I . de Mandrin, de LaceniUre , comme disent mes biographes
r-aae te Cmetilulionnel et ses adeptes m'apikellcnl le lliiori-
~ ' ad» vol ; que le grand Coquerel , de son prénom Atha*
, déclare mes propostlions dignes de !a cour d'assise»
^ «t du bagne ; que ccJui-ci me fasse bâtard et celui-là sontor
heur d'une proslittiée; que ceux qui jouissent à la t'ois d H
kla lakte, et de la rille, et delasœiu-. el delà nièce, et de U
Barvanle , me dénoncent comme un destructeur de la b*
■ mille ; que des libertins el des renégats metlenl le comble i
rborrour publique en me signalant comme matérialiste el
i jtttfe : il s'agit bien de ces misèresl Quand la Râvolutioneal
B péril, quand la faim décime le Peuple, je n'ai pas le loi-
ir d'entretenir le public de mes Injures personnelles. Le ilôt
e la calomnie passera : les idées quo je défends ne posse-
• ront pas. -j
La calomnie h. la République : voilà l'objet de mespré^tf
cupations e( de mes terreurs. V
Calomnie d'en haul el calomnie d'en bas ; calomnie delP
) gauche et calomnie de la droite ; calomnie aux feux croisai
"en tirailleurs, par pelotons et par mitraille ! c'est la caioniiipe
qui nous lue , républicains , la calomnie qui nous abime,
dans l'âme cl dans le corps.
Les calomniateurs de la République, ce sont loul à la l'ois ceux qui la gouvernent sans la comprendre ; ceux qui Is à&fj
chircnt, parce qu'ils là compretine&t ; ceux qui la traîiissent et qui Texploitent, parce qu'ils se jouent de tout, de la République, comine de la monarchie et de la religion.
 tout seigneur , tout honneur : je commence par le National.
ËQ m'adressant au National^ je saurai distinguer les personnes de la chose, séparer les écrivains de riraprîtaé , les journalistes de la feuille qUi est leur organe collectif, comme dit M. Léon Faucher. La conspiration de caloratiie qui s'acharne sur moi ne m'empêchera pas d'être juste , même envers des ennemis.
Le National est depuis vingt ans une pépinière de célébrités.
La France httéraire s'honorera toujours des Thiers et des Mignet : pour ma part, je dois à leurs ouvrages plus d'une sorte de reconnaissance.
La République est ûère d'Armand Carrel , de son talent autant que de sa bravoure et de son caractère.
Les Magnin, les Taillefer, lesGénin^Jes Bastide, quoique avec moins d'éclat, font honneur au pays, autant qu'au journal qui les mit en lumière. — M. Armand Marrast , après avoir été dii ans le prince de là preèse quotidienne, promet à la République un homme d'autant de caractère que d'esprit. J'avoue cependant que je l'aimerais encore mieux derrière son pupitre de journaliste qu'au fauteuil de la présidence... S'il est un écrivain que j'honore de l'approbation de ma conscience et de ma raison, c'est ce philosophe , aussi profond que modeste , aussi éminent par le style que par la science , M. Littré. — La mort de Dornès , cnflû , a répandu sur le National un reflet impérissable de patriotisme.
Comment donc se fait-il qu'avec tant de ressources, avec des esprits si puissants , le National n'ait jamais été, depuis qu'il existe, au point de vue des idées, que le plus inintelligent et le plus iniijtcHigîble des jounwMOL^t
Ah! c'est que le National n'est pas ] 'organe d'une doctrine : c'est une collection de sentiments, un éclectisme d'opinions. Le National est comme l'Académie, une compa« gnie de beaux esprits et de génies supérieurs, mais qui, par elle-même et précisément parce que ce n'est qu'une compagnie, est incapable de produire une idée.
Voilà pourquoi le National et son parti n'a jamais su le premier mot de la République à laquelle il travaillait ayant février, et qu'il ne cesse de démolir depuis février ; — voilà pourquoi l'avènement du National , de ses opinions et de ses hommes, au gouvernement de la République, a paruaa peuple un contre-sens, une usurpation : pourquoi, en deux mots, le National j usurpateur de la République, est devena le calomniateur de la République.
Je ne connais point les rédacteurs actuels du National : je suppose qu'ils sont en tout dignes de leurs prédécesseurs. Mais j'affirme, sans que je veuille du reste incriminer leurs intentions, que leur feuille , en dissimulant , travestissant comme elle fait tous les jours, la question révolutionnaire, fait œuvre de calomnie et détruit la République.
La République , préparée , fondée par vingt années de discussions économiques et sociales, auxquelles le National n'a jamais voulu prendre la moindre part , la République . est une chose : le National veut qu'elle soit autre.
Le National ne comprend point la République comme idée positive : il n'y voit, n'y a jamais vu qu'une négation, la Charte constitutionnelle, moins le roi. — Lorsque M. TMers, se tenant dans la sphère des principes, posait son fameux axiome : Le roi règne et ne gouverne pas, il définissait la république du National. Plus matérialiste que M. Thiers , le National , après avoir supprimé le principe , voulut aussi supprimer le symbole ; mais comme , à part la destruction du symbolisme monarchique, le système du National ne diffère essentiellement en rien de celui de M. Thiers, à peine la royauté expulsée^ le National s'est fait partisan de
— lâs —
' ce qui ressemble lu [>lus à une rojaulé, il s'est l'ail partisim de la présidence, etlaltépublique, poorlui.aélc constituée, : Olez la personne rojale , âîez la prorogative royale, cl le ffàtionaC, que Louis- Philippe ainaaît, parce qu'il l'avait de- , viné, est tout aussi juste-mtlicu, aussi doctrinaire, aussi conservateur et rétrograde que M. GuiïoL Depuis 1830, nous n'avons cessé de lui dire ; La Répn- . blique, c'est le soeialisme. El le Peuple, dont la voix consacre tontes les vérilés, le Peuple à fini par crier, comme nous, en février et depuis février : Vive la République démocratique et .sociale !
A celte manifeslation décisive, qu'a opposé le NatiotutlF kll s'est fail écrire une lettre de diï lignes par un homiûe K<Mlèbre, chéri du Peuple, défenseur de la propriété dans un finlérét de doctrine, comme nous en sommes l'adversaire dans un intérêt de doctrine ; lettre dans laquelle cel homme célèbre , M. de Lamennais , déckrail qu'il n'élail pas communiste ! Pour se soustraire au jugement du Peuple, le Il National lire en cause une grande renommée ; quand on l-lui parle économie sociale, il vous répond métaphysique; il y oppose définition à dcûnition, el il croit en avoir fini avec 1 lu critique ! Le Peuple n'a point été dupe du sophisme : il a L demandé avec un redoublemenl d'énei^ie l'organisation du ^ 'travail, la République démocratique et sociale.
Combien de fois , chilTres en main , n'avons-nous pas dit au National: Prenez garde, la société est établie sur une erreur de compte. Ce qui engendre le paupérisme, c'est qu'on applique à la nation, k l'élre collectif, les principes do l'économie domestique ; c'osl qu'on suppose dans la sociélé uu bénéfice qui n'existe pas ; c'est que le travailleur, sur qui le capital et le privilège prélèvent ce bénéfice , ne peut pas racheter son produit , et que le travailleur ne rachetant pas son produit , il y a nécessairement stc^nalion , grève, puis dépréciation, faillite et banqueroute ; c'esl, en un mot, que par la rente el l'ÎDtcrél des capitaux, sans que pcrsouau
5 tant m
soit covpablu du muléSce et de mauvaise foi^ le travail est volé!.. .
Au lieu de vdrilîcr le fait, le National, qui se coi peu, à ce qu'il parait , en complaltilité , et dont le ^1 iisnie rcugiruil de descendre il ces vilenies de produit it9et (le [iroduit brut, le National s'est d'abord renferma dam un superbe silence; el quand enfin il a daigné s'occuper dci questions éronomiques, c'a été pour consacrer purement & rimplemeat la productivité du capital, précisément la cause du paupérisme, une fiction, uu mensonge !
Toute lu révolution, selon nous, consiste à supprimer un mot, un seul mot de l'article 8 de la déclaratïoâ des droits:
« La pi'oprlélê consiste dans le droit de jouir et de disposer de ses biens, oe ses rkvkmjs, des fruits de son Wi- H vail, de Bon intelligence et de son industrie, n
)^ revenu, disons-nous, n'ust qu'une hypothèse, dODl l'unulyse économique démontre la fausseté, dont larépoUicanisntion du crédit entraine futalement l'abolition. Ou la Révolution est absurde et laRépublique un non-sens, ou bien par le droit de propriété vous ne pouvez plus à l'avenir entendre autre chose que le droit de disposer des fruits di (oit travail, de son intelligente et de son industrie , qui est tout ce qu'entend, tout ce que demande le Peuple. C'est par esrcur et surprise que le mot revenus s'est glissé dans la déclaration des droits de Robespierre , c'est cette erreur qui n fiiil, qui fera toujours uvorlcr la République.
Le National, qui est girondin, thermidorien, malthui partisan du produit net , qui ne veut pas de la graluitdtj crédit , qui sera royaliste, quand on lui aura ilémontrf qu'entre hi royauté et le socialisme îl n'y a pas do moyen liîrhio, le iVad'wtu/ae borne à répondre que nous somoa des anarchistes, des ambitieux ; que nous que nous détruisons la famille el la propriété !,...
La calomnie, loujourà la calomnie !..
Nous , républicains , nous qui depuis vingt ans avoi
qmn
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127 — l>or6 notre drapeau , proclamé nos principes , publié notre profession de foi , c'est nous que le iVational , qui n'a ni prévu, ni comprit) la République , laxe d'exagération , de fausse politique , de menées coupables , de tendances anti- I sociales ! C'est nous qui perdons k cause du Peuple , qui compromellon.^ le droit au travail, par nos détinilions et nos manifestes ! C'est nous qui produisons la déiresse publique ! C'est noua qui atlisons la guerre civile ! Si la Ré|>iiblique est suspecte k la bourgeoisie, aux capitaux, k la propriété, c'est nous qui avons fait le mal, en dénonçant à lous lo principe, l'^jet et la signification de la République 1 Si les prétendants réussissaient dans leurs complots, c'est Hods qui les aurions ramenisl,..
11 faut convenir, pourtant, qu'il s'agit de bien autre chose aujourd'bui que d'un remaniement Je la charte.
Le principe de la République , ainsi que vient de le rcconnatlre l'Assemblée nationale par un vote unanime, est le principe de la souveraineté du peuple et du sulTrage uni- Tcrsel.
Cela veut dire que, sous la République , il n'y a d'autres droits que ceux qui ont été garantis par le peuple, d'aulre gouvernement que celui du peuple, d'autre justice que celle du peuple, d'aulre force que le peuple , d'autres foncliflûnaires que les élus du peuple.
El comme le peuple n'est vraiment souverain et Icgislaleur qu'autant que tous les citoyens participent également à la loi et k l'exercice du pouvoir, il s'ensuit qile l'égalité) condition essentielle de la souveraineté , est le deuxième principe républicain. Dans le système qui doit surgir de pareils principes , l'inégalité des conditions , le monopole , la Ténalilé des charges , la distiuclion des castes sont impossibles ; et il est vrai de dire que, ou le privilège, si quelque pari on le Souffre, tuera la République, ou la République, fii elle suit son principe, emportera le privilège.
Ainsi donc, pour employer des termes molua aii^l.'î^fe,\s.
Irayail, comme droit et comme devoir, pour tout le monde; la propriété, comme instrument de travail et comme rémunération, pour tout le monde : voilà ce que veut , ce que doit être la République. C'est encore TÂssemblée nationale qui , dans le même vote , Ta ainsi décidé. Quelques théoriciens , pensant que la propriété impliquait nécessairement privilège y niaient la propriété et demandaient en conséquence que la propriété n'existât pour personne. L'Assemblée nationale a résolu le problème d'une autre manière : elle a pensé qu'il valait mieux que le privilège de propriété fCit étendu à tous ; que chaque citoyen devînt, de fait comme de droit , propriétaire ; que tout le monde fût intéressé à la propriété. En conséquence, elle a déclaré le principe de la propriété inviolable , se réservant de le définir lors du vote de la constitution.
Mais, pour que le travail soit en même temps garanti et rendu obligatoire à tous ; pour que chaque citoyen acquière la propriété, et , après l'avoir acquise , ne la puisse plus perdre : il faut remanier de fond en comble notre régime économique ; il faut refaire , non pas seulement notre constitution politique, mais notre constitution sociale.
Sur quels principes et d'après quelles lois devra s'opérer cette réorganisation ?
Voilà ce que le socialisme cherche depuis vingt ans , et ce qui soulève les malédictions du National.
Le travail qui, sous le nom de socialisme, s'est accompli dans les idées dès avant la révolution de 1830 y n'a eu d'autre but que de définir le régime républicain, d'en déterminer les conditions, d'en poser les bases. Maintes fois nous avons averti le National^ organe prétendu de la république sous le dernier règne. Le National n'a jamais voulu nous entendre ; il s'est obstiné dans son éclectisme constitutionnel; il a repoussé toute discussion.
En vain nous lui disions : La question aujourd'hui n'est plus politique ; elle est économique. La féodalité mercantile,
la pire des aristocraties, envahit la société et fait rétrograder la civilisation jusque par delà Charlemagne. Dans cette France y ou Tégalité est indigène, la capital écrase, absorbe la petite industrie, le petit commerce , les petites fortunes. un peuple de citoyens se transforme, à vue d'œil , en un peuple d'esclaves. D'autant plus nous produisons, d'autant plus nous sommes pauvres : et quand après avoir longtemps travaillé, longtemps produit , nous ne possédons plus rien » le capital alors s'arrête, renvoie les ouvriers, et dit : On ne travaille plus. Notre activité, si intelligente, si féconde, nous rend la vie de plus en plus laborieuse, de plus en plus précaire, de plus en plus misérable. Nous perdons tour à tour, par ce mécanisme , la- propriété , la sécurité , l'égalité , le travail, la famille , l'amour même. Que ferez-vous donc , hommes du iVafioHa/, après que vous aurez chassé Louis- Philippe et supprimé un article de la charte?
 ces interpellations positives, réitérées, le National n'a jamais daigné. répondre, ou s'il y a répondu, ça été pour nous reprocher que nous corrompions l'esprit du peuple en ne lui parlant que d'intérêts maiériels !
Et aujourd'hui, surpris par un événement qu'il a provoqué, mais qu'il n'a pas produit , mis en demeure d'organiser la République , sommé par tous les partis de déclarer sa pensée, il bégaie, il murmure, il échange des protocoles avec ses confrères dynastiques, parfois il accuse les réactionnaires , plus souvent , presque toujours, il calomnie les républicains.
Le National y qui n'a pas donné, en vingt ans, un quart d'heure à la question sociale, un quart d'heure à la République, nous déclare , du haut de son incapacité, ennemis de la République ! Il voudrait dissimuler, ruser avec l'opinion : faire à la fois du socialisme et du privilège ; jouer à la bascule avec le travail et le capital , accorder le Christ et Bélial , persuader aux volés qu'ils sont eux-mêmes les voleurS; éterniser l'équivoque et la misère I Comme si la ques«
tion révolutionnaire n'était pas, depuis vingt ang, posée; comme si la révolution de Février n'était pas la fin d'un régime de privilège , de corruption , de gâchis, et le commencement d'un régime fondé sur la science et l'égalité; comme si l'idée-mèrc de cette révolution était chose noavelle; comme si, en pareille circonstance, la dissimulation n'était pas trahison I
Dites-nous donc de grâce, gens du Natianalf ce que vous entendez par ce mot de république? Définissez, s'il vou plait, le droit au travail, le droit de propriété , la souveninelé du peuple , le suffrage universel , la démocratie, la liberté et l'égalité? Ne perdez point de temps ; nous avons déjà trop attendu ; Qu'est-ce que la République ? pourquoi avcz-vous fait la République?
La République crie au National : marche ! marche I Et le National répond à la République : arrête! arrête! I^a République va trop vite pour le National : il ne s'était pas attendu k cette fougue. Il trouve que nous sommes impatients ; il vient de se mettre à la question, il commence seulement ses études! N'a-t-il pas déjà fait nommer un comité de travailleurs? ordonné une enquête sur les travailleurs? envoyé M. Blanqui, avec plusieurs économistes, en tournée dans les départements, pour faire.un rapport sur la situation des travailleurs? Tous les jours ne s'essaie-t-il pas aux réformes ? N'est-ce pas lui ou ses hoirs qui a donné cours forcé aux billets de banque , converti en rentes les bons du trésor et les livrets des caisses d'épargne ; inventé rimpôt de quarante-cinq centimes ; fait, défait, refait l'impôt sur les boissons ; tàté de l'impôt progressif et de TimpAt somptuaire ; proposé, retiré , annoncé de nouveau Timpôt sur le revenu ; ajourné la réduction de l'impôt sur le sel; engagé ou vendu les forêts de TEtat? N'a-t-il pas, en toute occasion, protesté contre les assignats et le papier^monnaiC) préparé la loi sur les assurances? N'cst-il pas en train de racheter les chemins de fer? N'a-t-il pas contracté l'ompriml
à ûSf — A 63 ! Cerles les ppf leurs ne s'exposent guère ! Vienne une banqueroute : on trouvera bien moyen d'oblenir, de noire fortuné pa^s, un concordat à 65 !. .,
Et la République nfi vaut pas attendre! h République, dans les ut^isses de la grève et de la faim, ose lever la léte 1 Gardes nationaux et soldats , feu I sur la République démocratique et sociale l
U nous demandait, hier, si nous avions quelque chose à i: Conter nnx aménités dont nous l'avous gpatilîé, il ï a sept ans, dans une brochure inlitulée : Avvrtiitemml aua; propri( taira!
Ceci nous remet en mémoire que le National , à une époque oii il ne disposait pas de la force publique, Se contentait de nous signaler pour nos idées républicuiaes, au procureur du roi. Nous en retrouverions au besoin les pièces. Le National se faisan! éclaireur du parquet pour le salut du privilège , et désignant du doigt , comme la justice divine dans le tableau de Prudhon , les adversaires du revenu net! Quel souvenir nous rappelez-vous li !
Ah ! républicains du National, nous ne pensions pas âfrc pra^ièle, lorsque dépioranlTolreaveuglement fatal, et prévoyant dËs lors le désespoir d'une multitude égarée , nous écrivions, en 1839 :
o L'opulence et la misère, compagnes inséparables, croîa Iront dans une progression sans fin ; le capital envahira a tout; le paysan ruiné vendra son héritage... La misère cl « l'abrutissement des prolétaires seront au comble : on ne a les empêchera pas de s'instruire; mais ils ne pourront « vivre sans Iravailler, et quand ils ne travailleront pas, ils 9 ne mangeront rien... Le mérite des femmes ne sera plus s que le tarif de la beauté ; leur droit le plus sacré , de se a livrer au plus offrant. Les riches les posséderont toutes, « parce qu'eus seuls pourront les payer ; les pauvres auront a pour épouses les êtres disgraciés et les rebuts de la a luxure... ■
a Cependant il se rencontrera des âmes fièrcs, des hommes « qui refuseront de découvrir leurs fronts devant le veau a d'or : ceux-là voudront entrer en compte avec les favoris a dé la fortune. — Gomment êtes- vous si riches et sommes- « nous si pauvres ? — Nous avons travaillé, répondront les « riches; nous avons épargné, nous avons acquis. ., — Noos « travaillons plus que vous ; comment se fait-il que dock a n'acquérions jamais rien? — Nous avons hérité de dm a pères? — Ah! vous invoquez la possession, latransmiiii sion, la prescription ! Eh bien ! nous appelons la force. « Propriétaires, défendez vous !
« Et il y aura des combats et des massacres , et quand « force sera demeurée à la loi , quand les révoltés sêrool a détruits, on écrira sur leurs tombes : ASSASSINS, tandis (( que leurs victimes seront glorifiées MARTYRS l n {DeU célébration du dimamhe .)
Et danscei Avertissement aux j>ropriétaires que vous os» citer, ne disions>nous pas , en 1842, aux prolétaires déjà irrités :
a Maintenant que le système de monarchie représentative a tire à sa fin , c'est le tour d'une démocratie bourgeoise, a incohérente, querelleuse , habiDarde... — Détruisez le a gouvernement actuel, et au lieu de cette égalité à laquelle « vos cœurs généreux aspirent , vous n'obtiendrez qu'une « répétition de la démocratie conventionnelle ou directo- « riale, interrompue violemment elle-même il y a quarantea quatre ans, au 18 brumaire. Et comme tout gouvernement « veut se maintenir et se croil légitime , vous rencontrerei a de nouvelles résistances, plus impitoyables et plus achar- « nées, de sorte qu'après avoir échappé aux balles dynasli- « ques, vous tomberez sous les balles républicaines. Il faut a que les destins s'accomplissent... »
Puis nous ajoutions , en invitant les ouvriers à la patience et à la paix, et en redisant avec eux la chanson faubourienne :
« En avant , coura|[e I « Marchons les premiers : ' « Du cœur à Toùvrage , < Braves ouvriers ! »
a Marchez, en chantant, àla conquête du nouveau monde, « race prédestinée ! Travaillez , instruisez-vous les uns les a autres, braves ouvriers ! Votre refrain est plus beau que a celui de Rouget de l'Isle ! »
Hélas ! nous ne pouvons plus aujourd'hui dire aux travailleurs : Marchez en chantant à la conquête du nouveau monde, race prédestinée ! Plus de travail, plus de chansons !
Nous leur dirons plutôt :
Allez en deuil, le crêpe au bras, le drapeau noir flottant, les femmes en pleurs, les enfants répétant en chœur la romance de misère : Cinq sous! allez au National, race désespérée ! allez lui demander ce qu'il a fait de la République.
La fenaison a été belle , la moisson est riche , la vigne luxuriante , les campagnes joyeuses. La jolie paysanne ne demande qu'à échanger ses fruits, ses fromages, ses volailles^ contre les modes et les passementeries de vos ouvrières. Le laboureur, le vigneron, regorgeant de bien, est prêt à vous payer des dons de la nature les produits de votre industrie et de vos arts. Mais le privilège, retirant ses écus, a jetéVinterdit sur le travail et sur l'échange ; les communications sont coupées entre la ville et la campagne. C'est pourquoi rabondance ruine le paysan, pendant que la grève lue l'ouvrier. Allez au National , allez lui demander quand il lui plaira de vous donner la République !
Cavaignac ! nous t'aimons tous du fond du cœur, pour ton frère, pour toi! Nous ne t'accusons pas : tu as été l'intrument de la fatalité ; tu n'es pas plus coupable du meurtre de nos frères que les balles de tes soldats. Sois donc le Washington de la France socialiste et républicaine, et garJetoi de te faire le Monck de ces égoïstes. Méfie-toi : quelque chose nous dit que la trahison t'environne, qu'autour de loi
se trament des complots contre le Peuple et contre les travailleurs. Souviens-foi bien que Ij^ prétendants sont désormais impossibles. Eh! lequel d'entre eyx serait de force à nous garantir le travail et la propriété?.. •
Le travail I ce n'est psmi un cadeau de roi : c'est un présent dç la République.
Jlfon âme est trUle à mourir, disait h Christ au Jardin dea Oliviers : ôtez-mot ee calice amer!
C'est le sentiment que nous éprouvioDS ce matin , h la teetiirc dii National, — Ceci , bien entendu , sons aucune comparaison de uous avec l'Homoic-Dieu , pas plus que du Aational avec Judas.
Le brave journal fait le plaisant. L'idce d'une liquidation générale de la soclélc le fait rire : la Itépublique est si prospère! son crédit si bien établi!... Il ricane le socialisme, le proudhonlsme , sans s'apercevoir que le ieme ne s'accole pas mieux à notre nom qu'il nos idées, et que cet essai malheureux de barbarisme est déjà pour nous une justilicatioa. — Il ergote, le pauvre National , comme un clerc de procureur ;
a Si , dit-il , nous travaillons h détruire la République , a elle esiste donc ! Mais si elle existe , pourquoi nous de- B monder quand il nous plaira de la donner! Elle n'existe a donc pas encore? mais si clic n'existe pas encore, nous a n'avons donc pas travaillé à l'établir ! Et si nous n'avons pas a Iravaillâ i l'établir, noua ue la détruisonsdoncpinl!... o
Vous connaissez sans demie, ami lecteur, ce fameux syllogisme, type du genre : Il pleut; or tt ne pleut pas ; donc il pleut! Vous avez tout le secret de la dialectique iii National,
Ce qui indispose notre trop spiritnel confrère, c'est que, dans je ne sais quel entrefilet, nous aurionsparIfi,peut-i!tre étoUrdiment, de certains faits de nature à compromettre la dignité du National, et offensants pour sa ^icrsonne, IVwj'as.
somme de faire coonaitre ces certains faits. Le National mitoDnerait-il contre nous un petit procès en diffamation et calomnie? Ceci serait un peu plus sérieux que Tincroyable épisyllogismc de tout-à-l'heure. Car, remarquez bien : Si nous n'articulons pas certains faits dont nous l'avons menacé^ le Nationalnous poursuit en calomnie. Ëtsinousarticulons lesdits faits, le National nous poursuit , à plus forte raison, en calomnie. Comment sortir de là? C'est un si terrible raisonneur que le National!
Les faits ! les faits ! — Certes nous sommes à plaindre s'il nous faut donner le bilan des faits et gestes du National! La citation serait longue, et longue la kyrielle. Pourtant nous essaierons d'en dipe quelque chose, au risque du procureur du roi, pardon, du procureur de la République. On commettrait de plus fortes méprises avec le National*
Depuis 1830, le National poursuit de sa réprobation, de sa haine , le socialisme. Cela est-il vrai , oui- ou non? Voilà un premier fait. Et pourtant le socialisme , c'est la République. Qu'en dit le National?
En 1842 , nous reprochions au National de repousser la colonisation de l'Algérie , et, par une conséquence nécessaire, de rêver l'abandon de notre conquête. Nous lui citions, à cette occasion, ses numéros des l''^ 4, 16 et 32 juin 1841. Voilà un deuxième fait. — Le National persiste-t-il aujourd'hui dans son opinion de 1841, ou bien la désavouet-il ? Il nous fera plaisir de nous le dire : nous serions heureux de retirer cet article du chapitre de nos griefs.
Le National y en 1841 , était contraire à la liberté de la presse. Il nous dénonçait , à plusieurs reprises , notamment à l'occasion du procès Quénisset, pour nos critiques sociales; il applaudissait à la condamnation de Thoré. El c'est sous l'influence, sous le gouvernement du National^ que l'Assemblée constituante vient de voter, en 1848, un code de la presse qui ne cède en rien à celui de septembre. Voilà des faits. Le National nous dira-t-il s'il approuve cette légîala-
tion d'inquisiteurs, conséquemment s'il rétracte son intolérance de 1841 vis-à-vis des idées socialistes? — Encore une fois, nous ne demandons pas mieux que d'enregistrer les explications du National; nous ne voulons pas le juger sans l'entendre , comme en usent avec les insurgés de juin ses commissions militaires.
Nous reprochions au National y en 1842, de faire servir la souveraineté du peuple et le suffrage universel de marchepied à un despotisme militaire. Nous lui citions ses propres paroles sur la mort d'Armand Garrel , qu'il avait , disait-il, salué premier consul. — Nous lui rappelions qu'en juin 1841, interrogé par la Gazette de France ^ si, au cas où le peuple, réuni en assemblées primaires, élirait un roi^ lui, National) accepterait cette élection, il avait répondu, Odi î — Ce sont des faits. Actuellement le National est le grand promoteur de la rafeiDENCE, et, Dieu merci, les généraux ne manquent pas au gouvernement. Le National nous dira-t-il où il entend s'arrêter sur cette pente monarchicomilitaire ? Ce que nous lui en disons est pour éviter toute calomnie : le National^ en un mot, est-il encore ou n'est-il plus royaliste?
Un des sujets les plus graves de reproches que la démocratie ait le droit de faire au National est l'embastillement de Paris. M. Bastide, par une générosité de sentiments qui l'honore , a revendiqué pour lui seul la responsabilité de cet acte ; M. Armand Marrast, par une générosité non moins louable, n'a jamais, quoique innocent, songé à décliner cette responsabilité. M. Marrast comprenait que ce qui sort du journal appartient au journal ; que la critique doit s'arrêter à la porte des bureaux, et jamais, sous la feuille, ne rechercher de noms propres. Nous ferons comme M. Marrast. Les forts détachés servent , depuis février, de prison aux socialistes et de casernes aux armées de la bourgeoisie : toujours des faits î — Le iVah'ona/ nous dira-t-il quel usage il prévoit devoir faire, pour l'avenir, des fortifications de Pax\&.
On ilciiiiindaîl au National qad ctail son système de poli liq no i't àc iviréniTation sociale? Et dous répondions, en i^i^2, qni' lo XaUotuif^ a pensant, avec Hobbcs , que /a (funre eut l'viat natvrel du gmre humain^ n'avait pas d*àn- Iro syslèmo que le sabre, d'antre gouYcmemenl que les t'on?eil> (lo irnorrc. Rien de plus simple, disions-nous. Ti>ns li's ouvriers, airriculteurs. commissionnaires, înstiluleurs, etc.. fi>rrnent soit des armes spéciales, soîl des compnpnies hors rang. Les travaux répugnants et pénibles sont evéïntôspar des pionniers, qu'on multiplie à volonté en reiiforeunl la discipline. Les filles et femmes sont enrégînienléos eomme vivandières. Chaque matin un ordre da jonr assîi:ne les droits et devoirs de l'homme et dn citoyen; la diM*ipline militaire est la règle morale , et un code pénal éiuM*jriqne, fl>ec nue procédure expédilive, couroBite Td^nre!... »
l'n êoii>ant cela, nous prophétisions, quoi? grand Wcu! l^.es atclta'ii naiionau^r^ l\ la suite desquels sont arrivées les nMîMui'î^innî^ militaires. Or, les ateliers nationaux ne sont pas, cola es! aujourd'hui démontré, le fait de Louis Blanc; l'idée des ateliers nationaux n'est pas sortie du Luxembourg. Louis IMane, les délésrués. les ouvriers en niasse n'ont cessé de prolester contre ces prétendus ateliers, organisés sous le ministère cl avec la permission de M. Marie, alors ministre dos travaux publics. — Qui donc a inventé les ateliers nationaux, puisque ce n'est pas Louis Blanc, qui? Ceux-là ap|>aremment qui, plus tard, ont créé les commissions militaires. Le National voudrait-il nous éclairer sur ce double fait?...
Les économistes français, excités par l'exemple de Cobden, se mettent à pnkhcr le libre échange. Quel parti a pris le National dans celle grande controverse, qui intéressait à la fois le commerce, l'industrie , le capital du pays? Nous l'avons vu , et notre édification a été grande ! Le National , sans y rien entendre, penchait secrètement pour la supprcs-
aîoh desltarricros ; mais Louis* Philippe et plilsiétlfiilBQisfres pai'Iageaient la môme opicion : des lors le National a fait
Toltc-faco ; il eit devenu infidèle &. sa conviction , et cette cod\1uII6q élait une erreur! Le public loul cnlter a tu le fail. — Le National serait-il présenltmcnl à infime de flous (lire s'il est ou non partisan du libre échange, cl pourquoi? C'est le défaut absolu d'idées sociales et cconomîqueg qui aconduit le National, et la République avec lui, dans cet abîme du conlradiclious , de saug et de houle où nous
sommés plongés t
Avant février, le National était voHairiea: c'élail un fait. Depuis, nous l'avons vu quolidienneraenl devenir Ignorantiû : c'est un antre feit. Lequel des deux est le National? Vollairien ou ignoranlinî Nous, qui ne sommes ni l'un, ni l'autre, et qui ne calomnions personne, nous serions Iieuteux d'entendre ia réponse du National.
Le commerce arrêté, le travail suspendu, la Réputdique ruinée, le trésor public ne se remplissant que d'eniprunis, l'Ëlal livré auiï usuriers, le National, qui résumait autr.ifoh sa polilique rêvolulionnaire dans celte phrase énei^ique ; Concentrer la révolution data Paris, et jeter la France lur te Rh in, le National a été forcé de renier ses théories et ses promesses ; il s'est trouvé , en présence de l'Eilrripe attentive, aussi impuissant, aussi couard que Louis-Philippe.
En 18i8, comme en 1830, la Pologne a été abandonnée: le National, qui avait déchiré les traités de 1815, s'est Mis à les recoudre. Nous dira-l-il, du moins, comme l'a fait pendant dijt-huil ans Louis- Philippe, si la nationalité polonaise périra ou ne périra pas?
L'Italie est abandonnée : le National oflVe aux Milanais, coujoi nie ment avec l'Angleterre, sa médiation. Quelle honte ! M- Guixot est à Londres ; Metternich est à Londres ; le sang des Italiens crie vengeance contre le roi de Piémont et contre l'empereur; le iVafiona? est au pouvoir'.... et les traités de 1813 subsistent toujours t
— iiO —
L'Espagne démocratique n'attend qu'un mot , un signe de nous , pour expulser à jamais de son territoire Isabelle, Christine , Montpensier et l'Anglais. Entre la République ibérienne et la République française, si nous voulons, plus de Pyrénées ! Cela ne tient qu'au National. Le National serait-il devenu partisan des mariages espagnols?
Non, non, jamais, jamais en France, Jamais, lAnglais ne régnera l
C cfait le chant du National eLVuni février. Depuis février, le National est partisan de Talliance anglaise : le lion parie comme le mouton!... M. Thiers serait-il donc président du conseil?... Hélas! oui : M. Thiers et le National ont îài ensemble un mariage morganatique. C'est pour cela que la question sociale est fusillée, la liberté étranglée y le goovernement livré aux dynastiques, et la République vendue aux Hébreux! C'est pour cela que nous faisons des emprunts à 65!...
Dame! ce dit-on au comité des finances, quand on n'a point d'argent et qu'on ne peut pas se passer d'argent , on fait de bonnes conditions aux capitalistes et l'on se procore de l'argent!...
Qu'en pense le National ?
Ecoutez bien ceci, gens du National. Nous ne savonsqui fera la liquidation de la société, si ce sera le citoyen Proudhon ou le citoyen Cabet. Mais ce qui est sûr, c'est que vous poussez de toutes vos forces à la déclaration de faillite. Or, vous nous permettrez de vous le dire : de deux choses l'une, ou le National trahit la République, ou il n'est que la doublure du Représentant du Peuple.
Le» Procè» de Presse*
20 AoûU
Tu tonnesy Jupiter^ donc tu as tort.
Ce qui a perdu , 1 une après Tautre , toutes les religions , c'est rimbécillité des dieux, nous voulons dire Tabsurdité du dogme et le fanatisme du prôtre.
Ce qui perd tous les étals, c'est raveuglement du pouvoir.
Le Représentant du peuple a été saisi, ce matin, pour la troisième fois depuis trois jours ! Saisi pourquoi? Ecoutez ceci , lecteur !
La première saisie, celle de notre numéro du 16 , aurait eu pour prétexte ou motif, d'après ce que nous a dit le commissaire de police, une attaque à la propriété , résultant de la publication d'une lettre signée J. ëtex, statuaire et peintre, membre de l'Institut, dans laquelle il est dit :
a Oui , je le répète avec vous , toute propriété qui n'est a pas le fruit du travail de celui qui la possède , et dont ou « jouit sans l'avoir gagnée de sa sueur, de ses peines, est un a vol fait à la société. »
Le citoyen Ëtex ne nie , n'attaque , ne discute point la propriété. Il se borne à la définir. Dans son opinion , il n'y a d'autre propriété que celle qui est le fruit du travail. La propriété ainsi conditionnée , il la déclare inviolable , il la défend : toute autre propriété, dont l'origine ne se ramène point au travail, lui semble un vol !
Le citoyen procureur de la République a vu là-dedans une prédication anarchique, attentatoire à la propriété. 11 y a donc pour lui deux propriétés : une propriété qui est le firuit du travail, et que sans doute il permet qu'on préconise, et une autre propriété qui n'est pas le fruit du travail , et
dont la discussion, suivant la jurisprudence du parquet , est interdite. Et c'est parce que le citoyen Etex s*esl avisé de (jualificr cette dernière espèce de propriété , que nous sommes saisis !
Mais vous, qui défendez la propriété acquise sans travail, qui ne voulez pas qu'on la qualifie, qu'on la discute, pourriez- vous nous en montrer les titres? Osericz-vous nous dire quelle est cette propriété qui ne vient pas du travail , qui vient d'ailleurs que du travail? Etes- vous bien sûr qu'en la défendant vous ne trahissez pas la justice, vous ne compromettez pas la paix publique? Nous vous appointons à la barre de l'Assemblée nationale, le jour où sera discutée la déclaration des droits et la définition de la propriété.
Nous saurons si vous n'avez pas fait abus de pouvoir, i vous n'avez pas violé la loi et outragé la morale publique, en saisissant un journal qui , discutant la loi avant qu'elle fut faite, a cru pouvoir dire ce qu'il entendait par vol , ce qu'il entendait par propriété ! Certes , nous savions que la révolution de février avait été faite par les travailleurs : mais vous nous prouvez aujourd'hui que dans l'opinion de certaines gens, elle n'existe pas pour les travailleurs. Il y a des propriétés qui ne viennent pas du travail : Sic vos wm vohis.
La seconde saisie exécutée contre nous a eu pour cause l'insertion d'une lettre écrite de la Conciergerie. On nous reproche d'avoir, par cette insertion, excité à la haine d'une des classes de la société. Nous avons relu cette lettre, et nous avons trouvé que si elle excitait à quelque chose, c'était à la pitié pour les malheureux incarcérés à la suite it Tinsurrcclion de juin. Nous avons pleuré sur leurs souffrances, sur leur dénuement et leur desespoir , nous avons peint leur sublime résignation , leur courage héroïque : voilà notre délit.
Mais admirez la profonde sagacité du parquet. Il y a, dit-il, deux classes de citoyens comme il y a deux
espèces de propriétés : la classe de ceux qui possèdent sans Lravailler et la classe de ceux qui , en travaillant , ne possèdent pas.
La Révolution de février a été faite pour étendre le bénéfice de la propriété^ par le travail, à tout le monde.
L'insurrection de juin a été le produit de la même idée.
Mais les socialistes, partisans de Tuniversalisation de la propriété, ont été vaincus : et ceux de leurs partisans qu'on n'a pas fusillés ont été condamnés à la transportation*
liors donc que le Repréientant du Peuple , organe connu 3e la République démocratique et sociale, excite la pitié en &TeQr des transportés, il excite indirectement la haine contre les vainqueurs, contre tous ceux qui ont le privilège de posséder quelque chose. Lorsque le Représentant du Peuple révèle les atrocités et les infamies de quelques misérables mêlés parmi les rangs de la garde nationale , c'est comme s'il accusait tous les gardes nationaux, tous les bourgeois, de ces atrocités. Donc il y a excitation.
Procureur sans entrailles 1 et quels sont ceux que le Re^ préeentant du Peuple excite à la pitié , à la compassion , si ce n'est vous et vos pareils? Donc, pour conclure votre raisonnement, c'est votre propre haine que nous cherchons à exciter contre vous! Sentez-vous Tabsurdilé, maintenant!
Oui, il y a en ce moment des prolétaii*es qui souffrent et qui pleurent, et des aristocrates qui jouissent et qui triom- {dient; oui, nous plaignons les premiers, et nous implorons pour eux la pitié des autres : vous, vous ne savez pas que les pousser tous, ceux-là au désespoir, et ceux-ci à Tendurcissement.
. Quelle république, que celle ou il est défendu de pleurer !
Le troisième délit dont on nous accuse, et qui a motivé la saisie de ce matin, est aussi fondé.
Dans un article intitulé : Enquête sur les événements de juin, — et pourquoi ne ferions-nous pas , nous aussi , une enquête? — nous aurions de nouveau Kxaii à la haine
entre plusieurs classes de citoyens, plus à la haine et an mépris du gouvernement. Comme c'est commode, entre les miiai d'un procureur expert, que l'excitation! Mais voici qni est
instructif.
D'après les termes précis de l'article incriminé, les clatM de citoyens que nous aurions excitées à la haine les uiM des autres, sont les légitimistes, les bonapartistes, les orléiH nistes , les chefs de la féodalité financière , dont notre «^ quête signale l'action partout présente, sous le drapen socialiste, dans les événements de juin. Les carlistes, les. bonapartistes, les orléanistes, classes de cUoyenêl classeï ayant une existence reconnue, une existence légale ! clasMi honnêtes, qu'il est défendu de troubler dans raccomplissement de leurs complots;' classes parlementaires, qui s'entendent au mieux avec les procureurs de la République, et qui ont la main haute dans le gouvernement I...
Les légitimistes, les bonapartistes , les orléanistes, les capitalistes, les égoïstes : tout ce qui conspire la ruine de la République, voilà ceux que le procureur de la République protège de ses réquisitoires ; voilà ceux qu'on défend d'attaquer, à peine d'excitation à la haine du gouvernement !...
C'est juste ; vous avez raison, citoyen procureur. Nous ne sommes pas en République ; tout ceci n'est qu'un intérim. La France veut un roi : ce sera Henri V, Bonaparte ou Joinville, peu importe , pourvu que le nouvel élu jure , sur les saints Evangiles, d'exterminer les socialistes, les derniers des chrétiens. Et voilà pourquoi , jusqu'à conclusion do marché, les bonapartistes, les légitimistes, les orléanistes ayant un droit égal, sont trois classes de citoyens également respectables, au mépris et à la haine desquelles toute excitation doit être, de par la loi de la République, réprimée sévcrcmenl.
Pardon, encore une fois, monsieur le futur procureur du roi : vous pouvez désormais discontinuer vos poursuites. A
boD entendeur, demi-mol. Nous ne compatirons plus vos bdéanÎBtes, vos bonapoiiistes, voS'tionriqumquisles, nous tea âÏBCuferons 1
, Mais dé péchez- vous, -^ Au train dont vont les choses , bous craigDons fot'C que votre nouvelle inouarchic ne passe ^Ins vite encore que la dictature de Gavaignac. Le 24 fé- ."vriep nous avait reportés, d'un saut, au lOaoïil 1792. Nous Lavons eu, depuis, coup sur coup, notre 31 inai,nolre9lhertinidor, noire 2 prairial, notre 18 brumaire.
Une affiche aup les crieurs publics, signée Ducoux, et que nous venons de lire , nous ramène à 1834. D nous reslc à parcourir, pour être rendus au 24 février, quatorze ans : en
x»iis-nous pour quatorze joursî
Proposition relative à un Enqinuit national
ET A LA RÉUNION DE LA BANQDB DE FRANGE AU DOMAINE PUBLIC PRÉSENTÉE LE S2 AOUT 4848 A L'ASSEMBLÈt