‹ Résumé des travaux scientifiquesChapitre 3 sur 14 · ESSAI DE CLASSIFICATION PHYSIOLOGIQUE DES MÉDICAMENTS · texte numérisé non relu

ESSAI DE CLASSIFICATION PHYSIOLOGIQUE DES MÉDICAMENTS

(Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, 1865, t. II, p. 705.

— La Tribune médicale, 1876, p. 145, etc.)

Les classifications thérapeutiques généralement admises avant nos recherches reposaient sur trois espèces de données : 1° les caractères botaniques ou chimiques; — 2" les résultats curatifs; — 3° les effets apparents produits par le médicament sur l’organisme.

1° Les caractères botaniques des médicaments ne peuvent servir de base à une classification thérapeutique; car on sait que les plantes d’une même famdle peuvent présenter les propriétés les plus opposées, et qu’une plante contient souvent elle-même des principes très-divers.

Quant aux caractères chimiques, on ne peut songer à adopter pour la matière médicale une classification en métalloïdes, métaux, hydrocarbures, corps azotés, alcaloïdes, etc. —Pour ne parler que des alcaloïdes, onconfondraitdans une même série tous lesprincipesde l’opium, du quinquina, des solanées, des strychnées, etc. 11 suffit d’indiquer un pareil rapprochement pour en faire ressortir les graves inconvénients. Il ne faut pas perdre de vue cependant que la constitution chimique des médicaments a une part importante, mais non dominante, sur leur action physiologique.

2» Les effets curatifs des médicaments ont fait et font encore jusqu’à un certain point la base des classifications didactiques.

On a cru reconnaître aux diverses substances du règne minéral ou

organique des vertus antiphlogistiques, antispasmodiques, fébrifuges, antiscrofuleuses, antisyphilitiques, comme s’il existait des remèdes contre l’inflammation, les spasmes, la fièvre, la scrofule, la syphilis, etc. L’expérieuce a depuis longtemps fait justice de ces dénominations et des principes sur lesquels elles reposent. Ainsi, sans parler des remèdes contre l’inflammation et contre les spasmes, dont les propriétés n’ont jamais existé quo dans l’imagination de leurs auteurs, je citerai les spécifiques les mieux accrédités: le mercure et l’iodure de potassium. Qu’est devenue leur infaillibilité? — Ils peuvent bien faire disparaître les manifestations de la syphilis, mais ils laissent subsister la maladie ; c’est qu’en effet ils sont incapables de neutraliser le poison syphilitique, qui, à un moment donné, fait partie intégrante de la constitution organique.

La quinine elle-même guérit la fièvre intermittente, mais elle n’empêche pas le retour des accès; elle ne guérit pas l’intoxication palustre, qui esfle point de départ de la fièvre.

Il n’y a donc pas de spécifiques, et toutes les classifications qui établissent une séparation entre les aniidotiques spécifiques et les médicaments vulgaires n’ont pas de raison d’être; les résultats curatifs ne peuventservirde base à une dichotomie.

3° Restent les classifications qui prennent pour point de départ les effets immédiats ou apparents. C’est aiusi qu’on a établi les catégories suivantes :

A. — Médicaments qui produisent une sécrétion ou une excrétion (diurétiques, diaphorétiques, vomitifs, purgatifs) ;

B. — Ceux qui altèrent l’économie sans amener de déperdition (altérants) ;

C. — Ceux qui troublent les fonctions du système nerveux (narcotiques, stupéfiants) ;

D. — Excitants, etc.

Mais comment confondre dans une même appellation tous les diurétiques, dont le mode d’action diffère totalement ; les uns agissant par suite de l’augmentation de la pression intravasculaire dans les vaisseauxdu rein, de manière à augmenter la sécrétion; les autres, au contraire, agissant par voie de dialyse? Comment réunir dans un même groupe (les narcotiques) la morphine et l’atropine qui produisent des

effets absolument opposés, bien que toutos deux elles soient narcotiques?

Classification physiologique. — Ce qui nous importe pour établir une bonne classification, c’est le mécanisme intime des agents médicamenteux, car c’est sur ce mécanisme physiologique que doit être basée toule la classification thérapeutique.

La constitution chimique des corps doit être connue au préalable; car si les notions chimiques sont insuffisantes pour servir de base à une classification, elles sont indispensables pour étudier les transformations des médicaments après qu’ils ont été absorbés et jusqu’à ce qu’ils soient éliminés.

Or les uns ne subissent aucune modification dans l’économie : tels sont la plupart des alcaloïdes, sauf peut-être la solanine, la colchicine, la quinine et la strychnine. Les autres, en plus grand nombre, s’annexent des substances existant déjà dans l’organisme : ainsi l’acide benzoïque s unit au glycocolle pour constituer l'acide hippurique, forme sous laquelle il s’élimine presque entièrement ; ainsi l’acide salicylique s’unit aussi, mais en partio seulement, au glycocolle pour s’éliminer par les urines sous forme d’acide salicylurique. D’autres substances s’oxydent dans l’économie; les sels à acides végétaux, les tartrates, les malates, se transforment en carbonates. Enfin d’autres médicaments se décomposent dans leurs éléments constituants : c’est ainsi que le chloral se transforme, au moins en partie, en chloroforme et en acide formique.

La connaissance de ces phénomènes est, comme il est facile de le voir, très-intéressante et fort utile, mais elle n’est pas suffisante pour être la base d’une classification. Ce qu’il nous faut surtout connaître, c’est l'action intime du médicament sur l’organisme ; c’est elle seule qui peut et doit nous guider, et qui nous permet d’établir diverses classes de médicaments. C’est ainsi que, nous appuyant non pas sur la notion de la maladie mais sur la physiologie des médicaments, nous rangeons ces médicaments en quatre classes.

1™ CLASSE. — Modificateurs du système nervo-musculaire.

Ce sont les médicaments dont l’action dominante, primordiale,

s’exerce sur les diverses parties du système nerveux ou du système musculaire. Nous pouvons ranger dans cette classe :

1° Les médicaments cardiaques, c’est-à-dire ceux qui ont une aciion sur le cœur (voy. plus haut les Poisons du cœur).

2° Ceux dont l'activité s’exerce sur les vaisseaux (bromure de potassium, ergot de seigle, belladone).

3° Ceux qui étendent leur action sur tout le système nervo-moteur pour le déprimer (curare, fève de Calabar, ciguë, aconit).

4° Les excitants du système nerveux tout entier ^(ammoniaque); les excitants de la moelle (comme la strychnine, qui augmente le pouvoir réflexe de cet organe); les excitants de l’encéphale (l’opium, dont l’action sur le cerveau est encore indécise).

5° Les dépresseurs de laction réflexe de la moelle (chloral, bromure de potassium, acide salicylique; surtout les anesthésiques, le chloroforme, le protoxyde d’azote). Ces médicaments suppriment tous la douleur, mais produisent ce résultat d’une façon très-diverse : le chloral, en provoquant un sommeil réparateur ; le bromure, en calmant la circulation ; l’acide salicylique, par ses propriétés analgésiantes; le chloroforme, en]agissant sur tout le système des nerfs sensitifs.

Il* CLASSE. — Trophiques modificateurs fàvorarles de la

Page 1