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DE L’ACTION PHYSIOLOGIQUE DES POISONS ET DES MÉDICAMENTS DU CŒUR

(Bulletin de thérapeutique, 1865. — La France médicale, 1871. —

La Tribune médicale, 1876.)

Un grand nombre de substances agissent sur le cœur, soit directement, soit par l’intermédiaire des nerfs, pour produire des effets identiques en apparence, mais en apparence seulement : ainsi la digitale

et la vératrine ont toutes deux pour effet de ralentir le pouls ; c’est là le résultat immédiat, apparent de chacuue de ces deux substances; mais chacune d’elles produit ce résultat d’une façon difïérente, par une action individuelle, élective. C’est celte action intime qu’il est important de connaître; car c’est elle qui fournira l’indication spéciale de l’une ou l’autre de ces substances, dans tel ou tel cas morbide.

Or la digitale ralentit le cœur tout en augmentant sa force musculaire, et, par conséquent, convient surtout pour les affections du cœur ayant le caractère de la débilité, et dans lesquelles il est nécessaire de soutenir l’énergie de cet organe. La vératrine, au contraire, frappe brusquement l’élément nervo-musculaire du cœur et en atténue la puissance; son action est violente, mais transitoire, contrairement à celle de la digitale, qui est graduelle et se fait sentir encore plusieurs jours, même après qu’on en a cessé l’emploi. Voilà déjà des différences imporlantes, mais qui ne sont pas encore des différences primordiales ; il faut savoir en outre que chacune de ces substances agit plus spécialement sur tel ou tel élément du cœur, c’est-à-dire soit directement sur le muscle cardiaque, soit sur les divers nerfs du cœur.

Parmi les poisons et les médicaments cardiaques, les uns agissent d’emblée sur le muscle cardiaque lui-même : ce sont des poisons musculaires, et on peut couper tous les nerfs qui vont au cœur sans empêcher les effets toxiques de se produire ; les sels de potasse, et particulièrement le nitrate de polasse. sont le prototype de ces poisons cardiaques musculaires.

D’autres substances n’attaquent l'élément musculaire qu’après l’élément nerveux. Telles sont la vératrine, la digitale, le sulfate de quinine ; ce sont surtout des poisons nerveux. Or le système nerveux du cœur est très-complexe, et ces poisons nerveux n’agissent pas d’une façon identique sur les différents nerfs.

L’innervation du cœur comprend trois éléments :

I. Système moteur. — a. Situé dans des ganglions intracardiaques et contenant le principe d’action du cœur.

b. Élément moteur auxiliaire, extraeardiaque. Le bulbe et la région cervicale de la moelle contiennent des centres auxiliaires, dont

l’excitation accélère les mouvements du cœur par l’intermédiaire du nerf grand sympathique, lequel n’est pour le cœur qu’un nerf de transmission.

II. Système des nerfs modérateurs ou antagonistes. — L’activité des ganglions intracardiaques et des centres auxiliaires est en effet contre-balancée ou réglée par le nerf vague, qui doit être considéré comme un nerf modérateur ou régulateur ; car, s’il vient à être excité, au lieu d’augmenter le nombre des pulsations, comme le ferait un nerf moteur, il arrête le cœur en relâchant son tissu musculaire; au contraire, ta section du nerf précipite les pulsations d’une manière démesurée. Le nerf vague est donc une sorte de frein dont la suppression donne libre cours à l’impulsion émanée des ganglions.

Il y a en outre dans le cœur lui-même des ganglions qui font suite aux nerfs vagues et qui comme lui refrènent l'action des centres moteurs.

III. Système moteur indirect. Centrbs nerveux des vaisseaux. — Enfin les centres vaso-moteurs constituent un élément des plus importants de la circulation et par conséquent du fonctionnement du cœur. L’excitation de ces centres vaso-moteurs, situés principalement dans le bulbe et dans la moelle, produit une excitation des nerfs constricteurs des vaisseaux et par conséquent un rétrécissement de ces vaisseaux : de là une augmentation de la pression intravasculaire, contre laquelle aura à lutter la force contractile du cœur ; les agents qui modifient la pression intravasculaire exercent donc aussi une action indirecte sur le cœur.

Cela posé, il n’y a rien d’étonnant que les médicaments cardiaques puissent agir distinctement sur ces divers éléments de l’innervation cardiaque, directe ou indirecte, et l’on peut alors classer ces médicaments de la façon suivante :

I" Poisons et médicaments du système modérateur du cœur. a. La

digitale ralentit le cœur, en excitant les nerfs modérateurs, c’est-à-

b. La muscarine, ou poison des champignons, constitue un autre type qui porte son action encore sur le système modérateur, mais sur la partie intracardiaque; elle ralentit, comme la digitale, les battements du cœur, mais en excitant les ganglions frénateurs eux-mêmes.

c. La belladone agit justement en sens inverse de la muscarine; elle paralyse ces mêmes ganglions modérateurs ; elle augmente d’une manière démesurée le nombre des battements du cœur et constitue le véritable contre-poison de la muscarine.

2° Médicaments du système moteur. — Il y a des médicaments, comme le sulfate de quinine, qui ralentissent et en même temps affaiblissent l’action du cœur, ce qui fait croire à une double action.

L’affaiblissement parait tenir à une paralysie des ganglions automoteurs, et le ralentissement est dû, comme pour les médicaments indiqués ci-dessus, à l’excitation des ganglions modérateurs intracardiaques. La preuve qu’il en est ainsi, c’est qu’on peut sectionner tous les nerfs qui vont au cœur, et cependant la faiblesse et le ralentissement du cœur persistent.

3" Poisons et médicaments des centres d'action indirecte ou vasomoteurs. — Un certain nombre de poisons du cœur agissent à la fois ou successivement sur les vaisseaux et sur le cœur. Ainsi le bromure de potassium excite le centre vaso-moteur et par suite fait contracter les vaisseaux ; il en résulte une augmentation de la pression intravasculaire et, consécutivement, une sorte d’épuisement du cœur, qui doit lutter contre cet obstacle.

Le seigle ergoté, outre son action sur l’utérus, agit sur le cœur comme le bromure do potassium.

La nicotine a une action plus complexe : d’une part, elle excite le centre vaso-moteur, car elle fait contracter les vaisseaux et produit une augmentation de la tension intravasculaire: mais en outre elle excite les nerfs vagues dans leur portion intracardiaque, car k faible dose elle ralenttt le cœur sans diminuer l'énergie de cet organe ; à forte dose, les nerfs surexcités se paralysent, le cœur bat plus vite par suite de la paralysie des nerfs vagues, les vaisseaux se relâchent et se dilatent.

Ainsi les médicaments et les poisons du cœur (qui, en réalité, ne présentent d’autres différences que celles résultant des doses) ont une action très-diverse, malgré les analogies apparentes qu’ils pré-

sentent. C'est cette action physiologique spéciale, élective, qui seule doit guider le médecin dans l’application de ces remèdes si énergiques et souvent si efficaces, toutes les fois que l’on se propose d’agir sur le cœur ou sur les vaisseaux, ou sur la circulation des centres nerveux, ou encore sur la température du corps.

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