, il est un dieu pour les ivrognes. Recommençons. Combien durera l'expérience ? C'est ce qu'il s'agit de calculer.

S'il n'est pas douteux que l'élection de Napoléon-Louis soit un retour vers le système monarchico-constitutionnel , aux trois pouvoirs balancés, à l'allure équivoque et bourgeoise ; il est certain aussi qu'il y a dans cette élection quelque chose qui en amortit singulièrement l'effet, disons même qui en condamne le principe. Napoléon le Jeune, de même que Napoléon le Grand, porte avec lui l'idée, le dard qui le tuera. Notre devoir , à nous démocrates socialistes , loyaux adversaires, qui ne voulons pas la mort du pouvoir, mais qu'il se convertisse, est de dégager publiquement cette idée. Notre plan de campagne était fait d'avance contre Cayaignac : nous allons dire quel il sera contre Napoléon, si|

dans le labyrinthe oh il vient de s'engager, Napoléon se trompe de route !

Dans l'élection de Louis Bonaparte nous faisons deux parts , ou y pour employer le style des gens d'affaires , nous établissons deux comptes : Tun qui comprend tous les progrès de la réaction triomphante sous l'emblème de Bonaparte j et qui se résume dans celte expression décisive , ttONARCHR CONSTITUTIONNELLE ; — l'autre , qui contient toutes les obligations contractées envers le pays et les électeurs par le prétendant. Le premier de ces comptes forme, pour ainsi dire, YacHf, le second forme le passif de la présidence.

Nous savons suffisamment , par l'expérience des trentetrois dernières années, en quoi consiste l'actif : — voyons un peu quel est le passif.

Dans son manifeste aux électeurs, Louis-Napoléon Bonaparte a dit entre autres choses , que son unique ambition était, après avoir rendu la République heureuse et prospère, de rendre, à l'expiration des quatre années de sa présidence, le pouvoir, tel qu'il le reçoit aujourd'hui, à son successeur.

Par ces paroles, Louis -Napoléon a fait acte d'adhésion formelle, non-selilement à la République , mais à la Constitution, n s'est engagé à respecter et à faire respecter la Constitution. Il a abjuré toute prétention monarchique , toute arrière-pensée contre-révolutionnaire. Et ceux qui ont TOté pour lui, ont fait, comme lui, acte d'adhésion à la République à la Constitution.

C'est une première obligation , une première dette , qui engage l'avenir de Louis Bonaparte, qui l'arrête tout court sur la ligne où le porte fatalement le sens politique de son élection. — Louis Bonaparte , par le principe de sa candidature, bien plus encore que par son inclination, tend à rétablir la monarchie constitutionnelle , et , comme Louis- Philippe, à fonder une autre dynastie- Par les articles de son manifeste, au contraire, et par le principe de vote, il s'est

obligé à rendre au bout de quatre ans la Constitution prévis

sideptielle en l'état où il l'aura reçue : je vaudrais eavoir comment lui et ses conseillers pensent saUsfairç on mâine temps au vœu du principe et au devoir de l'engagement t.. .

Ce n'est pas tout.

Louis Bonaparte , qui , depuis son entrée à l'Assemblée nalionalei a constamment gardé un silence prudent ; qui a su avec tant d'habileté se taire, alors que tout le provoquait à parler ; Louis Bonaparte n'a pas eu toujours la même réserve. Il a eu dans sa vie le malheur d'écrire : il a écrit des choses singulièrement hasardées, et ces choses-là, bien loin de les dissimuler, il les a reproduites à l'occasion de sa candidature ; il s'en est servi comme d'un levier électoral ; elles font partie de son manifeste , car elles l'accompagnaient. Nous voulons parler ici surtout de la brochure intitulée : Extinction du paupérisme.

Un Bonaparte doit savoir ce qu'il dit. L'extinction du pau* pérismc , c'est l'émancipation du prolétariat ; c'est le droit au travail ; c'est la société sens dessus dessous. Bonaparte ; en un mot, n'a fait ni moins ni plus que Raspail et Ledni- RoUin : pour obtenir des voix , il s'est fait socialiste. Ainsi l'ont compris les paysans et ouvriers qui ont donné leurs voix à Louis-Napoléon.

Vive la République! criaient les uns : Amniêtie 1 disaient les autres, il bas Cavaignacl à bas les riches I c'était le refrain de la majorité. Les plus déterminés ajoutaient : Nous lui donnons six mois I doublant le terme assigné au gouvernement provisoire par les insurgés de février.

Tout cela , qu'est-ce autre chose que le commentaire du Manifeste et de Y Extinction du paupérisme ?

Vive la République! donc, à bas l'empire I à bas la mo« narchie constitutionnelle, bâtarde de l'Empire et de la Répa-* blique !

Amnistie I c'est-à-dire : Rendez-nous Barbes , Raspail ^ Blanqui, Caussidière^ Louis Blanc. Rendez-nous les transportésdc Brest, de Cherbourg et de Rochefort. Oublions nos que-

relies de mars, d'avril, de mai, de juin, de décembre ! Amnistie ! Ah ! président de la République, si vous avez jamais pressé la main du prolétaire, si votre cœur a battu sur sa poitrine; ce sera de toutes vos dettes la plus douce à acquitter, la moins périlleuse! L'amnistie vous fera durer autant que vos quatre millions de suffrages.

A baê Cavaignac ! c'est-à-dire, à bas le capital! A bas les riches ! traduisez : A bas les pauvres ! à bas l'exploitation de l'homme par l'homme ! à bas la misère ! — Les représentants du Peuple , dévoués à la conservation du monopole , étaient allés solliciter en faveur de Cavaignac. — Non ! non ! point de Cavaignac, leur ont répondu les paysans : Vive Napoléonl A bas les riches!

La République , la Constitution , l'amnistie j l'extinction du prolétariat, l'organisation du travail ; voilà. ce que nous appelons, nous, le passif de la présidence.

Maintenant il s'agit, pour le nouvel élu, de faire honneur à sa signature. Avec quoi paiera-t-il, le citoyen président ? Comment pensez- vous qu'il satisfasse à toutes ces demandes, qu'il remplisse ces promesses, qu'il acquitte ces obligations, qu'il évite le protêt à l'échéance? Croyez-vous que ce soit avec la remise de quelques impôts, qu'il faudrait immédiatement remplacer par d'autres, que Louis Bonaparte donnera le change à ses créanciers?...

L'impôt sur le sel, la gabelle, produit au trésor 56 millions. Je suppose cet impôt intégralement aboli et la consommation doublée : ce sera comme si Louis Bonaparte faisait don au Peuple, qui l'a élu, de 116 millions par an.

L'impôt sur les boissons produit 103 raillions. Je suppose cet impôt aboli , et la consommation doublée , c'est-à-dire l'usage ou bénéfice du vin augmenté du double pour le consommateur qui s'en prive, et par conséquent la vente doublée pour le vigneron qui ne sait qu'en faire : ce sera comme si Louis Bonaparte faisait un nouveau don au Peuple de 206 millions.

Je porte à iOO millions les droits d'octrois et de douanes sur la viande, les céréales et autres substances alimentaires. Supposant ces droits abolis, et la consonunatioa doublée : bénéfice pour le Peuple : 200 millions.

Les droits sur les sucres produisent 70 millions. — Supposons cette perception abolie et la consommation doublée : ce sera un nouveau surcroît de bien-être pour le Peuple de 140 millions.

Ensemble 662 millions dont il faudrait dégrever immédiatement le budget des communes et de l'Éat , dans l'intérêt du bien-être et de la santé publics !

Six cent soixante-deux millions divisés par 36 millions de citoyens, et 365 jours dont se compose Tannée, donnent au quotient , — comme expression arithmétique de l'amélioration physique, morale et intellectuelle du Peuple, obtenue par l'abolition de 662 millions d'impôts, — cinq em^ Urnes dix millièmes par jour et par tête !...

Mais ce résultat est exagéré, parce que les 662 millions défalqués au profit de la classe travailleuse devront être reportés sur la classe riche : c'est-à-dire que pour combler le déficit du budget il faudra augmenter ou créer d'autres impôts ; or, c'est ici que la question se complique et que l'embarras augmente.

L'impôt foncier ne peut pas subir d'accroissement : ce ne sont pas seulement les 45 centimes de la République qu'il faudrait en retrancher, ce seraient plutôt 90 centimes.

La patente est dans le même cas.

La personnelle et mobilière peut être rendue progressive au moyen d'un impôt sur le revenu : on évalue à 60 millions la recelte qu'on en tirerait.

L'enregistrement et le timbre sont déjà excessifs : seulement on pourrait, par le procédé Goudchaux, faire rendre davantage au droit établi sur les successions collatérales : soit 20 millions par an.

Tabacs 9 postes, droits de navigation et transit, déjà trop forts : pas d'augmentation possible.

Soient donc 80 millions à déduire des 662 dont il faudrait dégrever la consommation du Peuple ; ce qui ramène à cinq centimes, au lieu de cinq centimes six dixièmes , la somme de bien-être que pourrait donner au Peuple l'abolition des quatre catégories d'impôts que nous avons précédemment énumérées ; impôt sur le sel, impôt sur les boissons, impôt sur la yiande et les céréales, impôt sur les sucres.

Ainsi , pour donner au Peuple cinq centimes de revenu par jour et par tête, on endetterait chaque année l'État de 582 millions ! Mais comme l'État ne peut pas plus se passer de budget que la société ne peut se passer de gouvernement, il arriverait infailliblement, avant l'expiration de la première année, ou que tous les impôts seraient rétablis ^ et par conséquent la misère ramenée au statu quo ; — ou que l'État ferait banqueroute, c'est-à-dire que la nation n'aurait plus de gouvernement , chose impossible dans une république à présidence.

Au lieu de 662 millions, ne diminuez que la moitié, le tiers ou le quart ; faites telle combinaison et compensation que vous voudrez : vous ne sortirez jamais de ce cercle de la misère du Peuple et de la banqueroute de l'État.

On parle en ce moment d'un emprunt de 500 millions, à 6 pour cent, sous la caution de l'empereur Nicolas! — — J'admets que cet emprunt soit rempli demain. Quand vous aurez comblé le déficit déjà connu pour l'année 1848, et le déficit prévu pour l'année 1849, il ne restera des 500 millions empruntés qu'une rente annuelle de 30 millions à ajouter au budget de la Républiqe et à répartir entre les travailleurs. Tel est le résultat le plus clair, le plus net, qui puisse nous advenir de la nomination de Napoléon.

Je demande donc à Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française :

Avez-vous de quoi faire face à vos obligations électorales?

Et sans m'ehquérir des questions politiques^ faciles à ré* soudre quand vous aurez résolu le problème de la misère, pouvez-vous, dites-moi, réduire des trois quarts votre budget, doubler la production nationale, quadrupler la moyenne du revenu du travailleur?

Pouvez- vous dégrever le prolétariat, non pas momentanément de 500 millions, qu'il vous faudra lui redemander ensuite , à peine de livrer le pays à l'anarchie ; mais à perpétuité de cinq milliards de rentes que le travail paie au capital?

Pouvez-vous créditer les associations ouvrièries, faire cesser l'antagonisme industriel, ga.rantir à tous rinstmctTon, le travail, la santé, la richesse, la liberté?

Si vous le pouvez , hâtez-vous de nous le faire connaître et de justifier le choix du peuple : car nous sommes» vis-àvis de ceux qui nous gouvernent, impatients et impitoyables. Sinon, je vous le déclare au nom de ce même Peuple, vous n'êtes qu'uu emprunteur de mauvaise foi, un misérable faussaire , qui , le jour même où il signe son contrat , rêve déjà aux moyens de faire banqueroute.

lie sermeiit.

%i OéMmbra.

Hier, à quatre heures et demie de relevée, dans la salle des séances de l'Assemblée nationale, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française de par le suffrage universel, a prêté serment à la Constitution.

Ce serment f a-t-il dit dans son discours, engage non honneur et sa politi^pie.

Nous ne doutons pas de la parfaite bonne foi, de la résolution sincère de M. Bonaparte. Mais, en vérité, qu'est-ce que cela prouve? S'agit-il de l'observation littérale du serment? S'agit-il même de l'intention actuelle du président? Ne sait- on pas qu'il est mille moyens, sans violer un serment, de faire exactement le contraire de cej qu'il suppose? Et d'ailleurs, la nécessité n'est-elle pas plus forte que tous les serments ?

Ce matin, nos lecteurs ont dû apprendre avec une satisfaction bien vive que cinq millions et demi de citoyens avaient fait, par la bouche de M. Bonaparte, acte d'adhésion à la République. Ils ont dii croire que la Constitution et la République, grâce à M. Bonaparte, étaient affermies pour Jamais. Eh bien ! que ces mêmcF Ipcleurs daignent suivre notre raisonnement, ils se convaincront bientôt que si M. Bonaparte était maître de jurer, il n'est pas du tout maître de tenir.

Nous procéderons comme les géomètres, nous ferons, pour ainsi dire, une opération de trigonométrie parlementaire, dont le résultat sera de prouver que M. Bonaparte, à son insu^ travaille dès ce momeut^démo\k V^O^^v^nc^N^^^

1. n est de faitf et on l'a remarqué maintes fois, que M. Bonaparte s'est constamment abstenu de voter lors de la discussion de la Constitution. Il n'a rien voté de cette Constitution, ni chapitre, ni article, ni paragraphe, ni ensemble. Si M. Bonaparte professe une opinion quelconque sur la Constitution, nul ne la connaît: il l'a toujours tenue secrète. Pense-t-il, sur cette importante matière qui a foit l'objet de son serment, comme M. Thiers ou M. de Larochejacquelein, comme Ledru-RoUin ou Pierre Leroux ? Il serait singulier que le président de la République, le premier organe de la Constitution, la créature de la Constitution, n'eût pas d'opinion arrêtée sur la Constitution !....

M. Bonaparte, en prêtant serment à la Constitution, a donc juré comme président de la République, parce qu'il ne pouvait faire autrement : il n'a point engagée conscience d'homme. En lui, le citoyen a fait ses réserves contre le magistrat. Pendant que le président de la République donnera l'exemple de l'obéissance au pacte, il se pourrait que le neveu de l'Empereur pensât, sur le pacte, tout juste comme le dernier des croisés ou le premier des socialistes. Que peut-il résulter de cette contrariété d'opinion entre rhomme* public et l'homme privé? C'est ce que la suite va nous apppendre. Voilà notre premier jalon planté : voici le second.

2. Après la prestation du serment, le premier acte de M. Bonaparte a été de nommer M. 0. Barrot président du ministère.

Or, il se trouve que M. Barrot n'a, non plus que M. Bonaparte, voté la Constitutiun, 11 était présent au vote sur l'ensemble, il s'est abstenu. Ce n'est pas tout : M. Barrot a appuyé et voté l'amendement de M. Duvergier de Hauranne, relatif à la dualité de la Représentation nationale : principe tout à fait contraire à la pensée démocratique qui domine toute la Constitution.

Sans doute M. Barrot, qui est honnête homme, saura^ par

une transaction avec sa raison, respecter et faire respecter le pacte; mais il n'est pas moins vrai qu'en agissant de la sorte, il agira contre sa conviction, il fera un sacrifice au serment prêté par le président. Nous aimerions mieux un ministre qui n'aurait rien à sacrifier, et en qui la conviction serait d'accord avec le pouvoir.

Les autres ministres, choisis par M. Barrot, sont à peu près dans le même cas que lui. Tous ont voté, il est vrai, l'ensemble de la Constitution : mais tous ont voté aussi le principe monarchique des deux chambres, posé par M. Duvergier de Hauranne. De sorte qu'en résumé, le ministère premier-né de M. Bonaparte, se compose en entier de parti sans du système constitutionnel renversé en février. Le président du conseil, M. Odilon-Barrot, est le même que Louis-Philippe, cédant à la pression de la bourgeoisie mécontente, et au vœu de l'opposition dynastique, offrait au pays la veille de son expulsion. Sauf quelques noms nouveaux, — tel que celui de Bonaparte qui remplace celui de d'Orléans, le personnel gouvernemental est de même 'nature, même valeur, qu'il était la veille du jour où fut proclamée la République. Supprimez, par la pensée, la fusillade des Capucines et ce qui s'en est suivi jusqu'au 20 décembre, et vous trouverez que dans l'intervalle de ces dix mois, l'histoire n'a pas marché, tantles dates se raccordent !

3, Ce que nous venons de dire de la foi personnelle du président de la République et de ses ministres à rencontre de la Constitution, ne pourrait donner lieu qu'à une probabilité. Ce qmè nous allons rapporter convertira cette probabilité en certitude.

La bouche parle de l'abondance du cœur. M. Bonaparte, qui, jusqu'au jour du serment, n'avait dit mot, le serment prêté, a montré ce qu'il avait dansl'ftme en prononçant son Discours de la Présidence.

Ce discours confirme ce que nous n'avions fait que soupçonner, savoir, que le président de la République est le

fondateur désigné d'une dynastie bonapartiste. Dès les premiers mots, la pensée monarchique se révèle :

(( Je verrai des ennemis de la patrie, a dit M. Bonaparte, a dans tous ceux qui tenteraient de changer^ par d€$ ootei « illégales^ ce que la France a établi. »

Entendez cela. M. Bonaparte parle de voies iltigaUt; tout le monde est d'accord sur ce point. Mais des yoibs légales il n*en dit mot. C'est qu'en effiet la Constitutiou peut être changée par leis voies légale*^ du tout au tout. L'article 111 le dit explicitement. Quant aux voies LÉGITIMES, c'est autre chose. Nos légistes ne vont pas jusque là : k légalité leur sufGt.

Mais en quel sens M. Bonaparte, qui n'a rien voté de la Constitution ; M. Odilon Barrot, qui s'est prononcé pour les deux chambres, et qui s'est abstenu lors du vote de la Constitution; MM. de Falloux, Léon Faucher, Drouynde Lhuys, Bixio, Rulhières, qui tous, comme M. Barrot, ont voté Tamcndement Duvergier de Hauranne, destructeur de la Constitution ; en quel sens, disons-nous, ces messieurs pensent-ils que doive être changé, par les voies légales, ce que l'Assemblée nationale a étabU ?

Là est toute la portée du serment : là est la clé du discours de M. Bonaparte.

Continuons nos recherches,

4f. En quittant l'Assemblée, M. Bonaparte fit savoir à M. Marrast qu'il chargeait M. Barrot de composer un ministère.

Personne assurément n'a dû voir dans cette communication un indice de restauration monarchique ; et puisque la Constitution ne le défend pas, nous le tenons pour très légal et tout à fait parlementaire.

Voici donc M. Barrot, par délégation du président de la République, chargé en sous-œuvre d'organiser le gouvernement, et de régler les destinées de la France. M. Barrot, comme AL Guizot le 29 octobre 1640 , est le maître de la

siluatiopf C'est lui qui^ couvrant le président de sa personnel se présente comme caution de la politique du cabinet. M. Barrot^ enfin, répond pour M, Bonaparte, en faveur duquel 11 rétablit» de fait^ la vieille fiction de Firresponsabilité monarchiquey en attendant qu'il l'écrive, le plus légalement du monde, dans la Constitution.

En cela, M. Barrot fait preuve à la fois de haute raison politique ; mais aussi de peu d'amour pour la Constitution.

Sans cette condition d'irresponsabilité, la position du président de la République n'est pas teuabïc. C'est la responsabilité qui a perdu Cavaignac : c'est elle qui, en six mois, tuera Bonaparte» si M. Barrot ne réussit à se faire accepter du pays comme paratonnerre. L'inviolabilité est donc la condition sine quâ non de la présidence.

Mais l'inviolabilité, c'est la royauté. Ce premier point Ob'tenu, le reste de la Constitution y passera : vous aurez tour à tour, avec l'inviolabilité du président, l'hérédité delà présidence; puis, l'égalité des pouvoirs, actuellement dans un rapport de subordination entre eux ; puis enfin les deux chambres. .

Dès que vous vous engagez sur ce terrain de la présidence, d'un chef du pouvoir exécutif élu par le Peuple et indépendant du pouvoir législatif, il vous faut, pour être logique, pour être possible : i*» déclarer le président inviolable ; ^"^ rendre sa fonction héréditaire ; 3° le faire égal au pouvoir législatif; et 4° comme cette égalité par elle-même ne peut créer qu'un fâcheux antagonisme, établir un troisième pouvoir, modérateur et conciUateur, il faut une haute chambre.

Ainsi, l'inviolabilité présidentielle^ posée en fait par M. Odilon-Barrot, est le premier pas que fait le nouveau gouvernement vers le rétablissement de la monarchie constitutionnelle par Us voies légales.

Pour compléter cette démonstration, il nous reste à poser un cinquième terme, que nous tirons, comme le précédent,

du discours de M. Bonaparte. Il s'agit de la politique du cabinet.

5. Cette politique était donnée par la situation, et il faut convenir que M. Bonaparte Ta saisie admirablement.

La révolution de février est non seulement politique, mais sociale.

En politique, la révolution consiste à abolir l'ancienne distinction des pouvoirs et à gouverner FÉtat au mo^en d'une Convention nationale, légiférant par ses délibérations d'ensemble, et gouvernant par ses comités. L'amendement Grévy était la transition naturelle à ce système.

En économie sociale, la Révolution consiste à abolir la distinction de propriétaires et prolétaires, entrepreneurs et salariés, capitalistes et travailleurs, au moyen de l'association intégrale et de la soumission du capital au travail.

La Révolution ayant été vaincue sur le terrain politique, devait l'être aussi sur le terrain économique : l'idée gouvernementale et l'idée socialiste étant au fond la même idée, sous une double formule.

L'Assemblée natiouiâlele comprit tout d'abord ; Cavaignac y conforma sa pensée : Bonaparte, en prenant possession de la présidence, suit la même tradition, les mêmes errements.

Rasseoir la société sur ses bases, que le socialisme a ébanlées;

Relever le pays, que la Révolution de février a abattu ;

Guérir ses plaies; — il ne s'agit déjà plus de rembourser Ies4f5 centimes!

Ramener les hommes égarés, par les théories anti-malthusiennes, sans doute !

Pas d' utopie l surtout, c'est-à-dire pas de réforme, pas de papier-monnaie, pas de droit au travail, voilà pour le dedans !

Au dehors, la paix! la paix partout et toujours, comme au temps de M. Guizot; avec cela, si nous ne faisons pas de grandes choses, nous tâcherons au moins d'en faire de bon-

nés! telle est la conclusion de cette étonnante profession de foi.

Ainsi, à l'intérieur, M. Bonaparte borne son ambition à remettre les choses en Fêtât où elles étaient avant février, et à arrêter, s'il est possible, le torrent socialiste ; à l'extérieur, sa politique se résume en un mot, la paix ! Et de vrai, ce qui agite l'Europe, ce qui soulève les Allemands contre leurs despotes, les Italiens contre leurs conquérants, les Romains contre le pape, n'est-ce pas l'utopie, le droit au travail, la folie socialiste ?

A qui donc irions-nous déclarer la guerre? Aux conservateurs de Berlin, de Francfort, de Vienne ou de Rome? Contradiction ! La cause qui vient de triompher là-bas est la même que celle qui a vaincu en juin à Paris. En vertu de la solidarité des castes, notre devoir est de rester chez nous.

Bourgeois, formez une Sainte-Alliance, Et donnez-vous la main !

On ne parlera plus même de la Pologne. La Pologne ! c'est le foyer du socialisme chez les peuples slaves !•..

Donc, M. Bonaparte ne vient point continuer la Révolution, il vient pour refouler la Révolution. C'est pour cela qu'il loue la politique du général Cavaignac, qu'il lui serre la main en signe d'intelligence, qu'il le salue comme son maître et son modèle. Cavaignac a aplani la route à Bonaparte : après Dieu et les électeurs, c'est à Cavaignac que Bonaparte doit le plus. — C est pour cela que Bonaparte appelle à lui des hommes de toute couleur et de toute or gine : il veut, dit-il, former un ministère de condliation, traduisez de coalition, contre la barbarie moderne, contre le socialisme. — C'est pour cela enfin que l'on parle de donner à M. Bugeaud le commandement de cette armée des Alpes qui, au lieu de regarder le Piémont, a l'œil constamment ouvert sur Paris et Lyon, les deux centres de l'insurrection prolétarienne.

Courage donc, Bonaparte ! Marchez, par les voies légales, à lareslauration monarchique, contre laquellcvous avez prèle serment; organiser, la croisade des exploiteurs contre les exploités, qui voua ont donné cinq millions et demi de voix ; élu de la Révolution, étouffez, autant qu'il est en vous, la Bcvolution.Vousn'arrêterez pointia destinée; vous ne saisirez point au vol ces idées que vous voulez proscrire , vous ne les empêcherez pas de se traduire en faits plus puissants que voire politique et vos bataillons.

Courage ! il est une gloire que vous êtes sûr d'ohlenir ; comme ce dernier des empereurs, que les contemporains nommèrent par dérision Romului Augustulus, vous serez Bonaparte le petit, Napoléon le nain.

Toast » la Révolntlon.

Ciloyens,

Quand nos amis de la République démocratique, inquiet» de nos idées et de nos tendances, se récrient contre la qualification de iocialùtes que nous ajoutons a celle de démocrates, que nous reprochent-ils ? — Ils nous reprochent de n'être pas révolutionnaires.

Sachons donc une fois qui d'erix ou de nous est dans la tradition ; qui d'eux ou de nous est dans la vraie pratique révolutionnaire.

El quand nos adversaires de la bourgeoisie, iuquids pour leurs privilèges, déversent sur nous la calomnie et l'oUtrage, quel est le prélexte de leurs accusations? — C'est que nous voulons tout détruire et tout perdre : propriété, famille, civilisation.

Sachons donc aussi qui de nous ou de nos adversaires mérite le mieux te litre de conservateurs.

Les révolutions sont les manifestations successives de la JUSTICE dans l'humanilé. — C'est pour cela que toute révolution a son point de départ dans une révolution antérieure.

Qui dit donc révolution dit nécessairement progrés, dit par là même conservation. D'où il suit que la révolution est en permanence dans l'hisloire, el qu'à proprement parier il n'y a pas eu plusieurs révolutions, il n'y a qu'une seule et même et perpétuellle révoiulion.

La révolution, ily a dis-huit siècles, s'appelait I'Évangile, la Bonne youvelle. Son dogme fondamental était l' Unité de

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