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CHAPITRE V

Des hydrates de chaux (37) , ou corps solides résultant de la simple combinaison de l'eau et de la chaux.

L'étude de ces corps n'offrirait qu'un médiocre intérêt, si elle ne se rattachait, par ses conséquences, aux faits les plus importants de l'histoire des mortiers.

Plusieurs essais préliminaires ont appris que la quantité d'eau employée à l'extinction de la chaux exerce une grande influence sur la dureté de l'hydrate qui en résulte; et cela se conçoit: trop peu d'eau ue lie pas; un excès étend la matière, qui reste légère, poreuse et friable, si elle ne parvient à prendre un retrait convenable pendant la dessiccation. Le plâtre gâché clair ou dur offre un exemple remarquable de cette vérité.

La consistance pâteuse qui conduit à la plus grande dureté est à la fois ductile et ferme. Nous l'avons nommée argileuse, parce qu'on ne peut mieux la comparer en effet qu'à celle de l'argile prête à être mise en œuvre pour la poterie. C'est cette consistance que nous nous sommes attachés à donner à la pâte des hydrates qui ont servi à nos expériences.

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Diverses chaux préparées de cette manière, et exposées, sous forme de prismes quadrangulaires , à l'action de l'air pendant une année , ont donné lieu aux observations ci-après :

10 L'acide carbonique répandu dans l'atmosphère se porte sur les hydrates , s'y fixe insensiblement , et les carbonate en s'étendant des surfaces au centre. L'épaisseur des partiesainsi carbonatées n'est guère, après un an , que de six millimètres pour les chaux hydrauliques ,

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et de deux à trois pour les chaux grasses ; c'est ce dont on peut se" convaincre en pratiquant , en divers sens, des sections sur les prismes, à l'aide d'une petite scie à ressort ; on aperçoit sur les chaux colorées, des bandes enveloppantes qui se distinguent du noyau par une teinte plus foncée; cette teinte est due à l'oxidation du fer. On ne voit rien de semblable sur les hydrates de chaux blanches ; mais en appliquant du papier réactif, légèrement humecté, sur les sections, on met surle-champ en évidence l'étendue des parties carbonatées.

Les progrès annuels de l'acide carbonique vont en décroissant rapidement; plus, en effet, la distance de la partie qui se carbonate à la surface est grande, plus le principe régénérateur éprouve de difficultés à y parvenir. Ces difficultés varient ensuite avec les accidents et le tissu plus ou moins serré des surfaces (28).

2 0 La dureté acquise par les hydrates varie avec le mode d'extinction employé : les trois procédés connus prennent, relativement aux chaux grasses, l'ordre de supériorité ci-après:

i° Extinction ordinaire; 2 0 extinction spontanée; 3° extinction par immersion. Relativement aux chaux hydrauliques et éminemment hydrauliques, cet ordre devient:

i° Extinction ordinaire ; a° extinction par immersion; 3° extinction spontanée.

En se rappelant ce qu'on a dit dans le chapitre IV, on verra sans peine que, pour chaque espèce de chaux, l'ordre des duretés est absolument le même que celui du foisonnement; c'est-à-dire, que le procédé qui divise le mieux la chaux, est aussi celui qui donne aux hydrates la plus grande force; résultat conforme à ce principe: que la cohésion d'un composé doit être en raison de la ténuité de ses parties, puisqu'elles peuvent alors se constituer mutuellement en contact plus intime.

En consultant les tableaux où sont consignées les expériences, on en tirera facilement les conclusions ci -après, qui sont le complément des observations précédentes :

!° Certaines chaux très-grasses et non colorées peuvent former, par le seul concours de l'eau, des corps aussi durs qu'une foule de pierres naturelles.

2° L'acide carbonique répandu dans l'atmosphère augmente, avec le temps , la dureté des parties de ces corps sur lesquelles il parvient à se fixer.

3° Les chaux hydrauliques de tous les degrés, surtout celles qui sont fortement colorées par le fer, ne donnent, par le seul concours de l'eau, que des corps légers et d'une médiocre dureté.

4° L'acide carbonique en augmente aussi la dureté, mais jamais au point de la rendre égale à celle qu'il communique aux hydrates de chaux grasses et blanches.

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