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II. — LOIS ÉLECTRO-CHIMIQUES RELATIVES A LA CALVANO-CAUSTIQUE

chimique. — Conditions indispensables a son accomplissement. —

Caractères propres des eschares.

Il est démontré, par des expériences nombreuses, que les substances végétales et animales, soumises à l’action des courants électriques, se décomposent comme un électrolyte quelconque; les principes acides, comme éléments électro-négatifs, se portent a l'électrode positif, et les alcalins, comme électro-positifs, se portent à l'électrode négatif. Becquerel nous a appris que dans l'action de la pile sur les tissus et les humeurs des animaux il se manifeste une réaction acide au pôle positif, alcaline au pôle négatif. Davy a démontré, par des expériences faites sur lui-même, que la décomposition a lieu aussi dans le corps vivant soumis à l’action du courant.

Ces principes acides et alcalins, à l’état naissant, réagissent sur les tissus mêmes d’où ils se sont dégagés et sur les électrodes, de la môme manière dont se comportent les principes résultant de la décomposition des autres électrolytes. Dans ces réactions, il se produit des composés nouveaux.

Prévost et Dumas, eu expérimentant sur le blanc d’œuf, ont observé autour de l’électrode positif un coagulum blanc, résultant de la combinaison de l'albumine avec l'acide qui se porte au pôle positif, et autour de l’électrode négatif un coagulum transparent, semblable à de lâ gelée, résultant de la combinaison de l’albumine avec l’alcali. Si l’on plonge dans de l’eau acidulée deux aiguilles de platine communiquant avec les pôles de la pile, on voit se dégager de l’oxygène du côté du pôle positif, de l’hydrogène du côté du pôle négatif; mais si au lieu de platine les aiguilles sont d'acier, on voit le gaz se dé-

gager seulement du côté négatif, l’oxygène se combinant avec le métal pour former un oxyde.

Sur ces loiséîectro-chimiques est fondée la galvano-caustique chimique.

Lorsqu’on fait agir un appareil électrique doué d’une action chimique suffisante, en appliquant séparément les deux électrodes sur les tissus organisés, des altérations se manifestent, aux points de contact des électrodes, sous l’influence de l’action chimique de l’électricité. Ces altérations sont des produits nouveaux qui résultent de la combinaison des principes acides et alcalins avec les tissus. Elles varient de la simple rubéfaction et du soulèvement de l’épiderme à la mortification, qui présente les caractères des eschares produites par les caustiques chimiques.

Les circonstances qui doivent concourir à la production de ces altérations sont relatives : au choix de l’appareil électro-moteur dont le courant doit être doué d'un degré suffisant d’action chimique : il faut pour cela qu’il soit composé de plusieurs éléments à surface peu étendue; au choix des électrodes et à leur application : ils doivent être tels qu’ils ne puissent, être attaqués par les produits de l’électrolyse,et ils doivent être appliqués dans deux points séparés et immédiatement sur les tissus ; aux tissus qu’on veut cautériser : il faut que ces tissus soient assez humides pour servir de conducteurs au courant et pour en éprouver les effets chimiques. Le défaut ou la réalisation moins précise de ces conditions ferait manquer ou modifierait les effets chimiques du courant, ainsi qu’il arriverait d’ailleurs dans une opération électro-chimique quelconque.

L’action chimique du courant se manifeste sur les tissus vivants ainsi que sur les tissus morts; ses effets immédiats peuvent être observés avec plus de facilité dans ce dernier état.

Les circonstances qui précèdent, et qui sont nécessaires au développement des phénomènes chimiques du courant, se trouvent réalisées de la manière la plus favorable lorsque le courant est transmis aux tissus au moyen de l’acupuncture. Si les aiguilles sont en acier, on observe autour de l’aiguille représentant le pôle négatif une tache jaune, humide avec soulèvement de l’épiderme; une humeur écumeuse s’échappe autour de l’aiguille, qui essuyée par le papier préparé donne la réaction alcaline. Ces effets sont plus ou moins marqués en raison de la tension du courant, de sa durée, de la qualité

conductrice des tissus. L'extraction de l'aiguille est facile et suivie de l’expulsion de gaz sous forme de bulles, avec crépitation ; on trouve l’aiguille toujours polie et luisante. En examinant la tache dans les tissus, on s’aperçoit que c’est une véritable eschare, mollasse, humide, qu’on peut comparer aux eschares produites par les caustiques chimiques alcalins, et surtout par l’ammoniaque. En coupant l’eschare suivant le trajet parcouru par l’aiguille on voit qu’elle s’étend jusqu’au delà du fond de ce trajet, sous forme d’un cône dont la hase est à la surface des tissus; ce qui s’explique par ce fait que la peau est plus serrée autour de l’aiguille que les tissus sous-jacents. Tels sont les phénomènes propres de la galvano-caustique , négative ou aicaline.

Bien différents sont les phénomènes du côté du pôle positif. Après que les premiers effets se sont manifestés de l’autre côté sous l’action d'un courant faible, comme celui qu'on emploie pour exciter la contractilité musculaire ou pour coaguler le sang dans les varices et les anévrysmes, on n’aperçoit autour de l’aiguille positive qu’un petit -peint noir qui n’est pas une eschare, mais l’effet de l’oxygénation du sang et qui ensuite se détache sans ulcération. Si l’action du courant est plus forte, autour du petit cercle noir on voit se former une petite auréole jaune foncé, sèche, déprimée, sans sortie ni d’humeur ni de gaz. On trouve de la résistance à l’extraction de l’aiguille, noircie et rouillée dans toute l’étendue de la partie qui a pénétré dans les tissus, auxquels elle est adhérente; sa pointe est émoussée; l’ouverture qu’elle laisse reste toujours béante, sans issue ni d’humeurs ni de gaz. En incisant le trajet parcouru par l’aiguille on trouve que l’eschare est peu marquée et presque limitée à la surface des tissus soumis à l’expérience. Cette eschare, en se détachant des tissus vivants, laisse une ulcération superficielle et sans conséquences fâcheuses.

Les effets peu marqués de l’action chimique du courant du côté du pôle positif, doivent être attribués à la qualité de l’électrode, sur lequel agissent les acides animaux; autrement ces acides exercent une action chimique sur les tissus en les cautérisant. Cet effet caustique ne manque jamais lorsque l’aiguille n’est pas oxydable, comme une aiguille de platine ou d’or; nous obtenons alors des eschares assez marquées, ayant leurs caractères propres. Dans ces cas, les effets ne tardent pas beaucoup à se manifester; l’eschare, jaune

foncé, sèche et déprimée, acquiert la même étendue que celle du pôle négatif, et même la dépasse, et cela à la surface aussi bien que dans les parties les plus profondes; autour de l’aiguille s’échappent des gaz mêlés aux humeurs sous forme d’écume, et donnant la réaction acide. A l’extraction de l’aiguille on rencontre de la résistance, due à la dureté de l’eschare, serrée autour de l’aiguille, qui est toujours luisante et entière; de la petite plaie sort de l’humeur ou de l’écume. L’eschare est de forme conique, plus large à la surface, moins dure et plus étroite dans les parties profondes. Tels sont les phénomènes propres de la galvano-causiique positive ou acide.

Les expériences sur les tissus organisés vivants et morts, et les observations cliuiques m’ont convaincu d'un fait d’une haute importance dans la pratique. L’oxydation de l’aiguille, sous l'action du courant positif, constitue une couche isolante, qui protège les tissus de l’action chimique cautérisante, tout autant du pôle positif que du pôle négatif. Nous reprendrons cet argument en traitant des règles q.ue l’on doit suivre pour éviter les cautérisations.

Si au lieu des aiguilles on emploie des électrodes d’une autre forme, en agissant à la surface des tissus, les effets du courant s’accomplissent suivant le même ordre; les eschares qui se forment ont l’étendue des électrodes à la surface, une étendue moins grande dans les parties profondes.

Les eschares ainsi formées sont éliminées comme celles que produisent les caustiques chimiques, par un travail d’inflammation et de suppuration. La réaction, en général, est légère; quelquefois cependant elle a été forte et s’est présentée sous forme d’érysipèle accompagnée de fièvre; cela a lieu surtout quand elles intéressent des parties douées de beaucoup de vitalité. La suppuration commence du cinquième au sixième jour; les eschares du pôle positif se détachent le huitième jour, mais plus souvent du treizième au seizième; en général, les eschares du pôle positif tombent quelquesjours avant les autres. L’eschare du pôle positif reste toujours sèche et dure; l’autre, déjà mollasse dès son origine, se ramollit davantage par la suppuration; mais, plus tard, après le onzième jour, elle devient dure, sèche et noire. Contrairement aux eschares produites par les caustiques, les eschares électro-chimiques ne s'élargissent pas davantage; leur chute laisse des ulcères profonds, en forme de tasse, ayant à peu près la même étendue que l’eschare. L’ulcère du pôle

positif intéressant le derme, donne une humeur rougeâtre, se rétrécit et se cicatrise du vingtième au vingt-quatrième jour, se couvrant d’une croûte rouge sombre, ensuite noire. L'ulcère du pôle négatif donnant une suppuration ténue, se cicatrise plus tard et se couvre d’une croûte compacte et très-adhérente. Les ulcères résultant de l’action chimique du courant dans les tissus pathologiques guérissent par coarctation, ce qui produit une notable diminution dans le volume de ces tissus.

D’après les choses jusqu’ici exposées, il n’est plus permis d’attribuer les effets chimiques du courant à l’action dite physiologique, ou à la chaleur électrique. En effet, les appareils à induction, qui sont les plus propres à la manifestation des premiers, ne se prêtent pas à la production des altérations susdites; leur action se manifeste à travers des conducteurs humides qui séparent les électrodes des tissus, condition qui empêche l'action chimique du courant sur les tissus organisés; celle-ci se produit sur le corps mort, où manque toute action physiologique.

La chaleur électrique donne des altérations matérielles, mais elles sont bien différentes des altérations propres à l’action chimique du courant. Ce sont de véritables brûlures, ainsi qu’on les obtient par l'action du feu ou du fer rouge. Pour les obtenir, il faut des appareils doués de beaucoup d'intensité, tels que les appareils de Grove, de Bunsen, de Grénet; il faut, condition indispensable, que les rhéophores soient continus d’un pôle à l’autre. Sur ces principes est fondée la galvano-caustique que M. Middeldorpff a introduite dans la pratique chirurgicale. Les appareils les plus propres au développement des phénomènes électro-chimiques ne se prêtent pas au développement de la chaleur dans les rhéophores. Il y a cependant des circonstances qui peuvent induire en erreur, en faisant attribuer à l’action de la chaleur les effets chimiques du courant; il est bien de les connaître. Lorsqu’on emploie un appareil composé de plusieurs éléments propres au développement de la chaleur, le courant, doué ainsi d’intensité et de tension suffisantes, produit ou des brûlures ou des eschares bien marquées, selon que les rhéophores sont combinés, ou qu’ils sont appliqués séparément aux tissus. Dans cette dernière circonstance, si la batterie est douée d'une force extraordinaire, et le courant transmis au moyen de l’acupuncture, il peut arriver que par l’effet de réactions chimiques très-énergiques, les électrodes

s’échauffent au point de causer l’évaporation des liquides, qui se séparent des tissus sous forme d’écume, de dessécher les eschares déjà formées et de les brûler. On voit bien que ces effets calorifiques ne sont que la conséquence de réactions chimiques très-énergiques.

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