CHAPITRE I
Les Missions Évangéliques de Londres dans l'Afrique australe. Kuruman. — Kolobeng. —Le docteur David Livingstone. — • Premier voyage du docteur Livingstone au lac N'gami , en 1849. — Départ de Kolobeng. — Traversée du désert de Kalahari. — Il découvre la rivière Zouga. — Sa réception par les Bayéyés. — Il remonte la Zouga. — Il atteint le lac N'gami. — Aspect physique du pays. — Visite qu'il veut faire à Sébitoane. — Causes qui l'en empêchent. — Second voyage du docteur Livingstone au lac N'gami, en 185». —Il traverse la Zouga. — Les tsétsé l'empêchent de pénétrer au Nord-Est. — Ce que c'est que les tsetsé. — Retour à Kolobeng.
Les différentes sectes chrétiennes ont, depuis plusieurs années, établi au sud de l'Afrique des missions dans le but de conquérir à la religion et à la civilisation les tribus barbares des Cimbébas, des Namaquas , des Hottentots, des Gafres , etc., etc.r qui occupent la région immédiatement située au nord de la colonie anglaise du cap de Bonne-Espérance. Il n'y a pas moins de treize sociétés de missionnaires (1) différentes, représentées dans ces contrées
(1) Voici leurs noms : Société des missions de l'Afrique méridionale, de Londres, de Paris, de Berlin, du Rhin, de Norvège, des Frères-Unis^ des Méthodistes vesleyens, de l'Église libre d'Ecosse, de l'Association nord-américaine, de l'Église presbytérienne d'Ecosse, des Baptistes et de l'Union apostolique. Les missions et les stations,, établies par ces différentes Sociétés , sont indiquées dans la carte n° 65d de l'atlas de Stieler : Das Capland nebst den SUd-Africanischen Freistaatenund dem Gebietder Kaffern und Hottentoten. Znerst entworfen von DT Heinr. Berghaus 18.'il. Neue Bearbeitung v. Herm Berghaus 1855. - Maafsslab : riciôêô- Gotha- Justus Perthes
lointaines par quelques-uns de leurs membres dévoués et courageux.
Parmi celles de ces missions qui prospèrent le plus , nous devons citer la mission évangélique de Paris , qui compte plus de quinze stations échelonnées dans les belles et riches vallées du haut Orange et de la rivière Calédon, parmi les tribus cafres desBassoutos(l); et la mission évangélique de Londres. Cette dernière société dont les travaux apostoliques remontent déjà à un certain nombre d'années (1820), a vu ses missionnaires établir de nombreuses stations qui s'échelonnent depuis les rivages de l'Océan , où elles sont représentées dans les principales villes de la colonie du Cap, jusqu'au milieu des pays des Koranas et des Bechuanas , bien au delà de la rivière Orange. Leurs postes les plus avancés sont : le nouveau Litakou ou Kuruman sur la rivière du même nom ; Molopo, près delà rivière du même nom; Mosiga, Mabotsa et enfin Kolobeng.
Kolobengest un pauvre village situé au 24° 40' de latitude sud et au 23° 32' de longitude à l'est du méridien de Paris -, il est assis au pied et sur la pente d'une colline de grès rouge ferrugineux dans le pays des Bechuanas , sur la limite orientale du désert de Kalahari, à environ 200 milles (321 kilomètres) de
(1) Les principales stations de ces missionnaires sont à Béthulie, Beerséba, Hébron, Bethséda, Morija, Thaba, Bérea, Motito, Cana, Plattberg, Mékuatling, Hermon,Blœm-Fontain , Maliba , etc., etc. On doit aux missionnaires évangéliques de Paris d'importants travaux sur l'ethnologie et la linguistique de ces pays; les noms de MM. Cazalis , Frédoux, Arbousset, Damnas, etc., sont connus des amis delà Science»
l'importante station de Kuruman, où résidait depuis plusieurs années le Rév. M. Moffat.
David Livingstone, né à Blantyre près de Glasgow, en Ecosse, était venu , vers l'année 1840 , dans l'Afrique australe pour y partager les honorables fatigues de ses confrères. Son savoir et ses grandes qualités le firent bientôt remarquer, il devint le gendre du Rév. Moffat, et après plusieurs excursions heureuses dans les environs de Kuruman , il fut décidé qu'il irait fonder une nouvelle mission plus au nord de Kuruman ; c'est alors que fut établie celle de Kolobeng , où le docteur Livingstone fixa sa résidence. Le Missionnaire établit le siège de sa mission sur une petite éminence rocheuse qui dominait la rivière de Kolobeng , au milieu de la tribu des Bakuains.
Il y était depuis plusieurs années, lorsqu'en 1849, après avoir vainement cherché à ouvrir un nouveau champ à ses travaux dans le nord à cause des difficultés que présentait la traversée du désert voisin de Kalahari, il pensa qu'il pourrait peut-être pénétrer dans le nord-est; son désir était d'ailleurs aiguillonné par l'espoir d'atteindre un grand lac intérieur dont les naturels lui avaient souvent parlé.
Il fit part de son projet à deux de ses amis, MM. W. G. Oswell et M. Murray, qui vinrent tout exprès d'Angleterre pour prendre part à cette découverte , et qui firent généreusement tous les frais de l'entreprise. Tandis que le docteur Livingstone attendait leur arrivée, sept Batouani , appartenant à la tribu qui habite les bords du lac , vinrent le prier, de la
part de leur chef, de lui rendre visite. 11 profita de l'occasion pour en retenir quelques-uns pour guides. Mais comme le chemin, par lequel ils étaient venus à Kolobeng, était impraticable pour les wagons , on décida que l'on prendrait la route un peu plus détournée vers l'est, mais plus sûre, du Bamanguato.
Ayant terminé leurs préparatifs, le 28 juillet 1849, au matin , MM. Oswell et Murray partirent de Kolobeng , précédant le docteur Livingstone qui ne se mit en route que le Ier juin et qui les rejoignit au cours d'eau de Chokuen. Leur caravane se composait de vingt chevaux et d'autant d'hommes parmi lesquels se trouvaient les Batouani , de cinq wagons et de quatre-vingts bœufs pour les traîner et porter les bagages. Le 3 juin, ils atteignaient Sérotli sur la limite -du désert.
Le voyage à travers le désert fut extrêmement laborieux et des plus pénibles à cause du manque d'eau pour les chevaux et pour les bœufs qui traînaient les wagons. Ce désert que l'on appelle Kalahari, et mieux encore Lahari, se compose d'une plaine immense qui ne manque cependant ni d'arbres ni d'herbes. Il n'y a pas non plus absence d'êtres vivants, hommes et animaux ; mais l'extrême rareté de l'eau , jointe aux autres privations, a réduit les habitants à la forme la plus abjecte où puisse descendre l'espèce humaine. Ces habitants sont désignés par leurs voisins sous le nom de Bakalahari; ils ont en général les membres petits et grêles, le ventre proéminent, et une physionomie qui exprime les souf-
frances de leur genre de vie. L'élan, le lion, le buffle, l'éléphant, l'antilope, la gazelle, sont les principaux animaux que l'on rencontre dans ce désert.
Les Bakalaharis , afin de trouver quelque chose à boire, sont souvent réduits à l'expédient suivant : ils enfoncent dans les parties humides du désert un roseau dont un des bouts est environné d'une touffe d'herbe, ce qui le transforme en une espèce de filtre, puis aspirant l'eau avec la bouche , il la rejettent dans leurs vases à eau, qui sont habituellement des œufs d'autruche.
Après une marche pénible de 300 milles (480 kilomètres) dans ce désert, les voyageurs atteignirent, le 4 juillet, la Zouga , belle rivière qui coulait du nord-ouest ; au point où ils la joignirent , elle avait un peu moins de 100 pieds (30 à 32 mètres) de largeur ; et cependant, à l'opposé des autres rivières, elle devenait plus large et plus profonde à mesure qu'ils la remontaient. Presque vis-à-vis du point où ils la joignirent , ils aperçurent un village . les habitants étaient passés sur l'autre rive. Le docteur Livingstone et deux Bakuains réussirent à passer sur l'autre bord , et il apprit avec joie que la rivière venait du grand lac situé à une lune de distance, et que d'autres rivières se jetaient soit dans la Zouga , soit dans le lac vers le nord. Les bords et les îles de cette rivière sont habités par les tribus des Bakobas ou Bayéyés , de la famille des Bushmens ou Boschmans ; le premier de ces noms qui signifie esclaves, est celui par lequel les Bechuanas les désignent ; ils prennent
eux-mêmes celui de Bayéyés qui veut dire hommes. Leur complexion est plus noire que celle des Béchuanas , et ils parlent une langue totalement différente. Le docteur remarqua la physionomie franche et martiale de ces gens ; ils vivent de la pèche et de la chasse ; ils prennent le gibier dans des chaussestrappes disposées le long de la rivière, parmi les roseaux qui en cachent les bords.
Il y a sur les rives du Zouga une nouvelle variété d'antilope, appelée lechui; elle est plus grande que le pallah et d'une couleur brune tirant sur le jaune ; ses habitudes sont celles des water back (espèce d'antilope). Il y a aussi une variété de khoudou qu'on n'a pas vue ailleurs , appelée nakoû. Les éléphants sont excessivement nombreux ainsi que les rhinocéros et les buffles, mais ils ont si peur des pièges et des flèches des Bushmens, qu'ils s'enfuient loin de la rivière aussitôt qu'ils ont bu.
Les Bakobas citent neuf variétés de poissons, on dit que deux d'entre celles ci atteignent la hauteur d'un homme. Les alligators abondent , les hippopotames ont presque tous été tués par les Bakobas 5 ils les harponnent à la manière des baleiniers , à l'aide d'un grand harpon attaché à une corde. Le docteur Livingstone observa sur les bords de la Zouga treize variétés d'arbres qu'il ne connaissait pas à Kolobeng. Les bananiers et les palmiers sont de la même espèce que ceux de l'Inde; le baobab produit un fruit dont les naturels se servent pour donner de la saveur à leurs aliments. Un autre arbre, le moporotta , est
— Inemployé par les naturels à faire des canots , il donne aussi un fruit; enfin le motso-m'ri a l'aspect d'un bel oranger.
Le docteur Livingstone et ses compagnons, ayant appris que la Zouga venait du grand lac, se hâtèrent de la remonter; il leur fallut suivre encore ses détours pendant près de 300 autres milles (480 kilomètres) avant d'atteindre le but tant désiré de leur voyage.
Tandis que le wagon du docteur Livingstone suivait lentement les détours de la rivière, illui arrivait souvent de s'embarquer sur un canot des naturels, fait d'un tronc d'arbre creusé et conduit par les Bayéyés : il passait ainsi devant de nombreux villages perdus dans les roseaux ou bien au milieu des rochers calcaires qui formaient les rives. De grands arbres , dont plusieurs portaient des fruits propres à la nourriture de l'homme , croissaient près de la rivière; au delà s'étendaient des taillis épais composés d'arbres épineux, et où il était très-difficile de pénétrer; les bœufs avaient les jambes et le nez en sang, leswagonssemblaient enfouis dans ses épaisses broussailles. Les voyageurs, retardés par ces difficultés , se décidèrent à laisser, jusqu'à leur retour, quatre wagons et la plupart des bœufs dans un endroit éloigné d'environ 90 milles (144 kilomètres) du point où ils avaient pour la première fois atteint la Zouga , et à aller de là jusqu'au lac dans un wagon appartenant à M. Oswell, avec quelques-unes de leurs meilleures bètes.
Le 29 juillet 1849, ils arrivaient près du village de Batouana , situé , à ce qu'ils apprirent, à l'extrémité inférieure du lac et habité par les Batouanis , tribu des Bamanguato. Une langue de terre et des rangées de collines de sable les empêchaient d'embrasserla vue du lac au point où le wagon était arrêté. Ils montèrent à cheval et firent 5 à 6 milles ( 8 à 10 kilomètres ) au long du bord , et virent enfin devant eux une vaste nappe d'eau qui s'étendait au nordouest et à l'ouest; mais les nombreux roseaux qui garnissaient les rives les empêchaient d'arriver jusqu'à l'eau. Directement, vis-à-vis de nos voyageurs, l'autre bord paraissait être à 14 ou 15 milles (22 ou 24 kilomètres) ; l'œil en pouvait suivre la trace à quelque distance vers le nord et le nord- nord-ouest. Vers l'est, les deux rives se rapprochaient graduellementpour allerse rejoindre par un retour subit juste à l'endroit où le wagon se trouvait. Le docteur Livingstone évalua à environ 115 kilomètres la longueur du lac , il apprit des naturels que jamais ils ne le traversaient entièrement , et qu'ils en longeaient seulement les bords dans leurs canots , qu'enfin à son extrémité nord-ouest, il recevait une autre rivière (le Teogé) qui semblait venir du nord-ouest.
Ce lac qui porte différents noms , JV' garni, Nokaa-Batleth, Noka-a-Mampouri , Inghabé, est situé par 20° 19' de latitude méridionale et environ 21* à 29° de longitude orientale du méridien de Paris , à 560 milles (901 kilomètres) de Kolobeng-, son éleva-
lion au-dessus du niveau de la mer peut être de 2,825 pieds anglais (872 mètres) (1).
Les Batouanis qui habitent la rive septentrionale du lac N'gami n'ont pas de communication avec les Portugais. Parmi les autres tribus riveraines, il faut encore citer avec les Bakobas les Maclummas. Ils appartiennent à une belle race, et intelligente, trèssupérieurs aux Bechuanas et d'humeur plus belliqueuse. Leurs armes sont splendides ; ce sont de courts javelots curieusement sculptés , car ils frappent de près et ne lancent pas leurs sagaies comme les Cafres; des haches de bataille très-ornées , des boucliers, des arcs et des flèches. Leurs arcs ont 2 mètres de long, leurs flèches 1 mètre 30 centimètres ; celles-ci sont barbelées , armées d'une pointe en fer, et empoisonnées , la hampe en est faite d'une sorte de bois léger, et la tête en est garnie de plumes.
Après avoir rendu visite aux Batouanis, les voyageurs se dirigèrent vers une des rivières qui coulent au nord de la Zouga, mais le chef Batouani s'arrangea de façon à les arrêter en réunissant les Bayéyés
(1) Le Suédois Andersson cl l'Anglais Gallon ont visité le lac N'gami depuis sa découverte; et l'on peut, pour de plus amples détails, consulter les ouvrages suivants : Journey to lake JWgami, and an Itinerary of the principal Routes leading to xt from the Wtst Coast, with the latitudes of some of the chief stations. By Charles J. Andersson ; in-18 , 1854. — Lake 2V' garni; or Explanations and discoveries during Four Years Wanderings in the Wilds of South- Western Africay with Map and numerous illustrations ; 1 vol. in-8. By C. J. Andersson. 2* édit. London, 1856.
près du gué sur la rive opposée de la Zouga. Tous les chefs africains sans exception répugnent à voir des étrangers traverser leur pays pour aller vers une contrée plus éloignée.
Cependant Sébitoane, le chef qui autrefois avait sauvé la vie à Sétchélé (le chef des Bakuains, tribu qui habite la contrée où se trouve Kolobeng) , demeurait à dix journées au nord-est des Batouanis sur un des tributaires du Tamunacle, affluent de la Zouga. Le docteur Livingstone se disposait à l'aller trouver pour lui remettre un présent que Sétchélé lui destinait comme marque de gratitude. Ce devait être pour lui, et pour W. Oswell qui voulait l'accompagner, une bonne introduction, mais la défiance des naturels s'opposa à ce projet. En vain le missionnaire essaya-t-il pendant tout un jour de construire un radeau , pour traverser la rivière qui n'avait en ce point qu'environ 50 mètres de largeur : le bois était si pesant qu'il enfonçait immédiatement. Il était peu convenable pour un ministre de paix de se présenter aux naturels dans l'état qu'exigeait la traversée à la nage de la rivière; il courait d'ailleurs le risque de rencontrer un alligator : cédant , malgré ses désirs , aux représentations de son ami W. Oswell, voyant d'ailleurs la saison très-avancée, le docteur Livingstone remit cette tentative à un temps plus opportun, il se décida au retour, et le 10 octobre 1849, il rentrait à Kolobeng avec ses deux compagnons» Pour ces découvertes, le conseil de la Société royale
géographique de Londres accorda, en 1850, au docteur Livingsione la seconde moitié du prix royal pour l'encouragement des sciences géographiques et des découvertes (1). En 1852, la Société de Géographie de Paris lui décernait, ainsi qu'à M. Oswell, sa grande médaille d'argent.
L'année suivante, en 1850, accompagné de MmeLivingstone , de sa famille et de Séchélé , chef des Bakuains, le hardi missionnaire fit une seconde visite à la région nouvellement découverte, mais cette fois encore il dut renoncer à son principal dessein, celui d'atteindre le pays de Sébitoane par suite de l'invasion d'une fièvre pernicieuse, la fièvre des marais, et à cause de l'abondance de la mouche tsétsé si funeste au bétail (2). Ces mêmes causes l'empêchèrent d'ajou-
(1) La première moitié du prix Patron' s -Medal fut donné au colonel Frémont pour son exploration dans les montagnes Rocheuses et en Californie. Le docteur Livingstone reçut pour prix un magnifique chronomètre, dont il devait par la suite faire si bon usage.
(2) Tous les animaux domestiques, à l'exception peut-être de la chèvre, meurent de la piqûre de cet insecte ; il suffit de trois ou quatre mouches pour tuer un gros bœuf: les veaux et les jeunes animaux n'en éprouvent aucun effet pendant tout le temps qu'ils tettent ; l'homme et les animaux sauvages sont aussi à l'épreuve de leur venin
On rencontre la mouche tsétsé non-seulement aux environs du lac N'gami , mais encore sur les bords du Limpopo, dans le Sennâr et dans d'autres régions de l'Afrique ; Isale et Âgatharchide semblent en avoir eu connaissance quand ils parlent d'un insecte pernicieux l'effroi des hautes régions arrosées par le Nil. Bruce parle d'une mouche appelée tzalzalia^ dont la piqûre est redoutable. MM. Combes et D'Arnaud l'ont rencontrée dans le Sennâr.
Il paraîtrait que les tsétsès ne se répandent pas et semblent confinées dans certains quartiers. Cette mouche est un peu plus grande que la mouche commune, mais plus petite que la mouche à miel.
ter beaucoup aux connaissances géographiques acquises pendant le premier voyage. Il put cependant
Elle est d'une couleur terne , et la partie inférieure de son corps est traversée par des lignes jaunâtres. Lorsqu'on se laisse piquer sur le dos de la main par cet insecte, on remarque qu'il pousse une trompe aiguë dans la peau, plus avant qu'il n'est nécessaire pour tirer du sang; il la retire et semble laisser un petit réservoir; car en ce moment ses mandibules commencent à manœuvrer comme s'il suçait. Le ventre, quoique tout à fait flasque, commence à se distendre, et eu quelques secondes, quoiqu'on ne le trouble pas, l'insecte s'envole entièrement rempli de sang. Si la piqûre est faite sur le dos de la main, on ne ressent pas autre chose; mais dans l'endroit où la peau est épaisse, comme dans la paume de la main, une tache rouge, d'environ un centimètre de diamètre, reste pendant plusieurs jours, laissant une démangeaison ou une sensation de titillation.
Après que les bœufs ont été piqués, leur contenance semble effarée; leurs yeux roulent dans leur orbite : l'animal devient faible, il enfle sous les mâchoires ; l'émaciation commence et continue quelquefois pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que la bête tombe et meure. En soulevant la peau, on reconnaît que les muscles et la chair sont fortement détériorés et présentent un aspect glaireux; les Intestins et l'estomac sont sains; le cœur, les poumons et le foie, quelquefois tous ces organes et invariablement l'un ou l'autre, sont dans un état morbide. Le cœur particulièrement n'est plus qu'un organe contracté et aminci, ressemblant à de la chair trempée dans l'eau ; le sang est diminué en quantité et altéré en qualité : il devient épais, albumineux. Les mains qu'on y plonge n'en sont point tachées ; c'est dans le sang que le poison paraît se développer. Il existe quelques symptômes qui indiquent que le cerveau est affecté et qu'il y a successivement vacillation et cécité.
M. W. Oswell a envoyé en 1852, à la Société de Géographie de Pa ris, des spécimens de mouches tsétsé; celle-ci les a transmis le 18 octobre de la même année à l'Académie des sciences, qui a chargé MM. Duméril, Milne Edwards et de Quatrefages de lui présenter un rapport à ce sujet. Ce rapport n'est pas encore fait.
Voir au Bulletin de la Société de Géographie d'octobre 1852, p. 279 et suivantes, la lettre que M. W. Oswell a adressée au secrétaire général de la Société de Géographie de Paris, pour remercier la Société de
traverser laZouga, et se convaincre qu'elle ne recevait pas ses eaux du lac, mais bien du Tamunacle. Il chercha à atteindre cette dernière rivière, mais il en fut empêché par la crainte des maladies qui commençaient à attaquer ses compagnons ; il lui fallut donc ajourner son projet, après avoir toutefois reconnu l'insalubrité de la région située au nord-est du lac et l'impossibilité pour les missionnaires d'y établir une station. Il se hâta donc de revenir à Kolobeng(l).
l'envoi de la médaille d'argent. Cette lettre , dans laquelle le voyageur entre dans de curieux détails sur le lac N'gami , la rivière Zouga et la mouche tsétsé, est accompagnée d'une carte du lac N'gami et des contrées voisines. Voir encore le 2e cahier des Mittheilungen d'Aug. Petermann , et la traduction de son important article sur les dernières explorations dans l'Afrique australe, que nous avons donné, avec une carte, aux Annales des Voyages de décembre 1855, p. 326.
(1) Le commerce a suivi très-promptement et avec beaucoup de persévérance les traces de MM. Livingstone et Oswell au lac N'gami ; on peut s'en assurer en lisant aux Annales des Voyages de févriermars 1853, p. 279, les extraits d'un voyage fait par un marchand , M. Campbell avec plusieurs de ses compagnons , dans ce pays.