L — LA FAMILLE
J'écrivais , il y a deux ans , parlant des rapports de la famille et de la propriété :
a C'est surtout dans la famille que se découvre le sens a profond de la propriété. La famille et la propriété mar- « chcnt de front, appuyées l'une sur l'autre, n'ayant l'une a et l'autre de signification et de valeur que par le rapport a qui les unit.
a Avec la propriété commence le rôle de la femme. Le a ménage, cette chose toute idéale et que Ton s'efforce en a vain de rendre ridicule, le ménage est le royaume de la a femme, le monument de la famille. Otez le ménage, ôtez a cette pierre du foyer, centre d'attraction des époux , il a reste des couples, il n'y a plus de familles. Voyez, dans les a grandes villes, les classes ouvrières tomber peu à peu, par a l'instabilité du domicile, par la pauvreté du ménage et le a manque de propriété, dans le concubinage et la crapule ! a Des êtres qui ne possèdent rien, qui ne tiennent à rien et a vivent au jour le jour, ne se pouvant rien garantir, n'ont a que faire de s'épouser : mieux vaut ne pas s'engager que a de s'engager sur le néant. La classe prolétaire est donc a vouée à Tinfamie : c'est ce qu'exprimait au moyen âge le a droit du seigneur, et chez les Romains l'interdiction du a mariage aux prolétaires.
a Or, qu'est-ce que le ménage , par rapport à la société « ambiante, sinon tout à la fois le rudiment et la forteresse a de la propriété? Le ménage est la première chose que rêve il la jeune fille; ceux qui parlent tant d'attraction et qui a veulent abolir le ménage devraient bien expliquer cette a àépray&ûon de l'instinct du sexe. Pouc moi, \{las\^çense|
« et moins je puis me rendre compte , hors de la famille et (X du ménage , de la destinée de la femme. Courtisane ou a ménagère (ménagère, dis-je, et non pas servante), je n'if a vois pas de milieu : qu'a donccette alternative de si huitiia liant? En quoi le rôle de la fenime , chargée de la cona duite du ménage, de tout ce qui se rapporte à la consomc mation et à l'économie, est- il inférieur à celui de Thomme^ a dont la fonction propre est le commandement de l'atci* a lier, c'est-à-dire le gouvernement de la production et de « réchange?!) (Système des Contradictions économiques ^ tom. Il, chap. X.)
La famille est en progrès dans l'humanité , comme l'indnslrie. Fart, la science, la morale, la philosophie. Elle s'élève de la communauté ou promiscuité des sexes, condition primitive de la société, aune polygamie déjà exclusive ; puis de cette polygamie au mariage monogame, dont les caractères fondamentaux, quoi qu'on en dise et quoi qu'on fasse, sont la perpétuité et l'inviolabilité. La mort, et certains cas graves, dont la détermination est ce que la philosophie morale présente de plus délicat et de plus difiicile, peuvent seuls rompre le mariage.
La révolution de 1848 n'atteint donc pas la famille, ne peut pas l'atteindre. Toute son influence à cet égard consiste à procurer de plus en plus l'idéal de la famille , en réformant la base économique sur laquelle elle repose.
Je protesterais donc contre toute loi, civile ou fiscale, qui aurait pour objet de restreindre ou limiter la puissance paternelle, le principe d'hérédité, la inculte de donation et de testament. L'égalité et la fraternité n'ont pas besoin, selon moi, de telles sauvegardes. Le budget peut et doit se procurer d'autres ressources. Et quant au divorce, je ne crois pas, dans la corruption présente de nos mœurs, qu'il nous convienne de rien préjuger sur cette matière scabreuse ; je regarderais toute loi sur le divorce comme un encouragement au libertinage et un pas rétrogade*