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ANTHROPOLOGIE DESCRIPTIVE

L’examen des caractères physiques des difîérentes races dont l'ensemble forme le groupe humain, a pris, dans ceç derniers temps, une importance que les recherches antérieures ne lui avaient point attribuée. On a reconnu notamment que l’osléologie, et surtout la oraniologie appliquée à la classification des races humaines, devenait pour tous ceux qui se consacrent à l’étude scientifique de l’humanité un auxiliaire indispensable, et l’on a accumulé de tous côtés mémoires sur mémoires, analysant avec plus ou moins de précision les traits les plus constants relevés sur des sujets appartenant à tous les peuples de la terre. Il fallait faire un ensemble de tous ces morceaux épars, pour qu’il devînt possible d’en tirer les renseignements utiles aux recherches des naturalistes et des historiens. C’est cet ensemble que forme le volumineux ouvrage dont on alu plus haut le titre.

On y trouve d’une part l’analyse de tout ce qui avait été fait jusqu’à ces dernières années dans le domaine de la craniologie; on y rencontre d’autre part plusieurs milliers d’observations nouvelles, qui, combinées à celles qu’avaient antérieurement publiées’ les écrivains spéciaux, viennent fournir une base particulièrement solide à la classification des races et à l’étude de leurs relations dans le passé et dans le présent.

Une première partie du livre, subdivisée en trois chapitres, fait connaître ce que l’on sait des races humaines fossiles ou réputées telles. La première, dite

race de Cansladt, parce que c’csl dans cette localité qu’a été recueilli, en 1700, le plus ancien fragment connu qui en présente les caractères, paraît avoir occupé, pendant les premiers temps de l’époque quaternaire, l'Europe occidentale presque entière où l’hérédité et l’atavisme reproduisent sporadiquement son type plus ou moins atténué. Des liens morphologiques assez étroits la rattachent à certaines tribus inférieures du centre de l'Inde et du sud du continent australien.

La deuxième race est dite de Cro-Magnon; c’est le nom d’un abri sous roche de la vallée de la Yézère, où ont été découverts en 1868 les débris les plus accentués de son squelette. Cette vallée est le centre le plus important de l’habitat ancien de la race, dont l’expansion peut se suivre, dès les temps les plus voisins de son apparition, jusqu’en Belgique (Engis, etc.) et jusqu’en Italie (Isole del Liri) et qui a laissé une empreinte très reconnaissable non seulement chez les populations qui occupent encore la même aire géographique, mais encore chez des peuples occidentaux beaucoup plus éloignés, tels que les Daléoarliens au nord, et au sud divers groupes isolés des Pyrénées, de l’Atlas ou même des îles Canaries.

Les riverains de la Lesse, à Furfooz (Belgique), de la Seine, à Grenelle, jouent peut-être un rôle moins important que les troglodytes de la Yézère dans l’ethnogénie de l’Europe occidentale: on suit néanmoins leurs traces jusqu’à l’extrémité de la péninsule ibérique, et ils paraissent avoir largement peuplé à l’àge de la pierre polie les vallées de la Meuse, de la

Les races humaines actuelles, dont la description occupe seize chapitres, sont étudiées de la même manière que les races primitives dans leurs caractères, dans leurs rapports entre elles et dans leur distribution géographique. On constate, par exemple, que les négritos composent le substratum ethnique du sud-est de l’ancien monde depuis le Kumaon jusqu’aux montagnes de Travancore, et depuis Formose jusqu’à Timor, tandis que deux races nègres de petite taille, très voisines de celle-là, probablement très anciennes aussi, forment la population fondamentale du nord-ouest de la Mélanésie d’une part, de l’Afrique équatoriale de l’autre. Les Papouas de la Mélanésie sont suivis dans leurs migrations voulues ou involontaires à travers le Pacifique jusqu’aux Carolmes, aux îles Hawaii, etc. Les Australiens, décomposés en deux groupes

distincts, voient leurs affinités avec certains montagnards de l’Inde se manifester par des caractères nouveaux. Puis ce sont les Pygmées d’Homère et les Noubas d’Ératosthène qui reprennent leur place dans la classification des races nègres. L’étude des Soudaniens montre les relations étroites qu’offrent entre elles les nations qui s’étendent de la grande courbure du Niger jusqu’au Nil supérieur, les différences au contraire que présentent ces nègres avec les Mandingues et les Cafres ou Bantous. Les Bojesmans apparaissent comme un élément ethnique très distinct, qui a eu autrefois une expansion considérable à travers le continent noir et les Hottentots comme des intermédiaires entre les Bosjesraans et les Cafres ou les autres nègres de l’Afrique méridionale.

Les races jaunes, dont le Mongol est le type le plus accentué, sont décomposées, à l’aide de la morphologie crânienne, en un certain nombre de groupes bien distincts qui s’échelonnent du Mongol proprement dit et du Turcoman au Chinois et à l’Eskimo,

Les Polynésiens, que l’on avait trop intimement reliés aux Malais, en sont détachés et réunis au contraire aux Indonésiens, distingués avec le même soin des Indo-Mongols.

Les races américaines reprennent leur groupement naturel que Morton avait méconnu. Sans doute l’existence d’une première population commune à presque tout le nouveau monde ressort de la comparaison des renseignements fournis par l’examen des sépultures anciennes des États-Unis, du Mexique, du bas Pérou, etc., mais on voit se superposer à ce type archaïque bien d’autres types ethniques bien différents.

Les races blanches enfin subissent un nouveau groupement conforme, tout à la fois, aux données historiques et naturelles. D’une part les Lapons, les Ougriens et une partie des Finnois, de l’autre les Ligures, les Celtes (de la Celtique de César), les Slaves forment des groupes homogènes. Les Scandinaves et les autres peuples qui s’y rattachent historiquement viennent se masser autour des pumilifs constructeurs de dolmens considérés comme leurs ancêtres. Les Gâtâtes des tumulus sont rapprochés des Franks des cimetières du cinquième au huitième siècle de notre ère. Enfin le groupe méditerranéen occidental embrasse dans son ensemble les Ibériens, la plupart des montagnards des Pyrénées, les insulaires de Corse, de Sardaigne, certains indigènes de

l’Afrique du nord et peut-être une partie des anciennes populations de l’Italie L’ouvrage se termine par l’étude détaillée des.documents que l’on possède sur la Perse et sur l’Inde, sur les Égyptiens, les Kouschites et les Berbères,

enfin sur les Sémites et en particulier sur les Arabes et sur les Juifs.

En résumé, malgré ce qu’a de systématique une classification fondée uniquement sur la connaissance de la tête, il se trouveque, presque toujours, la répartition à laquelle cet examen conduit coïncide avec le groupement que dicte d’ailleurs l’examen méthodique de tous les caractères, de quelque ordre qu’ils soient. L’étude de la tête osseuse permet donc à elle seule de distinguer dans l’immense majorité des cas les divers éléments ethniques qui entrent dans la composition d’un peuple. Ce résultat général est un de ceux auxquels on attachera le plus d’importance et qui prêtera certainement aux applications les plus utiles. (Cf. Comptes rendus Acad, sc., t. LXVI, p. 1313-1317; t. LXVIII, p. 861-867; t. LXXX, p. 73-80; t. LXXXII, p. 56-61 ; t. LXXXIV, p. 139-145; t. LXXXVI, p. 739-745; t. LXXXVII, p. 1014-1019 ; t. LXXXIX, p. 1017-1022; t. ex, p. 1390-1396,1520-1526; t. CXIV, p. 20-25).

Renseignements historiques et statistiques sur les collections du Muséum de Paris, qui dépendent de la chaire d’anthropologie.

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