DE LA FABRICATION OV MANIPULATION
Plusieurs auteurs assurent que les mortiers gagnent beaucoup à être corroyés long-temps, mais sans rien préciser. Pour faire cesser toute indécision à cet égard , nous nous sommes livrés à de nouvelles expériences, réclamées d'ailleurs par l'insuffisance de celles que nous avons publiées en 1818.
Les substances quartzeuses et calcaires se comportant généralement mieux à l'état de sable qu'à l'état de poussière avec toute espèce de chaux, l'effet mécanique d'une trituration laborieuse , et soutenue audelà du temps nécessaire à la perfection du mélange, ne peut évidemment qu'être nuisible; mais il est un autre point de vue sous lequel
ia chose doit être envisagée : c'est celui de l'influence atmosphérique sur les principes des mortiers, influence qu'une longue trituration maintient et favorise par le fréquent renouvellement des contacts.
Or, on a vu que les chaux hydrauliques et éminemment hydrauliques, exposées à l'air, y perdent une partie de leurs qualités, pendant que les chaux grasses en acquièrent de nouvelles; il en résulte que le mortier à chaux grasse est le seul qui ait quelque ehose à gagner à être longtemps corroyé, et c'est aussi ce que prouvent nos nouvelles expériences. Elles apprennent, en effet, qu'un mélange de i'jo parties de sable et de 100 parties de cette chaux , éteinte par immersion et mesurée en pâte, ayant été gâchées et remaniées avec addition d'eau de huit en huit jours, et pendant cinq mois consécutifs, est parvenu, un an après, à une résistance absolue de 5" 43 par centimètre carré; pendant que , dans le cas d'une manipulation ordinaire, ce même mélange n'a pu atteindre qu'à 4 kil »4- Mais, quoique sensible, cette différence ne répond pas, à beaucoup près, au travail qu'elle a coûté.
Ce n'est donc qu'en ce sens qu'elle renouvelle les contacts et favorise l'action atmosphérique, qu'une trituration long-temps continuée peut devenir favorable aux mortiers à chaux grasse; et par là se trouve complètement justifiée la méthode lyonnaise qui consiste, comme on le sait, à fabriquer d'avance de grands tas de mortier, d'où l'on tire successivement, en le rendant souple avec addition d'eau, celui dont on a besoin pour la consommation journalière.
Mais on conçoit en même temps que la même méthode deviendrait un contre-sens dans un pays où la chaux serait hydraulique ou éminemment hydraulique.
Tout ce qu'on a dit sur l'extinction de la chaux et la consistance des mélanges, en traitant des ciments et mortiers immergés, s'applique exactement aux mortiers exposés à l'air : il y a à perdre sur la résistance ultérieure que peuvent acquérir les mortiers à chaux hydrauliques, quand , au lieu de cette forte consistance dont nous avons parlé, on s'en tient à celle qui est adoptée par les maçons.
Le mortier , en toute saison , doit être fabriqué autant que possible à couvert, soit pour éviter la dessiccation rapide qui s'opère en été , soit pour obvier aux inconvénients bien plus graves de la saison des pluies. Dans ce dernier cas, il faut s'écarter un peu des principes posés précédemment, et préférer la chaux hydraulique éteinte par immersion, à celle qui résulte de l'extinction ordinaire; et cela, afin de pouvoir à volonté absorber l'eau que le sable mouillé peut contenir : sans ce moyen , il n'est pas possible d'obtenir un mortier ferme.
En été , au contraire, la chaux en pâte ne suffit pas toujours à abreuver le sable qui, quelquefois, est brûlant; il devient indispensable d'ajouter de l'eau , mais graduellement et avec la plus grande réserve. On ne pourrait croire, sans l'avoir vu, combien il en faut peu pour noyer un mélange (67).