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CHAPITRE XIV

Influence de la massivation sur la résistance des mortiers en général

Considéré comme matière plastique propre au moulage, le mortier peut prendre dans des enveloppes ou encaissements toutes les formes possibles. On est maître de lui donner d'ailleurs les apparences de la pierre, en le fabriquant îivec du sable fin non coloré, ou mieux avec des poussières calcaires provenant de pierres dures.

Le mortier contenu par une enveloppe peut être massive ou battu à la manière du pisé, et acquérir ainsi une grande compacité; mais, comme il n'en résulte pas toujours une augmentation de résistance, il est bon d'étudier les effets de cette massivation , et de distinguer les cas où elle peut produire plus de mal que de bien.

Pour qu'une matière quelconque puisse être massivée avec efficacité, il faut qu'elle ait un certain degré de consistance, qui tienne le milieu entre la pulvérulente complète et cet état de ductilité qui constitue une pâte forte. On conçoit, en effet, qu'il n'y a point de compression possible lorsque la matière peut fuir sous le pilon; et c'est ce que savent très-bien les maçons piseurs, qui n'emploient jamais que de la terre légèrement humectée. Or, on est toujours maître de préparer ainsi le mortier, soit immédiatement, soit beaucoup mieux encore, en laissant prendre au mortier gâché à la manière ordinaire un degré de dessiccation convenable.

I.e rapprochement successif des parties de la matière comprimée, s'opérant toujours dans le même sens, détermine nécessairement une eontexture feuilletée qui , quoique inaperçue , n'en est pas moins réelle. L'analogie conduit à penser que, dans tous les cas possibles, un corps ainsi formé doit opposer à une force de traction quelconque, par exemple, une résistance d'autant plus grande, que la direction (le cette force fait un plus petit angle avec les plans des feuillets: cependant l'expérience prouve que cela n'a pas généralement lieu; voici ce qu'elle apprend à cet égard :

io L'effet de la massivation est d'augmenter dans tous les cas, mais d'une manière inégale pour chacun d'eux, la résistance absolue des mortiers à chaux grasses et sables purs : la plus grande résistance devient perpendiculaire au plan des feuillets , quand les mortiers sont enfouis, immédiatement après leur fabrication , sous une terre humide. Elle reste parallèle à ces mêmes plans , quand les mortiers subissent l'influence atmosphérique.

a° L'effet de la massivation n'est constamment efficace, pour les

mortiers à chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques, et sables ou poussières calcaires ou quartzeuses, que dans le cas où la solidification de ces mortiers s'opère sous une terre humide. La plus grande résistance est alors dirigée perpendiculairement au plan des feuillets, comme pour les mortiers à chaux grasses; mais, à l'air, l'avantage des mortiers massives sur ceux qui ne le sont pas, ne se manifeste que dans un seul sens, savoir : parallèlement au plan des feuillets.

3° La massivation devient nuisible dans tous les cas à l'hydrate de chaux hydraulique ou éminemment hydraulique employé sans mélange, et soumis à l'influence d'une terre humide; et ne lui est favorable que dans le sens parallèle aux feuillets lorsque la matière durcit à l'air.

En nous livrant aux recherches qui font l'objet de ce chapitre, notre but a été d'étudier les propriétés des mortiers à chaux hydrauliques considérées comme matières plastiques. Les nombreuses pièces que nous avons moulées, tant en bas -relief qu'en ronde bosse, prouvent, comme nous l'avons dit, que le mortier reçoit et conserve bien les empreintes. Ces pièces ont supporté sans le moindre accident les intempéries de plusieurs hivers; leur dureté a toujours été en augmentant , et l'espèce de vernis dont le temps les u couvertes, leur donne actuellement une telle ressemblance avec la pierre ordinaire, que l'œil le plus exercé s'y méprend.

U ne reste plus qu'un problème à résoudre, c'est de trouver un moyen d'accélérer la prise du mortier sans nuire à ses qualités futures, et cela afin de n'être pas obligé de multiplier indéfiniment les moules par le même objet. Ce dernier poiut paraît difficile: le procédé Loriot est tout à fait insuffisant , et ne produit d'ailleurs que des mortiers de mauvaise qualité (t>4). Les ciments naturels qui, gâchés comme plâtre, durcissent presque instantanément à l'air, et dans l'eau, ont l'inconvénient d'être colorés en brun. Ceux que l'ou pourrait fabriquer de toutes pièces, en faisant cuire des mélanges de chaux et d'argile dépourvus de fer (Chapitre XV), ne résistent pas aux intempéries.

Mais, dès à présent, le mortier à chaux hydraulique peut être em-

ployé comme matière plastique dans une foule de circonstances où la multiplicité des moules cesse detre une difficulté; tel est le cas où l'on aurait à fabriquer des pierres artificielles portant moulures, des vases et ornements quelconques , susceptibles d être engendres par le mouvement rectiligne ou circulaire d'un calibre. Il est évident qu'alors il conviendrait d'établir le moule dans une fosse, en faisant courir le calibre sur une pâte argileuse préparée et disposée à cet effet. I/economie qu'un tel procédé apporterait dans les constructions de luxe est vraiment incroyable.

A l'appui de ce que nous venons d'avancer, nous pouvons citer les honorables suffrages de la Société d'encouragement : elle a accueilli nos essais avec faveur, et a bien voulu nous témoigner sa satisfaction, en nous décernant une médaille d'or dans sa séance du 29 octobre i8a3.

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