II* SÉRIE
Au Rédacteur en chef du RspRiâBNTANT du Peuplb.
Paris, 5 juillet 1848.
Monsieur le rédacteur.
Je trouve dans votre numéro d'hier, parmi beaucoup excellentes choses, des paroles malheureuses auxquelles il l'est impossible de m'associer.
Vous dites, répondant au Journal des Débats : « Et n'allez pas faire semblant de croire que nous essayons à*eoccuser Tinsurrection ; nous déclarons, au contraire, cette insurrection coupable, parce qu'elle n'avait pas de motifs légitimes, parce que, etc. Donc, le gouvernement a fait son devoir en étouffant l'insurrection dès l'origine et sans ménagement aucun. — Mais, tout en condamnant les insurgés, nous ne voulons pas être injustes» etc. d De telles paroles, monsieur le rédacteur, dépassent la lesure du blâme que je crois possible de déverser sur les ^énements des 23, 24, 25 et 26 juin.
n en est d'une insurrection comme d'un homicide. Elle 3Dt, suivant les circonstances, être légitime ou criminelle; lais elle peut aussi n'être ni l'un ni l'autre , c'est-à-dire d'elle peut étre^ pour parler comme la loi, excusable.
L'homicide commis à la guerre y ponr la défense de la patrie, est un acte légitime qui honore même son auteur. L'homicide commis dans un but de vengeance personnelle ou de cupidité, est un crime que la loi punit de mort. L'homicide qui arrive à la suite d'une provocation, dans le cas de la légitime défense, etc., est excusable. La loi ni la morale ne Tapprouvent : elles ne le poursuivent pas, elles le pardonnent.
C'est ainsi que je juge les derniers événements* L'insurrection, dont tant de citoyens ont été de part et d'autre victimes, a-t-elle eu pour motif une violation flagrante, de la part du gouvernement ou de l'Assemblée nationale, du principe républicain? Non. Donc cette insurrection, qu'aucun motif sufQsant ne justifie^ n'était pas légitime. Voilà un premier point.
A-t-elle été le fait des instigations de l'étranger, conduite dans un but dynastique et dirigée contre la République? En ce cas, l'insurrection aurait été un crime, on attentat contre lequel il faudrait appeler la vindicte de la loi. Or, on ne sait pas encore que tel ait été le véritable caractère de cette déplorable collision.
Mais, si la révolte des 23, 24, 25 et 26 juin a surgi tout à coup comme un accident de la misère; si la lutte, soutenue pendant ces quatre malheureuses journées, n'a ité qu'un éclat du désespoir ; si l'instruction prouve que, malgré Tor répandu, malgré les embauchements dynastiques, Timmense majorité des insurgés se composait d'ouvriers démoralises par le chômage, égarés par la faim, déçus dans leurs espérances, irrités, à tort ou à raison, contre le pouvoir : s'il était vrai enûn, que le gouvernement, que l'Assemblce nationale elle-même, trompés d'abord sur le véritable sens de l'émeute, eussent porté au . comble, par une politique fatale, l'exaspération de ces hommes, dont le cri de ralliement était : Du pain ou du plomb ! oh I alors, il faudrait reconnaitre que la guerre civile qui vient d'ensan-
glanter le berceau de la République a été un afbeux malheur, mais que, grâce au ciel ! il n'y a point de coupables, qu'il n'y a que des victimes.
Un chômage de quatre mois s'est converti subitement en un casus hdli^ en une insurrection contre le gouvernement de la République : voilà, en quelques mots, toute la vérité sur ces funèbres journées. Mais, quoi qu'on ait dit, quoi que répande tous les jours encore l'égoïste et impitoyable calomnie, la générosité, la haute moralité des classes travailleuses n'ont point péri dans le fratricide. Le dénûment des insurgés, la misère des prisonuiers, le respect des propriétés, qui, s'il faut en croire de nombreux rapports, n'aurait pas été toujours aussi grand du côté de la répression que du côté de l'émeute, sont là qui l'attestent.
Le prolétaire anglais vit noblement delà taxe du pauvre, le compagnon allemand, chargé d'argent et de nippes, ne rougit pas de mendier, d'atelier en atelier, le viaticum^ la passade; le lazarille espagnol fait plus, il demande la earitad au bout de son escopette. L'ouvrier français demande du travail ; et si, au lieu de travail, vous lui offrez une aumône, il s'insurge, il vous tire des coups de fusil. J'aime mieux l'ouvrier français, et je me glorifie d'appartenir à cette race fière, inaccessible au deshonneur.
De grâce , monsieur le rédacteur, ne répandons pas le sel et le vinaigre sur des plaies saignantes; ne portons pas le désespoir dans ces consciences assombries, dont l'égarement a été déplorable, mais qui, après tout, ne sont point criminelles. Ayons pitié de ces pauvres blessés, qui se cachent et meurent sur la paille, en proie à la gangrène, soignés par des enfants sans pain, et des épouses folles de misère. Demain, jeudi, sera un jour de deuil public, consacré aux funérailles des victimes de l'insurrection. N'hésitons pas à confondre dans nos regrets, sous ce nom commun de victimes, ceux qui sont morts pour la défense de l'ordre, et
ceux qui sont tombés en combattant contre la misère. Si le
droit était de ce cAté-ci des barricades, il était aussi de ce côté-là. L'épouvantable carnage auquel nous avons assbté ressemblait à ces tragédies antiques, où le devoir et le droit se trouvaient en opposition, et qui partageaient les dieux. Pleurons sur nos frères de la garde nationale, pleurons sur nos frères de l'insurrection, et ne condamnons personne. Espérons que la justice, une fois éclairée sur les faits qui ont précédé, accompagné et suivi l'insurrection, se relâchera de la sévérité de la loi, et que le décret de déportation désormais sans objet, comme sans moralité, sera révoqué.
Agréez, monsieur le rédacteur, ma salutation fraternelle.
P.-J. Proudron.
Au Rédacteur du Rspr^entant du Peuple.
il JniUet
Monsieur le Rédacteur^
Dans son numéro du 6 courant, le journal Y Union reproduit la lettre que j'avais eu Thonneur de vous écrire le jour précédent, lettre qui avait pour but Vexcusabilité de l'insurrection des 23, 24, 25 et 26 juin.
Mais, tout en s'associant à ma douleur, Y Union répudie ma doctrine. Voici ses paroles :
« Non , la situation de l'ouvrier la plus mauvaise et la « plus désespérée ne saurait jamais être une excuse de ré- « volte de coups de fiisil. La doctrine de M. Proudhon n'est « autre chose qu'une déclaration permanente de guerre « sociale. En des questions de cette nature , le plus ou le a moins de misère ou de bien-être ne saurait être une règle « de conduite morale. En définitive , c'est le libre arbitre a qui prononce ; et si la misère est par elle-même un droit « de tuer, celui qui souffre est juge du moment où il peut « en sûreté de conscience exercer ce droit. Faites une so- « ciété quelconque , république ou monarchie , avec ce <x principe!... »
Certes , si j'avais exprimé des idées pareilles à celles que m'impute le journal auquel je réponds, je serais un abominable homme. Heureusement il ne m'en coûte rien pour désavouer de si horribles pensées. Le critique est tout à fait hors de la question.
Je disais, dans la lettre reproduite par Y Union : Si le droit était de ce côténd dee barricadée, U était auiri de ce
côté'là. Et tout entier à la douleur que m'inspirent les maux de la pairie , je me suis arrêté là. J'ai négligé de dire quel était ce droit qui, à mes yeux , rendait Tinsurrection sinon justifiable, du moins excusable. C'est cette omission de ma part qui fait toute la valeur des arguments de mon antagoniste.
Sans doute, et il ne m'en coûte rien de l'avouer, la doctrine que je professe sur les tristes événements de juin nt une déclaration permanente de guerre sociale , comme le dit mon critique ; mais cette doctrine , quelle est-elle? où l'ai-je trouvée? qui l'a le premier proclamée? qud en est l'auteur? qui s'en est fait l'éditeur responsable?
J'appelle sur tout ceci l'attention du lecteur : je ha ro* doute pas son jugement.
N'est-il pas vrai que, depuis le 24 février, le d^4ni au tra^ voit est devenu un droit constitutionnel^ au même titre qsft la liberté de la presse, le vote de l'impôt, le droit de 89 i^unir sans armes, le suffrage universel ; au même titr^ que la liberté et la propriété.
Le gouvernement provisoire l'a formellement reconnu : il n'a pu se constituer , se soutenir, faire un peu d'ordre | préparer les élections, protéger l'Assemblée nationale, demeurer conservateur, en dépit de son origine révolutiounaire, qu'à ce prix.
Ce qu'a fait le gouvernement provisoire, le pays Fa ratifié; l'Assemblée nationale le proclame.
L'article 2 du projet de Constitution , soumis en ce mo« ment aux délibérations de l'Assemblée, porte expressément : « La Constitution garantit à tous les citoyens la liberté, Té- « galité , la sûreté , l'instruction , le travail , la propriâté; « l'assistance, o
Remarquez l'ordre dans lequel sont énumérées ces garanties : la propriété arrive après le travail ; où elle a M source et sa légitimité.
L'article 7 confirme l'article 2 ;
a Le DROIT AU travail est celui qu'a tout homme de vivre a en travaillant. — La société doit^ par les moyens produca tifs et généraux dont elle dispose^ et qui seront organisas a ultérieurement , fournir du travail aux hommes valides et qui ne peuvent s'en procurer autrement, d
Quels sont, après lé gouvernement provisoire ^ après le pays, après la révolution de février^ les auteurs de ces deux articles? Sont- ce des socialistes? Sont-ce les citoyens Pierre Leroux^ Louis Blanc, Proudhon ou Caussidière?
En aucune façon, les auteurs de ces articles sont MM. Cormenin, Â. Marrast, Lamennais , Vivien, de Tocquevillei Dufaure, Martin (de Strasbourg), Coquerel, Corbon, Tourrel, Voirhaye, Dupin aîné, Gustave de Beaumont, Vaulabelle, 0. Barrot, Pages (de TAriège) , Dornès , Considérant.
Certes, depuis M. de Cormenin, Tanti-socialiste > l'antidémocrate, Tant! -universitaire, Tanti - gallican , jusqu'à M. Considérant , le défenseur étemel, le défenseur quand même du capital et de la propriété , il était impossible de former une réunion d'hommes animés de sentiments plus pacifiques, plus conservateurs, plus en garde contre le progrès, plus timorés en matière de révolution.
Et pourtant c'est cette commission, organe de l'Assemblée nationale , organe de la pensée de février, qui a fait passer, dans la nouvelle déclaration des droits et des devoirs , le droit au travail ; c'est même uniquement en vue de ce droit qu'a été faite la déclaration; et je défie l'Assemblée nationale, avec ses 400,000 baïonnettes, de la supprimer.
Il ne s'agit donc plus aujourd'hui, comme parait le croire rUn/on, de savoir si le pauvre qui demande l'aumône a le droit de tuer le riche qui la refuse ; une pareille proposition est si monstrueuse, que toute protestation à cet égard est superflue. Il s'agit de savoir si cent mille citoyens, dont vous avez reconnu constitutions ellehent le droit au travail, sont excusables d'avoir pris les armes pour le maintien de ce
woil, liolé OQ IraTesti. A cet égard, je n'aiq
Lors<[ue, sons le dernier gouTememeot , M. de Genot rcFosaîl l'impAl, se laùsail saisir, excîlaîl les citoyens à li comme lui , sgr ce motif que i'impdl n'étant pas v ment par tons les citoyens, l'impôt était illégal, M. de Donde organisait l'insufrectioD, et c«la en toute sécurité J ^ conscience. I) se peut que M. de Genoude fût dans l'e ^ mais on conviendra que si ses raisons eussent été vraies , 1 comme il le prétendait, la conslUution était violée, on cw| viendra, dis-je, que le refus de l'impôt eût été de droit, el, si le gonvemement avait envoyé cent mille hommes pour conlrdindre les citoyens, que l'insorrectioD eût été excusable.
Pourtant, il ne s'agissait là que de l'impôt.
Lorsque, le 92 février, M. Barrot convoqua la garde nationale de Paris, celle 13' légion qu'aujourdhui l'on désarme, à une réunion que le miiiislre déclarait illicite , et que lui, Barrot, soulenait être légale, i! organisait l'insurreclion. La garde nationale s'est insurgée à la voix de M. Barrot; de celle insurrection est sortie la République : quelqu'Q oserait-il soulenir que l'insurrection était condamnablca
Et pourtant, le droit de réunion, revendiqué par M. i rot , n'était pas même un droit constitutionnel ; c'élaltS «impie droit de nature , limité par la police , et sur leqi planaient les doutes les plus sérieui:.
T/jrpqu'en 1830, MM. Thiers, Guizol, Laffitte, Dupont (de" ['JEure) et leurs amis protestèrent contre les ordonnances qui suspendaient les libertés publiques, garanties par la "larle, ils préparaient, l'événement l'a démontré, une in-
irrcction. De cette insurrection est sortie la Révolution de lillet : dira-t-on que cette Révolution était illégitime.
Et pourtant, l'article 14 de laCfaarle,sur lequel se fonc Charles X , était douteux , à tel point que cet article a '•depuis réformé.
Toutes i;.es insurrections ont été tour à tour justifiée
lefondd^ icie a^^l
istifiéé^fl
glorifiées , applaudies : la victoire a fait leur légitimité. Je suis moins absolu, moins enthousiaste dans mes jugements.
Je crois qu'en février, comme en 1830, la patience d'un excès de pouvoir eût été pour notre pays tout aussi méritoire, et surtout d'une meilleure poÛlique. Je croîs qu'en supportant quelques années de plus M. de Polignac d'abord, et plus tard M. Guizot , la France n'aurait rien perdu dans le développement de sa richesse et de ses libertés ; je crois, dis-je, que les avantages de la Révolution de juillet ne valent pas ce que le gouvernement de juillet nous a fait perdre ; et je ne suis pas éloigné de penser aussi qu'un peu plus de longanimité de la part de M. Barrot n'eût mieux valu pour nous que le brusque éclat du 24 février. Je ne justifie donc pas les deux révolutions, je les excuse. Mais une fois accomplies, je me range à leurs principes ; c'est pour cela que je suis républicain, et républicain socialiste, entendez- vous, inflexible et intraitable.
Eh bien ! je raisonne absolument de même sur l'insurrection de juin. Je ne l'eusse point approuvée , même victorieuse : je ne suis pas sûr que dans le tumulte qui en eût été la suite, le bien qu'espéraient les insurgés n'eût pas été balancé par des maux plus grands encore. — Mais aussi je ne condamne pas plus cette insurrection , que je ne condamne l'insurrection de février et de juillet : je l'excuse.
Je l'excuse, dis-je, et pourquoi? Parce que le droit au travail, droit constitutionnel, garanti par le Gouvernement provisoire, posé par l'Assemblée nationale, est depuis quatre mois indignement violé.
Etait-ce respecter le droit au travail que de faire remuer de la boue par cent mille hommes, d'en enrégimenter vingtcinq mille autres sous ce prétexte que l'Etat n'étant , ne pouvant et ne voulant être ni agriculteur, ni voiturier, ni industriel, ni commerçant , n'avait pas de travail à donner aux ouvriers ?
Était-ce respecter le droit au travail qpe d'ajqpel^ une aumâne déguisée le salaire dé cent mille oorriers emplii|éi aux ateliers nationaux, alors que ce salaire, d'après le texte formel de la constitution, qni garantit le trayafl, n'étùt en réalité qu'une juste indenmité.
Oui, je raffirme hardiment, et malheur à qui poumit k méconnaître, le droit au travail, conquis par la réyolntioi de Février, reconnu par tout le peuple, promiB par le gonvcmcment et la constitution, est violé depuis quatre mois.
Ou rayez-le du pacte social, ou plaignez ceux qoevov avez réduits à le revendiquer les armes à la main, et après les avoir fusillés, ne les calomniez pas.
Oh 1 je le sois aussi bien que vous : il est diffîdle de conduire une société, république ou monarchie, à qui Ton reconnaît des droits comme ceux-ci :
Liberté de conscience,
Liberté d'examen ,
Liberté de la presse.
Suffrage universel ,
Vole de l'impôt,
Egalité devant la loi,
Participation h tous les emplois,
Droit de réunion ,
Droit à rinstructioD,
Droit au travail,
Droit a la propriété ,
Droit à l'assistance.
La garantie de tous ces droits est, comme leur conciliation, un immense problème, qui fera mourir à la peine plus d'un législateur. Et quand on songe que chacun de ces droits implique, comme sanction pénale, le droit d'insurrection, on est tenté de désespérer du salut de notre pauvre humamanité.
Mais, je vous le déclare : contre la philosophie, contre la JJbcrté et i'dg-ah'tc, contre les cousIvVvxVvotl^ ^V l^?» ûvsurrcc-
- motions ^ vous n'avez de refuge que dans Tabsolutisme de l'Egiise et de TEtat : si vous, rédacteur de YVniony tous aviez tiré cette conséquence et posé cette, alternative; votre argument aurait valu contra k société, mais non pas contre moi. Moi ! je ne suis qu'un raisonneur qui pèse chaque jour, au trébuchet de la dialectique, les idées et les événements. Je vous le dis en vérité : Vous venez ici j et vous allez là ; Tdas ne pouvez ni vous arrêter, ni rétrograder, et votre droit, votre morale, changent et se modifient à chaque pas que vous foites dans votre inévitable route. Il est étrange que vous me rendiez responsable des décrets de cette Providence que vous confessez et que j'adore.
Ije tft JoUlet.
8 JnflleU
Le terme ! voici le terme ! Comment allons-nous payer le terme?...
Depuis cinq mois nous ne faisons rien ? nous n'avons ries reçu , rien livré , rien vendu ! L'industrie est à bas! le commerce à bas ! le crédit à bas ! le travail à bas!...
Plus d'ouvrage , plus d'argent , plus de ressources! Le terme est échu; les tailles sont pleines; les couverts d'argent , les bijoux des femmes , la montre du mari , le plus beau du linge, tout est au Mont-de-Piété ! Comment pourrions- Jious encore payer le terme ? Comment ferons-nous pour vivre?...
Que les auteurs des ordres impitoyables; que les grandi politiques qui ont repris la tradition exécrée de Saint-Merri et de Transnonain ; que ceux qui ont dit qu'il valait mieux, pour la dignité de l'Assemblée nationale , au lieu d'une conciliation pacifique , le massacre de dix mille citoyens; qoe ces républicains honnêtes, comme ils se nomment, qui sont venus à la République en parjures , qui la servent en parjures, qui en sortiront parjures; que ceux-là répondent aujourd'hui à la plainte de la bourgeoisie désespérée , s'ils peuvent !
Allez donc , maintenant , gardes nationaux égarés , alla demander à vos prétendus conservateurs, du travail , do crédit, du pain! Ce qu'ils ont à vous offrir, pour vous, pour vos femmes et vos enfants, c'est du sang et des cadavres !..•
Et que leur importe ? Ne seront-ils pas ministres dans quinze jours?...
11 ne s'agit plus de sauver le prolétaire : le prolétaire
n'existe plus, on Ta jeté à la voirie. Il faut sauver la bourgeoisie : la petite bourgeoisie de la faim, la moyenne bourgeoisie de la ruine , la haute bourgeoisie de son infernal égoïsme. La question est aujourd'hui , pour la bourgeoisie , ce qu'elle était le 23 juin pour le prolétariat.
Nous ne faillirons pas à nos principes. La force des choses, la plus grande des divinités antiques, l'inflexible Némésis, a fait de ces principes un ordre absolu pour le salut du peuple.
Lorsque l'État , surpris par une révolution dont il eut le tort de ne pas reconnaître tout de suite le véritable caractère, se trouva dans l'impossibilité de payer la dette flottante, de rembourser les bons du trésor et les livrets de la caisse d'épargne , que fit-il? 11 eut recours à la consolidation; il convertit en rentes les bons qu'il ne pouvait plus payer, les dépôts qu'il ne pouvait rendre. L'Assemblée nationale discute aujourd'hui même les deux décrets relatifs à cette opération. C'est-à-dire que l'État, débiteur insolvable , demande remise d'une partie de la dette et crédit pour le surplus. Personne ne le trouva mauvais ; la nécessité en faisait une loi. >
Lorsque la banque de France se trouva dans l'incapacité de satisfaire à toutes les demandes de remboursement de ses billets et se vit un moment sur le gouffre béant de la banqueroute, que fit-elle encore? Elle obtint un décret qui donnait à son papier cours forcé , c'est-à-dire qu'au lieu de donner crédit aux citoyens , elle le leur demanda. Personne ne s'est plaint du décret qui sauva la banque : le salut public , la nécessité en faisait une loi.
Ce n'est plus l'État seulement, ce n'est plus la banque de France qui est dans l'impossibilité de remplir ses engagements : c'est la masse entière des locataires , dans toute la France.
Serait-il donc injuste que les locataires obtinssent des propriétaires : 1* un ajournement du terme ; 2** une remise sur le montant des loyers ?
J'ose le dire : non-seulement cela ne serait point iiqiute, cela est de nécessité publique.
La cessation du commerce et de Tindustrie provenant d'un événement de force majeure; nous a placés tous , locataires et propriétaires , dans des conditions exceptionnelles, prévues d'ailleurs et expliquées dans tous les traités de juri^nidence.
Nous n'avons rien produit , nous ne devons rien.
Pour 400;000 locataires domiciliés dans le département de la Seine, on ne compte pas 20;000 propriétaires, 1 sur 90.
Quand l'ititat réduit sa dette et suspend ses paiemenli; quand la banque arrête ses remboursements ; quand lemu^ cliand, le fabricant , Tcntrcpreneur n'écoulent plus leurs produits, ne trouvent plus l'emploi de leurs services, les propriétaires de maisons seraient-ils bien venus à exiger, comme en temps ordinaire^ l'acquittement de leurs loyers? lîlst-cc que la Révolution et les conséquences de la Révolution ne doivent pas peser également sur tous? Et si, à la stagnation générale des affaires, s'ajoute la dépréciation universelle des valeurs, n'est-il pas évident que les locataires ont droit, non-seulement à une prorogation de terme, mab à une réduction sur le prix du loyer?...
Est-ce là du communisme ou de la simple équité?
Et si le propriétaire osait se plaindre qu'on lui fait banqueroute , ne serions-nous pas en droit de lui répondre que ce n'est pas nous, locataires, qui faisons banqueroute, que c'est la force des choses?... Or, ce qui est vrai du locataire, l'est, et au même titre, du fermier. Le fermier ne vend plus ses denrées ou les vend à vil prix. Le blé est à iO francs l'hectolitre, le vin à 3 centimes le litre. Les frais de production du blé et du vin ne sont pas couverts par les prix de vente. Comment le fermier pourrait-il donc payer le propriétaire et acquitter l'impôt? Est-ce sa faute si la Révolution est venue interrompre toutes les transactions?...
Que si , cnfm , les propriétaires d'immeubles ne peuvent,
îQ bonne justice , se refuser d'abord à une prorogation de paiement, puis à une réduction des baux en faveur des loca* t^ires et fenaiars ; si l'État, en consolidant la dette flottante, en donnant cours forcé aux billets de la Banque de France , en ifrappantune contribution sur les créances hypothécaires, et éleyant le tarif des droits de mutations pour les gros héritages^ a donné le premier le signal de cette réduction universelle, ou, pour mieux dire, de cette réciprocité de crédit, pourquoi les rentiers de TÉtat, si exactement payés jusqu'ici, Vestendeni41s seuls privilégiés? Serait-ce donc leur faire tort qne de leur demander à leur tour, au nom des contribuables locataires, fermiers et propriétaires, le crédit d'une fraction de leurs rentes?...
Mais si tous les citoyens se font mutuellement crédit de quelque chose ; le propriétaire de maison , d'une partie de ses loyers ; le propriétaire fermier, d'une partie du fermage; k créancier hypothécahre , d'une partie de ses intérêts ; le rentier de l'État, d'une fraction de sa rente ; n'est-il pas évident que cette mutualité équivaut à une espèce d'organisation du crédit, et que si l'on entrait franchement dans cette toute, on aboutirait à la reprise immédiate du travail et des afijEures?...
Que la garde nationale qui s'est dévouée pour Tordre dans ces jours néfastes y réfléchisse : c'est son salut que nous lui proposons , dans ces quelques lignes.
Nous engageons donc tous les locataires et fermiers à s'entendre et à présenter à l'Assemblée nationale une pétition fortement motivée, une pétition qui soit, non pas une Boppliqne, mais un ordre.
Cette pétition, rédigée en forme de décret, de manière à ce qne l'Assemblée nationale n'eût rien à foire qu'à y joindre sa sanction , dirait en substance :
Vu Vurgsnce et le péril imminent;
Considérant que te salut du peupM est la loi suprême ;
Considérant qne la rente de la terre est un priTHége gratalt, qa'il appartient à la société de révoqaer ;
Considérant qu'il est da droit de l'Etat de régler le taax des asares et le revenu des capitaux ;
Considérant que les intérêts de TÉtat, des fermiers, loeatairei, emprunteurs sur gage ou hypothèque, sont identiques et solidaires ; Considérant que le seul moyen d'échapper au péril de la sitaatioi, de ranimer le travail , de sauver la famiUe et la propriété, est dm une vaste opération de crédit réciproque ; L'Assemblée nationale décrète :
Art. 4«r — A dater du 45 juillet 4848 jusqu'au 45 jaUlel 4854, 9 sera fait remise , par tous propriétaires de maisons , sur le prix de leurs loyers, du tiers des sommes dues, savoir : un sixième poor k locataire, et un sixième pour TÉtat.
Art. 2.— A dater de la même époque, et pendant le même laps as temps, il sera fait remise par tous les propriétaires fonciers du tien de leurs fermages, savoir : un sixième pour le fermier, et un sixièae pour l'État.
Art. 3.— A dater du 45 juillet 4848 , jusqu'au 45 jniUet 4854 , fl sera fait remise par tous créanciers hypothécaires du tiers des iitérêts qui leur sont dus, savoir : un sixième pour le débiteur, et u sixième pour l'État.
Art. 4. —Les fermiers, locataires et débiteurs qui désireront jouir do la réduction que leur accorde le décret sur le prix des loyers et fermages, devront faire connaître leurs baux aux percepteurs deleors cantons et receveurs, qui seront chargés d'établir l'état des remises. La déduction du tiers sera opérée par les fermiers , locataires et débiteurs, sur chaque terme échu do leurs obligations et contrats, et le sixième revenant k l'Etat sera versé par eux aux bureaux des contributions.
Art. 5.— Indépendamment de la retenue sus-mentionnée , le ptiement des termes échus ou à écheoir du 45 juillet au 45 octobre 4818 est ajourné de trois mois , et sera réparti par quart sur les tenues suivants, à partir du 45 janvier 4849.
Art. 6.— Les baux k ferme et k loyer, ainsi que les obligations hy pothécaires sujettes h la retenue ci-devant stipulée, sont prorogés jusqu'au 45 juillet 4854.
Art. 7. — U sera retenu aux rentiers de l'État, sur chaque trimestre a échoir du 45 juillet 4848 au 45 juillet 4851 , un tiers de leur rente»
Art. B.— L'impAt foncier de i5 centimes et celai sar les créances hypothécaires sont abolis.
. Les droits sar les boissons seront rédaits des trois quarts, et ramenés k une forme unique.
. Art. 9.— L'État, au moyen des sommes qui lui seront versées pendant les trois années à courir du 45 juillet 4848 au 45 juillet 4854, par suite des retenues a ojpiérer sur les fermages, loyers, créances hypothécaires et fonds publics, sommes qui s'élèveront à plusieurs milliards, sera chargé de réorganiser sur des bases nouvelles le crédit public, l'assurance, la circulation, les transports et lea mines.
Gardes nationaux, rien n'est plus facile poar vous que de sauver votre fortune , de relever vos affaires, d'assurer le bien-être de vos familles, rémancipation du travailleur : il ne s'agit que d'établir momentanément un impôt sur le revenu, en y intéressant le fermier , le locataire, le débiteur. Gardes nationaux, portez, pour voir, ces vœux à l'Assemblée nationale, et vous verrez bientôt quels sont vos amis et vos ennemis.
Loi sur le« Clubs et In Près*!
Est-ce Id faire droit? Est-ce là comme on juge ? s'éci I Chicaneaii en fureur.
Nous pouvons bien ilirc niaiiilenanl : Esl-ce là comme cm [ légifère?
Il j a quelques jours, l'Assemblée nalionale avait à faire \ BDc loi sur les ctubs.
La réaclioa exigeait que les clubs fussent supprimés I gouvernement, d'ailleurs aux ordres de la réaction, le [ hailait aussi. Mais la révolution àlaitlà, qui demandait, I le maintien des clubs.
Comment faire donc pour annihiler les clubs, tout en ayant l'air de les maintenir?
La commission Dupin, Coqu^rel et Compagnie s'est gée de résoudre le problème.
La commission a proposé, l'Assemblée nationale a adoptl' le décret dont la teneur se résume ainsi :
L'article 2 enlève aux clubs la liberté, la qualité, le liea. L'article 3 leur aie la \je privée.
L'article 4 les place sous la surveillance de la Uaule police.
L'article S leur ôte la sécurité, en leur imposant
garantie d'ordre la soi- dé non dation, le suicide.
L'article leur inlerdil la parole.
L'article 7 leur défend l'action.
Une société est un être moral, ou elle n'est pas. Comme
Ctre moral, elle ne subsiste, die ne vit que par les conditions
qui font la vie do l'iiomme mOme : la liberté, lii qualité,
lés H
es^n
:ju1 en
itdJ
"■lapl^
liea.
Iiaule
rindiyidualitéy le lieu, le temps, la sécurité, la pensée, la parole et l'action.
Qu'est-ce donc qu'une société qui ne peut se constituer que sous le bon plaisir de l'autorité ; à qui il est défenda de prendre un nom et de se qualifier ; qui n'a pas le droit de paraître dans les lieux publics, et qui néanmoins est obligée d'admettre à ses séances le public ; une société qui n'a pas de vie privée ; qui ne délibère que sous l'œil de la police ; qui ne peut discuter rien de ce qui fait ombrage au pouvoir; qui, après avoir délibéré, ne peut prendre de conclusions ; une société qui ne pense, ne parle, n'agit pas?
Une pareille société est moips qu'un rassemblement sur les places publiques; c'est une pantomime sans idée, jouée par des aveugles-muets. Voilà les clubs, tels que l'Assemnationale les a faits, entraînée par l'éloquence des Sénard, des Coquerel.
Le mensonge, la mauvaise foi, la bouffonnerie dans la loi ! c'est ce qu'il était réservé à la démocratie de nous apprendre...
Aujourd'hui, il s'agissait de la liberté de la presse, la liberté de la presse, toujours la première remise en question, à la suite des jongleries révolutionnaires.
Croyez-vous que le gouvernement de février soit si ingrat que d'en vouloir à la liberté de la presse ! Oh ! non : ce qu'il demande, ce sont des garantibs contre la licence de la presse.
Des garanties, dites-vous? quoi ? est-ce que le Code pénal est aboli? les lois de 1819 et 1830 ne sont-elles pas là? Qu'est-il besoin d'autre chose que d'en changer le style, et d'en accommoder les articles aux exigences républicaines?
Les garanties que demande le gouvernement contre la presse, c'est d'abord un cautionnement.
— Voyez, dit M. Sénard, nous ne demandons que la caution de l'amende que le journaliste peut encourir, 24,000 fî «-*Mais le cautiouuompnl, c'est comme la douane, uao ^^ra*
hibilion, ce n'est pas une garantie ; — mais 24,000 francs sont plus difficiles à trouver aujourd'hui que 4 00,000 francs le 22 février; — mais la plus forte des amendes ne doit pas, selon vous-même, dépasser 6,000 francs ; — mais vous avez pour garantie de l'amende la contrainte par corps ; — mais vous ne pouvez poser en principe dans une loi que la loi sera violée !
Il y a autre chose, M. le ministre, dans ces 24,000 francs, qu'une garantie ! dites la vérité.
— - Nous demandons, dit alors le ministre, une garantie contre la presse anarchique, contre la presse socialiste, contre cette mauvaise presse qui réclame le droit au travail ; contre la presse à 5 centimes, qui s'adresse spécialement à des hommes qui n'ont pas assez d'argent pour s'abonner I Quant à la presse sérieuse, à la presse grave, qui se constitue au capital de 4 ou 500,000 francs ; à celte presse qui s'honore autant par sa moralité que par son patriotisme, nous ne songeons pas à l'inquiéter. .
Voyez le Constitutionnel^ le Siècle, les Débats, la Ga^ xette de France, tous les journaux dynastiques, légitimistes, anti-socialistes, les entendez-vous se plaindre du gouvernement? Est-ce que les procureurs-généraux les tracassent? Est-ce que nous nous méfions de leurs tendances? Est-ce qu'ils conspirent? Est-ce qu'ils trompent, par de fausses espérances, le prolétariat ?
Un journal qui ne pourrait trouver crédit de 24,000 francs, nous le regardons comme un journal anarchique, impie, ennemi de la famille et de la propriété.
24,000 francs ! — Voilà, pour nous, le critérium du génie, de la verlu et du patriotisme !
24,000 francs ! — Nous déclarons ennemi de la société et de la République tout journal qui, avant d'exisler, ne déposera pas à notre caisse des consignations 24,000 francs !
24,000 francs ! — C'est, sous la République, le cens électoral de la presse. De i 00,000 francs qu'il était sous la m(y-
narchie, nous Tavons abaissé à 24^000 francs, et vous vous plaignez!..
 nous donc les ouvriers, les travailleurs, les prolétaires ! A nous les pauvres ! A nous le denier de la veuve ! A nous les fondateurs en haillons de la République ! A nous les héros^ maintenant désarmés, des barricades ! A nous les calomniés de février, de mars, d'avril, de mai, de juiiî!..
Il s'agit de prouver que vous êtes d'bonnétes gens , en vous cotisant pour former au journal du Peuple une caution de 24,000 francs.
Vous vous croyiez de braves citoyens, des cœurs généreux, de vrais patriotes! — Mais, sachez-le bien, vous tous qui ne demandez à la République que^la liberté, à la propriété que du travail : vous ne serez un parti sériehx, honnête, digne de considération, estimé du gouveJ^ement, que lorsque vous aurez formé entre vous tous S4^0001rancs'r'
C'est un ministre du S4 février, c'est le citoyen SéNARD, qui vous le déclare au nom de la République.
Le» lllalthiwleiM>
T.iWloclenp Mfllllius, UQ cconomisle, un AjiglaiE, aécril I pruprL's paroles :
« Un homme qui naîl dans nn monde dt'-jà occupé , si «
^4 fhmille n'a pas le mojeii de le nourrir, ou si la sociélé n'a
l'a pîls besoin de son travail , cet homme , dis-je, n'a pas le
f-Q rtioltiflbB droit à réclamer une portion quelconque àt
J ncuirritiiro : il est rcellcment de trop sur la terre. Au
I grand banquet do la nature, il n'y a point de couvert inii
I pour lui. La nature lui commande de s'en aller, el D
,» tardera pas il mi;tlre ellQ-mËmecct ordre h exécution. KJ
lîn conséquence de ce grand principe , Mallhus r
mande, sous les menaces les plus terribles , à tout honi
i n'a pour vivre ni travail ni revenu , de s'en aller, au-
MAq ne pas Taîi'e d'enfants. La famille, c'est-à-dire IV
^r, comme le pain, sont, de par Mathus, ialerdile à ctt
^Omme-là.
Le docteur Malhus était, en son vivant, ministre du M
ingilc , de mœurs douces, philanthrope , bon mari ,
[•jtfere, bon bourgeois, croyant à Dieu autan! qu'homme J
f'rnncc. Il mourut, le Ciel lui fasse paix! en 1834. Onp l 'âirc qu'il a le premier, sans s'en doolcr, réduit à l'ai toute l'économie politique, et posé la grande queslioari mtionnaire, ta qUCsIion entre le travail et le capital.
Chez nous, où la foi k la Providence est restée vive, i gré l'indifférence du siècle , le peuple dit , par manière de proverbe , et c'est eu cela que nous nous distinguons de l'Anglais : Il faut que tout le monde vive! — Et notre peuple , en disant cela , croit être aussi bon clitélien , aussi
TT^feua.
— Ii3 —
Lleur desboiiues mœurs el de la famille, que feu
Or, ce que le peuple dit eu France, les économistes le nient, les gens do lois et les gehs de lettres le nienl ; l'Église, qui se prétend clirélieune , et de plus gallicane , le nie ; la presse le nie, la haule bourgeoUie le nie, le goUTcracmenl, qui s'efforce de la représenter, le nie.
La presse, le gonyerDetnent, l'Église, ta lilléralure , les éconooiisles, la grande propriclé, tout, en France, s'esl fait anglais, tout est malthusien. C'est au nom de Dieu el de sa sainte providence , au nom de la morale , au nom deB intérêts sacrés de la famille, qu'on soutient qu'il n'y a point de place, dans le pays, pour tous les enfants du pays, et qu'on insinue à nos femmes d'Être moins fécondes. En France , malgré le vœu du peuple, malgré la croyance nationale, le fcoire el le manger sonl réputés privilège, le travail privilège, la famille privilège, la patrie privilège.
M. Antony Tliouret disait l'autre jour que la propriété ,, Bîuis laquelle il n'est ni patrie, ni famille, ni travail, ni mor.tfflîlé, serait irréprochable le jour oi elle cesserait d'étfe un ^pKilége. C'était dire assez clairement que pour abolir tous les privilèges, qui mettent, pour ainsi dire hors la loi , hors l'humanité, une partie du peuple, il fallait, avant tout, supprimer le privilège fondamental et changer la constitution de la propriété.
M. A, Tliouret s'esprimail ea cela comme nous-mêmes, comme le Peuple. L'État, la presse, l'économie politique ne l'entendent pas ainsi : ils s'accordent à vouloir que la propriété , sans laquelle , 3m dire de M. Thouret, point de travail, point de famille, point de Hépubliquc, demeure ce qu'elle a toujours été, un privilège.
Tout ce qui se fait, qui se dit, qui s'imprime aujourd'hui el depuis vingt ans, se fait, se dit et s'imprime en conséquence de la théorie de Malthus.
La théorie de Malthus, c'est la théorie de l'assassinat çq-
litiquc , de l'assassinat par philanthropie , par amour de Dieu. — Il y a trop de monde au monde : voilà le premier article de foi de tous ceux qui, en ce moment, au nom du Peuple, régnent et gouvernent. C'est pour cela qu'ils tra- Taillent de leur mieux à diminuer le monde. Ceux qui s'acquittent le mieux de ce devoir, qui pratiquent avec piété, courage et fraternité les maximes de Malthus, sont les bons citoyens, les hommes religieux ; — ceux qui protestent, sont des anarchistes, des socialistes, des athées.
Le crime inexpiable de la révolution de février est d'avoir été le produit de cette protestation. Aussi, on lui apprendra à vivre à cette révolution qui promettait de faire vivre tout le monde. — La tache originelle, indélébile de la République, c'est d'avoir été proclamée par le peuple, anti-malthusien. C'est pour cela que la République est si particulièrement odieuse à ceux qui furent et qui veulent redevenir les complaisants et les complices des rois, grands mangeurs d'hommes, disait Caton. On la monarchisera votre République, on lui fera dévorer ses enfants.
Là est tout le secret des souffrances, des agitations et des contradictions de notre pays.
^- Les économistes ont les premiers parmi nous, par un inconcevable blasphème, érigé en dogme de la Providence la théorie de Malthus. Je ne les accuse pas plus que je ne les calomnie. Les économistes sont en cela de la meilleure foi, comme de la meilleure intention du monde. Ils ne demanderaient pas mieux que de faire le bonheur du genre humain ; mais ils ne conçoivent pas comment, sans une organisation quelconque de l'homicide, l'équilibre entre la population et les subsistances pourrait exister.
Demandez à l'Académie des sciences morales. Un de ses membres les plus honorables, que je ne nommerai pas, bien qu'il s'honore de ses opinions, comme doit faire fout honnête homme, étant préfet de je ne sais quel département, s'avisa un jour, dans une proclamation, de recoin-
— Ii7 —
mander à ses administrés de ne plus faire aatant d'enfants à leurs femmes. Grand scandale parmi les curés et les commères, qui traitèrent cette morale académique de morale décochons! Le savant dont je parle n'en était pas moins, comme tous ses confrères, un défenseur zélé de la famille et de la morale : mais, observait-il avec Malthus, au banquet de la nature, il n'y a pas de place pour tout le monde.
M. Thiers, membre aussi de TAcadémie des sciences morales, disait dernièrement au comité des finances, que s'il était ministre. Use bornerait à traverser courageusemmiy stoïquementy la crise^ se renfermant dans les dépenses de son budget, faisant respecter l'ordre, et se gardant avec soin de toute innovation financière, de toute idée socialiste, telle que notamment le droit au travail, comme de tout eiipédient révolutionnaire. Et tout le comité d'applaudir.
En rapportant cette déclaration du célèbre historien et homme d'État, je n'ai nulle envie, on le sent bien, d'incriminer ses intentions. Dans la disposition actuelle des esprits je ne réussirais qu'à servir l'ambition de M. Thiers , s'il lui en restait. Ce que je veux faire remarquer, c'est que M. Thiers, en s'exprimant de la sorte, témoignait, peutêtre sans y penser, de sa foi à Malthus.
Entendez bien ceci, je vous prie. — Ce sont deux millions, quatre millions d'hommes qui périront de misère et de faim, si Ton ne trouve moyen de les faire travailler. C'est un grand malheur, assurément, et nous en gémissons toUs les premiers, vous disent les malthusiens : mais qu'y faire ? 11 vaut mieux que quatre millions d'hommes périssent que de compromettre le privilège ; ce n'est pas la faute du capital, si le travail chôme ; au banquet du crédit, il n'y a pas de place pour tout le monde.
Us sont courageux, ils sont stoïques, les hommes d'État de l'école de Malthus, quand il s'agit de sacrifier les travailleurs par millions. — Tu as assassiné le pauvre, disait le
prophète Elle au roi d'Israël, et puis tu t'es emparé de son
héritage. Oeeiâiêtt et poêieâiiti. H ftUf ftiqotird'hiii relI««^ ter la phrase, et dire à ceux qui possèdent et qui goorernent : Vous avez le privilège du travail, le privilège do crédit, le privilège de la propriété, comme dit M. Thouret; et c'est parce que vous ne Youlet pas yons en dessaisir, que vous répandeï comme Teau la vie du pauvre : PoutàkU et occidUii I
El le peuple , sous la pression des baïonnettes, se consume lentement ; se meurt sans soupir et sans murmure : le sacrifice s'occompli l dans le silence. Courage ! travailleurs ; soulcncz-vous les uns les autres : la Providence finira par vaincre la fatalité. Courage ! vos pères les soldats de la République, étaient encore plus mal que vous aux sièges de Gènes et de Mayencc.
M. l^on Faucher, combattant pour le cautionnement des journaux, pour le maintien des douanes siir la presse, raisonnait aussi comme Malthus. — Le journal sérieux, disaitil, le journal qui mérite considération et estime, est celui qui s'établit au capital de 4 à 500,000 francs. 1^ journaliste qui n'a que sa plume est comme l'ouvrier qui b'a que ses bras» S'il ne trouve moyen de faire acheter ses services on créditer son entreprise, c'est signe que l'opinion le condanme : il n'a pas le moindre droit à prendre la parole devant le pays : au banquet de la publicité, il n'y a pas de place pour tout le monde.
Ecoutez Lacordaire, ce flambeau de l'église, ce vase d'élection du catholicisme. Il vous dira que le socialisme est l'antéchrist. — Et pourquoi le socialisme est-il Tantéchrist ? - Parce que le socialisme est l'ennemi de Malthus, et que le catholicisme, par une transformation dernière, s'est fait malthusien.
L'Évangile nous dit, s'écrie le tonsuré, qu'il y aura toujours des pauvres : Pauperes semper habehiiis vobiicufn ; et qu'en conséquence la propriété, en tant qu'elle est privilège et qu'elle fait des pauvres, est sacrée. Le pauvre est néces-
saire à l'exercice de la charité évangélique : au banquet d'ici-bas, il ne saurait y avoir place pour tout le khonde.
n feint d'ignorer, l'infidèle, que pauvreté^ dans la langue sainte, signifie toute espèce d'affliction et de peine, et non pas chômage et prolétariat. Et comment celui qui allait partout dan» la Judée, criant : Malheur aux riches I eût-ii pu l'entendre autrement? Malheur aux riches ! dans la pensée de Jésus-Christ, c'était malheur aux malthusiens.
Si le Christ vivait de nos jours , il dirait aut Lacdrdaifé et consors : a Vous êtes de la race de ceux qui , danâ toul <K les temps, ont versé le sang des justes, depuis Âbel jus* « qu'à Zacharie. Yolre loi n'est pas ma loi ; votre Dieu n'eirt
« pas mon Dieu ! x> Et les Lacordaire cirucifieraietit lè
Christ comme séditieux et comme athée.
Le journalisme presque tout entief est infecté des meniez idées. — Que le National, par exemple, notiâ dise d'il n'a ptà toujours cru , s'il ne croit pas encore que le paupérisme y dans la civilisation, est éternel ; que l'asservissement d'iiûb partie de l'humanité est nécessaire à la gloire de l'autte ; que ceux qui prétendent le contraire sont de dangereux ré* veurs qui méritent d'être fusillés ; que telle est la raison d'état ? Car, si telle n'est pas la pensée secrète du Natiotml^ si le National veut sincèrement, résolument l'émancipation des travailleurs , pourquoi ces anathcmes , pourquoi cette colère contre les socialistes purs, contre ceux qui, depuis dix et vingt ans, demandent cette émancipation ?
Qu'ils daignent aussi , afin que le Peuple les connaisse ^ faire leur profession de foi économique , ces bohémiens de la littérature, aujourd'hui sbires du journalisme, calomniateurs à prix fixe, courtisans de tous les privilèges, panégyristes de tous les vices, parasites vivant aux dépens d'autres parasites , qui ne parlent tant de Dieu que pour dissimuler leur matérialisme ; de la famille que pour couvrir leurs adultères, et qu'on verrait par dégoût du mariage, caresser des guenons, s'ils ne trouvaient plus de tiialthusietuaft^»
Faites des filles ^ nous les aimons ^ cbanlent ces infâmes, en parodiant le poète. Mais abstenez-Yons de &ire des garçons : au banquet de la volupté il n'y a pas de place pour tout le monde.
Le gouvernement était inspiré de Malthus, lorsqu'ayant cent mille ouvriers disponibles auxquels il donnait un salaire gratuit, il se refusait à les employer en travaux utiles; — lorsqu'ensuile, après la guerre civile , il demandait pour eux une loi de transportation. Avec les dépenses des prétendus ateliers nationaux, avec les frais de guerre , de procédure, de prison, de transport, on pouvait donner aux insQ^ gés du travail pour six mois , et changer tout notre régime économique. Mais le travail est un monopole ; mais on ne voulait pas que l'industrie révolutionnaire fît concurrencée rindustrie du privilège : au chantier de la nation, il n'y a pas de place pour tout le monde.
La grande industrie ne laisse rien à faire à la petite : c'est la loi du capital, c'est Malthus.
Le commerce en gros s'empare peu à peu du commerce de détail : c'est Malthus.
La grande propriété envahit, s'agglomère les plus pauvres parcelles : c'est Malthus.
Bientôt la moitié du peuple dira à l'autre :
La terre et ses produits sont ma propriété ;
L'industrie et ses produits sont ma propriété ;
Le commerce et les transports sont ma propriété ;
L'Etat est ma propriété.
Vous qui ne possédez ni réserve ni propriété ; qui n'êtes point fonctionnaire public , et dont le travail nous est inutile, ALLEZ- vous-EN ! Vous êlcs réellement de trop sur la terre : au soleil de la République, il n'y a pas de place pour tout le monde.
Qui viendra me dire que le droit de travailler et de vivre n'est pas toute la Révolution?
Qui viendra me dire que le principe de Maithus n'est pas toute la contre-révolution?
Et c'est pour avoir publié de telles choses, c'est pour avoir énergiquement signalé le mal, et cherché de bonne foi le remède, que la parole m'a été ôtée par ordre du gouvernement, du gouvernement qui représente la Révolution !
C'est pour cela que j'ai vu passer sur moi, muet, le déluge des calomnies, des trahisons, des lâchetés, des hypocrisies, des outrages , des désertions et des défaillances de tous ceux qui haïssaient ou ^ui aimaient le peuple ! C'est pour cela que j'ai été , pendant un mois entier^ livré aux chacals de la presse et aux chats-huants de la tribune 1 Jamais homme, ni dans le passé, ni dans le présent, ne fut l'objet d'autant d'exécration que je le suis devenu , pour ce seul fait que je fais la guerre aux anthropophages.
Calomnier qui ne pouvait répondre, c'était fusiller un prisonnier. Carnassiers de Maithus, je vous reconnais là ! Poursuivez donc ; nous avons plus d'un compte à régler encore. Et si la calomnie ne vous sufGt pas, employez le fer et le plomb. Vous pouvez me tuer : nul ne peut éviter son sort, et je suis à votre discrétion. Mais vous ne me vaincrez pas : vous ne persuaderez pas au peuple , moi vivant, moi tenant une plume , que , hormis vous , il y ait quelqu'un de trop sur la terre. J'en fais le serment devant le Peuple et devant la République !
Ln Cnlomnie.
cbie
ibes;
• Lecteurs, ra55iirez-Tons.Ceii'eslpasdemoique jepurlBî
IB n'est pas ma répuletion, mon honneur Iralaé sur kcbie
Iffâe JB ïèux venger. Que je sois lu succeasettfdoCarloudie,