X^II
' n*e3l d'aucune secte. Absteoez-vous le plus que vous pourrez de rcquisilions , do confiscatioas , surlout de législalion, el soyez sobres de destitutions. Conservez intact le dépôt de la République, et laissez la luoiière se faire toute seule. Vous auroz bien mérité de la patrie.
Vous, citoyen Dupont, vous êtes la probité au pouvoir. Restez à votre poste, restez-y jusqu'à la mort; vous serez trop tôt remplacé.
■ Vous, citoyen Lamartine, vous êtes la poésie unie h la politique. Restez encore , bien que vous ne soyez pas diplomate; nous aimons votre style grandiose, et le Peuple vous souillera.
« Vous, citoyen Arago, vous êtes la science dans le gouvernement. Gardez le portefeuille ; assez d'imbéciles vous succéderont.
« Vous, citoyen Garnier-Pagès, vous avez vendu , vous avez aliéné, vous avez emprunté, et vous jouez du reste. Vous direz à l'Assemblée nationale que l'Élat ne possède plus l'ion, que son crédit n'a plus d'hypothèque que le patriotisme, que c'est (ini. Vous prouverez par votre bilan que le gouvernement n'est possible désormais que par une rénovation de la société; que telle est ralternative pour le pays : ou la fraternité, ou la mort!
H Vous, citoyens Albert et Louis Blanc, vous êtes un hiéroglyphe qui attend un Cliampollion I Restez donc comme figures hyéroglyphiquos, jusqu'à ce que vous soyez devinés.
« Vous, citoyens Flocon et Ledru-Rollin, nous rendons justice à l'esprit qni vous pousse. Vous êtes, malgré votre vieux style , la pierre d'attente de la Révolution. Restez donc pour l'intention, mais ne soyez pas
— xxui — .
si terribles dans la l'orme. On vous prendrait pour la queue de Robespierre.
• Vous, ciloyens Cit^ieux, Marie, Belhmoiil , Carnot, Mflfrastj vous symbolisez, sous dos formiîs diffô renies, la nationajitê, le patriotisme, l'idéal républicain. Mais vous ne sorie/. pas du niigalif; vous n'êtes connus que cogame démocrates; vos idées sont depuis einquanle ans proserUes. Restez ccpetidaut : à défaut des réalités, nous avons besoin des symboles.
« Et vous, les ex-dynastiques, bourgeois peureux comme (fouettes, ne regrettez pas cette Révolution, qui était depuis longtemps accomplie dans vos idées, et que vos querelles parlementaires ont peut-être fait prématurément éelore. L'enfant né avant terme ne peut reutrerdans lesein de sa mère : il s'agit d'élever la Révolution, non do l'envoyer aux gémonies. Écoutez ce que je m'en vais vous dire, et regardez-le comme la profession de foi du prolétariat. Je vous parlerai avec francliise.
«Lb Révolution de 1848 est la liquidaliou do i'anci^BOe soelélÉ, le point de départ d'une société nouvelle.
« Cette liquidation est incompatible avec le retour de la monarcliie.
. « Elle ne se fera pas en un jour; elle durera vingtcinq ans, cinquante aus, un siècle, peut-être.
« Nous pourrions la faire sans vous , contre vous ; nous aimerions mieux qu'elle fût faite par vous. Vous en êtes, pour ainsi dire, par droit d'aioesse, par la supériorité de vos moyens, par votre habileté pratique, les syndics naturels. C'est à vous, par excellence, qu'il appartient ^'organiser le travail. Nous ne voulons la
isdaïUjfl
— xsrv —
réforme au préjudice de personne; nous la voulons d l'intérêt de tout le monde.
« Ce que nous demandons, c'est une certaine solidï rite, non-seulement abslraile, mais officielle, d©;' tous les producteurs entre eux, de tous les consommateurs entre eux, et des producteurs avec les consommateurs. C'est la convereioQ en droit public , non des rêveries d'une commission , mais des lois absolues de la science économique. Vous êtes divisés : nous voulons vous réunir, et faire avec vous partie de la coalition. Nous attachons à ce pacte, dont tous nos efforts, toute notre intelligence doivent tendre à déterminer les clauses, la garantie de notre bien-être, le gage de notre perfectionnement moral et intellectuel.
« Que pouvez-vous craindre?
• La perte de vos propriétés? Entendez bien ceci. Il est indubitable que les articles de la nouvelle Charte modifieront votre droit, et qu'une portion de cette nuepropriété, qui vous est si chère, d'individuelle qu'elle est deviendra réciproque. Vous pouvez être expropriés, mais dépossédés jamais, pas plus que le Peuple français ne peut être dépossédé de la France. Et cette nue-propriété, cause unique, selon nous, de tous vos embarras et de nos misères, ne vous sera pas ravie sans indemnité : autrement ce serait confiscation, violence et vol j ce serait propriété, non réforme.
K Craignez-vous que les communistes ne prennent vos enfants et vos femmes? Comme s'ils n'avaient pas assez des leurs!.. La communauté n'étant, par essence, rien de défini, est tout ce que l'on voudra. Le meilleur moyen que découvrira la philosophie de créer la liberté, l'égalité et la fraternité sera pour les communistes la
communauté. S'effrayer de ia communauté, c'est avoir peur de rien,
• Esl-o« le retour du vieux jacobinisme uni au vieux babouvisme qui vous épouvante! Nous n'aimons pas plBs que vous ces doctrinaires de la démocratie pour qui l'organisation du travail n'est qu'une fantaisie destinée à calmer l'effervescence populaire ; ces Cagliosiro de la science sociale faisant de la fraternité uno honteuse superstition. Et si nos manifestations semblent les défendre, c'est qu'ils représentent momentanément pour nous le principe qui a vaincu en février.
» Conservaleurs, deux politiques, deux rout^ différentes s'offrent en ce moment i\ vous.
■ Ou bien vous vous entendrez dircclemenl avec le prolétariat, sans préoccupation de forme gouvernemeiitale,'sans constitution préalable du pouvoir législatif, non plus que de l'exécutif. En fait de politique et de religion, le prolétariat est, comme vous, sceptique.
1 L'État, à nos yeux, c'est le sergent de ville, le vfilel de police du travail et du capital. Qu'on l'organise comme on voudra , pourvu qu'au lieu de commander ce soit lui qui obéisse.
B Dans ce premier cas, la transaction sera tout amiable, et ses articles seront la Constitution de la France , la Charte de 1848.
Ou bien vous vous rallierez a la démocratie doctrinaire, h cet équivalent du pouvoir royal, nouveau système de bascule entre la bourgeoisie et le prnlélarial, qui ne répugne point à une restauration monarchique, et pour qui la majorité des humains est fatalement condamnée h la peine et à la misère.
f Dans ce cas, je vous le dis avec douleur, rien de
fait ; et, comme avec Louis-Philippe, ce sera bieDlAt à recoramencer. Vous vous croirez habiles, et vous n'aurez toujours été qu'aveugles. Ce seront encore des 10 août, (les 2i janvier, des 2 juin , des 9 thermidor, des Journées de prairial et de vendémiaire, des 29 juillet, des 24 février. Vous reverrez des scènes à la Boissyd'Anglas ; il vous faudra recommencer tous les jours les massacres de Sainl-Roch et de Transnonain : ce qui ne vous empêchera pas de tomber à la fin misérablement sous les balles du peuple.
■ Citoyens, nous vous attendons avec confiance; soixante siècles de misère nous ont appris à attendre. Nous pouvons, pendant trois mois, vivre avec trois sous de pain par jour et par tète : c'est à vous de voir si vos capitaux peuvent jeûner aussi longtemps que nos estomacs. »
Ce passage et ce qui le précède nous a semblé une introduction toute naturelle.
Nous avons partagé les fragments qui composent ce volume en trois séries qui correspondent naturellement aux trois premières périodes de la Révolution.
La première commence au lendemain de la funeste journée du 1 6 avril, et se termine aux élections partielles de juin. C'est la partie la plus dramatique de l'époque révolutionnaire. La réaction, jusque-là timide et se faisant liypocrilemont petite, entre audacieusemenl et la tète haute dans l'arène et se mesure sans vergogne avec l'idée (jui a tr]om]>hL'cn Février. La viclotre reste en
balance : Paris nomme en même temps Thiers et Proudhon I
La seconde série commence au lendemain de l'affreuse bataille de juin et nous fait assister à la terreur de rétat de siège. L'idée de Février est un instant renversée par terre , elle se débat sous l'étreinte de son adversaire, qui tente de l'étouffer.
La troisième série s'ouvre la veille de l'élection à la présidence. Cette fois la lutte semble n'être plus entre le socialisme et le capitalisme, mais biententrela République et la monarchie.
La Révolution recule en apparence ; au fond elle avance ; elle se généralise, elle prend de plus en plus possession de l'avenir.
IDÉES